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ABBA EBAN



Abba Eban
Bio















Abba Eban, (אבא אבן), ou Aubrey Solomon Meir, (Le Cap, 2 février 1915 - 17 novembre 2002) diplomate et homme politique israélien. Il fut ministre travailliste des Affaires étrangères de 1966 à 1974.


Abba Eban - Le père de la diplomatie

« Quand un diplomate dit « oui », cela signifie « peut-être » ; quand il dit « peut-être », cela veut dire « non», et quand il dit « non », ce n’est pas un diplomate. » Proverbe anglais


Abba Eban est un oiseau rare sur l’échiquier politique. Originaire de Lituanie, Aubrey Salomon, est né le 2 février 1915 en Afrique du Sud, et a grandi en Grande-Bretagne. Il a été éduqué dans un esprit conservateur et classique. Dans l’amour de l’harmonie parfaite entre l’art et  la pensée et dans la recherche de la perfection de l’équilibre intellectuel. 
Abba Eban est un timide parfois coléreux, mais se garde toujours de manifester en public un mécontentement ou un désaveu fâcheux. D’une politesse exquise et raffinée, il ne critique pas violemment ses adversaires politiques et ne se révolte pas contre les normes de l’Etat ou du parti. 
Polyglotte et érudit, il est nourri d’un riche savoir de l’histoire du peuple juif et des civilisations anciennes. C’est aussi un expert en relations internationales. Reconnu universellement pour ses qualités de brillant diplomate et de grand orateur dans diverses langues, dont l’arabe classique, il se différencie de beaucoup d’autres hommes politiques israéliens. 
 Cette personnalité peu commune se reflète dans les luttes politiques et les campagnes électorales. Frustré et mal compris, Abba Eban souffre de son image durant toute sa carrière.
L’écriture et la rédaction des discours sont sa manière favorite de fuir ses angoisses et de se calmer. Devant un micro ou une caméra, il est très à l’aise et peut parler sans interruption, souvent avec un grand sens de l’humour. Il a l’art de jongler avec les mots et il sait savait séduire ses interlocuteurs.
Lorsque son père, Abraham Meir, meurt d’un cancer, Abba Eban n’a qu’un an. Il grandit à l’ombre de sa mère Alida et de son grand-père, Elihaou. A l’age adulte, ses mentors sont des leaders sionistes, tels Haim Weizman devenu le premier président de l’Etat juif et Moshé Sharett, premier chef de la diplomatie israélienne. 
Versé dans le judaïsme et l’hébreu moderne, Abba Eban étudie à Cambridge les littératures classiques et orientales. Il apprend de nombreuses langues dont le persan, le grec et le latin.        
En 1942, il est officier de liaison à l’état-major des Alliés à Jérusalem. Il forme des volontaires juifs et en étant le principal instructeur au centre méditerranéen de l’enseignement des langues orientales. En 1946, il adhère à l’Agence juive et sera son représentant auprès de la commission de l’ONU pour les affaires de la Palestine. Un an plus tard, après la proclamation de l’Etat d’Israël, Eban est membre permanent de la délégation israélienne auprès des Nations Unies et devient pour dix années l’ambassadeur d’Israël à l’ONU. Durant les années 1950 à 1959, il est également, ambassadeur d’Israël à Washington. Un double poste sur mesure, unique, qui s’inscrit dans les annales de la diplomatie israélienne. 
Eban pose les bases de la diplomatie israélienne dans les moments les plus cruciaux de l’Etat juif, alors que celui-ci vient de naître. Sa première épreuve a lieu le 26 mai 1948, deux semaines à peine après la proclamation de l’Etat d’Israël par Ben Gourion. Les pays arabes déposent au Conseil de sécurité de l’ONU une proposition de résolution selon laquelle la proclamation de l’Etat d’Israël est nulle et non avenue, déclarant également l’immigration juive comme illégale. Abba Eban monte pour la première fois à la tribune et déclare en termes clairs et directs : « Si les Arabes veulent vivre en paix avec Israël, ils le peuvent. S’ils préfèrent la guerre, ils peuvent aussi la faire, mais qu’ils veulent la paix ou la guerre, ce ne peut être qu’avec un Etat d’Israël  souverain et indépendant. Concernant l’immigration, c’est notre propre affaire et aucun Etat n’a le droit de s’ingérer». 
Les phrases courtes et le ton dramatique font leur effet et Abba Eban devient très rapidement le point de mire des journalistes étrangers. La presse américaine foisonne d’articles flatteurs et parfois pittoresques, tel celui du New York Post qui écrit au lendemain du discours à l’ONU : « Ce diplomate est d’un abord amical mais quelque peu abrupt, facilement essoufflé, sa démarche évoque presque celle d’un ourson pataud. En revanche, son esprit est vif et sa langue acérée. Il s’exprime d’une façon brillante qui tranche avec la pauvreté des orateurs habituels de l’ONU… » 
Lors des débats qui suivirent, les délégués arabes  tentent au départ, de le mettre en difficulté et parlent entre eux en arabe classique. Ils ignorent que le diplomate israélien assis derrière eux connaît parfaitement leur langue. Un jour, Eban se lève d’un bond et exige la parole. De la haute tribune, il dénonce la manoeuvre de procédure effectuée par les délégués arabes et il les met au pilori en prononçant les mêmes mots utilisés lors de leurs pourparlers.
Depuis, ils se méfient. Ils évitent de l’approcher et s’écartent de tout contact avec lui.
En novembre 1959, Abba Eban retourne à Jérusalem et se présente aux élections à la Knesset. Ayant passé les dernières onze années à New York, la direction du parti Mapai lui demande de lui présenter une pièce d’identité confirmant qu’il est effectivement citoyen israélien.
 A la stupéfaction générale, on apprend que le père de la diplomatie n’a jamais « immigré » en Israël et donc ne possède pas de carte d’identité « bleue ». Depuis 1947, Eban circule dans les capitales du monde avec un passeport d’Afrique du Sud… Une décennie après avoir mis les pieds en Palestine, il reçoit sa carte identité, selon les règles de la loi du retour des Juifs…
 Abba Eban est enfin élu député de la Knesset. Il n’est pas très à l’aise dans ses nouvelles fonctions au sein du parti travailliste. Ce brusque changement dans ses activités quotidiennes le frustre. Son caractère logique et conservateur, son style raffiné et ses discours intellectuels l’ont transformé en marginal. Etranger aux intrigues politiciennes et aux débats houleux, il observe chaque fois la scène avec désinvolture et indifférence. Il n’est guère dans son élément. Souvent, avec un humour caustique, il réagit d’une manière hautaine. 
Sa riche expérience à l’étranger et dans les arcanes de la diplomatie l’ont convaincu que les débats auxquels il assiste étaient de caractère provincial. Israël n’est pas le nombril du monde comme le croient avec prétention, la majorité des parlementaires israéliens. « Il existe dans la jungle planétaire, plusieurs conflits et des grands soucis graves et plus compliqués à lesquels nous devrions faire face », dit-il avec le sourire. 
Sur la vie parlementaire, il déclare avec un humour typiquement anglo-saxon : « Au gouvernement, on se lève chaque matin et devant son miroir on se dit : « Que dois-je faire aujourd’hui pour le pays ? Une fois dans l’opposition, on dira : « Que  vais-je dire aujourd’hui au parlement ? » 
Durant cette année mortellement ennuyeuse à la Knesset, comprenant plusieurs mois comme ministre sans portefeuille, Eban poursuit ses activités en faveur de l’institut Weizman pour la recherche scientifique, situé à Rehovot. Il collecte des sommes importantes au sein des communautés juives européennes et américaines. Quelques mois plus tard, il est nommé par Ben Gourion ministre de l’Education nationale.  Pendant les trois années passées à ce poste, il donne un second souffle à ce ministère et s’attelle à la mise au point d’un meilleur enseignement civique et d’une large connaissance des matières universelles, dont l’histoire de l’art et des civilisations, mais aussi celle du judaïsme et l’étude du Talmud. Il exige du corps enseignant plus de rigueur et de discipline dans l’étude des mathématiques. Il dira un jour : « Nous avons trop de journalistes et d’avocats. Je préfère des ingénieurs et des experts. ». Eban s’efforce à trouver des budgets nécessaires pour les enfants défavorisés, en particulier dans les villes en développement. Il oeuvre également contre le monopole des universités de Jérusalem et de Tel-Aviv et il agit pour la décentralisation et l’ouverture de l’enseignement supérieur à tous les titulaires du bac.   
Après le départ de Golda Meir du ministère des Affaires étrangères, Abba Eban est nommé par Lévy Eshkol chef de la diplomatie. Plus que satisfait, il peut aisément voyager à travers les continents et les océans pour expliquer la position israélienne et nouer des relations diplomatiques avec des pays en Afrique et en Asie. Au mois de mars 1967, il est à Tokyo pour une conférence devant les membres de l’Institut de  recherche internationale. Il fait une déclaration importante sur l’avenir du Proche-Orient et dit entre autres : « Selon toutes les analyses et ma propre conviction, je peux vous assurer qu’il n’y aura pas prochainement de guerre au Proche-Orient. Personne n’osera dans le monde arabe se lancer dans une nouvelle aventure. Les Arabes ont tiré les leçon de la défaite de l’Egypte dans la campagne de Suez en 1956, ce scénario ne se répètera pas.» On enregistre les propos apaisants et les Japonais publient intégralement le discours…Quelques mois après… la guerre des Six jours éclate. Abba Eban stupéfait par la tournure des événements est mis sur la sellette. Sa crédibilité est considérablement affectée. Abba Eban s’est bien trompé dans son analyse et on lui reproche d’avoir prédit l’avenir d’un Proche-Orient instable qui demeure une poudrière. 
Abba Eban, humilié par son manque de flair diplomatique, reconnaît sa grave faute et nous dit qu’il a agi en disciple de la théorie cartésienne. Cette triste expérience lui enseigne que les sciences politiques ne sont valables que dans la théorie. En effet,  les dirigeants du monde n’agissent pas toujours avec le sens de la logique. 
C’est sans doute le point vital que les enseignants en sciences politiques affrontent quotidiennement avec beaucoup de difficulté. Sur ce point, il nous raconte une anecdote amusante :
« Un jour, un psychologue déclare que l’un des ses patients est parfaitement lucide et logique d’esprit ; mais celui-ci est  convaincu d’être… Napoléon Bonaparte. Que faire pour le soigner ? Si cette hypothèse s’avère juste, comment alors expliquer que le malade en question est lucide…» C’est la logique, selon Abba Eban, des  événements en cours au Proche-Orient…               
Après le blocus du détroit de Tiran et le départ des casques bleus de la bande de Gaza, Abba Eban a  déployé tous ses efforts diplomatiques pour éviter la guerre. Le 25 mai 1967, il rencontre le général De Gaulle à l’Elysée. Il est midi, le Conseil des ministres hebdomadaire vient de s’achever. 
Abba Eban est reçu par le général avec amabilité et courtoisie. Il est accompagné de Couve de Murville et de l’ambassadeur Walter Eytan. Après les paroles de politesse et avant même qu’ils aient pris place, De Gaulle lui dit tout de go et d’une voix puissante : « Ne faites pas la guerre ! »
Stupéfait, le chef de la diplomatie israélienne s’assied inconfortablement et le général enchaîne d’un ton plus calme : « En tout cas ne tirez pas les premiers. Si Israël attaque ce sera catastrophique. C’est aux quatre Puissances de résoudre le problème. La France usera de son influence pour que l’Union Soviétique penche en faveur d’un règlement pacifique. »
Eban déclare d’une voix grave en articulant chaque mot :
« Mais monsieur le président, notre Premier ministre, Lévy Eshkol, vous a déjà expliqué dans sa dernière lettre du 18 mai dernier, les graves conséquences du blocus du détroit de Tiran et les déclarations belliqueuses de Nasser. Je suis ici car la situation est explosive et je souhaite vous consulter. La France est notre grande amie et vous pouvez, plus que quiconque, comprendre notre angoisse. Monsieur le Président, en 1957, la France avait défini en termes les plus énergiques les droits de l’Etat d’Israël dans le golfe d’Akaba. Je vous rappelle qu’elle avait même reconnu le droit d’Israël à se défendre par la force en cas de blocus. Depuis, et grâce à ce libre passage maritime, Israël a pu développer des échanges commerciaux également avec l’Asie et l’Extrême- Orient. Le nouveau blocus nous paralyse, nous humilie et blesse notre honneur. Nous nous trouvons face à un grand dilemme». 
« Que comptez-vous faire? », demande le général, l’air très inquiet. 
« Le choix est : capituler ou résister. Nous sommes déterminés à faire face au danger. Nous passerons à l’action uniquement après avoir constaté que tous nos efforts diplomatiques n’aboutissent à rien. Préalablement, nous souhaitons connaître les positions de nos amis et savoir si nous réagissons de concert ou si nous avons à agir seuls. Dans ce cas, nous lutterons avec acharnement pour notre existence et nos droits ; même si le prix est élevé, nous combattrons jusqu'à la victoire. »
« Monsieur le ministre, je vous ai écouté attentivement mais je vous dis clairement : Israël ne doit pas faire la guerre. A aucun prix. Vous ne devez pas attaquer les premiers. »
« Mais, monsieur le Président de la République, ce sont les Egyptiens qui ont déclaré la guerre. Leur acte est un acte de guerre et un casus belli. Un Etat peut être attaqué par plusieurs moyens et non seulement par des coups de canons ; le code civil  ne distingue guère la différence entre un meurtre par étranglement ou par balle, et les conventions internationales non plus. »
« Quand je dis de ne pas ouvrir les hostilités, je veux dire par là de ne pas tirer les premiers. C’est clair ! », répond De Gaulle, l’air agacé par la comparaison que vient de faire son interlocuteur israélien. « D’autre part,  poursuit-il, il n’y pas de comparaison à faire entre la situation en 1957 et celle d’aujourd’hui. Vous devez comprendre qu’Israël n’est pas assez fort pour pouvoir affronter toutes ces difficultés et donc je vous conseille d’attendre les résultats des consultations internationales. Vous devez être dans l’orbite de l’Occident pour pouvoir affronter les menaces soviétiques. Jusqu’à présent, Moscou a agi avec une grande responsabilité. »
« Ce n’est pas ce que nous constatons sur le terrain, répond Eban en ajoutant avec conviction : c’est l’Union Soviétique qui est derrière les manœuvres de Nasser et c’est bien elle qui incite les Arabes à faire pression sur Israël ». 
« Je suis conscient du danger mais je vous conseille d’être prudent et de ne pas précipiter les choses. Ne faites pas la guerre ! »
En dépit des « propos rassurants » du général, Abba Eban sort de la rencontre très inquiet sur l’attitude du président français. Cet avertissement du général l’agace terriblement.
Ses propos sont prononcés juste au moment  où son pays, l’Etat juif, regarde la mort en face, dans l’angoisse. 
Après le dialogue de sourds entre Eban et De Gaulle, le diplomate israélien dit aux nombreux journalistes, sur le perron de l’Elysée: 
« J’ai dit au président de la République que le blocus du détroit de Tiran est un acte d’agression. Israël est prêt à toute éventualité. Ses forces sont capables de  défendre ses intérêts vitaux et son territoire. Ce blocus est un acte de piraterie. Le monde libre ne peut pas se résigner à de tels actes, sinon c’est la loi de la jungle! »
Abba Eban poursuit son périple dans les capitales européennes. Malgré la solidarité extraordinaire de la presse et le soutien inébranlable et magnifique de la diaspora juive, les chancelleries écoutent ses propos avec courtoisie et politesse mais ne prennent aucun engagement, ni même de mesures énergiques contre Nasser. A la fin de ce ballet diplomatique, Eban rentre épuisé et frustré à Jérusalem. La suite des événements  est bien connue et les hostilités éclatent sur tous les fronts. 
Après la victoire éclatante de la guerre des Six Jours, Abba Eban réussit à obtenir des gains diplomatiques. Dans tous ses discours, il évoque le désir ardent d’Israël d’aboutir à une paix sincère et équitable avec les Arabes. Israël accepte les principes de la résolution 242 de l’ONU, adoptée au Conseil de sécurité le 22 novembre 1967. Une résolution qui sert aujourd’hui  de base à toute négociation de paix au Proche- Orient. Elle formule un dosage soigneusement équilibré de concessions demandées à chacun des protagonistes, et expose en parallèle un plan de retrait des territoires  en incluant  le principe des frontières défendables.   
Suite à la mort de Lévy Eshkol et à la formation du nouveau gouvernement, Golda Meir maintient Eban dans ses fonctions. Il poursuit ses activités diplomatiques avec une grande énergie. A Bruxelles, il conclut un premier accord commercial et de libre échange avec les 9 pays de la Communauté Européenne et il sillonne tous les continents en prêchant des paroles de paix. Eban est opposé à l’avis des militaires israéliens en particulier à ceux de Dayan et Rabin, qui donnent l’impression qu’Israël peut se reposer sur ses lauriers et jouir de la glorieuse victoire des Six Jours. Ces généraux pensaient que la sécurité de l’Etat juif est assurée pour de longues années. Eban est plus pragmatique et veut transformer la victoire en  gain diplomatique. Conscient que, tôt ou tard, il faudrait rendre les territoires conquis et que gouverner, c’est prévoir toute éventualité possible- dont le retour à la guerre. Il ne souhaite pas l’immobilisme qui provoquerait des pressions et amènerait les grandes puissances à exercer des pressions et à dicter elles-mêmes  un plan de paix inacceptable pour Israël. Eban tente à plusieurs reprises de convaincre Golda et Dayan à faire des concessions et à agir, mais eux préfèrent attendre. Pour Golda, « le peuple palestinien n’existe pas ». Pour Rabin « le seul lieu de rencontre avec eux, c’est le champ de bataille » ; quand à Dayan, il « attend toujours le premier coup de fil d’un premier chef arabe».Tous les trois sont enfin convaincus que seule l’Amérique compte et que le président des Etats-Unis peut faire, la pluie et le beau temps, au Proche-orient. Cette attitude de « laisser-aller » de la part des dirigeants travaillistes met Eban en minorité. Il est néanmoins convaincu que le temps travaille contre Israël et qu’une situation figée est même à l’encontre des intérêts américains et européens, aggravant la situation par des actes de terrorisme et des actions militaires irresponsables et suicidaires de la part des Arabes. Quelques années plus tard, les prédictions alarmistes d’Abba Eban se réaliseront dans la tourmente du pire.
Début octobre 1973, le chef de la diplomatie israélienne se trouve à New York pour participer à la session annuelle des Nations Unies.
Logé dans une suite du Plaza, Eban rédige son discours quand son secrétaire, Eytan Bentsur, lui apporte un télégramme urgent de Jérusalem : « Les Syriens et les Egyptiens concentrent des troupes à leurs frontières. Nous pensons qu’il s’agit de manœuvres. Prière de contacter le secrétaire d’Etat, Henry Kissinger, pour le rassurer sur le fait qu’Israël n’a aucune intention de passer à l’attaque ».
Eban et Bentsur pensent, comme la majorité des dirigeants israéliens, qu’une prochaine guerre est improbable. Ils n’ont donc pas trouvé nécessaire de demander aux Etats-Unis et aux pays européens de suivre à la loupe ces « manœuvres »…Quelques 48 heures plus tard, la guerre éclate et ébranle Israël incrédule, en ce jour sacré du Grand Pardon. Golda demande à Eban de rester à New York. La bataille diplomatique et la sympathie de l’opinion publique internationale sont un front non négligeable à exploiter. L’appui des Etats-Unis devient plus que jamais indispensable ; sans le pont aérien transportant des pièces détachées et des munitions, Israël aurait failli perdre cette guerre. 
Diplomate chevronné, Eban réussit à  faire adopter une nouvelle résolution à l’ONU, la 338, un complément à celle qui a été prise juste après la guerre des Six Jours. Il poursuit ses efforts diplomatiques à Genève en concluant directement avec les Syriens et les Egyptiens des accords de désengagement, un préambule aux accords de Camp David signés avec le président Sadate en 1979 à Washington.
A la suite de la publication de la commission Agranat sur les défaillances de la guerre de Kippour et de la démission de Golda Meir, Abba  Eban défend la candidature de Shimon Pérès, à la tête du gouvernement. Dayan, meurtri par la guerre, refuse préalablement ce poste. La bataille de succession est très rude et les camps se forment dans le désarroi. On trouve enfin un compromis en la personne d’Itzhak Rabin, en dépit de sa méconnaissance totale des affaires politiques. La victoire de Rabin contre Pérès met Eban sur la sellette. Il apprend à la radio qu’il n’est plus le ministre des Affaires étrangères et que Rabin l’a nommé ministre de l’Information à la place. La rage au cœur, il claque la porte, démissionne du gouvernement puis plus tard de la Knesset. Après avoir exercé quelques temps, la fonction de Président des Affaires étrangères de la Knesset, il quitte définitivement la vie politique. 
Le 4 juin 1974, il réunit tous les diplomates du ministère des Affaires étrangères pour les remercier de leur dévouement et du travail accompli. Avant son départ, Eban a créé au sein du ministère un centre de recherche, d’étude et de prévision. Il a appliqué à la lettre la recommandation de la commission Agranat qui avait exigé plus de rigueur et de diversité dans les analyses diplomatiques, ainsi que dans les rapports sur la sécurité et la défense.  
Abba Eban a débuté dans la diplomatie en 1946. Il a passé onze ans dans des postes diplomatiques, et durant quinze ans il a été un ministre très actif, mondialement respecté et apprécié. Ses discours fleuves, sa série de reportages télévisés sur « l’héritage du peuple juif » et ses ouvrages demeurent à ce jour un véritable chef d’œuvre universel.                 


Extraits  du livre  de Freddy  Eytan  "les 18  qui ont fait Israel" paru  en  novembre  2007  aux éditions Alphée- Jean-Paul Bertrand.   

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