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SIEGFRIED MARCUS


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BIO
1875. Voiture à benzine
HISTOIRE

Siegfried Marcus












Le véritable précurseur de l'automobile est le monocylindre quatre temps de l'Autrichien Siegfried Marcus construit en 1864.


Siegfried Marcus, le découvreur
par Claude Wainstain


Chronique publiée dans L’Arche n°519, mai 2001


Il est loin, le temps où tous les petits écoliers autrichiens savaient que Siegfried Marcus avait inventé l'automobile, dans ses ateliers de la Mariahilferstrasse, à Vienne, en 1870. Aujourd'hui, ce découvreur prolifique n'est même plus mentionné dans les encyclopédies. Comment expliquer une telle disgrâce? Au départ, sa biographie semble pourtant parfaitement classique: troisième fils d'un riche commerçant qui préside la communauté juive de Machlin, en Allemagne, il étudie la mécanique et l'électricité, deux domaines très en vogue à l'époque, et s'y montre aussi brillant qu'ingénieux, inventant dès son stage chez Siemens un relais télégraphique qui lui vaut une jolie prime. Puis, complétant sa formation à Vienne, il en profite pour améliorer un modèle de stéthoscope et doter le Palais impérial d'un ensemble très réussi de sonneries électriques. En 1860, à vingt-neuf ans, il fonde sa propre entreprise.


Très estimé par ses pairs, professeur particulier du prince héritier et fournisseur de la Cour et de la Marine, ce touche-à-tout génial va répondre aux commandes les plus hétéroclites: visionneuse pour lanterne magique, régulateur de bec de gaz, bouteille thermos, détonateur pour mines sous-marines, grille-pain, pistolet mitrailleur et même un couteau pour la chasse à la baleine destiné à l'expédition autrichienne au pôle nord. Au terme d'une vie entièrement consacrée aux recherches mécaniques, et trois doigts de la main droite perdus dans l'explosion de son atelier, il aura finalement déposé près de cent soixante brevets d'inventions.

Mais sa grande aventure, c'est l'automobile. Si son premier prototype, construit en 1864, n'est qu'un chariot à moteur qui roule sur quelques mètres, ses modèles ultérieurs sont déjà très perfectionnés. Celui de 1870, par exemple, malgré son aspect rustique, possède trois innovations déterminantes dues au génie créatif de Marcus: de l'essence comme carburant, un allumage magnétique à basse tension et un carburateur rotatif. Doté par surcroît d'un embrayage, d'une boîte de vitesses et d'une suspension "destinée à neutraliser les secousses dues aux explosions", l'engin chemine en pétarades cahotantes dans la campagne viennoise, soulevant la frayeur, l'étonnement et l'enthousiasme des passants et des édiles locaux. En 1898, l'Automobile Club d'Autriche organise une grande rétrospective avec Marcus comme invité d'honneur et son modèle de 1874 comme clou de l'exposition. Le précieux véhicule est ensuite confié au Musée technique de Vienne. Il y restera en vitrine pendant quarante ans, jusqu'à l'Anschluss.

En 1938, en effet, les nazis font irruption au musée avec une mission bien précise: faire disparaître l'automobile de Marcus. Mais celle-ci est introuvable. Des employés vigilants l'ont cachée et emmurée dans une des caves du musée, si bien qu'elle réapparaîtra, intacte, après la guerre. En revanche, plus trace des documents originaux, des brochures et des photographies des premiers modèles, ni même des dépôts de brevets à Berlin et à Vienne. Tout a été systématiquement éliminé. Plus de dates, plus de preuves, et, du coup, c'est le tricycle poussif construit en 1885 par les Allemands Benz et Daimler qui est sacré ancêtre de l'automobile. Scandalisées par tant d'injustice, des associations créées en Autriche et aux États-Unis veulent obtenir la réhabilitation de Marcus, et leur lobbying explique probablement l'apparition de ce timbre insolite, émis par le Cambodge le 5 mars 1999. Car sur le marché philatélique, lui aussi soumis aux impératifs de la mondialisation, tout s'achète et tout se vend, y compris les sujets des timbres. Et pas besoin de rouler des mécaniques: il suffit d'avoir un bon piston!

Les Juifs dans les timbres
CLAUDE WAINSTAIN

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