Plan general : famous jews

Affichage des articles dont le libellé est Historien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Historien. Afficher tous les articles

BRONISLAW GEREMEK


PARLEMENT
PORTRAIT


Il a été l'un des principaux artisans des transformations démocratiques qui ont précipité la chute du communisme en Europe de l'Est.



"Après avoir fait l'Europe, nous devons faire maintenant les Européens. Sinon, nous risquons de la perdre"

"Il faut mettre les choses en doute, tout d’abord en posant le problème de l’histoire de la civilisation européenne. Parce que je crois, non seulement en tant qu’historien, mais aussi en tant qu’Européen, que le problème de l’Europe, de la civilisation européenne, et de l’identité européenne, touche au problème de la mémoire… "Prof. Bronisław Geremek, Titulaire de la Chaire de Civilisation européenne

"La faiblesse des démocraties dans les sociétés post-communistes ne vient pas de ce qui s'est passé avant leur entrée dans le communisme. Le fait fondamental a été la suppression de l'économie de marché, suppression qui détruit les rapports entre les hommes. Le communisme était fondé sur la passivité de la société. Il arrive à l'humanité de s'engager dans des voies sans issues: le communisme était l'une d'elles." Colloque l'expérience de la liberté (Mexico 1990)


Bronislaw Geremek, spécialiste de l'histoire médiévale française et homme politique polonais, est mort dimanche 13 juillet 2008 dans un accident de voiture à l'âge de 76 ans.L'un des membres fondateurs du syndicat Solidarité et proche conseiller de Lech Walesa, son chef historique, il avait appartenu à un petit noyau d'intellectuels prônant, dès les années 1970, une opposition non-violente au régime totalitaire imposé à la Pologne par l'Union soviétique le figaro



Geremek, Bronisław (1932-2008), historien et homme politique polonais.

Un intellectuel francophile

Né à Varsovie, dans une famille intellectuelle juive, Bronisław Geremek grandit au sein du ghetto de Varsovie. Il parvient à le quitter en 1943 avec sa mère, tandis que son frère aîné survit à la déportation à Bergen-Belsen et que son père meurt à Auschwitz.

De retour à Varsovie en 1948, Bronisław Geremek termine ses études secondaires. Il étudie l’histoire à l’université de sa ville natale ainsi qu’à l’École pratique des hautes études à Paris, où il séjourne à plusieurs reprises, en 1956, 1957 et 1962, grâce à des bourses du gouvernement français. D’abord attiré par l’histoire contemporaine, il préfère se consacrer à l’histoire du Moyen Âge, moins soumise au dogmatisme marxiste. Fin 1962, il prend la direction du Centre de civilisation polonaise qui vient d’être créé à la Sorbonne. Fervent lecteur de l’école des Annales, il s’intéresse aux travaux de Marc Bloch, qu’il considère comme son maître spirituel, Fernand Braudel, Lucien Febvre et Henri Pirenne et devient l’ami des médiévistes Jacques Le Goff et Georges Duby.

L’historien de la marginalité

À une époque où ce sujet ne rencontre que l’indifférence des historiens, Bronisław Geremek se tourne vers l’étude de la pauvreté. Passionné par l’histoire des mentalités, il se spécialise dans l’histoire sociale, celle de la délinquance, de l’exclusion et de la marginalité. Sa thèse sur les Marginaux parisiens aux xive et xve siècles, soutenue en 1972, est publiée en France en 1976. Par la suite, ses principaux ouvrages déclinent cette thématique : Truands et misérables dans l’Europe moderne 1350-1600 (1980), Inutiles au monde. Vagabonds et marginaux en Europe aux xive et xve siècles (1980), Salariat dans l’artisanat aux xive et xve siècles. Étude sur le marché de la main d’œuvre au Moyen Âge (1982), la Potence ou la Pitié. L’Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours (1987) et les Fils de Caïn. L’Image des pauvres et des vagabonds dans la littérature du xve au xviie siècles (1991). Enseignant à l’université de Varsovie de 1965 à 1980, il occupe en 1993 la chaire internationale du Collège de France « Histoire sociale : exclusions et solidarités ». En 2002, il reçoit le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en langue française.

L’engagement politique aux côtés de Solidarité

Lecteur des ouvrages fondateurs du marxisme à partir de 1948, Bronisław Geremek adhère au Parti ouvrier unifié polonais (POUP) en 1950. Il le quitte après l’intervention soviétique contre le Printemps de Prague en 1968. En 1980, il se rend sur les chantiers de Gdansk en grève, en compagnie de Tadeusz Mazowiecki, afin de sceller l’alliance entre intellectuels et ouvriers et participe aux négociations qui conduisent à la signature des accords de Gdansk (31 août 1980) et à la création du syndicat Solidarité. Bronisław Geremek devient le conseiller personnel de Lech Walęsła. À la suite de la proclamation de l’état de guerre par le général Jaruzelski (13 décembre 1981), Bronisław Geremek est emprisonné jusqu’en décembre 1982. En 1989, lors des négociations de la Table ronde, il est l’un des principaux médiateurs entre le gouvernement et Solidarité. À la suite des élections de juin 1989, Bronisław Geremek préside le groupe parlementaire de Solidarité, la commission de réforme de la Constitution et la commission des Affaires étrangères de la Diète. Après son départ de Solidarité en 1990, il adhère à l’Union des libertés (UW).

Ministre des Affaires étrangères de Pologne (1997-2000)

Après la victoire de l’Alliance électorale Solidarité (AWS) aux élections législatives de 1997 et la formation d’une coalition de centre-droit entre l’AWS et UW sous la direction de Jerzy Buzek, Bronisław Geremek devient ministre des Affaires étrangères. En cette qualité, il préside l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 1998 et se prononce pour une adhésion rapide de la Pologne à l’Union européenne (UE). La rupture de la coalition AWS/UW en juin 2000 entraîne la fin de son mandat. Il préside alors la Commission parlementaire polonaise pour le droit européen. En décembre 2000, il est élu président de l’UW, mais il renonce à cette fonction après la défaite de l’UW lors des élections législatives de septembre 2001 – avec 3,3 p. 100 des voix, le parti est en dessous de la clause des 5 p. 100. Au lendemain de l’entrée de la Pologne dans l’UE, en mai 2004, il est élu au Parlement européen et siège au sein du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), au centre de l'échiquier politique européen.

Bronisław Geremek revient sur son itinéraire d’intellectuel engagé dans la Rupture. La Pologne du communisme à la démocratie (1991)et l’Historien et le Politique(1999).
encarta


Conference sur Marc Bloch par B. Geremek
Cet article est le texte de la conférence qu’aurait du prononcer l’historien polonais médiéviste Bronislaw Geremek, lors de la Conférence Marc Bloch en 1986, qui clôturait le colloque consacré au 100ème anniversaire de la naissance de Marc Bloch. En l’absence de son auteur, empêché par la situation polonaise de se rendre à Paris, c’est Jacques Le Goff qui a lu ce texte. Bronislaw Geremek fut conseiller de Lech Walesa et ministre des Affaires étrangères de Pologne (1997- 2000).

SALOMON IBN VERGA


HISTOIRE
ESPAGNE
SEFARDICA
BIO
Judah

Massacre de Lisbonne



Shebet Yehudah




Solomon Ibn Verga , 15e-16e siecle Historien et Medecin
Il reçut une formation rabbinique et philosophique, apprit la littérature espagnole et latine de son temps et fut chargé, en 1487, après la prise de Málaga par les Rois Catholiques, de réunir les fonds nécessaires pour acquitter la rançon des Juifs capturés.


La cinquante-deuxième conversion

J'ai appris de divers Anciens qui ont quitté l'Espagne qu'un certain bateau avait été frappé par une épidémie. Le capitaine s'est débarrassé de ses passagers en les débarquant sur une terre déserte, à un endroit totalement inhabité, et la plupart y sont morts de faim. Quelques-uns ont réussi à trouver les forces nécessaires pour marcher jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un endroit habité.

Un Juif, accompagné de sa femme et de deux fils, avait décidé de marcher, mais comme sa femme n'était pas habituée à l'effort, elle s'évanouit et mourut. L'homme a alors porté ses deux fils, jusqu'à ce que lui et ses deux fils défaillissent aussi d'inanition. Quand il a repris connaissance, il a vu que ses deux fils étaient morts. Dans son désespoir, il s'est dressé sur ses pieds et a dit : " Maître de l'Univers ! Tu as fait beaucoup pour me faire abandonner ma religion. Je veux que tu saches clairement que, malgré les efforts déployés par le Ciel, je suis juif et resterai juif,et quoi que tu aies fait ou fasses encore contre moi ne servira à rien ! " Il a alors pris de la terre et a enterré ses fils, puis il a continué de chercher un endroit habité.

Les Juifs n'ont pas attendu leurs propres morts, et chacun est resté occupé de sa propre détresse, sans prêter attention à celle de son voisin

Le sceptre de Juda (Chévèt Yehouda 1520 ; publié par son fils en 1554)
Texte de Salomon Ibn Verga
lamed


Yosef Hayim Yerushalmi

Professeur d’histoire et titulaire de la chaire Salo Wittmayer Baron
Directeur du Centre d’études juives à Columbia University.

« Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs. » Sur quelques aspects de l’histoire politique des Juifs


Nulle part dans la littérature hébraïque médiévale ailleurs que dans le Shevet Yehudah (Le sceptre de Juda), se trouve exposée de manière aussi précise l’Alliance royale. L’auteur en est Salomon Ibn Verga, lui-même Juif expulsé d’Espagne. Dans un texte qui mêle la chronique historique aux dialogues fictifs, Ibn Verga cherche à comprendre toutes les catastrophes de l’histoire juive, dont l’expulsion d’Espagne, en dépassant les catégories explicatives traditionnelles du châtiment divin ; il invoque, pour la première fois, hasibbah ha-tiv’it, « la cause naturelle ». Par là, le Shevet Yehudah est la première, et précoce, tentative d’une analyse socio-politique de la condition juive en exil .
Pour Ibn Verga, les rois et les officiers royaux en général sont toujours les protecteurs ardents de Juifs contre la populace. S’il advient que les Juifs ne soient pas sauvés, ce n’est pas du fait d’une défaillance de la volonté du monarque, mais à cause de l’obstination et de la puissance du bas peuple.
À dire le vrai, ce fut effectivement souvent le cas dans l’Europe médiévale et, pour quelques-uns des exemples cités par Ibn Verga, nous disposons de sources allant dans ce sens ; mais d’autres sont purement inventés par l’auteur afin de conforter sa démonstration.Que les Juifs appartiennent au roi et qu’il s’en suive qu’ils soient liés par un intérêt commun, c’est là un thème majeur autant que récurrent. Ainsi, lorsque Gonzalo Martínez de Oviedo conseille à Alfonso XI d’expulser les Juifs, l’archevêque de Tolède s’oppose à ce plan avec véhémence :« Alors l’archevêque dit à Gonzalo : “Ont-ils fait de vous un conseiller du roi ? Vous avez conseillé la honte sur votre maison ! Car en vérité les Juifs sont un trésor pour le roi,un bon trésor, mais vous voulez le ruiner et vous exhortez le roi à faire ce que son père ne fit pas. Vous êtes un ennemi non des Juifs, mais du roi !” » .
Assurément, il arrive que même Ibn Verga ne puisse complètement ignorer que parfois les rois persécutent les Juifs de leur propre initiative. Mais, alors, il ne s’agit que d’exceptions qui demeurent rares. Convaincu que les rois sont fondamentalement soumis au règne de la loi et à la préservation de leurs Juifs,Ibn Verga leur accorde toujours le bénéfice du doute. Que parfois des rois viennent à violer ce schéma et Ibn Verga s’emploie à trouver quelque facteur explicatif et atténuant pour justifier de tels manquements. « Car en général les rois d’Espagne et de France, les nobles, les hommes de savoir et tous les hommes distingués du pays avaient pour habitude
d’aimer les Juifs, et la haine ne prévalait que parmi les masses, qui jalousaient les Juifs. » À l’occasion, Ibn Verga n’hésite pas à critiquer les Juifs d’Espagne pour avoir eux-mêmes aggravé la haine populaire par leur comportement arrogant, mais la haine demeure hors de proportion au regard de cela. Un passage crucial raconte
comment les Juifs sont menacés, sans autres précisions, d’expulsion s’ils ne se convertissent pas : « Les documents furent rédigés et scellés sur ordre du roi. Quand les Juifs l’apprirent, ils se rendirent chez un des ministres du roi, car celui-ci les aimait grandement,comme ils étaient aimés en Espagne par les rois, les nobles et tous les savants et les sages, et très honorés par eux tous.
Les expulsions furent décidées seulement parce que quelques-uns issus des basses classes prétendirent qu’à cause des Juifs et depuis leur arrivée dans le royaume la nourriture avait renchéri et que les Juifs s’étaient ingérés dans leurs commerces. Les expulsions furent aussi provoquées par les prêtres, car dans une démonstration de piété, et afin de montrer au peuple qu’ils cherchaient à honorer et exalter la religion de Jésus de Nazareth, ils avaient pour habitude quotidienne de prêcher des prônes fielleux contre les Juifs. Mais les Juifs étaient honorés par les autres classes chrétiennes comme s’ils vivaient dans leur propre pays, et ils étaient très aimés d’eux, comme le savent les sages d’Espagne. » .
La pointe poussée par de tels passages est évidente. Tout au long du Shevet Yehudah, Ibn Verga montre qu’il a conscience que partout les Juifs durent faire face à une constellation de forces diverses. D’un côté, les monarques et l’aristocratie, la papauté et le haut clergé ; de l’autre, les masses et le bas clergé.
Si les premiers se montrèrent en général bien disposés à l’égard des Juifs, les autres se montrèrent habituellement hostiles.
Monarques et masses, concernant les Juifs, ont un rapport tendu. Bien que toujours prêts à prendre la défense des Juifs, les monarques en sont souvent empêchés par leurs propres sujets.De cette interprétation, Ibn Verga ne démord pas. Il n’est nulle
part question, sous sa plume, du changement fondamental d’attitude de la Couronne qui conduisit à l’expulsion de 1492. Ce changement,au contraire, serait advenu du fait de l’accroissement du fanatisme religieux et de l’hostilité populaire, qui, ayant atteint un pic, devinrent irrésistibles. Nul mot ni allusion au fait que l’Alliance royale avait en soi atteint une impasse, que la Couronne d’Espagne,pour diverses raisons, ne ressentait plus le besoin d’avoir ses Juifs et gagnerait à leur bannissement .
L’Alliance royale, dans le Shevet Yehudah, revêt parfois des dimensions presque mythiques, mais Ibn Verga n’est pas alors le seul à s’accrocher à ses traits essentiels. Assurément, les Juifs connaissaient des monarques bons et des méchants et, dans leurs propres rangs, des dirigeants bons et des corrompus. Mais jamais ils ne perdirent confiance dans la monarchie elle-même, ni dans le besoin absolu d’une direction juive organisée. Aussi est-il significatif qu’au lendemain de l’expulsion de 1492, dans les communautés réfugiées de l’Empire ottoman,les dirigeants séfarades d’avant l’expulsion ne furent pas répudiés et que les sultans turcs furent désormais exaltés comme des sauveurs .
De leur expérience médiévale, que retiennent les Juifs et qu’intègrent-ils dans leur mentalité ? Que dans un univers relatif, les alliances verticales leur sont généralement les plus favorables; que le prédicat de ces alliances était l’utilité des Juifs pour les gouvernants ;que s’il advenait que le souverain cesse de regarder les Juifs comme utiles, diplomatie, groupe de pression, voire franche corruption, pouvaient parfois prévenir un dur décret ; que si tout cela venait à échouer ou s’effondrer, les pires extrêmes auxquels l’État médiéval pouvait se porter était la conversion forcée – historiquement exceptionnelle – ou l’expulsion. La chose était suffisamment terrible. Mais il n’était pas question ici de massacre. Aucun roi du Moyen Âge ne le décréta jamais, ni un pape ne l’autorisa. Lorsque massacre il y eut, il n’advint pas d’en haut. Nul n’en porte mieux témoignage qu’Isaac Arama, dans son commentaire du troisième chapitre du livre d’Esther, lorsque Haman, l’ennemi des Juifs persuade le roi Artaxerxès de décréter que l’on ferait périr les Juifs et que des lettres seraient envoyées ordonnant de « détruire, exterminer et anéantir tous les Juifs – jeunes et vieux, enfants et femmes » . Arama écrit à ce propos et en dépit de la clarté du texte biblique : « Ses formulations selon lesquelles [il sera décrété que tous les Juifs seront détruits] ne signifient pas détruire, exterminer et anéantir, car cela, la nature humaine ne saurait le tolérer. Cela signifie qu’ils seront expulsés ou réduits en esclavage » .
Qu’un monarque puisse délibérément décider de l’annihilation physique des Juifs demeurait inconcevable.
...
Malgré toutes ses terreurs, le Moyen Âge, du moins dans les plus hautes sphères du pouvoir, connaissait encore les limites à ne pas franchir. Nous avons appris qu’il n’y a plus de contraintes. Les cendres des camps de la mort ont porté un grotesque Arbre de la Connaissance, dont nous avons tous goûté le fruit amer,et nous savons ce que nos ancêtres ne savaient pas – qu’une fois que cela a été possible, tout est possible.
cairn

JOSEPH KLAUSNER


BIO
JESUS
MESSIE
HISTOIRE

Joseph Klausner


"Jésus n'a pour ainsi dire pas introduit d'idées morales qui fussent étrangères au judaïsme"


Klausner, Joseph (Lituanie 1874-Tel Aviv 1958) : historien, successeur d’Ahad Haam à la tête du journal Hasiloah5. Il fut nommé professeur de littérature hébraïque à l’Université de Jérusalem en 1925. Bien qu’à l’origine sympathisant du Mapaï, il n’en fut pas moins attiré par le révisionnisme de Jabotinsky. Il est également connu pour les travaux «pionniers » sur Jésus.


Yossef Gedaliah Klauzner ou Joseph Gedaliah Klausner (יוסף קלוזנר) était un érudit juif (né en 1874 à Olkeniki, en Lituanie, mort à Jérusalem en 1958) qui émigra en Palestine en 1919 au temps du mandat britannique. Il fut un intellectuel, spécialiste de la religion, historien et critique de la nouvelle littérature de langue hébraïque. Il est le rédacteur en chef de l'Encyclopédie en Hébreu, et enseigne la littérature en hébreu à l'Université hébraïque de Jérusalem. Yossef Klauzner, protagoniste influent du mouvement sioniste, participe à plusieurs congrès sionistes. Il rédige des dizaines d'ouvrages et d'articles, ainsi que de nombreux comptes-rendus de recherches, qu'il publie.


Au tournant du siècle sa famille quitta la Lituanie où l'antisémitisme ne cessait de croître pour s'établir à Odessa. Klausner, sioniste convaincu qui avait fait personnellement connaissance avec Theodor Herzl, y reçut encore tout jeune une chaire de professeur de littérature hébraïque. En 1919 il émigra en Palestine et reçut à l'université hébraïque de Jérusalem la chaire de littérature hébraïque et par la suite celle qui concernait la recherche sur l'histoire du deuxième temple. Au dire de son petit-neveu, Amos Oz, sa bibliothèque privée contenait 25.000 volumes.

Il enseigna à l'Université hébraïque, ayant reçu d'abord une chaire en littérature hébraïque moderne. Finalement on lui donna la chaire d'histoire juive à laquelle il avait aspiré depuis le début.

Sa maison à Talpiot fut en grande partie détruite lors des révoltes arabes de 1929. Pour honorer ses mérites l'État d'Israël édita un timbre commémoratif le représentant en 1982. En outre, comme son petit-neveu Amos Oz le raconte dans son roman autobiographique Une histoire d'amour et de ténèbres, la rue dans laquelle se trouvait sa maison, fut rebaptisée en son honneur rue Klausner. Le célèbre écrivain hébraïque [Samuel Joseph Agnon][1], dont la maison se trouvait dans la même rue, était, à ce que rapporte Amos Oz, en mauvaises relations avec Klausner.


Travaux et pensée
Yossef Klauzner naît en Lituanie en 1874. Il grandit et étudie à Odessa, où il fréquente les mouvements sionistes et les cercles scientifiques et littéraires. Klauzner visite la Palestine en 1912 pour la première fois, et s'y installe définitivement en 1919. Il y enseigne l'histoire du peuple juif au séminaire des instituteurs de Jérusalem, et en 1925, il entre comme professeur à l'Université de Jérusalem.

Bien que n'étant pas officiellement un juif orthodoxe en terme d'adhésion à la pensée orthodoxe classique, il n'en observait pas moins certaines traditions juives comme le sabbat et la cacheroute. Il avait une vaste connaissance du Talmud et de la littérature midrachique.

Il passa son doctorat en Allemagne et écrivit sur Jésus de Nazareth un livre qui fut trouvé si riche d'informations par Herbert Danby, un prêtre anglican, que ce dernier le traduisit d'hébreu en anglais pour que les érudits anglais pussent profiter de ses renseignements. Il acquit la célébrité par ce livre Jésus de Nazareth et la suite De Jésus à Paul. Il soutenait que Jésus aurait été un réformateur juif qui serait mort comme juif convaincu, ce point de vue fut vivement attaqué tant du côté chrétien que du côté juif. Un certain nombre d'hommes d'Église furent si scandalisés que Danby eût traduire ce travail controversé qu'ils demandèrent qu'on le rappelle de Jérusalem. Klausner a toujours soutenu que c'était en regardant Jésus comme un juif et un israélite non-conformiste qu'on le comprenait le mieux. Klausner reprit de Ahad Ha'am l'édition de HaMe'assef et fut également candidat à la présidence d'Israël en 1949.

Il n'était pas juif orthodoxe, mais plutôt sioniste national libéral et passionné. Il publia HaMeassef>> d'Ahad Ha'am et fut candidat des conservateurs pour la présidence d'Israël. Avec Chaim Weizmann, il eut plusieurs controverses, qui devint finalement le premier président d'Israël.wiki

HAIM ZAFRANI


LIVRE
MUSEE
aitsadden
IUEJ


Historien, spécialiste du monde sépharade

1922-2004
Né à Mogador (Essaouira) au Maroc, Haïm Zafrani a gravi tous les échelons du système scolaire de l’Alliance israélite universelle dans son pays natal avant d’entamer une brillante carrière universitaire en France où il se spécialisa, sous la direction de Georges Vajda, dans l’histoire intellectuelle et religieuse des Juifs du Maroc. Professeur à l’université Paris 8 et membre correspondant de l’Académie royale du Maroc, il joua un rôle majeur dans le renouvellement des études séfarades dans le monde au cours de ces dernières années. Parmi ses ouvrages les plus importants, citons le premier d’entre eux, Les Juifs du Maroc, vie sociale, économique et sociale (1972). Ses autres livres portant sur la mystique, les traditions orales ou la poésie liturgique des Juifs du Maroc sont non moins novateurs. Haïm Zafrani a laissé également une excellente synthèse historique des Juifs du Maroc intitulée Deux mille ans d’histoire juive au Maroc (1982), traduite aussi bien en arabe qu’en hébreu.cairn

Dialogues inter-religieux en Andalousie
C'est bien évidemment, l'essor de la philosophie juive en Terre d'Islam qui a retenu davantage l'attention et on en arrive au modèle dit philosophique, un modèle qu'il n'est, du reste, pas facile de dissocier des autres modèles, des autres démarches, des autres modes d'expression, de la pensée, des composantes théologique, mystique, éthique, poétique voire juridique et politique, toutes intimement associées à doses variables selon les dominantes de l'oeuvre. A cet égard, sont exemplaires les figures et les oeuvres de Saadya, d'Ibn Gabirol, de Bahya Ibn Paquda, de Maimonide, de Juda Halévi, et de leurs homologues musulmans, Al-Kindi, Al-Farabi, Ibn Sina, Al-Ghazali, Ibn Baja, Ibn Taufayl, Ibn Rushd, etc.

En matière de philosophie, l'un des phénomènes les plus frappants de la symbiose judéo-arabe est "l'hellénisation de la pensée juive par l'intermédaire de l'islam". Les relations d'un grand nombre de Juifs de la Diaspora avec le monde gréco-latin, bien qu'illustrées par Philon, n'avaient eu qu'une influence superficielle. Mais, de même que les traducteurs juifs avaient transmis au monde chrétien les sciences et la philosophie arabes, c'est par le truchement de la littérature arabe que la science et les méthodes de pensées grecques ont fait irruption dans l'univers juif.

La pensée philosophique juive suivit le même itinéraire intellectuel que la pensée musulmane, adoptant les données les plus avancées des nouvelles sciences, amis conservant une attitude d'indépendance sur les questions fondamentales de la religion. Ce qui permit aux grandes oeuvres des théologiens et philosophes des Xe, XIe et XIIe siècles de demeurer des classiques du judaïsme orthodoxe, malgré les controverses soulevées par certaines, le "Guide des Perplexes" (Maïmonide) notamment. A titre d'exemple, une figure, parmi bien d'autres philosophes et savants : Samwal al Maghribi, un juif islamisé sur le tard, savant, intellectuel de grand renom, créateur des mathématiques nouvelles, auteur de "l'Algèbre al-Bahir". Il avait pour maître un penseur juif du XIIe siècle, Abn-Al-Barakat al-Baghdadi, surnommé Awhad al-Zamam, "l'Unique de sa génération", dont la critique de la Physique d'Aristote préfigurait la science moderne. Converti très tard à l'islam, il fut considéré comme l'un des plus grands philosophes musulmans de tous les temps.


Décès de Haïm Zafrani : Condoléances Royales
(Maghreb Arabe Presse 2/4/2004)

SM le Roi Mohammed VI a adressé un message de condoléances à la famille de Haïm Zafrani, dont les obsèques ont eu lieu jeudi, au cimetière parisien de Montparnasse, au milieu d'une foule d'amis, d'universitaires, d'écrivains et d'intellectuels.

Le message royal a été lu par le conseiller de SM le Roi, M.André Azoulay, en présence notamment de M. Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc en France, Abdellatif Berbiche, secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume, et Mme Leila Chahid, ambassadeur de Palestine en France ainsi que du grand rabbin Serfati.
Dans le message royal adressé à l'épouse du défunt, Mme Célia Zafrani, SM le Roi Mohammed VI a souligné que "la disparition du Professeur Haïm Zafrani prive la communauté scientifique et culturelle, d'un homme d'exception digne de Notre Haute considération, dont le savoir encyclopédique, les écrits fondamentaux ont été et resteront décisifs pour la connaissance de la singularité de notre patrimoine et identité marocaine, riche de tous ses affluents spirituels et pluriels".
Dans son hommage, M.Azoulay, qui s'exprimait en sa qualité de président-fondateur de l'Association Essaouira-Mogador, ville natale du professeur Zafrani, a rappelé la contribution historique du défunt à la connaissance et à la promotion de toutes les composantes du patrimoine national.
"Qu'il s'agisse d'histoire, de sociologie, de littérature, de poésie ou de musique, Haïm Zafrani nous a appris en permanence à explorer les facettes les plus inédites de notre patrimoine", a relevé M. Azoulay, en mettant en relief l'approche scientifique du professeur Zafrani qui a été "décisive pour que nous prenions la juste mesure du rôle spécifique et fondateur du Judaïsme marocain au fil des siècles dans l'épanouissement de l'identité marocaine, dans sa diversité et dans la synthèse qu'elle a su exprimer et imposer au regard des autres".
Pour sa part, l'écrivain Marocain Tahar Benjelloun a exalté les messages et les valeurs de tolérance véhiculés dans les écrits du défunt et salué "la richesse spirituelle, la générosité, l'humilité et la rigueur" de l'historien qui "a enrichi notre patrimoine jusqu'aux dernières heures de sa vie".
Haïm Zafrani, membre de l'Académie du Royaume du Maroc et professeur émérite d'université en France, a été décoré en mars dernier, du Ouissam Al Kafaâ à l'occasion de la visite de SM le Roi Mohammed VI à Essaouira.
Haïm Zafrani, né en 1922 à Essaouira, était connu pour son attachement à sa double culture juive et marocaine. Professeur émérite de l'université de Paris VIII, il avait dirigé le département de langue hébraïque et de civilisation juive.
Grand historien, feu Zafrani était titulaire du doctorat de recherche en études orientales, licencié en droit et sciences économiques et diplômé d'arabe classique à l'université de Rabat où il avait créé une chaire en hébreu.
Il était notamment membre de l'Institut des Hautes études sémitiques (Collège de France), membre du Conseil de coopération (Collège de France-universités) et membre du comité de parrainage de la revue "Horizons maghrébins".
Haïm Zafrani est par ailleurs l'auteur de quinze ouvrages et de plus de cent cinquante articles portant sur la pensée, les littératures et les langues juives en occident musulman. L'un de ses derniers ouvrages, "2000 ans de vie juive au Maroc", constitue un précieux document de travail sur l'histoire de la présence juive dans le Royaume.
Cet ouvrage, qui a reçu le prix "Grand Atlas de la création" en 1999, évoque notamment la mémoire de ce qui est toujours considéré comme la plus importante communauté juive dans le monde arabe. Il restitue, en 300 pages, l'essentiel des composantes de la vie juive marocaine et maghrébine au cours des deux derniers millénaires.
Le défunt a toujours estimé que son travail consistait à rassembler les travaux qui mettent en relation les musulmans et les juifs en occident musulman. "Ma recherche concerne des espaces de rencontres, des espaces de dialogue et mes livres sont dédiés à ces populations, juives et musulmanes, qui ont vécu ensemble, pendant presque un millénaire et demi", avait-il souligné dans l'une de ses dernières déclarations.
Il avait toujours exprimé une admiration sans limites pour l'Andalousie musulmane "une période presque mythique de l'âge d'or médiéval pendant laquelle les élites musulmanes et juives se rencontraient dans des espaces culturels de très haut niveau : philosophie, mystique, médecine et autres sciences dans lesquelles les juifs ont apporté une contribution extraordinaire".


Judaïsme marocain: Haïm Zafrani disparu, c'est une bibliothèque qui brûle
Hommage à Haïm Zafrani : ce judaïsme de langue et de civilisation arabe

Le Matin du Sahara 08.04.2004

Ne dites pas : «Mystique sans intérêt ! ». Ni erreur, plus grande encore, «Culture juive, connais pas». Si vous faites preuve de curiosité, vous ne perdriez rien à la lecture de « Kabbale, vie mystique et Magie » de Haïm Zafrani. Et si vous n'avez de complaisance ni pour la tolérance molle et abstraite, ni pour l'orgueilleux renfermement de donquichottisme bornés, alors vous seriez acquis à l'esprit d'une tolérance vraie, et vous liriez ce beau livre avec profit.

Peut-être seriez-vous stimulé et liriez-vous encore les autres ouvrages de H. Zafrani, Mille ans de vie juive au Maroc par exemple. Vous en apprécierez la méthode, mais vous serez peut-être sensible à cette autre question : l'importance de la culture juive pour la culture de notre pays dans sa signification la plus haute.

Pour la méthode d'abord : vous éprouverez combien une approche compréhensive parvient à donner chair et vie à des gestes quotidiens. La quotidienneté est digne d'attention ethnologique depuis que l'ethnologie, libérée de l'emprise coloniale, est devenue scientifique.

Cette lecture vous fera sentir la densité de la vie marocaine, toute la vie marocaine, dont la vie juive est part inaliénable, vivace encore dans les pays lointains, Sud et Nord de l'Amérique, où des juifs marocains sont allés vivre. Nous devons, nous musulmans, connaître cette culture sortie des mêmes entrailles que nous-mêmes, toujours palpitante, toujours indispensable à l'intelligence de nos coutumes et à l'appréciation de notre langue de tous les jours.

Lisez, à la fin du volume la «Qessa de Tingir » (page 425 et suivantes) pour vous rendre compte de la marocanité profonde du judéo-arabe, dans ses aspects religieux aussi bien que dans ses expressions populaires. Le livre sur la Kabbale est évidemment un livre savant, mais l'érudition y a pour but la restitution du quotidien, de la religion au jour le jour.

Elle montre, a contrario, combien nous avons tort d'avoir délaissé les sciences sociales, au sens non pas d'attention au folklore de Jama'al fna, mais en tant que sciences, aujourd'hui, partout reconnues par leur présence dans toutes les questions qui nous préoccupent, qu'il s'agisse des problèmes de l'agriculture, de l'impact de l'informatique, ou des transformations du quotidien.

Comme on le sait, toutes ces questions , interdisciplinaires par nature, exigent dans leur analyse la coopération de plusieurs disciplines et de chercheurs venus d'horizons différents.

Par sa signification, ensuite, ce travail nous révèle que le champ des choses que nous savons sans savoir est vaste et mérite d'être précisé. Vous saurez donc, en lisant ce travail, le détail de cette vérité que la culture marocaine juive est une interculture, à l'intersection de traditions bibliques et de réalités culturelles et linguistiques déterminées amplement par l'Islam occidental, notre Islam. Cette réalité conduit nos juifs de la halakhah à la légende, comme nous, il n'y a pas longtemps encore, du fiqh au fantastique.

On pourra, avec cette lecture, mesurer toute la portée des modèles étiques et musicaux arabes, le travail, sur leur base, accompli par la culture juive. Enfin, last not least, vous verrez que la mystique juive, sur plus d'un point, a été une simple version juive de la tradition mystique de l'Islam. Contrairement à une prétention courante, justifiée parfois sans être toujours vraie, beaucoup de grands parmi les juifs ont reconnu leur dette vis-à-vis de leurs maîtres arabes, ont même glorifié leurs emprunts, loué les qualités de leurs modèles.

Parmi eux, Abraham Maïmonide, fils de Moïse Maïmonide, dont le mysticisme est entièrement soufi. Lisons plutôt ce qu'en écrit Haïm Zafrani (Page 32) : «Abraham Maïmonide a de la mystique musulmane non seulement une connaissance livresque, mais une certaine expérience concrète.

Les confréries de sufis occupaient une place en vue dans la société égyptienne, de son temps ; il les connaissait et les regardait vivre avec beaucoup de sympathie, cherchant, avec un petit nombre de coreligionnaires qui pensaient comme lui, à réaliser, en s'inspirant de leur exemple, une modeste réforme de la vie religieuse de son entourage.

C'est lui qui écrit , dans son Kifâyat al – ‘abidîn, vade-mecum destiné aux serviteurs de Dieu, que «ce sont les ascètes musulmans, de son temps qui incarnent l'idéal religieux des bene-ha-nebi'îm « disciples des prophètes» des temps bibliques », affirmant que les sufis se sont, à certains égards, maintenus plus fidèlement dans la voie prophétique, plus que les juifs eux-mêmes.

Il essaya d'introduire, dans le rituel juif, un certain nombre de pratiques religieuses musulmanes parce que ces pratiques, disait-il, originellement juives, étaient tombées en désuétude au cours des siècles.

Il en est ainsi de la prosternation, un geste du rituel qu'attestent de nombreux passages bibliques et que pratiquaient volontiers R. Akiba et d'autres maîtres anciens dont il invoquait l'autorité. Ces réformes rencontrèrent une forte opposition dans le judaïsme traditionnel égyptien et sa tentative échoua à peu près totalement.

Incompréhensions et malentendus ne furent jamais que surface. Espérons que l'histoire fera son juste retour aux sources. Car, en y grattant, on va jusqu'à découvrir liberté et amitié. Sans quoi on n'écrit que l'apparence de l'histoire, où les démons jouent, ce contre quoi le Maroc, par son expérience, met en garde, en rappelant que la compréhension mutuelle, si bien illustrée par l'islam occidental , est le principe , le fondement et le modèle de l'avenir.

Mohamed Allal Sinaceur de l'Académie du Royaume

ABRAHAM ZACUTO


BIO
JEWISH
LIBRARY
HEBREW
CRATERE













Abraham Zacuto (hébreu: אברהם זכות, Portugais: Abraão ben Samuel Zacuto) (1450-vers 1510) est un Juif espagnol, astronome, astrologue, mathématicien et historien qui servit comme astronome royal au XVe siècle pour le roi Jean II de Portugal.

Le cratère lunaire Zagut a été nommé en son honneur.


Sa vie
Zacuto est né à Salamanque en Espagne vers 1450. Il étudie l'astronomie à l'Université de Salamanque où il enseigne aussi. Plus tard, il devient professeur d'astronomie à l'université de Saragosse puis à celle de Carthagène. Il est spécialiste en Halakha et est le rabbin de sa communauté.

Lors de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, Zacuto trouve refuge à Lisbonne au Portugal. Déjà célèbre dans les cercles académiques, il est invité à la cour et nommé Astronome Royal et Historien du roi Jean II de Portugal, une position qu'il gardera jusqu'au début du règne de Manuel Ier. Il est consulté par le roi sur la possibilité d'une route maritime vers l'Inde, un projet qu'il supporte et encourage. Zacuto est un des rares Juifs qui pourront quitter le Portugal lors des conversions forcées et les interdictions de quitter le Portugal décrétées par Manuel Ier afin d'obliger les Juifs à se convertir au christianisme.

Après un voyage tourmenté où il est fait deux fois prisonnier il s'installe à Tunis qu'il fuira lors de l'avancée des troupes espagnoles pour rejoindre la Turquie où il mourra vers 1510.


Son œuvre
page de l'Almanach Perpetuum.Zacuto perfectionne l'astrolabe, qui devient alors un instrument de précision, et est l'auteur d'un almanach perpétuel de haute précision utilisé par les marins portugais pour déterminer la position de leurs caravelles en pleine mer, grâce aux données acquises avec un astrolabe. Ses contributions ont sans aucun doute sauvé de nombreuses vies de marins portugais et leur ont permis d'atteindre le Brésil et l'Inde.

Avant sa fuite d'Espagne, il écrit un traité exceptionnel sur l'astronomie/astrologie en hébreu intitulé Ha-jibbur Ha-gadol. Il publie aussi en 1496 aux presses de Leiria propriété d'Abraão de Ortas, le livre Biur Luhoth, ou en latin Almanach Perpetuum, qui sera immédiatement traduit en espagnol. Dans ce livre se trouvent les fameuses tables astronomique (éphémérides) pour les années 1497 à 1500, qui, avec le nouvel astrolabe fait en métal et non plus en bois, furent de grand secours à Vasco da Gama et à Pedro Alvares Cabral pour leurs voyages respectivement vers l'Inde et vers le Brésil.

En 1504, alors qu'il se trouve en Tunisie, il écrit une histoire du peuple juif, le Sefer ha Yuhasin, depuis la création du monde jusqu'à l'année 1500, et plusieurs autres traités d'astronomie/astrologie. Son Histoire des Juifs est si réputée qu'elle sera réimprimée à Constantinople en 1566 par Samuel Shalom, avec des ajout et suppression de l'imprimeur, puis réimprimée en 1581 à Cracovie, en 1717 à Amsterdam, en 1857 à Königsberg (maintenant: Kaliningrad), tandis qu'une édition complète est imprimée par Filipowski à Londres en 1857.

Pendant longtemps, ce livre sera l'une des rares sources de l'histoire juive post-biblique (à partir de l'exil babylonien) jusqu'au Moyen Âge, bien que certaines de ses datations d'évènements anciens prêtent maintenant à sourire. Entre autres, il place Hippocrate, Euclide, et Platon à l'époque de Mardochée et d'Esther, et Priam, roi de Troie à l'époque des Juges de la Bible.

Au XIXe siècle, l'historien juif des "Lumières", Heinrich Graetz, accusera Zacuto d'être « un homme d’intelligence limitée, incapable de s’élever au-dessus des superstitions de son époque…Il n’a pas su donner une vision complète des souffrances des Juifs espagnols et portugais. ». Mais Zacuto, témoin et victime des atrocités commises par l'Inquisition espagnole et portugaise, pouvait-il avoir assez de recul pour avoir une vision complète de ce qui se passait à son époque?wiki

BAT YE'OR


SITE
DHIMMI
VIDEO
GURFINKIEL
EURABIA
ARTICLE
INTERVIEW
WOJAC


Giselle Littman

Bat Ye'or est née au Caire, en Egypte. En 1955 sa nationalité égyptienne est révoquée parce qu'elle est juive. Avec ses parents, elle trouve asile à Londres en 1957, comme réfugié apatride, et acquiert la nationalité britannique en 1959 après son mariage. A partir de 1958 elle suit les cours de l'Institut d'archéologie à la London University, puis continue ses études à partir de 1960 à l'Université de Genève, en Suisse où elle a suivi son mari. Elle a écrit de nombreux articles et 3 livres depuis 1971 sur le sort des non-Musulmans sous l'Islam. La traduction de Le Dhimmi (Paris, 1980) en anglais (1985), hébreu (1986), et russe (1991), lui ont conféré une stature internationale dans ce domaine .acam



Qui êtes-vous, Bat Ye'or ?

- Je suis née en Egypte, et j'ai grandi au Caire, jusqu'à l'âge de 20 ans. Ma mère était française et mon père, qui appartenait à une famille juive italienne, avait demandé la nationalité égyptienne, après la promulgation des lois racistes par Mussolini. Après la guerre de 1948, les biens de mon père ont été confisqués, et nous avons dû partir en 1957 avec deux valises en tout et pour tout, en abandonnant tous nos biens et en renonçant à notre nationalité... Lorsque nous sommes arrivés en Angleterre, nous étions apatrides. J'avais commencé à écrire en Egypte, car je me suis toujours sentie comme un écrivain, mais j'ai tout brûlé... En Angleterre j'ai recommencé à écrire, et c'est ce qui m'a aidée à surmonter l'expérience douloureuse du déracinement, en l'examinant du point de vue historique. Je me suis rendu compte que j'avais vécu la destruction d'une communauté juive qui existait depuis l'époque du prophète Jérémie, et qu'il n'existait aucun livre relatant cette histoire et l'agonie de cette communauté. C'est ce qui m'a conduit à écrire mon premier livre, Les Juifs en Egypte.

- Comment en êtes-vous venue au thème de la dhimmitude, que vous avez été la première à aborder?

- En Angleterre, j'ai rencontré à l'institut d'archéologie celui qui allait devenir mon mari [l'historien David Littman, ndlr], et j'ai entamé mes recherches sur les Juifs d'Orient. Mon projet initial était d'écrire sur la condition des Juifs des pays arabes. J'ai rencontré beaucoup de Juifs qui avaient été expulsés de leur pays d'origine et qui étaient restés en relation, malgré l'éloignement. J'ai été parmi les membres fondateurs du WOJAC, l'association internationale des Juifs des pays arabes. Nous avions tous vécu la même histoire, de persécutions, de spoliations et d'expulsions... C'est au cours de mes recherches que j'ai découvert la condition du dhimmi [c'est-à-dire le statut des non-musulmans monothéistes en terre d'Islam]. Cela a fait l'objet de mon livre Le Dhimmi, paru en 1980. Après sa parution, j'ai été contactée par des chrétiens, et j'ai commencé à m'intéresser à l'islamisation des pays chrétiens, thème auquel j'ai consacré un autre livre.

- Vous avez en fait découvert un pan inexploré de l'histoire mondiale.

- Il existait de très bonnes monographies abordant le thème des conquêtes islamiques, mais toujours du point de vue du vainqueur... Je me suis placée du point de vue des populations conquises, c'est-à-dire des dhimmis. C'est la raison pour laquelle j'ai été attaquée, parce que j'englobais Juifs et chrétiens dans le même concept. A cette époque, aucun historien ne parlait encore de Djihad. C'était un terme presque tabou, parce qu'il contredisait le mythe de la coexistence pacifique en terre d'Islam, que j'ai désigné comme le "mythe andalou".

- C'est dès cette époque que vous avez été critiquée par les tenants d'une vision politiquement correcte de l'histoire ?

- Très innocemment, sans même en être consciente, je m'opposais à la vision communément admise de l'histoire, celle que développe Fernand Braudel dans son livre Méditerranée. Cela m'a pris quatre ans pour pouvoir publier Le Dhimmi, et l'éditeur que j'ai finalement trouvé m'a imposé le sous-titre Profil de l'opprimé, en refusant de parler de Juifs et de chrétiens...

- Comment avez-vous découvert le concept d'Eurabia, qui est entré dans le vocabulaire politique contemporain ?

- Dans mon précédent ouvrage, Juifs et chrétiens sous l'islam, j'examinais les formes historiques de la dhimmitude, et ses prolongements à l'époque contemporaine. Je voyais comment le Djihad se poursuivait à notre époque, sous toutes ses formes, mais je ne comprenais pas pourquoi l'Europe se soumettait à la politique intransigeante et aux diktats de la Ligue arabe, en particulier concernant le conflit avec Israël. Je suis tombée par hasard sur une revue publiée en 1975 par le comité de coordination des associations d'amitié euro-arabe, intitulée Eurabia. C'est à ce moment que j'ai compris qu'il existait une politique euro-arabe. J'ai entrepris des recherches sur ce sujet, qui ont fait l'objet d'un article, puis de mon livre Eurabia, publié d'abord en anglais, puis en français. Des traductions sont en cours en italien, hébreu, allemand et slovène.

- Comment ce livre a-t-il été accueilli?

- Aux Etats-Unis, où il est paru en 2005, il a été bien accueilli, en tout cas par les gens avertis. Il apportait des explications à l'antiaméricanisme, très virulent lors de la guerre en Irak, et notamment à l'attitude de la France et à son animosité envers les Etats-Unis. Eurabia a connu déjà sept rééditions aux Etats-Unis. Le terme a été repris par de nombreux observateurs de la politique internationale.

- Que signifie Eurabia ?

- C'est un nouveau continent qui est en train d'émerger, un continent de culture hybride, arabo-européenne. La culture européenne, dans ses fondements judéo-chrétiens, est en train de s'affaiblir progressivement, et de disparaître pour être remplacée par une nouvelle symbiose, islamo-chrétienne. J'ai reconnu ce processus, que j'avais déjà étudié dans mon livre sur les chrétientés d'Orient, où j'analysais les causes historiques du déclin des civilisations chrétiennes sous l'Islam.

- Comment êtes-vous passée du point de vue de l'historienne à celui de la prospective géopolitique ?

- Ce qui m'a intéressée, c'est de tenter de découvrir les indices qui dessinent une évolution future, les courants souterrains de l'histoire qui mènent à des développements prévisibles, mais souvent imperceptibles. Lors de la conférence organisée à Jérusalem, intitulée "L'Islam en Europe, Islam européen ou Eurabia?", la plupart des conférenciers invités ont nié l'existence d'Eurabia. Pourtant les signes en sont flagrants, tant sur le plan démographique, que politique et culturel. Les millions de manifestants qui soutenaient Saddam Hussein ou Arafat dans les rues des capitales européennes, tout en vouant aux gémonies Bush et Sharon, le développement de l'antisémitisme et de l'intolérance, le terrorisme, l'insécurité permanente...

- La thèse de votre livre est que ces évolutions traduisent une volonté politique délibérée, de la part de l'Europe ?

- Cette politique, désignée sous le vocable trompeur de "dialogue euro-arabe", a été décidée au niveau de la Communauté, puis de l'Union européenne. C'est une politique conjointe, coordonnée entre les institutions européennes et la Ligue arabe. L'Union européenne est devenue un organe politique supranational qui prend des décisions à l'insu des populations. Tous ceux qui ont voulu s'opposer à la politique d'Eurabia, comme Blair ou Aznar, ont finalement perdu les élections. - Etes-vous retournée en Egypte ? - Non, jamais. Mais je n'ai gardé aucune animosité envers les Egyptiens. Il y a dans ce peuple une grande élévation. Les politiques imposées ne parviennent pas à changer la nature humaine.
Propos recueillis par Paul Landau .observatoire

HEINRICH GRAETZ


HISTOIRE DES JUIFS
JUDEN
SCHOLEM




Heinrich Grätz,1817, père fondateur de l'historiographie juive moderne, est mort le 7 septembre 1891. Il est l'auteur d'une monumentale « Histoire des juifs » en 11 volumes. Cette œuvre a été précédée par la rédaction d'un texte programmatique mettant à nu les grandes articulations de l'histoire d'Israël. C'est cette « Construction de l'histoire juive » qu'on peut désormais lire en traduction française. Grätz prend pour point de départ les origines du peuple juif et s'arrête avec Moïse Mendelssohn, Salomon Maïmon et les grands courants réformistes de son temps. Ce document capital est indispensable pour comprendre les questions spécifiques que pose l'histoire juive. Grätz est aussi l'auteur d'une thèse de doctorat intitulée « Gnosticisme et Judaïsme » qu'on lira ici également. L'intérêt de l'auteur pour la période talmudique et le judaïsme antique est inséparable de ses préoccupations pour des problématiques contemporaines : le monolithisme réel ou supposé des maîtres du Talmud, leur attitude face à la gnose, leur recherche des motivations des préceptes, leurs relations avec d'autres systèmes religieux.

Grätz avait bien senti que les relations du judaïsme et du gnosticisme méritaient une étude serrée : à la fin de ce livre, il notera que la kabbale médiévale allait se réapproprier ce legs contesté. Dans sa discussion des origines de la kabbale, Scholem consacrera une grande attention aux hypothèses émises par Grätz .editionsducerf

Tzvi Hirsch Graetz, qui naît à Ksia-Wielkopolski en Allemagne (aujourd'hui Pologne), reçoit une éducation juive orthodoxe à la yéshiva (jusqu’en 1836) tout en acquérant des connaissances profanes par des études privées. Il décide de défendre le judaïsme orthodoxe. Pour se faire, il devient disciple du rabbin Samson Raphaël Hirsch qui lui offre l’hospitalité de 1837 à 1840. A cette époque la controverse entre le judaïsme réformateur et l'orthodoxie est à son comble, et Graetz, fidèle aux principes de Hirsch, commence sa carrière littéraire par des contributions à la revue Orient, où il critique sévèrement la Réforme.
Son travail avec le rabbin Hirsch
En octobre 1842, Graetz entre à l'Université de Breslau. Après de brillantes études, il obtient son doctorat de l'Université d'Iéna. En 1845 il est nommé directeur de l'école orthodoxe juive de la communauté de Breslau (aujourd'hui Wrocław, Pologne) avant d’enseigner l'histoire au Séminaire théologique juif de Breslau. Il y reste jusqu'en 1848 avant de travailler avec le rabbin Hirsch devenu, entre temps, rabbin de Nikolsburg (Moravie). Graetz est nommé directeur de l'école juive dans la ville voisine de Lundenburg (1850). En octobre 1850, il se marie avec Marie Monasch.
Son travail avec le rabbin Frankel
Le départ de Hirsch de Nikolsburg entraîne peu de temps après le départ de Graetz. En
1852 ce dernier quitte Lundenburg pour Berlin, où il rencontre le rabbin Zacharias Frankel (issu du milieu réformé, qui avait claqué la porte du mouvement jugé laxiste dans trop de domaines). En 1854, Frankel nomme Graetz comme membre du personnel enseignant au séminaire à Breslau, poste qu’il occupera jusqu'à sa mort. Graetz enseignera l’histoire et l'exégèse de la Bible, avec un cours préparatoire sur le Talmud. En 1869 le gouvernement lui confie le titre de professeur, ce qui lui permettra d’enseigner aussi à l'Université de Breslau.
akadem

SAUL FRIEDLANDER



SITE
REVIEW
ELIE BARNAVI
INA
LITELL





L'historien franco-israélien Saul Friedländer, grand spécialiste de l'Holocauste et dont les parents sont morts en camp de concentration sous le nazisme, s'est vu décerner dimanche à Francfort (ouest) le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands 2007.

En présence du président allemand Horst Köhler, M. Friedländer, 75 ans, a lu pendant la cérémonie des passages des dernières lettres écrites en 1942 par ses parents et par des membres de sa famille, avant d'être assassinés dans les camps.

"Il est clair pour moi que ce prix m'est accordé en grande partie en raison de la thématique de mon travail. C'est pourquoi j'accepte avec une grande humilité cet honneur, dont la signification va bien au-delà de toute prestation individuelle", a déclaré le récipiendaire.

Le jury du Prix de la paix des libraires allemands, une distinction dotée de 25.000 euros, a voulu honorer en Saul Friedländer, "le conteur épique de l'histoire de la Shoah, de la persécution et de la destruction des Juifs à l'époque de la terreur nazie en Europe".

L'historien, qui a grandi en France où ses parents l'avaient caché dans un orphelinat catholique pendant la Seconde guerre mondiale, "a permis aux hommes et aux femmes réduits en cendres de faire entendre une plainte, un cri. Il leur a offert une mémoire et leurs noms", a affirmé le jury.

Décerné depuis 1950, le Prix de la paix des libraires allemands avait été attribué en 2006 à l'essayiste et sociologue allemand Wolf Lepenies. En 2005, il avait échu à l'écrivain turc Orhan Pamuk, qui obtint un an plus tard le Prix Nobel de littérature.

Saul Friedländer, né en 1932 à Prague de parents juifs germanophones qui furent assassinés à Auschwitz, s'est installé en 1948 en Israël. L'auteur, qui vit aujourd'hui surtout aux Etats-Unis, est surtout connu pour son oeuvre "L'Allemagne nazie et les juifs".

Après un premier tome consacré aux "années de persécution" (1933-1939), paru en 1997, il a publié en octobre 2006 un deuxième tome consacré aux "Années de l'extermination" (1939-1945). Dans cet ouvrage, pas encore traduit en français, il affirme qu'à l'époque d'Hitler, les Allemands étaient au courant de l'extermination des juifs, "même s'ils ne connaissaient pas tous les détails".Thomas lohnes


"Qu'il n'y ait pas eu des milliers de gens pour se dresser contre ces crimes ne me frappe pas. Il est clair que la peur régnait, qu'on songeait d'abord à soi. Mais qu'au niveau des ecclésiastiques et des intellectuels il y ait eu si peu de protestations, de solidarité, voilà ce qui est étonnant. Cela montre que la Shoah était un phénomène global. Certes, il fallait un détonateur. Mais aussi qu'il y eût beaucoup de bois mort et de broussailles pour que le feu prenne. Il n'y a pas de groupe dans toute l'Europe, pas un seul, qui ait, en tant que tel, manifesté sa solidarité avec les juifs. Alors, c'est vrai, il y a les Justes [les non-juifs qui ont sauvé des juifs persécutés]. Mais il s'agit d'individus héroïques, pas de groupes sociaux."

BERNARD LEWIS


ARMENIENS
INTERVIEW
OCCIDENT
TEXTE
HISTOIRE
INTERVIEW
ANTISEMITISME
DHIMMI
LIVRE



Bernard Lewis est l'orientaliste anglo-saxon reconnu sur le plan international comme l'expert de l'histoire du Moyen Orient. Né en 1916 à Londres, il est spécialisé notamment dans la grande époque médiévale arabe et la Turquie ottomane puis kémalienne.


"Quand le 17 décembre 1947, la Ligue Arabe a rejeté la résolution du Conseil de Sécurité de l'Onu partageant la Palestine, cette même Onu n'a jamais émis la moindre objection devant la dénonciation d'un texte légal qu'elle venait de produire. L'Onu n'a pas dit un mot quand les pays arabes ont interdit l'entrée de leur territoire aux Juifs du monde entier et aux Israéliens, punissant de ce fait les pèlerins musulmans d'Israël souhaitant se rendre à la Mecque. L'Onu n'a pas réagi non plus quand en 1954 la Jordanie a offert la citoyenneté jordanienne à tous les habitants de Palestine, sauf les Juifs…."

"L'inventeur du «choc des civilisations» est enclin à décrypter l'actualité à la lumière du passé. Pour lui, cette formule qui a fait florès n'a de sens que religieux, celui de «l'affrontement de vérités universelles et exclusives». Dans l'affaire des caricatures de Mahomet, il rappelle que si la loi islamique (charia) a interdit les représentations du Prophète, c'est d'abord pour empêcher l'idolâtrie."

Autant que les courants violents en Terre d'islam, ce sont les «faiblesses» de l'Occident que dénonce sans ambages Bernard Lewis. En Irak, une guerre dont il a approuvé le déclenchement, «j'ai sous-estimé notre capacité d'engendrer la défaite à partir de la victoire», déplore-t-il. «Nous offensons les Irakiens et nous les flattons en même temps.» Or, il n'y a qu'une politique à ses yeux face à l'insurrection : «La supprimer. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire à moitié.» Idem du Hamas dans les Territoires palestiniens : «Une organisation terroriste dangereuse qu'il faut traiter comme telle.» L'Iran ? «Je suis enclin à croire à la démence (du président) Ahmadinejad. Il semble vraiment convaincu de l'apocalypse qu'il annonce. Avec la bombe atomique, les Iraniens deviendraient d'une arrogance insoutenable. Ils ne l'utiliseraient pas dans des bombardements, mais plutôt dans des actions terroristes, sans préciser l'adresse de l'expéditeur.» Devant d'aussi grands dangers, l'universitaire, qui conseille parfois la Maison-Blanche, n'a qu'un mot d'ordre : «La fermeté.»

"Dire que nous sommes en guerre contre le terrorisme, c'est comme dire que nous étions en guerre contre des avions et des sous-marins pendant la Seconde Guerre mondiale. Le terrorisme est une tactique, insiste-t-il. Ce n'est pas une cause et ce n'est pas un ennemi."

"Des sociétés ouvertes réussiront à se développer et l'islam retrouvera sa juste place dans le monde"

"En islam, le suicide est un péché mortel. Celui qui le commet est promis à endurer sa mort sans fin en enfer, une éternité d'empoisonnement, d'asphyxie ou d'explosion... Mais les radicaux ont décrété que c'était acceptable si le kamikaze emportait avec lui assez d'ennemis. C'est une rupture absolue avec des siècles de tradition islamique"

MARC BLOCH


RESISTANT
SITE
PANTHEON
PORTRAIT
UNIVERSITE
L'ETRANGE DEFAITE
HISTOIRE
CENTRE


"L'historien n'a rien d'un homme libre. Du passé, il sait seulement ce que ce passé même veut bien lui confier."- La société féodale


"Le satanique ennemi de la véritable histoire : la manie du jugement"


Marc Bloch est né le 6 juillet 1886 à Lyon. Il est mort sous les balles allemandes le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain) à l'âge de 57 ans. Sa femme est morte le 2 juillet 1944 à Lyon, à l'âge de 50 ans, sans doute dans l'ignorance de la mort de son mari.

Il n'est guère de jours sans que l'on ne rencontre le nom de Marc Bloch au cours de la lecture de la presse, d'un article ou d'un livre. Ce nom est mentionné à l'appui d'une citation ou au rappel d'un aspect de sa pensée ou d'un événement. Il est fréquemment aussi associé à la Résistance. L'œuvre de Marc Bloch est considérable. L'historien et le savant sont mondialement connus. Il n'en est pas de même de sa vie.

Cette vie est courte et exceptionnelle. Comme beaucoup de ses contemporains nés dans les dernières décennies du dix neuvième siècle ou dans les premières années du vingtième il a vécu deux crises graves ayant marqué leur corps et leur esprit : la grande guerre avec son cortège de souffrances et d'horreurs que la majorité d'entre eux ont faite et la seconde guerre mondiale à laquelle, cette fois -ci une minorité d'entre eux a participé suivie, en France, par l'occupation et Vichy qui se sont déroulées dans l'indifférence ou pour le moins pour la grande majorité de la population dans l'inaction. Au cours de ces derniers événements, à la différence de beaucoup, Marc Bloch a été acteur. Il a combattu dans les deux guerres et a joué un rôle important dans la Résistance.

En schématisant un peu, la vie de Marc Bloch se résume ainsi : 20 ans de vie normale, caractérisée par un travail intense, une carrière universitaire brillante mais relativement lente l'ayant conduit de Strasbourg à Paris, une vie familiale classique et heureuse auprès d'une femme aimée entourée de six enfants, dans une confortable aisance et une production scientifique étonnante par sa richesse et son abondance ; 10 ans de vie anormale partagée en deux périodes de cinq ans encadrant ces 20 ans de vie normale, la première toute militaire de 1914 à 1919, la seconde de 1939 à 1944 faite de bouleversements, de privations, de pertes successives, éclairée par un engagement de plus en plus total dans la Résistance ; 10 ans de temps de formation prenant son point de départ à l'âge de 18 ans, en 1904, à son admission à l'Ecole normale supérieure et s'achevant à l'entrée en guerre en 1914 si l'on inclut les deux ans d'enseignement secondaire successivement aux lycées de Montpellier et d'Amiens, 1912-1913 - 1913-1914. Sur l'enfance et l'adolescence on ne sait pratiquement rien car les documents et les témoignages sont rares. On peut cependant essayer de se représenter cette vie dans le cocon familial grâce aux mots mêmes de Marc Bloch, témoignant sa reconnaissance à ses parents dans son testament de 1915 : " Je mentirais en disant que je ne regrette pas la vie ; je serais injuste envers vous qui me l'avez faite si douce".

"Il est des contradictions qui ressemblent fort à des évasions."- Apologie pour l'Histoire

MAXIME RODINSON


ORIENT

PORTRAIT
SIONISME





L'historien et sociologue Maxime Rodinson, spécialiste du monde arabe et musulman, est décédé à Marseille le 23 mai à l'âge de 89 ans. Connu notamment pour sa biographie du prophète Mahomet, il était né le 26 janvier 1915 à Paris, de modestes parents juifs qui mourront à Auschwitz. Docteur ès lettres, diplômé de l'Ecole des Langues Orientales et de l'Ecole Pratique des Hautes études, linguiste au CNRS, professeur et bibliothécaire au Liban et en Syrie avant d'être nommé directeur d'études en France, il connaissait une trentaine de langues et dialectes. Ce grand orientaliste français, chevalier de la Légion d'honneur et officier des Arts et des lettres, était aussi un homme engagé politiquement, un moment auprès du Parti Communiste, mais surtout en faveur de la cause palestinienne pour laquelle il a écrit de nombreux articles et a créé avec un autre orientaliste, Jacques Berque, le Groupe de Recherches et d'Actions pour la Palestine. Toujours très modéré, attentif à respecter les vérités historiques et à ne blesser aucune communauté, il a oeuvré toute sa vie pour le dialogue des cultures juives et arabes, sans toutefois taire certaines positions qui fâchent. Dans son livre Israël et le refus arabe il n'avait par exemple pas hésité à qualifier le sionisme de "virus dans le corps juif", ce qui lui fit des ennemis violents en Israël. Selon l'écrivain-historien Gérard Khoury qui a publié un livre d'entretiens avec lui, Maxime Rodinson "occupait une place particulière au carrefour des valeurs juives et de celles du monde arabe et musulman, dans un rapport d'entente et non d'exclusion". Parmi ses principaux livres publiés, citons la biographie Mahomet (1961), les essais Islam et capitalisme (1966), Israël et le refus arabe (1968), Marxisme et monde musulman (1972), La Fascination de l'Islam (1980), Peuple juif ou problème juif ? (1981), Les Arabes (2002), le recueil d'articles L'Islam, politique et croyance (1993) et le livre d'entretiens avec Gérard D. Khoury intitulé Entre Islam et occident (1998).
La Republique des Lettres

Il militera pour la coexistence de la Palestine et d’Israël.
Sa vision du conflit israélo-palestinien changea au fils des années, le fait national israélien devenant évident. Israël ne pouvait plus être regardé que comme un État de colonisateurs mais aussi comme une communauté ethnico-nationale de fait. Les juifs israéliens avaient des droits collectifs que les palestiniens se devaient d'honorer :

« S'il y a deux groupes ethniques ou plus dans le même pays, et si le danger de la domination de l'un par l'autre est à éviter, alors ces deux groupes doivent être représenté comme des communautés distinctes à un niveau politique, et à chacune doit être accordé le droit de défendre ses intérêts et aspirations. »WIKI

SIMON DOUBNOV

OEUVRE
LIVRE
BIO
MEMOIRE
LETTRES
DOSSIER
NATION
AUTONOMIE
SITE dubnow

"Il faut sauver le judaïme européen du désastre " - Simon Doubnov (juillet 1939)

Quand Simon Doubnov lance ce cri d'alarme en juillet 1939, il est déjà trop tard. L'histoire juive dont il est l'historien et le témoin depuis la Zone de résidence tsariste jusqu'au Berlin nazifié de 1933, est engagée dans la pire tourmente qui soit. Au regard du désastre ouvert en 1914, le XIXème siècle, fort de l'espérance hugolienne, paraît calme et bienfaisant. Mais quand triomphent l'urbanisation, l'industrialisation, la bureaucratisation des rapports humains dans des sociétés massifiées, la condition juive en Occident figure l'exact baromètre des terreurs collectives dont elle cristallise l'angoisse.

Né dans la bourgade biélorusse de Mstislav le 10 septembre 1860, assassiné un jour de décembre 1941, pendant l’extermination du ghetto de Riga, Simon Doubnov est l’un des plus grands historiens du judaïsme.
Son introduction en France, relativement tardive, doit beaucoup au travail de Renée Poznanski qui donna l’occasion au lectorat français de se familiariser avec sa pensée en publiant en 1989 une excellente traduction savamment annotée de ses volumineuses Lettres sur le judaïsme ancien et nouveau . Cette parution, précédée une année auparavant de son Histoire d’un soldat juif 1880-1915 , fut peut-être à l’origine de « l’Association des amis de Simon Doubnow » qui permit aux éditions du Cerf de faire paraître son Précis d’histoire juive , puis son Histoire moderne du peuple juif .
On reste cependant redevable à Doubnov d’une somme considérable de travaux, dont une histoire universelle des juifs en dix volumes, une histoire des juifs en Russie et Pologne, ainsi qu’une histoire du hassidisme, tous ouvrages destinés à combler les lacunes demeurant, à l’aube du xx e siècle, dans l’historiographie des juifs de cette partie du monde. Doubnov vécut en Europe orientale la période durant laquelle se déroulèrent les événements les plus déterminants de l’histoire contemporaine, jalons de toute l’histoire du xx e siècle.
Autodidacte et encyclopédiste, Simon Doubnov plaidait en faveur de l'autonomie culturelle de son peuple. La traduction de son autobiographie est un événement ... Le bonheur de lecture qu'on tire de l'autobiographie de Simon Doubnov, un des plus grands historiens du judaïsme, se compare aisément à celui qui naît des fresques historiques du roman russe, de Tolstoï à Vassili Grossman. Même si le pacte de lecture est ici celui de l'histoire et non de la fiction ... Au lecteur francophone de se laisser porter par cette description du monde d'un érudit juif, né en 1860, reposant inconfortablement sur la branche de l'empire russe au bord de la décomposition, dont le récit mène à l'année 1933. Jusqu'au moment où une autre vague judéophobe s'apprête à submerger le foyer juif berlinois où tant d'intellectuels et d'écrivains de l'Est ont, comme lui, trouvé refuge après la révolution d'Octobre.
Il meurt assassiné par les nazis en 1941.

Dans l’étrangeté du temps, la discussion qu’il a ouverte à propos des idéologies nationales juives et de la succession des cycles de rayonnement et de déclin dans l’histoire des juifs, prend parfois, à la lueur de l’actualité, une sombre acuité.

"Pour moi, l’histoire était une source de vie bouillonnante, de combat, de création d’esprit vivant, l’origine d’une conception du monde, la vénérable légende des siècles"

RAOUL HILBERG


DESTRUCTION
MEMOIRE
EXPERIENCE



"La destruction des juifs ne fut pas accidentelle. Aux premiers jours de 1933, lorsque le premier fonctionnaire rédigea la première définition du "non-Aryen" dans une ordonnance de l'administration, le sort du monde juif européen se trouve scellé"


En 1955, il soutient sa thèse universitaire - intitulée 'La destruction des Juifs d'Europe' -, qui ne sera publiée qu'en 1961 à compte d'auteur chez un petit éditeur de Chicago, faute d'intérêt de la part du monde de l'édition. L'ouvrage, qui se fonde essentiellement sur des sources allemandes, suscite alors de fortes réserves de la part de la communauté Juive américaine. Hilberg note par exemple la faible résistance des populations juives aux persécutions. "Ce genre de vérité a valu à mon livre de ne pas être traduit en hébreu pendant des années. Malheureusement, l'Histoire est l'Histoire, tant pis si elle ne correspond pas à ce que nous souhaiterions qu'elle fut", déclarait-il dans un entretien.
Ce monument d'érudition reste une oeuvre sans équivalent. Des premières lois antijuives à l'extermination de masse, en passant par les expropriations, les déportations, la concentration dans les ghettos et les 'opérations mobiles de tueries', Hilberg décrit le processus de destruction qui a conduit à la mort d'environ 6 millions de juifs européens.
Dans le monde francophone, il a en effet fallu attendre le film-événement de Claude Lanzmann 'Shoah', pour que le livre de Hilberg soit traduit une première fois en français.

JOSEPH HACOHEN


J. HACOHEN
LA VALLEE DES PLEURS


"Tous les exilés de Jérusalem en Espagne quittèrent cette contrée maudite le cinquième mois de l'année 5252, c'est-à-dire en 1492, et de là se dispersèrent aux quatre coins de la terre." Qui mieux que Joseph Ha-Cohen, dans La Vallée des Pleurs (1560), a décrit la tragédie de l'expulsion des juifs d'Espagne ? "Les juifs s'en allèrent où le vent les poussa, en Afrique, en Asie, en Grèce et en Turquie. D'accablantes souffrances et des douleurs aiguës les assaillirent, les marins génois les maltraitèrent. Des créatures infortunées mouraient de désespoir pendant leur route : les musulmans en éventrèrent pour extraire de leurs entrailles l'or qu'elles avaient avalé pour le cacher. Il y en eut qui furent consumées par la peste et par la faim. D'autres furent débarquées nues par le capitaine du vaisseau dans des îles désertes. D'autres encore vendues comme esclaves dans le port de Gènes et les villes soumises à son obéissance...
Mon Dieu, nous ne t'avons pas oublié, ni trahi ton alliance. Mais à présent, hâte-toi de nous secourir, car c'est pour toi qu'on nous égorge tous les jours et qu'on nous considère comme des brebis destinées à la boucherie. Accours à notre aide, Dieu de notre salut, soutiens notre cause et sauve-nous pour l'amour de ton nom !"
IN LE MONDE

WALTER LAQUEUR


W. Laqueur
LIVRES
TERRORISME
ANALYSE
COLLOQUE


En 1938 Laqueur quitte l'Allemagne pour la Palestine mandataire. Il a vécu en Israël entre 1938 et 1953 et depuis au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Il a été directeur de l'Institut d'Histoire contemporaine et de la bibliothèque Wiener à Londres de 1965 à 1994. À partir de 1969 il est membre, puis président de l'International Research Council CSIS Washington. Il a été professeur de l'histoire des idées à l'Université de Brandeis de 1968 à 1972 et professeur à l'Université de Georgetown de 1976 à 1988. Il a été professeur affilié d'histoire et de politique à Harvard, à l'Université de Chicago, à l'Université de Tel Aviv et à l'Université Johns Hopkins.
Il a écrit sur de nombreux thèmes : le mouvement de jeunesse allemande, le sionisme, l'Histoire d'Israël, l'histoire culturelle de la République de Weimar et de la Russie, le communisme, la Shoah.

« L'histoire montre que le terrorisme ne peut opérer que dans des sociétés libres ou relativement libres. Il n'y avait pas de terrorisme dans l'Allemagne nazie ni dans la Russie de Staline ; il n'y en avait pas (ou il n'y en a pas) même dans des dictatures moins implacables. Il s'ensuit que, dans certaines circonstances, si on permet au terrorisme d'opérer trop librement et de devenir plus qu'une nuisance, il faudra payer un prix élevé, sur le plan de la liberté et des droits de l'homme, pour y mettre fin. »
W Laqueur

ZEEV STERNHEEL


ENTRETIEN
FASCISME
CRITIQUE
DEMOCRATIE
P. MILZA
ISRAELI
AKADEM



1935
Professeur d'histoire des idées. Il occupe la chaire Léon-Blum de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La Droite révolutionnaire, 1885-1914. Les origines françaises du fascisme (1978, rééd. Fayard, 2000) ; Aux origines d'Israël. Entre nationalisme et socialisme (1996, rééd. Gallimard, coll. « Points », 2001).

"Je conçois le fascisme comme la forme extrême d'un phénomène idéologique et culturel qui se manifeste par la révolte contre l'héritage de la Révolution française, contre le matérialisme (1) et le rationalisme (2), contre les principes du libéralisme et contre la conception utilitariste de la société et de l'Etat. En outre, il faut bien préciser que c'est en France que se trouvent les véritables origines idéologiques du fascisme. Il est le fruit d'une rencontre entre le nationalisme intransigeant et la révision anti-matérialiste du marxisme (3) qui se produit au cours des années 1885-1914. Le fascisme consiste en une idéologie de rupture qui se dresse contre le libéralisme et le marxisme, une troisième voie qui entend jeter les bases d'une nouvelle civilisation anti-individualiste, seule capable d'assurer la pérennité d'une collectivité humaine où seraient parfaitement intégrées toutes les couches et toutes les classes de la société."

SERGE KLARSFELD


LE MONDE
BIO
FONDATION
ARNO
BEATE
PORTRAIT


'homme est rond, lunettes rondes, costume strict, une légion d'honneur cousue à la boutonnière. Dans la pièce voisine, le fils : il a adopté le look opposé, maigre, cheveux longs savamment décoiffés, un tee-shirt noir dont il remonte régulièrement la manche d'un geste négligé, dégageant le haut de l'épaule. Deux paires de rollers et un sac de gym gisent au pied de son bureau de maître. De l'autre côté de la cloison, la fille, plus jeune, du genre timide, est d'une candeur souriante qui tranche avec l'amas de dossiers ouverts sur lesquels elle pose ses mains sérieuses. La mère surgit d'un couloir, très bavarde au contraire, un fort accent allemand, pleine de l'énergie et du culot incroyables qui ont défini sa vie.



Dans la famille Klarsfeld, on ne peut pas demander le père si l'on n'a pas déjà la mère, le fils et la fille. Il suffit de voir leur chéquier : un compte commun aux noms de "Serge Klarsfeld ou Beate Klarsfeld ou Arno Klarsfeld ou Lida Klarsfeld". Ils sont aussi inséparables qu'indissociables, dans ce grand bureau bourgeois du 8e arrondissement de Paris où chacun laisse sa porte grande ouverte et qui sert également d'appartement privé à Arno, le fils, "l'avocat en rollers" prisé par les magazines, les plateaux de télévision et les filles de la jet-set. Pour parfaire le tableau familial, ajoutons les deux chiens et les trois chats, le clan tient fermement à ce qu'on les compte parmi les siens. Et aussi, en guise de cousins de coeur, l'association des quelque 2 100 Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF). Leurs parents sont tous là, sur les étagères habitées, littéralement, par des milliers de dossiers. D'ailleurs, pour Serge Klarsfeld, il n'y a pas de "je". Il dit "nous".

Un vrai-faux cabinet d'avocats. Car "nous n'aimons pas le droit", chez les Klarsfeld où sont avocats le père, le fils et la fille. Ils s'y sont mis parce qu'il le fallait bien, pour une finalité entêtée, obsessionnelle, toujours inassouvie : traduire en justice les criminels nazis et leurs complices. Mais surtout restituer, à force de documents, d'archives, d'obstination et de douleur, leur identité à chacun des déportés juifs de France. Tout consigner, retrouver les noms, les visages, les destins, jusqu'au moment de leur arrestation et de leur mort. Un par un. Et en les arrachant à l'anonymat de leur destin commun, en leur offrant une tombe, leur redonner la vie.

Là, par exemple, il y a Dora Bruder, l'inconnue fugitive du roman de Modiano. En photo sur un petit médaillon, l'air de rien, et ça, même Modiano ne le savait pas. Le médaillon était tombé par terre, au cimetière de Bagneux. En allant à un enterrement, Serge Klarsfeld a buté dessus et il l'a emporté. Il connaissait Dora Bruder comme il les connaît tous par leur nom, un par un, les déportés juifs de France. Près de 76 000, d'après son bilan. Il en a fait un livre-monument, une oeuvre-fleuve, une oeuvre-vie : Le Mémorial de la déportation des juifs de France, entre autres. L'idée est venue en 1976 alors qu'ils s'escrimaient depuis cinq ans à obtenir le procès de trois nazis ayant exercé en France, Kurt Lischka, Herbert Martin Hagen et Ernst Heinrichsohn. Le fameux procès de Cologne. Le début de la mission d'une vie. "C'était indigne d'arriver à ce procès pour demander justice sans avoir rassemblé les victimes, dit Serge Klarsfeld. Elles devaient être là. C'était pour elles que nous faisions ça. J'étais frappé par une sorte d'appel qui émanait des listes. L'association [FFDJF] s'est faite comme ça, avec le procès et la constitution du Mémorial."

C'était pourtant un monsieur sans histoires, Serge Klarsfeld. Un cadre bien rangé dans l'administration de l'ORTF. Un élève comme les autres au lycée Claude-Bernard, où il eut brièvement pour condisciple Georges Perec. "Nous allions jouer au parc avec Perec et un autre qui s'appelait Weiss. Klarsfeld, Perec, Weiss. Juifs tous les trois et fils de déportés, mais on n'en a jamais parlé entre nous. Pas question d'en faire une complicité à l'époque, c'était quelque chose qu'on gardait pour soi." Serge, d'ailleurs, n'a pas la tête à ça. Il étudie l'histoire, les sciences politiques, a pour principale occupation les oeuvres complètes de Stendhal et de Balzac, sans ambition. Son enfance, il la garde pour lui. On dirait un secret. Tout comme le souvenir de celui qui allait devenir la référence en toutes choses, son père.

C'était en 1943, à Nice. Serge Klarsfeld, âgé de huit ans, s'était réfugié là avec sa soeur et ses parents. Son père, un homme d'affaires d'origine juive et roumaine, combattant valeureux de la bataille de la Somme en 1940, devenu résistant, avait eu l'idée de fabriquer une cachette dans la penderie, derrière une cloison de contreplaqué. Le jour où la Gestapo est arrivée, il a rangé sa famille derrière la cloison et est allé ouvrir la porte. Serge ne prenait pas ça "trop au tragique", comme il dit. Son père leur avait dit : "C'est vous qui devez être protégés. Moi, si on m'arrête, je survivrai parce que je suis fort." De derrière la cloison de contreplaqué, on entendait tout, raconte Serge Klarsfeld. On a entendu un Allemand demander en français : "Où sont votre femme et vos enfants ?" - "Il y a eu une désinfection, répond le père, ils sont partis à la campagne." L'Allemand a fouillé l'appartement, s'est approché de la penderie, a rabattu les vêtements sur la tringle. N'a rien vu. Il a demandé au père de le suivre, mais celui-ci a eu un dernier scrupule : les clés. Il n'avait pas les clés de l'appartement. Ça pouvait paraître louche. Alors, profitant de ce que le groupe de gestapistes s'affairait chez les voisins, il est revenu à la cachette, a juste dit à sa femme : "Les clés." "Il a embrassé la main de ma mère, raconte Serge. Et il est parti." Auschwitz. Puis les mines de Fürstengrübbe pour avoir assommé un kapo. Les mines étaient faites pour y survivre quelques semaines, lui a tenu six mois. Mort à l'infirmerie ou sélectionné pour la chambre à gaz. "Il aurait pu survivre s'il avait courbé la tête", dit très calmement Serge Klarsfeld.

Et puis la vie a repris. Stendhal, Balzac, le reste. "Je lisais en désordre, je ne réfléchissais pas beaucoup, je me laissais porter par le temps." Jusqu'à ce jour de 1960 où, sur un quai de métro de la Porte-de-Saint-Cloud, il aperçoit une jeune femme, un livre à la main. Il lui demande "Vous êtes anglaise ?" Raté, elle est allemande, mais apprécie beaucoup son complet prince-de-galles. Elle en avait eu assez de l'Allemagne, de son éducation protestante, de son milieu "enfermé". Pendant la guerre, ses parents n'étaient ni résistants ni hitlériens, son père était dans la Wehrmacht, faisait tout comme il fallait. A vingt ans, par un matin blême, Beate débarque avec une amie à la gare du Nord.

C'est leur rencontre qui va tout changer. Face à l'histoire de Serge, Beate est gênée. "En Allemagne, l'école ne nous apprenait pas grand-chose sur la seconde guerre mondiale. Un professeur nous disait que tout était de la faute des Russes. Avec Serge, j'ai ouvert les yeux. Et ma gêne s'est changée en sentiment de responsabilité morale, historique." A ses côtés, Serge aussi ouvre les yeux sur sa propre passivité. "Ça m'a réveillé."



Entrant dans l'action, il apprend la révolte. Et surtout autre chose : le scandale comme moyen de pression. Serge prend un air faussement détaché, visiblement content, comme chaque fois qu'il repense à leurs combats, seuls contre tous : "Déjà, en mai 1968, personne ne nous écoutait. On était dans une autre histoire. Nous, ce qu'on voulait, c'est que les anciens nazis quittent leurs postes de dirigeants en Allemagne."

Le culot,un culot incroyable. En 1968, c'est Beate qui donne le ton. "Kiesinger, nazi !", hurle-t-elle en plein Bundestag au chancelier allemand Kurt-George Kiesinger, après avoir martelé qu'il était responsable de la propagande radiophonique du Reich. Petit remue-ménage, relayé par la presse, mais il lui en faut plus. A l'écrivain Günter Grass, elle promet : "Je giflerai le chancelier." On se dit que c'est pour rire, des mots comme ça. Mais, chez les Klarsfeld, il n'y a pas de mots comme ça. La même année, elle profite d'un congrès pour franchir la barrière de gardes du corps, se retrouve face au chancelier et, clac, le gifle de toutes ses forces.

Les cellules des prisons, Serge et Beate sont des habitués. Ils font le tour du monde pour traquer les criminels, dénoncer, militer. Malgré tout, on ne peut pas s'empêcher de trouver ça assez drôle, leurs facéties. "Oui, il faut dire qu'on a toujours beaucoup ri. On n'est pas des fanatiques tristes", confie Serge Klarsfeld, soudain goguenard derrière son énorme bureau. Il se souvient de ce meeting néo-nazi dans une grande brasserie de Munich. Le photographe Elie Kagan était venu avec lui, il s'est mis à sauter sur les tables devant un millier de personnes. "Il ressemblait tellement à un juif de Pologne, avec sa barbe, que l'assistance le regardait avec effarement. Je n'en pouvais plus de rire." A son tour, c'est lui qui est monté sur la tribune. "Laissez parler un juif !", a-t-il lancé, et tout le monde s'est mis à battre Serge. "J'ai ri jusqu'au dernier moment, raconte-t-il. Après, un peu moins." C'était gagné : le lendemain, la photo du juif battu par des néo-nazis paraissait dans les journaux allemands et les réunions de ce genre ont disparu des centres-villes. Quant à leur tentative ratée d'enlèvement du nazi Lischka, à qui ils tapaient en vain sur le crâne sans parvenir à l'assommer, Beate en rigole encore. "Ce pauvre Lischka ! Il ne réagissait même pas et il ne tombait pas, rien à faire. Finalement on l'a laissé là."

La légende Klarsfeld. Les archives, le culot, le courage, l'obstination, le scandale pour attirer l'attention des journalistes, déclencher les affaires. Sans la tentative d'enlèvement de Lischka, pas de procès Lischka. Sans la gifle au chancelier Kiesinger, pas d'élection de Willy Brandt. Et la liste est longue. "Militants avocats et non pas avocats militants", se disent-ils. Militants avant tout. Tout en détestant le droit, ils s'y sont collés en famille, voyant dans le tribunal le lieu du rachat. L'objectif, pour eux, n'est pas de liquider, c'est de traduire en justice. Et de publier à compte d'auteur, inlassablement, des dizaines d'ouvrages. Après le procès de Cologne, ils ont joué un rôle essentiel dans ceux de Klaus Barbie, Paul Touvier, Maurice Papon, Aloïs Brunner.

Il y a quelques sujets qui font sortir Serge Klarsfeld de ses rondeurs. La simple mise en cause d'Ariel Sharon et de la politique d'Israël en est un. Pour l'énerver, il y a aussi l'affaire Castagnède, lors du procès Papon. Là, il rosit, se retient pour garder sa mine courtoise. Car le goût du scandale ne leur a pas attiré que des amis. Les Klarsfeld jouent cavalier seul et ils en sont fiers, quitte à se mettre à dos leurs alliés théoriques lors des grands procès d'assises, les autres avocats des parties civiles. Quand le président Castagnède met en liberté Maurice Papon en préalable aux débats, les Klarsfeld veulent sa peau. "Il était en faveur de l'acquittement, il fallait empêcher ça", commente Serge avec satisfaction. En guise de coup de théâtre, Arno sort de son chapeau, à l'audience, un lien de parenté lointain entre le président et l'une des victimes. Il demande la récusation. Les autres avocats des parties civiles sont indignés. Pour eux, cela reviendrait à l'arrêt du procès.

La hache de guerre est déterrée. Serge Klarsfeld n'y va pas par quatre chemins : "Les avocats sont des gens impossibles qui ne défendent pas notre cause mais la cause de leurs clients." Dans la ligne de mire, trois avocats des parties civiles, Michel Zaoui, Alain Lévy et Alain Jakubowicz. Face à eux, Serge Klarsfeld et son clan, pour ne pas dire ses fidèles. Un gourou ? Il arrive qu'on l'appelle "le Maître". Le bulletin de la FFDJF se charge de la propagande. Me Jakubowicz y apparaît sur une photo en discussion courtoise avec "l'ennemi", l'avocat de Maurice Papon. En guise de commentaire : "[Jakubowicz et Zaoui] abusent de la notion de confraternité aux dépens des victimes", "plus imprégnés par le code pénal que par les visages des enfants déportés". Le reste est du même acabit. Pour Me Zaoui, "Klarsfeld, c'est Janus. J'ai une immense admiration pour leur oeuvre, leur rôle majeur dans l'éveil des consciences. Mais ils dérapent. Ils instrumentalisent la justice. Ils ont agi comme si nous étions encore sous Vichy et non pas cinquante ans après, dans un Etat de droit."

Serge s'en fiche. Du moment qu'il sert "la cause". Dans son bureau, il trône en chef de clan. Et se fixe encore une tâche : finir la réédition du Mémorial, à l'aide d'archives supplémentaires. "Je le refais depuis des années, c'est un travail sans fin, soupire-t-il avec l'air ravi de l'entêté. A part ça, les principaux combats sont derrière nous, et ils ont été gagnés. Il nous reste à vieillir le moins mal possible. Et à faire en sorte que les enfants soient heureux."



livreor.gif

Messages les plus consultés