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PETER LAX

PRIX ABEL 2005
BIO
PAGE
MATHS







"Peter D. Lax réunit de manière exceptionnelle les mathématiques pures et appliquées, associant une profonde compréhension de l'analyse et une extraordinaire capacité d'invention de concepts unifiants. Il a exercé une influence déterminante, non seulement par sa recherche mais aussi par ses écrits, son dévouement sans faille à la formation et sa générosité envers ses collègues plus jeunes que lui".

Peter Lax est un mathématicien Juif hongrois né en 1926 à Budapest et de nationalité américaine.

Le Prix Abel de Mathematiques 2005 a ete remis officiellement a Peter D. Lax le 20 mai dernier.
Le Prix Abel, souvent considere comme le Prix Nobel de Mathematiques, s’eleve a 6 millions NOK, et etait attribue cette annee pour la troisieme fois. Pour memoire, le premier laureat, en 2003, etait le francais Jean-Pierer Serre.

Peter D. Lax, professeur a l’Universite de New-York, est l’un des plus grands mathematiciens de son temps dans les domaines des mathematiques pures et appliquees. Le Prix Abel 2005 lui a ete attribue pour " ses contributions innovantes a la theorie des equations differentielles partielles, a l’application de telles equations et au calcul de solutions pour ces equations ", comme l’a exprime Erling Stromer, professeur et President du Comite Abel, dans son discours lors de la ceremonie de remise du prix. Le nom de Peter D. Lax est associe a d’importants resultats et methodes mathematiques tels que le theoreme de Lax-Milgram, le theoreme d’equivalence de Lax, le schema de Lax-Friedrichs et le schema de Lax-Wendroff. Peter D. Lax a declare qu’il verserait une partie de sa recompense a un fond pour le soutien des mathematiques et une autre partie a ses petits-enfants pour le financement de leurs etudes.asso objectif sciences


Peter D. Lax est né le 1er mai 1926 à Budapest, Hongrie. Il était en route vers New York avec ses parents le 7 décembre 1941 quand les Etats-Unis entrèrent en guerre.
Peter D. Lax reçut son PhD en 1949 de l’université de New York (NYU), avec Richard Courant,un tres grand mathematicien juif allemand, comme directeur de thèse. Courant avait fondé à NYU le Courant Institute of Mathematical Sciences, dont Lax assura la direction de 1972 – 1980. En 1950, Peter D. Lax se rendit à Los Alamos pour un an et y travailla ensuite plusieurs étés à titre d’expert.
Dès 1951, il revint pourtant à l’université de New York pour commencer l’oeuvre de sa vie au Courant Institute. Lax fut nommé professeur en 1958. À NYU, il occupa aussi les fonctions de Directeur du Computing and Applied Math Center de l’AEC (Commission de l’Energie Nucléaire).
En proposant Peter Lax comme membre de l’Académie nationale américaine des Sciences en 1962, Courant le décrit comme « l’incarnation, plus peut-être que tout autre, de l’association d’une analyse mathématique abstraite et du pouvoir le plus concret de solutionnement de problèmes individuel ».
Peter D. Lax est l’un des plus grands chercheurs dans les mathématiques pures et appliquées de notre temps et a apporté des contributions significatives, allant des équations différentielles partielles aux applications dans l’ingénierie. Son nom est lié à de nombreux résultats mathématiques majeurs et à des méthodes numériques comme le lemme de Lax-Milgram, le théorème d’équivalence de Lax, le schéma de Lax-Friedrich, le schéma de Lax-Wendroff,l’entropie de Lax et la théorie Lax-Levermore.
Peter D. Lax est aussi l’un des fondateurs des mathématiques informatiques modernes. Parmi ses plus importantes contributions à la communauté High Performance Computing and Communications, figure son travail pour le National Science Board Computing and Applied Math Center de 1980 à 1986. Il a aussi présidé le comité réuni par le National Science Board pour étudier le calcul à grande échelle dans les sciences et les mathématiques – une oeuvre de pionnier qui a mené au rapport Lax.
Le travail du Professeur Lax a été honoré par des nombreux prix et récompenses. Il a reçu la National Medal of Science en 1986, remise par le Président Ronald Reagan lors d’une cérémonie à la Maison Blanche. Peter Lax a reçu le Prix Wolf en 1987 et le Prix Chauvenet en 1974, et partagé le Prix Steele de l’American Mathematical Society en 1992. Il a aussi reçu le Prix Norbert Wiener en 1975 de l’American Mathematical Society et de la Society for Industrial and Applied Mathematics. En 1996, il a été élu membre de l’American Philosophical Society.
Peter D. Lax a été président (1977-80) et vice-président (1969-71) de l’American Mathematical Society.
Le professeur Peter D. Lax est un remarquable pédagogue qui a formé un grand nombre d’étudiants. Il a aussi été un infatigable réformateur de l’étude des mathématiques et son travail sur les équations différentielles a été pendant des décennies un élément classique de l’étude des mathématiques dans le monde entier.
Peter D. Lax est Docteur honoris causa de nombreuses universités du monde entier. Quand il a été distingué par l’université de technologie d’Aix-la-Chapelle, Allemagne en 1988, sa contribution déterminante aux mathématiques et l’importance de son travail dans le champ de l’ingénierie ont toutes deux été soulignées. Il a aussi été honoré pour son approche positive de l’utilisation des ordinateurs dans les mathématiques, la recherche et l’enseignement.abelprisen


Depuis Newton, les équations différentielles ont toujours constitué le fondement de la compréhension scientifique de la nature. Les équations différentielles linéaires, dans lesquelles les effets et les causes sont directement proportionnels, sont raisonnablement bien comprises. Les équations qui apparaissent dans des domaines comme l’aérodynamique, la météorologie et l’élasticité, sont non linéaires et beaucoup plus complexes : leurs solutions peuvent produire des singularités. Pensez aux ondes de choc qui se créent quand un avion franchit le mur du son norvege


Peter Lax est toujours apprecie pour ses “jokes”. On en retrouve plusieurs sur le web. A titre d’exemple :
Le jeux du Kronprinz : d’apres Peter Lax les enfants de la bourgeoisie intellectuelle hongroise aimaient ridiculiser la monarchie imperiale. Ils avaient invente le jeu du Kronprinz et de son precepteur. Il y a deux joueurs l’un fait le Kronprinz et l’autre le precepteur. Le precepteur doit poser la question la plus facile possible,le Kronprinz doit trouver la reponse la plus stupide possible. Enfin le precepteur doit trouver moyen de complimenter le Kronprinz pour la qualite de sa reponse.
Le premier qui ne sait plus quoi dire a perdu : ' Kronprinz, dites-moi combien de temps a dure la guerre de 30 ans, 50 ans monsieur mon precepteur.Tres bien Kronprinz,vous vous souvenez qu’a cette ´epoque les moyens de communication etaient beaucoup plus lents et les choses prenaient donc beaucoup plus de temps. 'smf emath

HANNAH ARENDT

H. ARENDT
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CITATIONS
PORTRAIT
ETUDE
TEXTE
PHILAGORA
NORMALE SUP
HEIDEGGER
EICHMANN
ORIGINES
BEGIN
1975
AKADEM




" C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal "

"Le tiers monde n'est pas une réalité mais une idéologie." - Du mensonge à la violence

"Si tu réussis à paraître devant les autres ce que tu souhaiterais être, c'est tout ce que peuvent exiger de toi les juges de ce monde." - Extrait d’ Essai sur la révolution

"Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille."

"Aimer la vie est facile quand vous êtes à l’étranger. Là où personne ne vous connaît, vous tenez votre vie entre vos mains, vous êtes maître de vous-mêmes plus qu’à n’importe quel moment." - Rahel Varnhagen

"Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres."



Hannah Arendt (1906-1975)
Une théoricienne du politique
Réfutant le qualificatif « philosophe » au motif qu’elle
travaille les hommes plutôt qu’elle n'élabore une réflexion
sur l’Homme, Hannah Arendt fut l’une des intellectuelles
les plus en vues à partir du début des années 1950.
Première femme à enseigner à l’université de Princeton,
c’est sur la question de la nature du politique et de la vie
politique en tant qu’activité humaine éminemment
particulière qu’elle engagea le plus fermement sa réflexion


Heidegger et Karl Jespers
· Née à Hanovre le 14 octobre 1906, Hannah Arendt est issue d’une famille juive assimilée. Élevée à Königsberg (Kaliningrad depuis 1946), elle étudie la théologie à l’université de Berlin puis la philosophie à l’université de Marbourg. Elle y rencontre Martin Heidegger (1889-1976) avec qui elle noue une passion intellectuelle et sentimentale (1925).
· Après sa rupture avec le philosophe, elle devient l’élève d’Edmund Husserl (1859-1938) à Fribourg-en-Brisgau puis, à Heidelberg, de Karl Jaspers (1883-1969) sous la direction duquel elle rédige sa thèse sur le Concept d’amour chez saint-Augustin (publiée en 1929).
· Avec la montée du nazisme, Hannah Arendt s’investit dans l’organisation sioniste de Kurt Blumenfeld. Arrêtée par la Gestapo, elle est finalement relâchée et parvient à s’enfuir à Paris en compagnie de Günther Stern (Anders) avec qui elle est mariée depuis 1929. Au cours de son exil parisien elle se lie d’amitié avec Walter Benjamin (1892-1940) et Raymond Aron (1905-1983). Elle divorce en 1939 et épouse en janvier 1940 Heinrich Blücher, lui aussi réfugié d'Allemagne et ancien spartakiste.

De Gurs à New York
· Mai 1941 : après avoir été détenue au camp de Gurs, elle rejoint les États-Unis et s’installe à New York jusqu’à la fin de la guerre. Elle contribue à la revue Aufbau et dirige des recherches pour la Commission sur la reconstruction de la culture juive européenne.
· 1944 : elle entame la rédaction de son premier ouvrage majeur, Les origines du totalitarisme, qui sera publié en 1951, l'année où elle obtient la nationalité américaine. À partir de 1955 elle enseigne à Columbia, Princeton, Berkeley, l’université de Chicago, puis, de 1967 jusqu’à sa mort, à la New School for
Social Research de New York.

Les origines du totalitarisme
·Influencée par la phénoménologie de Heidegger, l’oeuvre d’Hannah Arendt se nourrit de la lecture attentive d'Aristote, de Saint Augustin, de Kant de Nietzsche et de Jaspers. Sa pensée ne se présente pas sous la forme d'un système philosophique mais s’articule autour de thèmes fondamentaux, ainsi le totalitarisme, la révolution, la liberté, la pensée et le jugement. Elle interroge sans relâche la politique et son concept directeur, l'action, ainsi que son envers philosophique, la
contemplation.
· Hannah Arendt reste célèbre surtout par Les origines du totalitarisme (1951), ouvrage dans lequel met en exergue les pathologies rendant impossible la viabilité d’une vie publique. La terreur apparaît comme une fin en soi, en appelant au
déterminisme historique (communisme) ou à la nature et à la guerre inévitable entre la « race élue » et les « races dégénérées » (nazisme).
· Elle soutient ensuite une réflexion approfondie sur la condition humaine dans Condition de l’homme moderne (1958). Elle y élabore la distinction entre le privé et le public, compris comme espace politique d'apparition, entre ce qui relève de la production et ce qui relève de l’action. Elle décèle ainsi dans une vie publique réduite au travail et à la consommation l’origine de la politique purement gestionnaire.

Eichmann à Jérusalem
· En 1963, Essai sur la Révolution montre que les révolutions américaine et française
marquent l’ultime échec d’établir un espace politique dans lequel la délibération, la décision et l’action coordonnée peuvent être exercées. Publié la même année, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal (1963), qui suscita une vive polémique, marque le passage du questionnement sur la nature de l’action politique à celui de la faculté de penser les actes : « Le problème du bien et du mal, la faculté de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal, seraient-ils en rapport avec notre faculté de penser ? ».
·Enfin, la relation entre Agir et Penser est abordée dans La vie de l’esprit, publié à titre posthume. Des trois parties initiales, seules les deux premières furent publiées : La pensée et La volonté. A sa mort Hannah Arendt travaillait à la dernière, Le Jugement. Élaboration éthique de sa vision de l'histoire et du politique, cet ouvrage est, en quelque sorte, le testament « philosophique » d’Hannah Arendt.akadem


PIERRE BOURETZ
Hannah Arendt et le sionisme :
Cassandre aux pieds d’argile

Au moment du centenaire de la mort de Theodor Herzl le 3 juillet 1904 et dans un contexte de controverses au sujet de son héritage, cet article examine la position d’Hannah Arendt vis-à-vis du sionisme, son sens et sa postérité. Après avoir été engagée pendant dix ans dans le mouvement sioniste, Arendt a rompu avec lui dès 1944 en développant une critique de sa politique et de sa vision de l’histoire. Bien qu’elle ait été très isolée à l’époque, on retrouve aujourd’hui certains de ses arguments dans les discours qui défendent un point de vue révisionniste sur les fondements et l’histoire de l’État d’Israël entre deux perspectives : post-sioniste ou antisioniste.
Devant le sionisme, Arendt a joué le rôle de Cassandre ; mais peut-être une Cassandre aux pieds d’argile.cairn

LASKER

WORLD CHAMPION
BIOGRAPHIE
LE JEU DE LASKER
ECHEC ET MAT
MJAE
STRATEGIE
FEDERATION
ECHECS ET MATHS
COMPUTER
EINSTEIN


"les echecs mettent en conflit non pas deux
intelligences mais deux volontes"

Emanuel Lasker a grandi dans une famille pauvre. Mais son père, même s'il n'occupait qu'un emploi subalterne à la synagogue locale, a toujours veillé à assurer une bonne éducation à ses deux fils, Berthold, l'aîné, et Emanuel.

Ainsi, Berthold eut-il la chance de partir très jeune à Berlin, afin d'y poursuivre ses études. Là, ne disposant pas de ressources suffisantes, il gagna sa vie en exerçant (en parallèle) une activité de « sparringpartner », louant ses services, dans un café, à ceux qui voulaient jouer aux cartes ou aux Échecs.

A son tour, Emanuel se passionna pour le noble jeu, après avoir appris les règles, avec Berthold, à l'âge de 11 ans. Le cadet des Lasker démontra très vite, lui aussi, une prédisposition exceptionnelle, aussi bien pour les Échecs, que pour les Mathématiques.

En mars 1888, alors âgé de 19 ans, il rejoignit son aîné, à Berlin. Suivant la voie tracée par ce frère « exemplaire », il s'inscrivit à la même université. En outre, au café, il se mit à assister, voire à remplacer son frère, afin d'y donner des leçons d'Échecs.


Mais son père refuse de voir son cadet suivre ce « mauvais exemple ». Il insista pour que Berthold place Emanuel dans une autre école, afin de l'éloigner du café. Par chance, le directeur de cette nouvelle école était un bon joueur d'Échecs. Il incita Emanuel à s'engager à fond dans le jeu et dans les études, reconnaissant surtout son talent immense pour les Mathématiques, puisque le jeune E. Lasker était capable de résoudre ses exercices en 2 heures, quand ses camarades avaient besoin de 5 heures Néanmoins, Emanuel continue à fréquenter le café, car l'argent manquait.

Mais la pratique paie, et il joue de mieux en mieux, gagnant la plupart de ses parties, malgré le handicap consenti d'un pion, d'un Cavalier, voire d'une Tour.

En 1889, après avoir assuré sa rentrée à la Faculté de Mathématiques, il commence à jouer en compétition, et se pare du titre de Maître, lors du tournoi de Breslau. Cette carrière de joueur à haut niveau l'attire irrésistiblement, d'autant qu'il est conscient de sa force, ayant déjà vaincu des Maîtres reconnus tels que K. von Bardeleben, J. Mieses, et surtout H. Bird, en 1890, à Londres.

Mais ses pôles d'intérêt sont multiples, et ce penseur omniscient veut tout faire! Il s'intéresse à la philosophie, aux cartes, à la théorie du jeu, comme à la dramaturgie. Dès lors, sa vie s'apparente à une partie simultanée.

Afin de progresser plus vite, E. Lasker séjourne en Angleterre, où il bat les meilleurs joueurs locaux. Il propose un match à S. Tarrasch, réputé pour être l'un des meilleurs joueurs du monde, mais ce dernier refuse, estimant que son challenger doit encore prouver sa force!

E. Lasker décide alors de s'embarquer pour les ÉtatsUnis, où il croise la route du 1er champion de Monde, W. Steinitz. Il voyage, il joue et gagne des tournois et des matchs. Il donne des simultanées. Et, surtout, il se prépare à affronter W. Steinitz, titre mondial en jeu, à New York.

Le match s'achève le 26 mai 1894, sur une victoire éclatante de E. Lasker (+10 =4 -5), qui est ainsi sacré 2ème champion du Monde officiel. Le nouveau n° 1 mondial est jeune (25 ans), son style est éblouissant.

Fort d'une volonté farouche et d'une prescience incomparable, il va conserver sa couronne durant 27 ans, ce qui représente un record absolu !

Après 8 défenses victorieuses, E. Lasker perdit finalement son titre, en 1921, à l'âge de 52 ans, vaincu par le génie cubain J.-R. Capablanca. Mais le champion déchu fit preuve d'une longévité exceptionnelle.

Il gagna encore certains des plus grands tournois, comme celui de New York, en 1924. E. Lasker éprouvait un respect profond pour W. Steinitz et sa science du jeu. Mais il va aller beaucoup plus loin.

Alors que W. Steinitz avait édicté les préceptes modernes du jeu positionnel, systématisant ses principes, E. Lasker va non seulement approfondir et dynamiser ce legs, mais anse enrichir la théorie de nouveaux aspects tactiques et psychologiques.

Il a été le premier à expliquer la vraie nature et l'importance de la combinaison. Il a également compris en premier l'importance des facteurs psychologiques, usant lui-même d'une méthode particulière, fondée sur la déstabilisation psychique de son adversaire.Ainsi, en concédant volontairement du matériel ou un avantage positionnel, voire en jouant des coups inhabituels et parfois illogiques, il entraînait ses rivaux à rentrer dans des positions chaotiques, les privant de tous repères analytiques.

Au registre du jeu positionnel, E. Lasker appliquait 3 préceptes basiques: 1. Jouer avec un plan, ce premier principe étant valable, selon lui, aussi bien aux Échecs que dans la vie (cf. « Lasker's Manual of Chess », 1927). 2. Créer des faiblesses. 3. Éviter les faiblesses. Autrement, il a compris mieux que W. Steinitz la nature dynamique des structures de pions.

Il a parachevé la culture du dogme de la limitation de l'activité des pièces adverses, ainsi que l'idée de « blocus » (bien avant A. Nimzovitch !). Il était moins performant dans les ouvertures, bien que certains systèmes portent son nom. Aussi, il cherchait souvent à éviter les variantes forcées, compensant ses lacunes par une compréhension profonde du milieu de jeu et des finales. A ce titre, il n'a jamais vraiment appliqué le principe du « développement rapide », dans l'ouverture, qui faisait pourtant figure d'axiome depuis l'avènement de P. Morphy. En revanche, il a introduit le notion d'équilibre durable de la position.


En marge de sa carrière de joueur, E. Lasker a été un penseur brillant. Il se vit décerner les titres de Docteur en Mathématiques et en Philosophie, écrivant de nombreux livres sur la Philosophie et les Échecs, comme le célèbre « Common Sens in Chess », soit « Le bon sens aux Échecs », édité en 1896, qui devint un best-seller.

Il étudia la théorie de jeu, analysée d'un point de vue mathématique et philosophique, dans son livre « Le Combat ». Il rédigea également un essai futuriste sur les relations humaines, intitulé « La Communauté de l'Avenir », en 1940, un an avant sa mort. Mais c'est surtout son maître ouvrage « La Philosophie de l'Infini », qui marqua certains des esprits les plus lumineux de son temps, comme le physicien Albert Einstein. Immanquablement, ces deux cerveaux hors de commun se lièrent d'amitié, au point que A. Einstein désigna E. Lasker comme étant l'un des hommes le plus intéressants qu'il ait rencontré, durant sa vie. Tous deux avaient une sensibilité profonde au doute métaphysique, et A. Einstein était impressionné par la personnalité rare de E. Lasker, regrettant même que celui-ci n'ait pas dévolu sa vie entière à la Science. Le Physicien admirait l'indépendance d'esprit du Champion, allant même jusqu'à conclure que le jeu avait été, pour lui, un moyen confortable de gagner sa vie, plutôt qu'une passion. Mais A. Einstein ne connaissait pas le « monde magique » des 64 cases ! Aussi, il est possible de conclure qu'il s'était (pour une fois) légèrement trompé...


Une partie, qui a eu lieu en 1895, a eu un enjeu particulier. Elle s'est disputée lors du fameux tournoi de Saint-Pétersbourg, en 1895. E. Lasker y affronta le champion américain H.-N. Pillsbury, lequel, par son niveau de jeu exceptionnel, faisait figure de prétendant au titre suprême. Malgré quelques approximations, cette joute est restée célèbre comme étant l'une des plus fascinantes parties de l'histoire. Au plus fort de l'intensité du combat, E. Lasker démontre des qualités stratégiques, tactiques et une précision psychologique hors normes.

Extraits tirés de l'article Europe-Echecs, mars 2003, Darko Anic

CHAIM SOUTINE


C. SOUTINE
BIOGRAPHIE
FLAMBOYANT
HISTOIRE
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ART






1893 - 1943
Nationalité russe né en 1893 à Smirlovitch de Salomon Soutine, 62 ans, né à Pontovitch, nationalité russe et de Sarah Soutine née à Smirlovitch, nationalité russe. Domicilié Passage de Dantzig. Pièce d’identité produite : Passeport russe établi à Vilna le 20/3/1913 (julien), soit le 2/4/1913.

BIOGRAPHIE :

Né dans un ghetto près de Berezina, dixième enfant d’un tailleur très pauvre, Soutine suit d’abord les cours de l’École des beaux-arts de Vilnius, puis se fixe à Paris en 1911, en même temps que d’autres artistes d’Europe centrale. Soutine habite à la Ruche, où il a pour voisins Chagall, Lipchitz, Kremegne et Cendrars ; il se lie d’amitié avec Modigliani. La technique de Soutine, qui subit l’influence de Van Gogh, s’oriente principalement vers les effets de la couleur.

1893 Naissance de Chaïm Soutine à Smilovitchi, près de Minsk. Il est le dixième des onze enfants de Zalma (Salomon) et Sarah Sutin. Son père était un petit tailleur juif du village et la famille Soutine - quand cela était possible - se nourissait de pommes de terre cuites, de harengs et de pain noir. Soutine s’est toujours plaint d’avoir faim, même dans sa gloire ; on dit même qu’il ignora l’existence du pain blanc jusqu’à l’age de quinze ans. Soutine garda du lieu de sa naissance des images exténuées et faméliques, des souvenirs obsédants que l’on retrouve toujours dans ses tableaux, même dans ses paysages et ses natures-mortes.

1902 Lorsqu’il a neuf ans, il est placé en apprentissage chez son oncle qui est tailleur à Minsk.

1907 Chaïm Soutine se rend à Minsk pour étudier le dessin. Un nommé Krueger, artiste juif directeur de l’école lui enseigne les rudiments de la pratique de l’art. Il y rencontre un étudiant d’art, Michel Kikoïne, qui deviendra son ami

1910 Il part pour Vilna et fait des retouches chez un photographe pour assurer sa subsistance. Il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts mais troublé et nerveux, échoue au concours d’entrée, suite à une erreur de perspective. Quelques temps après, il se représente et réussit. Par la suite, il sera considéré par son professeur Rebakoff comme un élève brillant. Il suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts. Un médecin l’aide financièrement.

1912 Partir et Peindre : c’est le docteur Rafelkes, dont Chaïm avait un temps courtisé la fille, qui va financer en partie le voyage vers la Ville-Lumière. Et c’est Pinchus Krémègne qui va faire venir les deux amis à Paris : qu’ils les rejoignent partager sa vie de chien à "La Ruche" !. Soutine a 20 ans, il suit son ami Pinchus Krémègne et arrive à Paris le 14 juillet 1913 avec le peintre Michel Kikoïne. Il habite au 9 Bd Edgar Quinet, puis loue un atelier à "La Ruche", Rue Dantzig, quartier prolétarien de Vaugirard, dans le sud de Paris où il vit avec Michel Kikoïne et Pinchus Krémègne. Il suit pendant deux ans les cours de Fernand Cormon et travaille comme porteur en gare.

1913 - La Ruche, au 2 passage Dantzig, on avait transporté dès 1902, l’ancien pavillon des vins de l’Exposition universelle de 1900, à l’initiative du sculpteur Alfred Boucher. Cette "Villa Médicis Libre" accueillit jusqu’à 140 artistes à la fois, dont Cendrars, Zadkine, Léger, Chagall... Pour quelques dizaines de francs de loyer, c’était la vie de bohème près des abattoirs de Vaugirard et des "Fortifications" aujourd’hui disparues... Dès 1913, Soutine s’inscrit à l’Ecole nationale des Beaux-Arts : il travaille à l’atelier de Cormon qui, une génération auparavant avait été un temps le "Professeur" de Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh, à Montmartre...

1914 Il habite la Cité Falguière, fait la connaissance, entre autres, de Modigliani qui deviendra son ami intime et le présentera à son marchand Léopold Zborowski.

1914 Samedi 2 Août 1914 : Ordre de mobilisation générale.

Mardi 4 août 1914 : Soutine obtient de la Préfecture de police du 15ème arrondissement de Paris un permis de séjour : il quitte provisoirement Paris pour Livry-Gargan où les Kikoïne l’hébergent.

Soutine se porte volontaire et va se retrouver dans un groupe qui creuse les tranchées... De retour à Montparnasse, tout a changé : certains amis tel Kisling qui s’est porté volontaire et a rejoint le front, ne sont plus là...

1919 Il rencontre Zborowski qui l’envoie à dans le sud de la France, à Céret où il vit et travaille. Première rencontre avec Madeleine et Marcellin Castaing à "La Rotonde".

1920-1922 Séjours à Cagnes. A Cagnes, à la fin du mois de janvier 1920, il apprend la nouvelle de la mort de Modigliani et est ébranlé.

1923 Le grand collectionneur américain Albert C. Barnes va acheter d’un coup soixante toiles de Soutine qui commence à sortir de son isolement.

1924 Séjours à Paris et à Cagnes. Soutine travaille dans un atelier situé rue du Mont-St-Gothard à Paris. Il vit quelques temps avec Dvoira Melnik qu’il a rencontrée à Vilna où elle étudiait la musique mais se sépare d’elle assez vite.

1925 Impressionné par Rembrandt, Soutine peint La Carcasse de Boeuf. Il refuse de reconnaître une fille, Aimée, que Dvoira Melnik dit résulter de leur liaison.

1927 Exposition personnelle à la galerie Bing, Paris

1927-1928 Série des Pâtissiers et des Communiants.

1929 Soutine se lie d’amitié avec les Castaing. Première monographie par Elie Faure.

1931-1935 Il passe l’été à Lèves, près de Chartres, hôte de Marcellin et Madeleine Castaing, qui deviennent ses principaux acheteurs.

1937 Soutine emménage à Paris dans un appartement dans la rue Villa-Seurat. Rencontre au café du "Dôme" Gerda Groth qui a fuit l’Allemagne nazie et qu’il appelle "Mademoiselle Garde". Elle devient sa compagne.

1939 Soutine et Mademoiselle Garde vivent dans le village de Civry-sur-Serein, dans l’Yonne. Il se rend plusieurs fois à Paris pour consulter des médecins à propos de ses ulcères d’estomac.

1940-1942 Le 15 mai, Mademoiselle Garde est déportée au camp de Gurs, dans les Pyrénées. Accompagné de Marie-Berthe Aurenche, ex-femme de Max Ernst, Soutine habite de petits villages d’Indre-et-Loire ou il se cache de l’occupant nazi, notamment à Champigny sur Veude, près de Tours. Il y peint d’admirables paysages.

1943 Le 7 août, on l’emmène, en urgence à l’hôpital. Il y meurt le 9 août à Paris d’une perforation intestinale. Chaïm Soutine est enterré au cimetière de Montparnasse, le 11 août.


" J’ai vu une fois le boucher du village trancher le cou d’une oie et laisser s’écouler le sang. Je voulais crier, mais son air joyeux me nouait la gorge... Ce cri, je le sens encore là. Lorsque j’étais enfant, et que je dessinais un maladroit portrait de mon professeur, j’essayais de me libérer de ce cri, mais en vain. Lorsque je peignais une carcasse de bœuf, c’était toujours ce même cri dont je voulais me débarrasser. Je n’ai pas encore réussi !"

" Je regardais les feux du soleil et les ombres se poursuivre dans les rideaux de poussière immobile... mon père, assis comme un bouddha, cousait machinalement près de la fenêtre grise ; puis s’arrêtait et, sans lever les yeux, tournait une page... « Rabbi Menahem Mendel de Worki assure que trois choses conviennent au juif véritable : un agenouillement absolu, un cri sans voix, une danse immobile. "

France-Belarus.com,

VIE DE CHAIM SOUTINE

ALBERT SABIN


HISTOIRE
BIO
INSTITUT
POLIO
VACCIN



A Sabin






Le nom d'Albert Sabin est associé au vaccin antipoliomyélitique oral qu'il mit au point dans les années 1950. Les recherches de ce virologiste ne se concentrèrent cependant pas sur la vaccination ; il étudia également le rôle des virus dans certains cancers.



Sabin, Albert Bruce (1906-1993), virologiste américain d'origine russe, qui a mis au point un vaccin oral contre la poliomyélite à base d'une souche de virus vivant.
Né à Bialystok, Sabin émigra avec ses parents aux États-Unis en 1921. Il obtint son diplôme de médecine à l'université de New York en 1931. Après avoir travaillé pour l'Institut Rockefeller, il entra à l'Hôpital universitaire pour enfants et à la faculté de médecine de l'université de Cincinnati.
Sabin consacra une grande partie de sa vie à la recherche de vaccins contre les souches du virus de la polio qui handicapait, voire tuait, de nombreux enfants. (Voir Vaccination.)
On se souviendra de la très grave épidémie qui sévit de 1942 à 1953. Vers le milieu des années 1950, il réussit à obtenir une souche du virus qui ne déclenchait pas de paralysie du système nerveux central chez les animaux. Le vaccin de Sabin était atténué et vivant, contrairement à celui mis au point par le médecin et épidémiologiste américain Jonas Salk, qui était un sérum (injecté) inactivé. Le vaccin fut testé avec succès sur Sabin et d'autres volontaires, avant de subir une série d'essais à l'échelle mondiale entre 1958 et 1960.
Après 1961, Sabin concentra ses travaux sur le rôle des virus dans le cancer encarta


1956 - 6 octobre

Un vaccin oral contre la polio
Albert Sabin, de l'université de Cincinnati (Etat de l'Ohio), annonce la mise au point d'un vaccin oral contre la poliomyélite. L'OMS recommande aujourd'hui l'emploi de ce vaccin qui, contrairement au vaccin mis au point par Jonas Salk en 1954, est préparé à partir d'un virus vivant inactivé. La poliomyélite a été éradiquée des pays occidentaux, mais elle est encore présente de façon endémique dans une vingtaine de pays

HEINRICH HEINE


H. HEINE
ALLEMAND
POETE
LORELEY
ECRIVAIN
SITE
PAGE
Là ou l'on brule les livres ,
on finira par bruler les hommes



"Lore Ley" - 1824


Mon Cœur, pourquoi ces noirs présages?
Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon Souvenir.

Déjà l'air fraîchit, le soir tombe,
Sur le Rhin, flot grondant;
Seul, un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.

Là-haut, des nymphes la plus belle,
Assise, rêve encore;
Sa main, où la bague étincelle,
Peigne ses cheveux d'or.

Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez fuyez! la voix touchante
Ensorcelle le cœur.

Dans sa barque, l'homme qui passe,
Pris d'un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l´espace,
Vient sur l'écueil de mort.

L'écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voila le mal que peut faire
Loreley sur son rocher




Henri Heine, célèbre poète et écrivain, né à Dusseldorf, de parents juifs sans fortune, le 13 décembre 1797, mort à Paris , le 17 février 1856. Ses premières et ses plus importantes impressions politiques datent du temps où le pays rhénan se trouvait sous la domination anti-féodale de Napoléon (1806-1813). Il fréquenta le lycée de 1808 à 1814, pour entrer ensuite dans le commerce. Après des essais malheureux dans cette carrière (à Hambourg de 1816 à 1819), il se consacra, avec l’appui de son oncle, le riche Salomon Heine, de Hambourg, à l’étude du droit, dans les universités de Bonn, de Goettingue et de Berlin, où il suivit en même temps les cours de philologie germanique et de philosophie avec assiduité. Il se convertit au christianisme le 28 juin 1825, et passa son doctorat le 20 juillet de la même année à Goettingue. Il eut alors l’idée de s’établir avocat à Hambourg, mais des raisons demeurées inconnues la lui ayant fait abandonner, il vécut tour à tour à Londres, à Munich (1828, en qualité de rédacteur aux Annales politiques de Cotta), dans l’Italie septentrionale, particulièrement à Berlin et à Hambourg, jusqu’au jour où, en 1831, à la suite de contrariétés et de déceptions, il se rendit à Paris, qui était alors la Mecque du libéralisme. Les souffrances de cœur que, dans cette première période de sa vie, lui fit éprouver un amour malheureux pour sa cousine Amélie et, plus tard, pour Thérèse, sœur de cette dernière, eurent une influence profonde sur son développement poétique, et c’est sur ces expériences sentimentales que reposent la plupart de ses confessions lyriques. Malgré la nostalgie qui s’emparait de lui à Paris de fois à autres, il ne lui fut plus possible de revenir en Allemagne que pour un temps court, à l’automne 1843 et à l’automne 1844, à chacune de ces deux époques n’arrivant que pour repartir.

La Diète germanique, par un décret daté de décembre 1835, ayant condamné tous les écrits de la «Jeune Allemagne», dont Heine faisait partie, la situation pécuniaire de ce dernier se trouva fort compromise. Son principal revenu consistait en une pension de 4000 francs que lui servait annuellement son oncle Salomon, père d’Amélie et de Thérèse. En octobre 1834, Henri Heine avait fait la connaissance d’une Française, belle et bonne, sans instruction aucune mais d’humeur enjouée, Eugénie Mirat (2) (morte le 19 février 1883, à Passy), qu’il épousa le 31 août 1841, mariage qui fut consacré religieusement. Se trouvant dans une grande pénurie d’argent, il accomplit, en 1836 ou 1837, la démarche la plus grave de sa vie en sollicitant du gouvernement français une pension sur les fonds secrets, pension s’élevant à 4800 francs, qui lui fut servie jusqu’à la chute de la Monarchie de juillet, c’est-à-dire jusqu’en 1848.

En 1845, il fut atteint d’une affection de la moelle épinière qui, de 1848 à sa mort, le cloua sur son lit, son Matratzengruft . Malgré son état physique des plus misérables, il conserva une admirable fraîcheur d’esprit, et c’est alors qu’ont pris naissance certaines de ses plus importantes productions en prose. Son tour d’esprit malicieux ne le quitta point et son concept du monde devint plus profond, sous la discipline de la souffrance.

Heine débuta dans la vie littéraire par ses Gedichte (Berlin, 1822), que suivirent bientôt les Tragoedien mit einem lyrischen Intermezzo (1823). Ses Gedichte rencontrèrent le plus chaud accueil auprès des critiques éminents d’alors, tels que Varnhagen et Immermann, mais les deux premiers volumes des Reiserbilder (1826), augmentés, en 1830-1831, de deux autres volumes, eurent plus de succès encore…

Les poésies qu’il y avait fait entrer, Heine les redonna, jointes à d’autres antérieurement parues et à de plus récentes, dans le Buch der Lieder (Hambourg, 1827) qui, réimprimé sans cesse, a toujours été considéré comme un des plus rares trésors de la littérature allemande.

Une fois fixé à Paris, Heine entreprit d’être le médiateur intellectuel entre Allemands et Français. C’est ainsi que furent écrits : Beitraege zur Geschichte der neuen schoenen Litteratur in Deutschland (8) (Hambourg, 1833, 2 vol.) qui, à une nouvelle édition, prirent pour titre : Die romantische Schule (Hambourg, 1836); Franzoesische Zustaende (10) (Hambourg, 1833), collection d’articles écrits à Paris pour l’Allgemeine Zeitung d’Augsbourg, qu’il orna d’une préface des plus violentes contre la Réaction en Prusse; Der Salon (Hambourg, 1835-1840, 4 vol.), où il exposait d’une façon originale d’histoire de la religion et de la philosophie allemandes et, avec humour, la vie, la politique, le théâtre et l’art français , et où il publia des nouvelles humoristiques comme les Memoiren des Herrn von Schnabelewopski et Florentinische Nachte . Heine connut aussi, à Paris, les commencements du socialisme dans Saint-Simon et Enfantin, s’éprit de leurs doctrines qu’il fit aboutir étrangement à un sensualisme païen tout aux joies de la vie, opposé au spiritualisme judéo-chrétien. On remarque particulièrement des traces de cette théorie dans les écrits sur la littérature et la philosophie allemandes cités ci-dessus. Après un travail de moindre valeur intitulé Shakespeares Maedchen und Frauen (Paris et Leipzig, 1839), Heine publia un mémoire sur Ludwig Boerne (Hambourg, 1840) qui fit grand scandale et où, d’une façon des plus acerbes, il se déclarait l’adversaire absolu du « Nazaréen spiritualiste » qu’était Boerne. En dépit de tout son libéralisme, Heine était plutôt intellectuellement un aristocrate et ne pouvait avoir la moindre compréhension des convictions exubérantes de Boerne. À cette même époque il côtoya la politique dans ses Neue Gedichte (17) (Hambourg, 1844), dont les exquises romances sont parmi ses meilleurs productions. Dans son épopée satirique : Deutschland, ein Wintermaerchen (Hambourg, 1844), il se montra un nouvel Aristophane en même temps que dépourvu de tout sentiment patriotique, cependant que, dans son Atta Troll (Hambourg, 1847), il est tout à fait remarquable par ses descriptions resplendissantes et ses tendances saines et vraiment poétiques.

De sa chambre de patient, émana encore : Romanzero (Hambourg, 1851), qui contient ses plus belles ballades et ses plaintes les plus pénétrantes et où, dans un court épilogue, le poète confesse son retour au théisme; un ballet fantastique : Der Doktor Faust (Hambourg, 1851), et Vermischte Schriften (Hambourg, 1854, 2 vol.). De ses œuvres posthumes il n’a été publié que : Latzte Gedichte und Gedunken (Hambourg, 1869), et nombre d’années après sa mort, un fragment de ses Memoiren (Hambourg, 1884) se rapportant à ses jeunes années. On ne sait rien de certain sur le sort des autres parties de ce dernier ouvrage.agora

ERNST B.CHAIN


PRIX NOBEL 1945
ANTIBIOTIQUE

"La pénicilline est probablement la dernière molécule organique d'origine biologique à avoir été analysée en faisant appel aux méthodes classiques de la chimie organique"

Prix Nobel de physiologie-médecine pour « la découverte de la pénicilline et ses effets curatifs de nombreuses maladies infectieuses »( avec Florey et Flemming en 1945)


Chain, Ernst Boris (1906-1979), biochimiste et pathologiste britannique d'origine allemande ; né à Berlin, étudiant à l'université de cette ville, il fut lauréat du prix Nobel. Ses racines juives l'obligèrent à émigrer en Angleterre en 1933 après l'accession d'Hitler au pouvoir. Il entama des recherches sur les enzymes à Cambridge et Oxford, où il collabora avec le pathologiste sir Howard Walter Florey pour étudier la production d'antibiotiques par les moisissures. En 1941, il réussit à produire à petite échelle de la pénicilline. En 1950, Chain travailla à l'Institut supérieur de la santé de Rome, et, en 1961, il fut nommé professeur de biochimie à l'université de Londres. En 1945, Chain partagea le prix Nobel de physiologie ou médecine avec Florey et le bactériologiste britannique sir Alexander Fleming.encarta


D'où vient la pénicilline?
par Philippe Chartier

La pénicilline est un antibiotique dérivé d'une moisissure appelée Penicillium notatum. Sa découverte s'est faite tout à fait par accident. En 1928, le bactériologiste britannique Alexander Fleming (1881-1955) découvre que ses cultures de bactéries ont été contaminées. Au lieu de simplement les jeter, il prend le temps de les observer. Il constate alors qu'une moisissure a fait mourir les bactéries avec lesquelles elle est entrée en contact. Ce n'est que 10 ans plus tard que Howard Florey et Ernst Chain réussiront à isoler de la moisissure la substance aux propriétés anti-bactériennes.

L'utilisation clinique de la pénicilline débutera dans les années 1940, lorsqu'on saura comment produire la moisissure en grande quantité. La pénicilline sauvera des milliers de vies durant la Seconde Guerre mondiale et elle demeure encore l'un des plus puissants et des plus utiles antibiotiques utilisés en médecine. En 1945, Alexander Fleming, Howard Florey et Ernst Chain recevront le prix Nobel de médecine pour avoir révolutionné le traitement des maladies infectieuses par l'usage des antibiotiques


Introduction à l’étude des médicaments : Diapositive

HANS JONAS


PORTRAIT
SITE
MEMOIRE
ETHIQUE
CITATIONS
OEUVRE
CONFERENCE
SOUVENIR
ATELIER
FINKIELKRAUT
LIVRES



"L'homme est le seul être connu de nous qui puisse avoir une responsabilité "

"L’esprit moderne est incompatible avec l’idée d’immortalité." - Entre le néant et éternité

"Travailler sur le concept de Dieu est donc possible même s’il n’y a pas de preuve de Dieu…" - Concept de Dieu après Auschwitz

"Notre pensée aujourd’hui, est sous la dominance ontologique de la mort." - Phénomène de la vie

"Dieu, après s'être entièrement donné dans le monde en devenir, n'a plus rien à offrir : c'est maintenant à l'homme de donner." - Le Concept de Dieu après Auschwitz


(1903-1993)
par Claudia Neubauer

Né en 1903 en Bavière, issu de la grande bourgeoisie juive libérale, Hans Jonas a suivi des études de philosophie notamment auprès de Heidegger et Bultmann. Après la soutenance de sa thèse, il quitte l'Allemagne en 1933 pour la Grande-Bretagne, puis Jérusalem. De 1940 à 1945, il sert dans l’armée britannique et, en 1948-1949, dans l'armée israélienne. Il enseigne ensuite à New York à la New School for Social Research. De sa bibliographie, citons le Phénomène de la vie. Vers une biologie philosophique (1963) et le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique (1979). C'est surtout l'éthique de l'environnement et le principe de responsabilité qui caractérisent l'empreinte de Jonas dans le champ de l'écologie politique. Concernant le principe « responsabilité », Jonas répond à Kant (et à ses impératifs catégoriques) et à Bloch (et son « principe espérance »).

Disciple de Heidegger et ami de Hannah Arendt, déchiré entre sa patrie allemande, son combat pour la création de l'Etat d'Israël (nouvelle patrie rêvée puis abandonnée) et son exil états-unien, Hans Jonas, philosophe de la vie après avoir été soldat, est l'une des références majeures du mouvement écologiste.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en débattant avec Heidegger de ses affinités avec le nazisme, Jonas avait commencé à esquisser un concept philosophique contre le nihilisme. Il était, selon lui, inhérent à l'existentialisme moderne et responsable du manque de résistance intellectuelle à l'inhumanité de l'idéologie nazie. Jonas opposait à Heidegger un projet de pensée qui devait permettre à l'Homme de se sentir partie intégrante d'une nature non indifférente et précieuse.

Plus tard, dans une contribution concernant les problèmes éthiques (Aktuelle ethische Probleme aus jüdischer Sicht, 1970), Jonas diagnostiquait un vide métaphysique auquel l'éthique philosophique moderne n'avait rien su opposer. Selon lui, dans le monde moderne, le relativisme éthique et l'indifférence avaient remplacé l'appel à la responsabilité de l'homme. Ce qui l'amène tout naturellement à son ouvrage Le Principe responsabilité (1979) qui connaîtra un certain succès. Jonas y expose ses réflexions sur le rapport entre technologies et éthique, sur la maîtrise par l'Homme de sa propre puissance (les effets irréversibles que peuvent avoir les technologies sur la nature). Il insiste sur la grande différence avec les époques passées qui est la capacité de l'Homme à détruire l'humanité. Ce qui amène à poser la question de l'existence de l'espèce. De plus, la technique moderne est caractérisée par le fait qu'elle ne se contente pas d'imposer à la société les conditions de son maintien, mais, bien au-delà, les conditions de son renforcement... Un cercle vicieux qui entraîne les hommes à réparer les dégâts dûs à la technologie par de nouvelles innovations techniques qui créent elles-mêmes de nouveaux problèmes. Jonas refuse la croyance selon laquelle la technique saura toujours résoudre les problèmes qu'elle engendre. Pour lui, la technique moderne est « devenue sauvage » et elle doit par conséquent être domestiquée. D'autant plus qu'elle se trouve dans ce contexte ubuesque où l'homme croit contrôler la nature par le moyen d'une technique qu'il ne contrôle pas.

Au-delà de cela, Jonas estime que la technique est au moins aussi redoutable par ses réussites que par ses échecs . Cette capacité destructive de l'Homme, cette « transformation de l'essence de l'agir humain » est à la base de l'idée de Jonas de nouvelles obligations à imposer à l'Homme dans son rapport à l'avenir. Elle nécessite une transformation radicale de l'éthique vers une éthique moins anthropocentrique qui permettrait à l'homme de retrouver ses racines biologiques et naturelles. Dans cette éthique pour l'avenir qui est avant tout une pensée du long terme, la peur joue un rôle primordial en tant qu'élément mobilisateur, puisque nul ne peut anticiper les conséquences des applications techniques sur la vie à long terme. Pour Jonas, l'existence de Dieu n'est pas décisive pour l'application de cette éthique, puisque l'idée d'autolimitation responsable de l'Homme peut être justifiée sur la base de la simple raison. Son principe renonce donc sciemment à des justifications religieuses et fait appel à la responsabilité collective et personnelle en développant des stratégies d'autolimitation de la liberté humaine, ainsi qu'un profond respect de la vie.

Jonas était préoccupé par la prolifération des armes et des technologies nucléaires, la crise écologique globale et la généralisation des technologies génétiques et biogénétiques. À cet égard, il mettait particulièrement en garde contre le génie génétique et les expérimentations irréversibles. Il proposait deux types d'arguments pour justifier que la nature de l'Homme doive être respectée : l'argument religieux-métaphysique (l'Homme à l'image de Dieu qu'il faut préserver) et l'argument prudentiel (notre système naturel est d'un équilibre extrêmement complexe et il serait arrogant et imprudent de vouloir le bricoler). Dans ce cadre, Jonas a critiqué l'inévitable dérive utopique de la technique... le fantasme de l'amélioration technique de l'Homme.

Le concept de responsabilité s'exprime sous forme d'un impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre » et « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie ». (2) Jonas considérait avant tout la politique comme porteuse de cette responsabilité, même s'il faisait également référence aux parents comme responsables pour leurs enfants : « Il est manifeste que le nouvel impératif s'adresse beaucoup plus à la politique publique qu'à la conduite privée, cette dernière n'étant pas la dimension causale à laquelle il peut s'appliquer. » En 1992, un an avant sa mort, Jonas exprimait lors d'une remise de prix que « si nous continuons à gérer la Terre aussi mal que nous le faisons à l'heure actuelle, le destin qui nous menace, ce malheur, devient d'autant plus sûr que nous le considérons comme étant inévitable. Je mets en garde contre le danger interne qu'est le fatalisme, qui est presque aussi grand que le danger extérieur, qui est toute façon de notre fait ».

Hans Jonas a, comme peu de philosophes du siècle passé, souligné à quel point l'existence de la Nature et de l'Homme sont menacées à long terme par les interventions technologiques de ce dernier dans l'écosystème de la vie planétaire.

Son legs philosophique est un plaidoyer passionné pour la responsabilité humaine. Ce legs est toujours (et de manière grandissante) d'une actualité brûlante.perso orange

IRENA SZEWINSKA


BIO
PALMARES
SAUT
MEDAILLE






Sept médailles dans cinq épreuves différentes



Née de parents polonais à Leningrad, ex-Union soviétique, Irena Kirszenstein participe à ses premiers Jeux Olympiques à Tokyo en 1964, à l'âge de 18 ans. Elle termine deuxième dans le saut en longueur ainsi que dans le 200m et parcourt le deuxième relais du 4x100m pour l'équipe polonaise qui remporte une victoire inattendue dans la finale. En 1967, elle épouse Janusz Szewińsk et participe aux Jeux de 1968 à Mexico sous le nom d'Irena Szewińska. Elle ne parvient pas à se qualifier pour la finale du saut en longueur et ne décroche que le bronze dans le 100m. Elle revient ensuite sur le devant de la scène et remporte la médaille d'or dans le 200m en battant le record du monde. Après s'être adjugé une autre médaille de bronze dans le 200m aux Jeux de 1972 à Munich, Irena se met au 400m en 1973 et, l'année suivante, elle devient la première femme à descendre sous la barre des 50 secondes. Aux Jeux de 1976, elle s'impose au 400m en établissant un nouveau record du monde, ce qui porte à sept le nombre total de médailles gagnées dans cinq épreuves différentes. Entre 1974 et 1978, elle remporte 34 finales consécutives dans le 400m. En 1980, elle prend part aux Jeux Olympiques à Moscou, mais se déchire un muscle dans la demi-finale du 400m et est éliminée. Irena Szewińska est nommée membre du Comité International Olympique en 1998 .olympic

JOHN C.HARSANYI


PRIX NOBEL 1994
BIO
THEORIE



Economiste spécialiste de l’utilitarianisme



"Pour ses activités d’avant-garde en matière d’analyse de l’équilibre dans la théorie des jeux non-coopératifs"
( en compagnie de John Forbes Nash et Reinhard Selten )


Il a développé une approche utilitariste de l’action publique. Dans la lignée de J. Bentham et de Paul Samuelson, Harsanyi établi une fonction de bien être social à partir de laquelle il tente de définir le critère de répartition du revenu qui serait adopté par des individus rationnels et impartiaux.

D’origine hongroise après avoir été pharmacien jusqu’à la fin de la guerre, il enseigne la psychologie à l’université jusqu’en 1948. Il quitte la Hongrie clandestinement et rejoint l’Australie où il devient ouvrier. Il reprend ses études et opte pour l’économie etdonne des cours d’économie à l’université de Queensland à Brisbane. Il part pour l’université de Stanford en 1956 où il obtient un doctorat d’Economie sous la direction d’Arrow. Il est professeur à Canberra puis Detroit et enfin à Berkeley.

Il devient rapidement un spécialiste de la théorie des jeux et apporte à la méthodologie de cette théorie, les outils qui lui faisaient défaut lyc arsonval brive.ac limoges

"voile d'ignorance" : de John Harsanyi.
Les individus chargés d'élaborer des principes de justice ignorent tout de ce que sera leur situation future. Seront-ils pauvres ou riches, quand ils seront jeunes ou vieux ; seront-ils favorisés en tant qu'homme ou femme ; etc. Donc, le choix des principes ne doit pas être relié à la connaissance de leur future place dans la société une fois que le voile d'ignorance se soulève. Pourtant, même s'ils restent encore derrière ce voile d'ignorance, ils n'en sont pas moins calculateurs et égoïstes. Comme la base de leur calcul exclut toute connaissance de probabilités, c'est la prudence qui guide leur choix dans l'adoption de ces principes. Ils minimisent les risques dans la mesure où ils sont susceptibles de se retrouver dans la position de moins favorisés. Des hypothèses auxiliaires étaient nécessaires. Parmi celles-ci, il y a l'idée d'une société de "rareté modérée" dans laquelle les pauvres peuvent obtenir un sort meilleur sans que les riches ne fassent de grands sacrifices. Cette hypothèse de rareté modérée est importante dans l'ordre lexical des deux principes de justice. En effet il faut imaginer deux autres situations symétriques : celui qui accepte de courir le risque d'être très pauvre avec la possibilité de devenir très riche grâce au principe de liberté et inversement celui qui préfère le sacrifice de la liberté en contrepartie d'une pauvreté limitée. Pour y répondre, Rawls admet que l'utilité marginale des gains matériels diminue de façon assez rapide quand la prospérité augmente. Dans Théorie de la justice, maximiser le minimum de l'individu le plus défavorisé porte le nom de maximin. Ce dernier se couple avec un autre principe, celui du leximin. Il faut remonter la hiérarchie sociale, individu par individu, en essayant de maximiser le minimum de chacun à chaque niveau de cette hiérarchie. ses ac bordeaux

BRONISLAW GEREMEK


PARLEMENT
PORTRAIT


Il a été l'un des principaux artisans des transformations démocratiques qui ont précipité la chute du communisme en Europe de l'Est.



"Après avoir fait l'Europe, nous devons faire maintenant les Européens. Sinon, nous risquons de la perdre"

"Il faut mettre les choses en doute, tout d’abord en posant le problème de l’histoire de la civilisation européenne. Parce que je crois, non seulement en tant qu’historien, mais aussi en tant qu’Européen, que le problème de l’Europe, de la civilisation européenne, et de l’identité européenne, touche au problème de la mémoire… "Prof. Bronisław Geremek, Titulaire de la Chaire de Civilisation européenne

"La faiblesse des démocraties dans les sociétés post-communistes ne vient pas de ce qui s'est passé avant leur entrée dans le communisme. Le fait fondamental a été la suppression de l'économie de marché, suppression qui détruit les rapports entre les hommes. Le communisme était fondé sur la passivité de la société. Il arrive à l'humanité de s'engager dans des voies sans issues: le communisme était l'une d'elles." Colloque l'expérience de la liberté (Mexico 1990)


Bronislaw Geremek, spécialiste de l'histoire médiévale française et homme politique polonais, est mort dimanche 13 juillet 2008 dans un accident de voiture à l'âge de 76 ans.L'un des membres fondateurs du syndicat Solidarité et proche conseiller de Lech Walesa, son chef historique, il avait appartenu à un petit noyau d'intellectuels prônant, dès les années 1970, une opposition non-violente au régime totalitaire imposé à la Pologne par l'Union soviétique le figaro



Geremek, Bronisław (1932-2008), historien et homme politique polonais.

Un intellectuel francophile

Né à Varsovie, dans une famille intellectuelle juive, Bronisław Geremek grandit au sein du ghetto de Varsovie. Il parvient à le quitter en 1943 avec sa mère, tandis que son frère aîné survit à la déportation à Bergen-Belsen et que son père meurt à Auschwitz.

De retour à Varsovie en 1948, Bronisław Geremek termine ses études secondaires. Il étudie l’histoire à l’université de sa ville natale ainsi qu’à l’École pratique des hautes études à Paris, où il séjourne à plusieurs reprises, en 1956, 1957 et 1962, grâce à des bourses du gouvernement français. D’abord attiré par l’histoire contemporaine, il préfère se consacrer à l’histoire du Moyen Âge, moins soumise au dogmatisme marxiste. Fin 1962, il prend la direction du Centre de civilisation polonaise qui vient d’être créé à la Sorbonne. Fervent lecteur de l’école des Annales, il s’intéresse aux travaux de Marc Bloch, qu’il considère comme son maître spirituel, Fernand Braudel, Lucien Febvre et Henri Pirenne et devient l’ami des médiévistes Jacques Le Goff et Georges Duby.

L’historien de la marginalité

À une époque où ce sujet ne rencontre que l’indifférence des historiens, Bronisław Geremek se tourne vers l’étude de la pauvreté. Passionné par l’histoire des mentalités, il se spécialise dans l’histoire sociale, celle de la délinquance, de l’exclusion et de la marginalité. Sa thèse sur les Marginaux parisiens aux xive et xve siècles, soutenue en 1972, est publiée en France en 1976. Par la suite, ses principaux ouvrages déclinent cette thématique : Truands et misérables dans l’Europe moderne 1350-1600 (1980), Inutiles au monde. Vagabonds et marginaux en Europe aux xive et xve siècles (1980), Salariat dans l’artisanat aux xive et xve siècles. Étude sur le marché de la main d’œuvre au Moyen Âge (1982), la Potence ou la Pitié. L’Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours (1987) et les Fils de Caïn. L’Image des pauvres et des vagabonds dans la littérature du xve au xviie siècles (1991). Enseignant à l’université de Varsovie de 1965 à 1980, il occupe en 1993 la chaire internationale du Collège de France « Histoire sociale : exclusions et solidarités ». En 2002, il reçoit le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en langue française.

L’engagement politique aux côtés de Solidarité

Lecteur des ouvrages fondateurs du marxisme à partir de 1948, Bronisław Geremek adhère au Parti ouvrier unifié polonais (POUP) en 1950. Il le quitte après l’intervention soviétique contre le Printemps de Prague en 1968. En 1980, il se rend sur les chantiers de Gdansk en grève, en compagnie de Tadeusz Mazowiecki, afin de sceller l’alliance entre intellectuels et ouvriers et participe aux négociations qui conduisent à la signature des accords de Gdansk (31 août 1980) et à la création du syndicat Solidarité. Bronisław Geremek devient le conseiller personnel de Lech Walęsła. À la suite de la proclamation de l’état de guerre par le général Jaruzelski (13 décembre 1981), Bronisław Geremek est emprisonné jusqu’en décembre 1982. En 1989, lors des négociations de la Table ronde, il est l’un des principaux médiateurs entre le gouvernement et Solidarité. À la suite des élections de juin 1989, Bronisław Geremek préside le groupe parlementaire de Solidarité, la commission de réforme de la Constitution et la commission des Affaires étrangères de la Diète. Après son départ de Solidarité en 1990, il adhère à l’Union des libertés (UW).

Ministre des Affaires étrangères de Pologne (1997-2000)

Après la victoire de l’Alliance électorale Solidarité (AWS) aux élections législatives de 1997 et la formation d’une coalition de centre-droit entre l’AWS et UW sous la direction de Jerzy Buzek, Bronisław Geremek devient ministre des Affaires étrangères. En cette qualité, il préside l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 1998 et se prononce pour une adhésion rapide de la Pologne à l’Union européenne (UE). La rupture de la coalition AWS/UW en juin 2000 entraîne la fin de son mandat. Il préside alors la Commission parlementaire polonaise pour le droit européen. En décembre 2000, il est élu président de l’UW, mais il renonce à cette fonction après la défaite de l’UW lors des élections législatives de septembre 2001 – avec 3,3 p. 100 des voix, le parti est en dessous de la clause des 5 p. 100. Au lendemain de l’entrée de la Pologne dans l’UE, en mai 2004, il est élu au Parlement européen et siège au sein du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), au centre de l'échiquier politique européen.

Bronisław Geremek revient sur son itinéraire d’intellectuel engagé dans la Rupture. La Pologne du communisme à la démocratie (1991)et l’Historien et le Politique(1999).
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Conference sur Marc Bloch par B. Geremek
Cet article est le texte de la conférence qu’aurait du prononcer l’historien polonais médiéviste Bronislaw Geremek, lors de la Conférence Marc Bloch en 1986, qui clôturait le colloque consacré au 100ème anniversaire de la naissance de Marc Bloch. En l’absence de son auteur, empêché par la situation polonaise de se rendre à Paris, c’est Jacques Le Goff qui a lu ce texte. Bronislaw Geremek fut conseiller de Lech Walesa et ministre des Affaires étrangères de Pologne (1997- 2000).

HEINRICH HERTZ

BIO
PHOTO
ELECTROMAGNETISME
DATE
PORTRAIT


Le résonateur de Hertz lui permet de confirmer, en 1887, l’existence des ondes électromagnétiques se propageant dans l’air avec une vitesse finie, un effet prévu par la théorie de Maxwell.

Ses recherches permettront d’améliorer le système télégraphique sans fil utilisé dans la radio


Né à Hambourg (Allemagne) le 22/02/1857 ; Mort à Bonn (Allemagne) le 01/01/1894

Professeur de physique, notamment à l'université de Bonn, Heinrich Hertz invente un oscillateur produisant des ondes électromagnétiques, ce qui lui permet de démontrer qu'elles sont de même nature que la lumière. Il parvient alors à transmettre de l'électricité par le biais de ces ondes électromagnétiques, ce qui aboutira au développement de la télégraphie sans fil et de la radio. Ce mode de transmission a été baptisé "hertzien" en son honneur, de même que l'unité de fréquence qui porte son nom : le hertz (symbole Hz).

1888 15 mars
Hertz propose une théorie des ondes électromagnétiques
En se référant aux travaux réalisés par James Clerk Maxwell un an plus tôt, Heinrich Hertz démontre que l’électricité peut être générée par des ondes électromagnétiques se mouvant à la vitesse de la lumière. Ses recherches permettront d’améliorer le système télégraphique sans fil utilisé dans la radio.

1954 28 mars
Première utilisation de la modulation de fréquence (FM)
La première émission radiophonique en modulation de fréquence est diffusée à Paris. Ce système permet de multiplier le nombre de station sur les ondes hertziennes et améliore fortement la qualité sonore des émissions. L’utilisation de la bande FM demeure toutefois sous le monopole de l’État et les différentes gammes de fréquence couvrant le territoire dans sa totalité seront découvertes seulement quelques années plus tard.
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Physicien allemand (oncle de Gustav Hertz, lauréat du prix Nobel de physique en 1925) né à Hambourg et mort à Bonn. Heinrich Rudolph Hertz, après des études d'ingénieur, abandonne cette branche pour la physique, qu'il étudie à Berlin sous la direction de Hermann von Helmholtz.
Nommé privatdozent à Kiel (1883), Hertz y commence l'étude de la théorie de Maxwell et, devenu professeur à l'École polytechnique de Karlsruhe, il démontre alors expérimentalement l'existence des ondes électromagnétiques. Helmholtz attire son attention sur un prix offert par l'Académie de Berlin et destiné à couronner un travail expérimental sur la relation entre l'électromagnétisme et la polarisation des diélectriques; Hertz ne prend pas la proposition au sérieux. À Karlsruhe, il découvre néanmoins la propagation des ondes de Maxwell, et il détermine leur longueur d'onde et leur vitesse en démontrant en même temps leur caractère transversal et leurs propriétés de réflexion, de réfraction et de polarisation. Il établit ainsi la correspondance complète entre les ondes électromagnétiques et les ondes lumineuses ou la chaleur. La nature électromagnétique des ondes lumineuses se trouve ainsi assise sur des bases expérimentales irréfutables.
À partir de 1889, Hertz succède à R. J. E. Clausius à l'université de Bonn, où il continue ses recherches sur la décharge électrique dans les gaz raréfiés, recherches qui aboutiront quelques années plus tard à la découverte des rayons X par Röntgen.
Les œuvres scientifiques de Hertz remplissent trois volumes (1893, 1896 et1899).
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Le hertz (symbole : Hz) est l’unité dérivée de fréquence du système international (SI). Elle est équivalente à une oscillation par seconde (1/s).


Lire le dossier : CRITIQUE DE LA MECANIQUE

ALFRED FRIED

PRIX NOBEL 1911
BIO
HISTOIRE


Journaliste, fondateur de 'Die Friedenswarte' (une publication pour la paix)
Il reçoit avec Tobias Asser le Prix Nobel de la Paix en 1911.

Alfred Hermann Fried (né en 1864 - mort en 1921 à Vienne)



Autodidacte, Alfred Fried quitte l'école à 15 ans et devient libraire à Vienne et à Berlin. Après avoir lu l'ouvrage Die Waffen nieder de la Baronne von Suttner, il décide de se consacrer à la propagande en faveur la paix. Il crée la revue Die Waffen nieder (A bas les armes) en 1892 et participe également à la création de la Deutsche Friedensgesellschaft (Société de la paix allemande). Il ne cesse de publier des milliers d'articles sur la paix et de rédiger Die Friedens-Warte (La gardienne de la paix), (1899-1921). Exilé en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, il poursuit ses activités pacifistes et parvient à maintenir la publication de Die Friedens-Warte. Après la guerre, épuisé par la maladie, il termine ses jours de façon misérable et meurt dans un hôpital de Vienne nobel paix






Messianisme et américanisation du monde. Les Etats-unis et les organisations pacifistes de France et d’Allemagne à la veille de la Première Guerre mondiale (1911-1914)

Philippe Alexandre

Les organisations pacifistes bourgeoises, qui constituent à la veille de la Première Guerre mondiale une tendance réformiste active mais minoritaire, croient à la possibilité de mener une action efficace en faveur de l’instauration d’une paix durable. Elles rassemblent des éléments très divers agissant au nom d’éthiques dont les principes s’ancrent le plus souvent dans des sentiments humanitaires, dans une foi rationaliste ou dans un christianisme se comprenant comme religion de la paix. Ces pacifistes ne méconnaissent pas les dangers qui menacent le monde. Certaines formes d’internationalisme caractéristiques du monde moderne, comme les expositions universelles, les conférences de La Haye, l’Union inter­parlementaire ou les congrès internationaux, leur apparaissent toutefois comme porteuses d’espoir. Instaurer un ordre mondial reposant sur les principes de conci­liation et d’arbitrage est pour eux un but prioritaire. Il s’agit d’abord de créer sur cette base une paix durable, puis d’organiser le monde en une sorte de société des nations, dont la forme est depuis longtemps discutée. Dès les années 1850, on a parlé des « Etats-Unis d’Europe »[1] ; l’idée déjà ancienne d’Union panaméricaine, qui se concrétise en 1910, est également considérée par certains comme un modèle possible. Pour atteindre ce but, il paraît nécessaire non seulement d’éclairer les masses, d’éduquer l’opinion qui, dans chaque pays, sera un jour en mesure d’exercer une influence sur les gouvernements, mais aussi de développer les échanges internationaux en vue de favoriser la compréhension mutuelle entre les peuples.

Telles sont les grandes lignes de la réflexion et de l’action que les organisa­tions pacifistes modernes mènent durant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale. En France, trois associations jouent un rôle de premier plan dans ce mouvement international : la Société Française pour l’Arbitrage entre Nations (Paris), fondée en 1867, présidée par Frédéric Passy, membre de l’Institut, en qui les pacifistes français reconnaissent leur « maître » ; l’Association La Paix par le Droit, créée en 1887, présidée par Théodore Ruyssen, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, puis par Charles Richet, profes­seur à la Faculté de Médecine de Paris, rassemble des universitaires, des juristes et des hommes politiques. Elle édite le mensuel La Paix par le Droit, conçu comme une « revue d’études indépendantes et de libre discussion ». La Conciliation inter­nationale, présidée par le baron d’Estournelles de Constant, sénateur de la Sarthe, se propose d’œuvrer en vue « de développer la prospérité nationale à la faveur de bonnes relations internationales et d’organiser ces bonnes relations sur une base permanente et durable ».

Ce programme est aussi dans une large mesure celui de la Société de la paix allemande (Deutsche Friedensgesellschaft) fondée en 1892 à Berlin sous l’impulsion des Autrichiens Alfred Hermann Fried et Bertha von Suttner. Cette société, dont le siège a été installé à Stuttgart en 1900, est présidée par l’industriel de Pforzheim, Adolf Richter. Le pasteur de Stuttgart, Otto Umfrid, y joue un rôle important notamment en tant que rédacteur de sa revue qui, depuis 1909, a pour titre Völker-Friede. En 1899, dans le contexte de la première conférence de La Haye, Alfred Hermann Fried a créé la revue Die Friedens-Warte, forum de dis­cussion ouvert à tous ceux qui réfléchissent aux questions relatives à la paix. En 1911 se constitue une branche allemande de la Conciliation internationale, l’Association pour la conciliation internationale (Verband für internationale Verständigung), qui vient renforcer l’action de celles qui existent déjà à Paris, à New-York, à Bruxelles, à Londres, à Tokyo, à Odessa et à Vienne. C’est en s’appuyant sur ces réseaux de coopération que les pacifistes espèrent pouvoir accroître leur influence sur l’opinion et donc sur les gouvernements. Fait révéla­teur de la situation des pacifistes en Allemagne, l’Association pour la conciliation internationale du Reich tient à se démarquer de la Société de la paix allemande qui reste considérée comme une « secte » de gens dont les idées sont jugées par beau­coup comme non conciliables avec les intérêts de la patrie.

Le Nouveau Monde et la « Vieille Europe »
L’un des défis auxquels les pacifistes européens de cette époque se voient confrontés est l’émergence des Etats-Unis comme nouvelle puissance mondiale à un moment où l’Europe est affectée par une crise liée à des contentieux comme la question d’Alsace-Lorraine ou à des questions nationales comme dans les Balkans, à l’impérialisme des puissances européennes, à la paix armée et à son corollaire, la course aux armements, qui ne font qu’accroître la méfiance réciproque entre les nations, attisée par les bellicistes et les agents d’un chauvinisme exa­cerbé. Les Etats-Unis sont perçus en Europe non seulement comme un facteur de la vie internationale dont l’influence grandit, mais aussi comme un concurrent, voire comme un danger, face auquel il importe d’être vigilant. En 1904, Alfred Hermann Fried écrivait à ce sujet : « L’évolution des Etats-Unis d’Amérique du Nord est depuis longtemps au centre de l’intérêt des pacifistes européens. Dans leurs rangs, on a très clairement compris que l’évolution économique de la jeune république transatlantique exercera nécessairement une influence qui provoquera une révolution pour les vieux Etats civilisés de l’Europe qui persévèrent dans leur antagonisme. C’est à tort que nous appelons ce qui nous menace de l’autre côté de l’Atlantique le ‘danger américain’ ; nous devrions plutôt dire de l’influence ac­quise par les Etats-Unis sur l’économie européenne qu’elle est un espoir, car les mesures que cette influence nous amènera à prendre, hâterons la réalisation de l’idéal que défendent les amis de la paix, elles contribueront à faire naître une union économique et de ce fait aussi une union politique des Etats européens. »

Mais les questions économiques ne sont pas l’unique objet des préoccupations des Européens. Ils voient en effet qu’aux Etats-Unis des forces contraires s’affrontent. Les présidents Taft et Wilson, poursuivant les efforts de Roosevelt, tentent de faire accepter l’idée d’une politique d’arbitrage et de conciliation dans les conflits qui les opposent à d’autres pays, dans le domaine économique notam­ment. Ils se montrent désireux de créer les conditions de la paix. Wilson et son secrétaire d’Etat W. J. Bryan soutenus – comme nous le verrons – par le mouve­ment pacifiste américain moderne, doivent faire face à la montée d’un nationa­lisme à travers lequel se manifeste la tentation de l’impérialisme et du militarisme. Ils se heurtent à des résistances au Sénat, à la critique dans certaines parties de l’opinion américaine. En 1904, Anna B. Eckstein, correspondante américaine de revues pacifistes françaises et allemandes, attirait l’attention des lecteurs de la Friedens-Warte sur ce fait. La conférence de Lake-Mohonk, expliquait-elle, montre « à quel point est vivant ici aux Etats-Unis d’Amérique du Nord ce patrio­tisme véritable, qui est le fondement du mouvement pacifiste international et qui n’est rien d’autre qu’un humanisme véritable ; elle montre qu’il résiste, en dépit de tout un tapage impérialiste très préoccupant lié au militarisme, qu’il a rendu sa position de plus en plus imprenable et qu’il progresse dans la bataille menée contre le jingoïsme qui, prenant le visage d’un saint et d’un patriote, multiplie les mises en garde contre un ennemi aux aguets de l’autre côté de l’océan, un ennemi qu’il s’agit de tenir en respect grâce à une flotte militaire de premier ordre, afin que l’on puisse se remplir soi-même les poches de dollars payés cash, grâce à l’acquisition continuelle de nouveaux navires et d’un important matériel de guerre tant pour la défense que pour l’attaque ».

En manifestant leur soutien à Taft puis à Wilson, les pacifistes français et alle­mands défendent une certaine conception du rôle que, selon eux, les Etats-Unis pourraient jouer dans le monde. Leur statut de puissance nouvelle n’est toutefois pas sans poser de problèmes. Va-t-il faire d’eux une puissance impéria­liste ou les amener à jouer un rôle particulier, d’un type nouveau, par rapport aux Etats de la vieille Europe ? En Allemagne, cette question suscite des polémiques entre les pacifistes et les tenants de la Realpolitik. En 1911, par exemple, A. H. Fried affirme que « certains historiens allemands » – c’est à Hans Delbrück, le directeur des Preußische Jahrbücher, qu’il s’adresse indirectement – utilisaient une vieille recette consistant à mettre l’accent sur l’impérialisme américain « pour excuser la politique mondiale de puissance menée par l’Allemagne et ses consé­quences désastreuses ». L’historien Hermann Oncken répond que leur histoire a développé chez les Américains une « prédisposition :particulière à l’expansion » et qu’elle a fait naître chez eux le mythe d’un Etat de type tout à fait nouveau, d’un royaume de la paix sur la terre. La même année, dans la même revue, Emil Daniels dénonce, à propos des tensions entre le Mexique et les Etats-Unis, l’ « hypocrisie » de la politique américaine. Et il écrit non sans ironie : « Rien n’a plus étonné le monde civilisé que le mouvement opéré en direction de la frontière de leur faible voisin mexicain par les troupes de ces Yankees, ces partisans exubé­rants du pacifisme et de l’arbitrage. […] Les dirigeants politiques américains aiment la paix en théorie jusqu’au sentimentalisme, mais dans la pratique, ils manient l’épée avec la même absence de scrupules que les empereurs et les rois ambitieux d’autrefois ».

Devenus une puissance mondiale, les Etats-Unis se trouvent confrontés à un dilemme : Doivent-ils rester fidèles à la doctrine Monroe ou, au contraire, sortir de leur isolement pour s’engager et assumer les responsabilités liées à ce nouveau statut ? Pour les pacifistes français et allemands, la réponse semble évidente. En 1913, à propos du centenaire de la Paix entre les Etats-Unis et l’Angleterre, La Paix par le Droit écrit : « Et tandis que la race anglo-saxonne, sur tous les points du globe, déclarera fièrement la paix au monde, les vieux gouvernements militai­res de l’Europe, – la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Russie –, s’épiant, s’injuriant et se menaçant, se ruineront en armements absurdes, impose­ront à leurs fils plusieurs années d’inertie et de servitude, et finiront, après des années de misère et de détresse, par sombrer dans une révolte générale des masses exaspérées. Mais tout espoir n’est pas encore perdu. La solidarité des nations est un fait qui commence seulement à déployer sous nos yeux ses conséquences : Qui sait s’il ne viendra pas un jour où l’Amérique, l’Australie et l’Asie elle-même, au nom des intérêts du globe dont elles prendront la charge, imposeront à l’Europe en démence la paix indispensable à la marche en avant de l’humanité ? ». A une époque où le président Taft propose aux Etats européens de signer des traités offrant une formule nouvelle de conciliation et d’arbitrage, des traités sans réserve ni restriction (commission d’enquête, temporisation, recours à une cour arbitrale), le juriste Jacques Dumas, dans La Paix par le Droit, conjure la vieille Europe de répondre à l’appel des Etats-Unis.

Les relations entre les pacifistes français, allemands et américains
Les pacifistes français et allemands répondent à cet appel en cherchant, iso­lément ou dans un cadre trilatéral, voire plus large, à développer leurs relations avec les Etats-Unis, tant avec leurs dirigeants politiques qu’avec le mouvement pacifiste moderne américain. On voit bien toutefois que, de part et d’autre du Rhin, l’idéalisme se conjugue à cette préoccupation constante : la paix doit servir les intérêts nationaux.

En France, est créé en 1912 le Comité France-Amérique, au sein duquel un certain nombre de pacifistes français, entre autres, le baron d’Estournelles de Constant, vont se montrer très actifs.Ce Comité est d’abord présidé par l’académicien Gabriel Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères, qui s’appuiera sur l’ambassadeur David Jayne Hill et sur son successeur Myron T. Herrick. Pour les Français, des enjeux économiques importants sont liés aux relations franco-américaines. Si le Comité France-Amérique apporte son soutien au président démocrate Wilson, nouvellement élu, c’est aussi parce qu’il est parti­san d’un abaissement des tarifs douaniers. James H. Hyde, déclare que pour arri­ver à un accord dans ce domaine, il faut éclairer l’opinion publique, éviter les heurts, faire en sorte qu’un « point de vue moyen », qu’une « opinion moyenne et de juste mesure se crée entre les deux nations ». Le Comité France-Amérique met en avant le fait que, depuis l’époque de la colonisation française et depuis La Fayette, règne une atmosphère de paix entre les deux pays, mais cette situation est en vérité liée au fait que, jusque-là, jamais des conflits touchant à leurs intérêts vitaux ne les ont encore opposés. Certes, les Américains « n’oublient pas ce que leur présent doit au passé des Français », mais dans leur action au sein du Comi­té France-Amérique, ils montrent bien qu’ils ont des vues plus générales : il s’agit pour eux, selon le mot de l’ambassadeur David. J. Hill, d’organiser le monde en une « grande famille » ayant des intérêts communs. Leurs relations avec la France ne sont qu’un élément de leur politique mondiale.

Pour les pacifistes allemands, la tâche semble plus difficile, car la puissance croissante de l’Allemagne, le développement de sa flotte notamment, est perçue aux Etats-Unis comme une concurrence et le gouvernement du Reich se montre réticent dans la question de l’arbitrage. Ils peuvent toutefois s’appuyer sur la Ligue nationale des Allemands d’Amérique, le Deutschamerikanischer National­bund, qui compte 2,5 millions de membres. Le Congrès de cette ligue, son Bun­destag, a mis en place une commission d’action pacifiste, dans laquelle siège le très actif vice-président de la Société de la paix de New York, H. Feldmann. En 1911, cette Commission soumet au Congrès de la ligue une motion lui demandant de la soutenir dans l’action qu’elle mène en faveur de l’arbitrage, de traités entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Cette motion est adoptée par les délégations de 44 Etats. Dans son discours de clôture du Congrès, Charles Hexamer, président-fondateur de la Ligue, déclare avec un idéalisme auquel la fierté nationale allemande ne le cède en rien : « Aujourd’hui, nous com­battons les trusts, et, déjà, ils commencent à se plier à la volonté du peuple. Vien­dra aussi le temps où, grâce à une éducation éthique des nations, les aspirations bellicistes faibliront et où les querelles se régleront de façon pacifique. Ce serait à l’Allemagne, le pays des philosophes et des penseurs, de faire le premier pas, dans cette question également ».

C’est en 1911, à partir du congrès organisé à Baltimore par la Société de la paix américaine (American Peace Society), que le mouvement pacifiste moderne prend aux Etats-Unis une ampleur particulière. Une synergie va se développer entre les sociétés de la paix – qui constituent une fédération –, les universités, les organisations féministes, les Eglises, qui se mobilisent en faveur de la conciliation et de l’arbitrage et apportent leur soutien aux présidents Taft et Wilson. Le 1er mai 1911, la Société de la paix installe son siège à Washington, c’est-à-dire dans l’environnement immédiat de la sphère gouvernementale, afin d’y renforcer son lobbying. Mais ce mouvement reste surtout limité à l’Est des Etats-Unis, qui entretient des relations particulières avec l’Europe, et, loin de toucher les masses, toutes les classes de la société américaine, il est surtout le fait d’une élite intel­lectuelle.

La fédération formée par les sociétés de la paix américaines a pour but de ren­forcer leur action et d’apporter un soutien plus efficace à la campagne menée par le président Taft qui tente de faire passer au Sénat les traités d’arbitrage signés avec la Grande-Bretagne et la France. Les pacifistes français et allemands accor­dent la plus grande attention à cette entreprise. Tandis que Otto Umfrid se félicite de voir le président américain défendre ainsi ses idées, la revue La Paix par le Droit salue l’enthousiasme et le réalisme avec lequel l’élite américaine sert la cause de la paix, tout en espérant voir ce mouvement gagner l’ensemble du pays. La résistance du Sénat américain provoquera une certaine désillusion. Et pourtant, toutes les forces du mouvement pacifiste se sont mobilisées : les sociétés pacifis­tes, la Société pour le règlement arbitral des conflits internationaux, des person­nalités comme l’éditeur de Boston Edwin Ginn ou l’industriel Andrew Carnegie, président de la Société de la paix de New York, les universités, dont les prési­dents, comme Nicholas Murray Butler (président de Columbia University) ou David Starr Jordan (président de Leland University), l’élite intellectuelle, les Eglises les femmes, les conférences de Lake Mohonk.

C’est dans ce contexte que les pacifistes européens effectuent aux Etats-Unis des voyages auxquels est faite la plus grande publicité. Le but est d’apporter un soutien à l’action des Américains, de délivrer un message à l’opinion américaine et de témoigner en Europe sur l’action du mouvement en Amérique. L’un des voyages marquants de cette période est celui du Comte Apponyi qui a été invité par le Civic Forum et la Société de la paix de New York, mais qui est aussi l’hôte du gouvernement fédéral et de la Chambre des députés. Il déclare devant les élus du peuple que les Américains ont emporté en quittant l’Europe ce que celle-ci avait de meilleur pour le développer en l’adaptant aux conditions du Nouveau Monde, mais que leur « situation heureuse » leur impose une « grande responsa­bilité ». Ainsi les invite-t-il à aider l’Ancien Monde à surmonter ses divisions.

La même année, d’Estournelles de Constant se rend, lui aussi, aux Etats-Unis. En 1902 déjà, il a, à titre personnel, fait une démarche auprès du président Roosevelt afin qu’il use de son influence pour faire avancer la question de la cour d’arbitrage de La Haye ; en 1902, son deuxième voyage en Amérique avait pour but de fonder, avec ses amis Andrew Carnegie et Nicholas Murray Butler, la branche américaine de la Conciliation internationale dont l’activité allait connaître un succès inespéré. D’Estournelles de Constant consignera les résultats de ses trois voyages dans un livre volumineux intitulé Les Etats-Unis d’Amérique (1913), avec l’espoir qu’il pourra « contribuer à diminuer la profondeur de l’ignorance qui sépare, autant que l’océan, l’Europe du Nouveau Monde ».L’idée de l’interdépendance des deux continents lui fait depuis longtemps mettre en avant la nécessité dans laquelle ils se trouvent de coopérer.En 1912, Bertha von Suttner répond à une invitation de la branche américaine de la Conciliation internationale, de la Société américaine de la paix, de la Dota­tion Carnegie, de la World Peace Foundation et de la Société des Féministes. Si, à un âge déjà avancé, elle entreprend un long périple outre-Atlantique, c’est parce qu’elle aussi constate qu’une méconnaissance et une incompréhension réciproques séparent l’Ancien et le Nouveau Monde.

Ces voyages n’ont pas été les seules initiatives prises par les pacifistes en vue de multiplier les contacts entre l’Europe et les Etats-Unis. Les sociétés de la paix invitent des orateurs, les universités des professeurs ; les rencontres organisées par l’association internationale d’étudiants Corda Fratres sont soutenues par des orga­nisations pacifistes, de même que celles des chambres de Commerce, car on est bien conscient du rôle que peut jouer le développement des relations commercia­les dans le rapprochement entre les deux continents. « Nous sommes dans l’ère des ententes et de la diplomatie commerciale, lit-on en août 1911 dans The Advo­cate of Peace, le commerce moderne repose sur de larges et équitables principes de réciprocité. Plus il est actif, plus une guerre est néfaste et plus on a intérêt à l’éviter ». Ainsi, la chambre de Commerce de Boston, soucieuse d’aller de l’avant, se prépare-t-elle à envoyer une centaine de commerçants américains en Europe dans le cadre d’un voyage d’études. « Les Etats-Unis sont, de tous les pays, celui qui a le plus intérêt à entretenir de bonnes relations commerciales, écrit encore l’organe de la Société de la paix américaine ; la prospérité du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne est une garantie de leur propre prospérité […]. L’Amérique a conscience que son commerce a un rôle à jouer dans la paix du monde ».



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