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LOUIS BRANDEIS

The Jewish Americans
LAW
SCHOOL
UNIVERSITE 1 - 2 - 3 - 4
Supreme Court
ETUDE


Louis Brandeis


Louis Dembitz Brandeis (Louisville, 13 novembre 1856 – Washington, D.C., 5 octobre 1941), avocat américain qui fut membre de la Cour suprême des États-Unis .

Il apporta un important soutien au mouvement sioniste américain.


"Le gouvernement qui viole la loi, provoque le mépris de la loi"

" La Cour s'incline devant les leçons de l'expérience et la force d'un raisonnement supérieur, consciente que le processus d'essais et d'erreurs, si fructueux dans le domaine des sciences physiques, a aussi sa place dans la fonction du judiciaire. "

Louis Brandeis, juge de la Cour suprême


Né aux États-Unis, il était issu d’une famille d’immigrants juifs ayant fui Prague en 1848. Après de brillantes études à Harvard, il ouvrit son propre cabinet à Boston, et commença à s’investir dans la défense des intérêts des plus pauvres. Il travailla notamment sur des affaires d’intérêt général et développa une conception nouvelle de la justice. Il partait du principe que la loi devait promouvoir la justice sociale, même s’il n’existait pas de précédent juridique. Ce type d’argument plus sociologique et idéaliste que strictement juridique devint célèbre sous le nom de Brandeis Brief et révolutionna véritablement la pratique du droit. Nommé juge à la Cour suprême par le président Woodrow Wilson en 1916, il y poursuivit son action progressiste jusqu’en 1939. Ce profil n’est pas étranger à la décision des trustees. En donnant le nom de Brandeis à la première université américaine à financement juif, ces derniers ne rendaient pas seulement hommage à un grand Juif américain ; ils faisaient de lui l’incarnation des idéaux de cette université à bâtir, des principes mis en avant depuis des siècles par la communauté juive.

L’engagement politique et social du peuple hébraïque est bien connu. Il trouve notamment sa source dans le messianisme juif. L’idée messianique du Tikkun Olam est ainsi l’un des fondements de la tradition libérale juive. Dans la vision juive, en effet, la création du monde par Dieu n’a pas été achevée, et les hommes ont le devoir de la poursuivre afin de la mener à son terme. C’est cette mission, dont le but est d’œuvrer pour la rédemption du monde et de préparer la voie au Royaume, que l’on appelle en hébreu Tikkun Olam : la « réparation du monde ». La foi hébraïque n’appelle donc pas à une attente passive du Messie, mais véhicule plutôt un idéal d’activisme. Au lieu d’attendre que le Messie vienne achever la réparation du monde, les hommes sont invités à unir leurs efforts pour initier eux-mêmes l’âge utopique. Leur engagement doit être orienté vers les hommes. La relation entre Dieu et les fidèles ne se limite donc pas à la foi et au respect des principes hébraïques, mais s’étend à la manière que les croyants ont de traiter leur prochain. L’amour de Dieu est incomplet sans l’amour des autres hommes, et prier n’a aucun sens si un fidèle ne s’emploie pas à rendre le monde meilleur.

Les Juifs américains ne font pas exception à la règle : leur histoire est jalonnée de luttes politiques, sociales, syndicales... Après une immigration principalement sépharade du XVe au XVIIIesiècle, ce sont les Ashkénazes qui prennent le dessus parmi les arrivants juifs aux États-Unis. Au XIXesiècle, les causes de l’émigration vers les États-Unis sont essentiellement économiques et politiques. L’échec de la révolution de 1848, puis les pogroms perpétrés en Russie sont responsables de deux vagues d’immigration distinctes, mais dont les participants ont une caractéristique commune : leur forte politisation. Beaucoup de ceux qui arrivent aux États-Unis autour de 1905 avaient choisi de rester et de s’opposer à l’oppression. Ils ont donc souvent un bagage politique considérable, rarement sans lien avec le Bund . Plutôt que de fuir, ils avaient participé à la lutte contre les pogroms, joué un rôle clé dans la révolution de 1905, ou organisé des grèves et des syndicats en Europe de l’Est. Ils n’apportent donc pas seulement des théories radicales bien rodées, mais l’expérience pratique pour les mettre en œuvre. Une fois arrivés aux États-Unis, ces activistes découvrent un terrain favorable à l’expansion de leurs idées au sein de leur communauté et au-delà. La majorité deviennent ouvriers, et ceux qui échappent aux usines et au sweating system ne se préoccupent pas moins du sort de leurs coreligionnaires. Les conditions de vie et de travail des immigrants récents jouent un rôle capital dans le développement du radicalisme syndical et politique juif. C’est ainsi que naît une forte tradition syndicale dans la communauté juive américaine, symbolisée par l’United Hebrew Trades . Au cours de leur histoire, les Juifs ont été au premier plan de la lutte pour une société plus juste. Pour les générations successives de Juifs américains, la lutte pour la justice sociale s’est exercée sur plusieurs fronts : syndicalisme, campagnes électorales, manifestations, création de partis politiques radicaux et libéraux... Ce n’est donc pas par hasard que les noms de syndicalistes et d’activistes juifs jalonnent l’histoire contestataire américaine, de Emma Goldman à Abbie Hoffman en passant par Betty Friedan , Michael Schwerner et Rose Schneiderman . Être juif n’est pas simplement une religion ; cela recouvre également une signification historique, culturelle, et politique. Sans doute cet héritage humaniste est-il l’une des explications de la forte propension des Brandeisiens à contester.

Les étudiants de l’université Brandeis ont néanmoins de bons maîtres en matière de contestation. Leurs professeurs, eux-mêmes engagés dans les luttes politiques et sociales de leur temps, les incitent à exprimer leur opinion. Pendant les années soixante, le nombre de professeurs passe de 175 à 380. Beaucoup des premiers professeurs recrutés l’ont été pendant le maccarthysme. L’identité libérale revendiquée par l’université Brandeis a alors attiré de nombreux marxistes. Et même si tous les professeurs ne sont pas marxistes, le clivage se situe entre radicaux et libéraux plus qu’entre républicains et démocrates. La plupart des maîtres à penser des activistes brandeisiens enseignent la sociologie, l’histoire, ou les sciences politiques. Dans certains cas, leur forte personnalité n’est pas étrangère à leur rôle de meneur de la contestation. Herbert Marcuse en est un exemple. C’est à coup de déclarations provocantes et de prises de position fermes qu’il incite les étudiants à réfléchir aux problèmes de leur temps et à exprimer leur opinion. Gordon Fellman est un autre professeur dont le rôle est fondamental dans la contestation des Brandeisiens. Son impact est même plus important que celui de Herbert Marcuse. Dès son arrivée à Brandeis comme professeur assistant de sociologie en 1964, il s’implique fortement dans la contestation. En plus de sa participation à de nombreux débats, conférences et manifestations, il est la cheville ouvrière de l’opposition à la guerre du Viêt-nam. Il propose un soutien constant aux activistes brandeisiens, met lui-même en place un atelier de réflexion sur la contestation non violente. Son objectif est non seulement d’obtenir que les étudiants forgent leurs convictions, mais aussi qu’ils agissent ensuite en conséquence. C’est le but visé par beaucoup de professeurs brandeisiens.

Imprégnés d’une culture d’action sociale et de contestation, les Brandeisiens sont donc également poussés à exprimer leurs opinions par l’exemple et l’incitation de leurs professeurs. Dans le contexte très agité des années soixante, leurs actions se multiplient et prennent souvent une ampleur nationale ...ipr univ paris1



C’est lors de la Première Guerre mondiale, l’Amérique entrant dans les affaires mondiales, que les Juifs américains commencent à soutenir les revendications sionistes. Pendant que les Français et les Anglais « dépeçaient » la région en se la partageant, Louis Brandeis, avocat juif à la Cour suprême des Etats Unis, apporte un important soutien au mouvement sioniste américain. Les dirigeants sionistes de Londres utilisent le fait qu’il est le conseiller du président Wilson pour leurs tractations avec le gouvernement britannique.
Arthur James Balfour, nommé ministre anglais des Affaires étrangères en 1916, est chargé d’obtenir le soutien des Etats-Unis en 1917 contre les Allemands. A deux reprises il s’entretient avec Brandeis lors de sa visite à Washington. En novembre 1917, désireux de rallier la communauté juive des Etats-Unis et lui-même sympathisant au courant sioniste chrétien, il publie la lettre d’intention indiquant que le Royaume-Uni favorisera la création en Palestine d’un Foyer National pour le peuple juif. Haim Weizmann, immigré de Russie vers l’Angleterre en 1904, ingénieur biochimiste, soutient l’idée d’un sionisme pratique. Il est l’un des fondateurs de la « Fraction démocratique » et il jouera un rôle important dans les débats menant à l’obtention de la Déclaration Balfour. Concepteur d’une substance explosive performante, des bruits courent que le gouvernement britannique aurait souhaité le remercier en accédant à sa requête un echo israel


4 mai 1898: création à New York de l’Organisation sioniste américaine, la première du genre. Cette organisation continue d’œuvrer au resserrement des liens du judaïsme américain avec Israël, s’emploie à promouvoir la cause juive et israélienne auprès des communautés et du Congrès, lutte contre la désinformation dans les médias et sur les campus universitaires américains. Deux de ses anciens présidents ont joué un rôle éminent: le juge à la cour suprême Louis Brandeis et le rabbin Abba Hillel Silver. jafi

Lire : La cour supreme des USA

DAVID SARNOFF

BIO
NBC
SITE
LIBRARY
TIME
BREVET


"J’ai en tête un projet qui pourrait faire de la radio un objet domestique comme le
piano ou le phonographe"


1881 – 1971


Né en Russie en 1891, David Sarnoff arrive enfant aux États-Unis avec ses parents et grandit dans les rues du quartier de Hell's Kitchen (Cuisine de l’Enfer) dans le bas Manhattan à New York. Le 30 septembre 1906, American Marconi engage Sarnoff, alors âgé de 15 ans, comme garçon de courses et messager. Deux ans plus tard, il sera le premier opérateur diplômé du "sans fils". Un an plus tard, il dirige une des quatre stations à terre de Marconi.

En 1911, Sarnoff est nommé opérateur et aussi directeur de la station de cinq kilowatts de Marconi sur le toit du grand magasin Wanamaker. Alors qu’il est en poste à l’écoute en 1912, Sarnoff reçoit le message suivant d’un bateau à 1,400 miles de distance: "SOS TITANIC avons heurté un iceberg. Coulons rapidement." Pendant les 72 heures suivantes, il relaiera les messages des survivants à leurs proches avides de nouvelles.

Dès 1916, Sarnoff prévoit l’évolution de la radio. "Je pense", écrit-il dans une note devenue célèbre, "à un schéma de développement qui ferait de la radio, au même titre que le piano ou le phonographe, un instrument d’utilité domestique. L’idée est d’amener la musique dans les foyers par les transmissions sans fils."

Pour la première fois, par cette note "radio music box" de Sarnoff, était émise l’idée d’envoyer des signaux radio à partir d’un émetteur à des milliers de récepteurs. Il pensait que le prix de vente de son poste de radio musical pourrait être de 75 dollars américains.

Quand Sarnoff devint le troisième président de RCA en 1930, la société était déjà sur la voie de l’innovation dans le domaine de l’électronique grand public et des divertissements domestiques. Sarnoff parvint à conserver l’indépendance de RCA par rapport à G.E. et aux autres sociétés et acheta la Victor Company pour en faire sa base de fabrication. Sarnoff voulait faire de RCA le fer de lance de la télévision dès le début des années 1930 et du développement de la télévision en couleur après la deuxième guerre mondiale.

Pour services rendus à la nation pendant la guerre (dont la coordination des communications du "Jour-J"), Sarnoff fut promu Général de brigade de l’armée américaine. Jusqu’à la fin de sa vie, Sarnoff fut alors connu comme "Le Général."
fr thomson


À titre de président de la Radio Corporation of America (RCA) durant les années 30 et les années 40, il joue un rôle important dans le financement du développement de la télévision électronique. En 1926, il fonde NBC, la branche de diffusion radio de RCA. NBC donne lieu à certaines des premières diffusions de la télévision mécanique américaine en 1928 avec des transmissions expérimentales de Félix le chat. Pendant ce temps, Sarnoff encourage Zworykin à continuer de mettre au point un système de télévision entièrement électronique.

Entre 1930 et 1939, sous la direction de Sarnoff, RCA investit plus de 13 millions de dollars dans le développement de la télévision, ce qui constitue un montant stupéfiant pendant la Dépression. Aussi, RCA se retrouve impliquée dans un litige de brevet avec la Farnsworth Television and Radio Corporation qui détient des brevets de télévision essentiels. On prétend que la Federal Radio Commission est manipulée par le cartel des compagnies de la RCA. En achetant les brevets essentiels, la RCA s’assure du monopole de la technologie en radio et en télévision, mais aide simultanément à financer et à encourager l’expérimentation télévisuelle continue à l’extérieur de la RCA. La détermination de Sarnoff garantit que RCA est la compagnie qui va amener la télévision au public américain. Sans la « vision prophétique » de David Sarnoff, la télévision commerciale facilement accessible aurait certainement été d’une nature très différente. mztv


La grande route des ondes

Perla Amiel

«SOS Titanic… avons heurté iceberg… coulons rappidement...» Ce message de détresse, lancé depuis le tragiquement célèbre navire la nuit du 15 avril 1912, changera le destin de David Sarnoff, jeune téllégraphiste et radioamateur qui le capta depuis New York. Etre au bon endroit au bon moment, la providdence semble l’avoir constamment voulu pour celui qui sera le pionnier de la radio commerciale dans les années 20 et le père de la télévision américaine dans les années 30.

Des signaux Morse au téléphonede Bell en passant par la découverte par Hertz des ondes électriques traversant l’espace, la radio nommée TSF (Télégraphie Sans Fil) à ses débuts, fut une invention collective dont on attribue pourtant la paternité en 1895 au célèbre Marconi. Lorsqu’à son tour David Sarnoff empruntera cette “grande route des ondes” comme il l’appelait, ce sera pour lui faire prendre un chemin révolutionnaire. Sa future force de caractère, Sarnoff la forgera dès l’âge de cinq ans dans un h’eder de son shtetl natal en Russie.

Destiné à être rabbin, il étudiera le talmud 15 heures par jour, soumis à une discipline très sévère qui lui servira, dira-t-il, durant toute sa carrière. En 1900, fuyant la pauvreté et l’oppression, les Sarnoff et leurs cinq enfants arrivent à New York où ils vivront dans la misère. Jeune élève brillant, Sarnoff se partage dès 9 ans entre l’école et la livraison de journaux et ouvre un petit kiosque à journaux à 13 ans. Son père tombé malade, Sarnoff tire un trait sur ses études pour devenir soutien de famille à 15 ans. 1906 : attiré par le métier de reporter, il se rend à l’édifice abritant son journal favori le N.Y. Herald. Par erreur ou plutôt guidé par le destin, il se retrouve dans les bureaux de la Commercial Cable Company où il voit pour la première fois un télégraphe électrique.

C’est la révélation. Il se fait engager comme garçon de courses, puis, ayant rapidement assimilé le codemorse, il devient l’un des meilleurs télégraphistes de l’entreprise. La même année, son refus de travailler à Rosh hashana et Kippour lui vaut d’être congédié, mais il est vite réengagé par l’American Marconi Wireless Telegraph Company qui deviendra plus tard la RCA. Les années 1900 sonnent les débuts de la transmission de la voix humaine, les émetteurs deviennent plus puissants et une nouvelle technologie qui passionnera Sarnoff va peu à peu émerger, celle de l’électronique.

Devenu opérateur diplômé du’’sans-fil Marconi’’, il se plonge dans l’ingénierie électrique, alors même qu’il occupe le poste du plus jeune directeur d’une des quatre stations de Marconi. Lorsqu’en 1912 Sarnoff capte le message du Titanic, il est posté dans une des plus puissantes stations de Marconi placée sur le toit d’un grand magasin newyorkais. Il entrera en contact avec le Carpathia qui récupérait les naufragés et durant 72 heures d’affilée, il informera la presse du déroulement du drame. Cette médiatisation de l’événement valut ses lettres de noblesse à la TSF et une reconnaissance immédiate de Marconi pour Sarnoff qui ne cessera dès lors de gravir les échelons. Les deux hommes noueront plus tard une grande amitié.

«Je pense à un modèle de développement qui ferait de la radio, au même titre que le piano ou le phonographe, un instrument d’utilité domestique... L’idée est d’amener la musique dans les foyers par les transmissions sans fil...’’Signée du directeur commercial David Sarnoff et datée de 1916, cette idée d’investissement fait rire ses collègues qui rétorquent : «La boîte à musique sans fil n’a aucune valeur commerciale imaginable. Qui donc accepterait de payer pour recevoir un message qui n’est envoyé à personne en particulier ?» Tenace, Sarnoff récidive en 1919 quand G.E. (General Electric) absorbe la Marconi Company qui devient la RCA. Il impose son concept d’une radio de divertissement en organisant la diffusion en direct à une foule enthousiaste d’un grand combat de boxe, suivi de concerts et d’évènements.

A l’heure où la TSF était principalement réservée aux usages militaires et à la navigation, la vente des postes récepteurs au public explosera. La RCA, qui en détenait le monopole, reconnaîtra enfin le potentiel de la radiodiffusion dont Sarnoff, promu vice-président, devient responsable. En 1920, Sarnoff dirigera la mise en place d’un système d’émissions régulières, fondant ainsi la première station de radio au monde, la KDKA. En 1921, il y a déjà 25 stations de radio et lorsqu’en 1922, l’Europe s’y met à peine à son tour, aux Etats-Unis, les ondes sont déjà encombrées de 576 stations. Mais Sarnoff entrevoit déjà le potentiel d’un autre média encore au stade expérimental, la télévision dite mécanique. En 1926, Sarnoff fonde la NBC, réseau de diffusion radio de la RCA. Son but est d’en faire la source de financement et le berceau de sa nouvelle ambition : une télévision entièrement électronique.


En 1930, président d’à peine 39 ans de la plus puissante société de communications au monde, Sarnoff va faire de la RCA le fer de lance de la télévision noir et blanc des années 30 et de la télévision en couleurs de l’aprèsguerre. D’entrée il parvient à obtenir l’indépendance de la RCA par rapport à G.E. En pleine dépression, Sarnoff investit des millions pour financer les recherches qui déboucheront sur la télévision moderne.


«Nous avons ajouté la vue au son !» Nous sommes en 1939, à l’exposition universelle de New York : une foule fascinée découvre pour la première fois un téléviseur, sur lequel Sarnoff annonce humblement, la naissance de la télévision américaine. La NBC devient dès lors le premier groupe audiovisuel et la future plus grosse chaîne de télévision nationale américaine. Le New York Times rapporte que l’image était claire et stable, mais pour un avant-gardiste tel Sarnoff, le noir et blanc n’était qu’une étape vers la couleur. Cependant, l’évolution sera freinée par la guerre.

1944 : conseiller en communication sous les ordres d’Eisenhower, Sarnoff est celui qui restaura à Paris la station Radio France, détruite par les allemands, pour permettre aux alliés la coordination des communications du jour J, ce qui lui valut d’être nommé général. Les Etats-Unis grands gagnants de la guerre, la télévision américaine bénéficiera d’une progression fulgurante, avec une RCA toujours à la pointe de l’innovation technique. Génie du marketing, Sarnoff est le premier à créer un modèle économique rentable basé sur la publicité permettant l’existence d’une télévision commerciale de qualité accessible à tous. En 1950, Sarnoff sort gagnant contre sa rivale la CBS dans la course vers la télévision couleur.

En effet, cette dernière essuie un échec en lançant la première en 1950, une télédiffusion couleur incompatible avec les postes noir et blanc. Ainsi, c’est la norme développée par les ingénieurs de Sarnoff qui sera définitivement adoptée en Amérique dès 1953. La RCA devient ensuite le premier fabricant de téléviseurs couleur. Du magnétoscope à l’ordinateur en passant par le satellite, la place manque pour décrire tous les domaines développés par Sarnoff jusqu’à sa retraite en 1970. Il recevra entre autres 27 doctorats honorifiques d’universités prestigieuses. Epoux heureux d’une Juive française qui lui donnera 3 garçons, il transmet les rênes de la RCA à son aîné. Derrière ce géant qui s’éteint en 1971, se cachait l’âme d’un grand idéaliste qui voyait en la télévision «un espoir dans un monde troublé...une force créatrice à apprendre à utiliser pour le bienfait de l’humanité...».


Lire : Histoire du télégraphe et l'Histoire de la radio
Lire : l'Art au croisement entre reseaux numeriques et sociaux

SAMUEL GOMPERS

BIO
FAMILLE
REVUE
TIMBRE


Né le 26 janvier 1850 à Londres en Angleterre de parents juif hollandais
Il fut un fondateur et le président de la centrale syndicale américaine nommée American Federation of Labor (AFL) de 1886 à sa mort le 13 décembre 1924



HISTORIQUE
L’ American Federation of Labor (AFL) est un des premiers syndicats à avoir vu le jour aux Etats-Unis. Il a été fondé en 1886, à Columbus, Ohio par Samuel Gompers et était une réorganisation du syndicat Federation of Organized Trades and Labor Unions. Gompers en fut président jusqu’à sa mort en 1924.
En 1955 l’AFL (10,2 millions d'adhérents) et le Congress of Industrial Organizations (5,2 millions d'adhérents), un autre grand syndicat américain, se regroupent pour former l'AFL-CIO, dont George Meany prend la présidence. Ce syndicat représente alors 25% des ouvriers américains et constitue le plus puissant des syndicats des pays occidentaux
L'AFL-CIO, est le principal regroupement syndical aux Etats-Unis (il regroupe 52 mouvements nationaux et internationaux de travailleurs), et est le seul aux Etats-Unis à être membre de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL).
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LE GOMPERISME OU LE REFUS DE L'ACTION POLITIQUE AUTONOME DE LA CLASSE OUVRIERE

Samuel Gompers, 1874.

C'est en 1886, aux Etats-Unis, que l'American Fédération of Labor (A.F.L.) se constitue en centrale syndicale. Samuel Gompers allait être son président jusqu'en 1923.

La naissance de cette centrale marque un tournant dans l'histoire du mouvement ouvrier américain : elle surgit d'une guerre ouverte avec les Chevaliers du travail (5) qui avaient à ce moment-là derrière eux une dizaine d'années de luttes vigoureuses tant sur le plan syndical que sur le plan politique. Avec l'A.F.L., c'est une nouvelle période qui s'ouvre où l'organisation syndicale se fait sur la base des métiers (laissant de côté l'organisation des travailleurs non qualifiés) et en mettant l'accent principal sur la négociation de contrats de travail.

Pour Gompers, les objectifs syndicaux se réduisent aux seules revendications salariales car les unions ne sont et ne doivent être que "les organisations d'affaires des salariés, qui s'occupent des affaires des salariés". Pour Gompers, le capitalisme n'est pas un adversaire mais l'élément essentiel pour obtenir de meilleurs salaires. L'hégémonie du capitalisme (son influence idéologique et politique prédominante) n'est pas remise en cause et sa domination économique n'est contestée que sur la base de groupes de travailleurs pris isolément. La solidarité de classe (de l'ensemble de la classe ouvrière) n'est pas conçue par l'A.F.L. comme principe fondamental de la lutte syndicale.

En réalité l'A.F.L. de Gompers va plus loin en rejetant toute forme de socialisme qui (aux dires même de Gompers) "nous menacerait, s'il pouvait être mis sur pied, du pire système d'effort et d'activité restrictif jamais conçu par l'entendement humain" .

Le gompérisme fait donc confiance au capitalisme et prend même ouvertement position contre le socialisme. Il n'est pas surprenant dans ce sens qu'il dénie pratiquement à la classe ouvrière la possibilité de se constituer en force politique autonome et qu'il affiche officiellement une position de neutralité politique de principe.

Pourtant l'A.F.L. de Gompers prend souvent position sur les questions d'ordre politique. Comment pourrait-il en être autrement compte tenu de la force que le mouvement syndical représente dans la société! Mais l'A.F.L. le fait à la manière d'un groupe de pression, d'un "lobby" qui entre en action par intermittence, à l'occasion notamment de la présentation de projets de lois, surtout de ceux qui l'affectent directement. Elle le fait encore au moment d'élections par l'appui financier et le soutien public aux partis de la bourgeoisie (l'un ou l'autre selon ce qui est avancé dans les programmes de ces partis).

Il faut noter en outre que cette conception de neutralité politique de principe doublée d'une pratique de lobbying n'existe à l'état presque pur qu'en Amérique du Nord. Elle a cependant une influence qui est loin d'être négligeable à l'extérieur, particulièrement en Amérique latine, à travers des mécanismes que l'A.F.L. a elle-même établis tels l'Organisation régionale inter-américaine du travail (ORIT) et l'Institut américain pour le développement du syndicalisme libre (IADSL)

On aura reconnu, dans cette présentation du gompérisme, la traditionpolitique du syndicalisme d'affaires. Ce n'est qu'aux Etats-Unis quecette conception demeure officiellement celle du mouvement syndicaldans son ensemble. Nous n'insisterons pas sur cette tradition avec laquelle nous cherchons à rompre depuis quelques années. La neutralitépolitique des syndicats est un mythe. Elle n'existe réellement nullepart, même pas aux Etats-Unis. Comme force organisée, le mouvementsyndical a un impact politique dans la société sans pour autant avoir àse transformer en parti politique — ce qu'aucun mouvement syndicaln'a jamais fait dans le passé —. Toute la question est de savoir au service de quels intérêts et de quelle classe cette force que représente le syndicalisme est mise à profit.cdeacf ca


30 avril 1903 - Visite de Samuel Gompers à Montréal

Samuel Gompers est le président de la Fédération américaine du travail (FAT), une centrale syndicale dont il fut le fondateur en 1886. Le passage à Montréal de ce personnage bien en vue dans le mouvement syndical attire une foule estimée à 8 000 personnes au parc Sohmer.

Cette visite de Gompers ne passe pas inaperçue, d'autant plus que Montréal, secouée par de nombreuses grèves, vit une véritable crise ouvrière. Gompers a connu un échec à Ottawa peu de temps auparavant, à la suite de son discours contre la Loi Lougheed. Par contre, le public montréalais, au sein duquel on retrouve plusieurs membres d'associations syndicales, acclame chaleureusent Gompers. Dans son discours, le leader syndical avoue trouver déplorable «la tentative faite par un honorable sénateur canadien (de) rendre passible d'un crime tout étranger qui viendrait exposer au Canada les principes dont je vous trace, ici ce soir, les grandes lignes, à savoir que les ouvriers canadiens ont droit à un meilleur salaire.» bilan usherbrooke

Lire : L'AFL - CIO ou le syndicalisme aux USA

BARTOLOME DE LAS CASAS

PORTRAIT




Héraut de la lutte pour les droits de l’homme et défenseur incontournable de la cause des Indiens d’Amérique latine


Bartolomé de Las Casas par C. Brumidi (1876).

Il sera la 'mauvaise conscience des conquistadores'


"Dieu m'a élu pour faire apparaître et vouer à l'exécration la mortelle pestilence de l'oppression exercée sur les indiens ; et il me donna à cet effet une résolution et une persévérance à toute épreuve"biblio domuni


D’ascendance juive, l’espagnol Bartolomé de Las Casas est célèbre pour le soutien qu’il apporta aux indiens du nouveau monde contre l’oppression brutale des conquérants espagnols.

Un «nouveau chrétien» au secours des Indiens d’Amérique
Bartolomé de Las Casas (1474-1566)

Bartolomé de Las Casas est né à Séville en 1474. Il est issu d’une famille juive contrainte à l’apostasie et à la conversion pour échapper aux persécutions.
• En 1503, il acquiert une Encomienda dans le nouveau monde (propriété attribuée à un Espagnol sur les terres indigènes et sur les habitants qui y sont rattachés.)
• Entre 1506 et 1510, il se fait ordonner prêtre et devient dominicain en 1522.
• A partir de 1514, Las Casas réagit contre l’application du Requerimiento qui attribue aux conquistadores des droits exorbitants sur les Indiens. Il s’engage alors dans une lutte de cinquante ans en faveur de ces derniers durant lesquels il fera plus de quatorze voyages entre les deux continents.

La Controverse de Valladolid (1550)
• Elle se tint en présence d’un Légat du Pape et opposa Bartolomé de Las Casas et le philosophe Sepulveda sur la question de l’appartenance des Indiens d’Amérique à
l’humanité.
• Le verdict du Légat fut prononcé en faveur de B. de Las Casas à savoir que les Amérindiens ont bien une âme.
• Bien que mal acceptée par les conquistadores, cette décision devint la position officielle tant de Charles Quint (1500-1558) que de l’Eglise catholique.
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Fray Bartolomé de Las Casas
(Séville 1472 – Madrid 1566)
Fils d’un modeste marchand de Tarifa, Bartolomé de Las Casas est né à Séville en 1472. Il suit des cours de latin et de sciences humaines avant de partir pour Hispaniola avec l’expédition dirigée par Nicolás de Ovando en 1502. C’est ainsi que Bartolomé perpétue la tradition familiale puisque son père avait participé au second voyage de Christophe Colomb.

Sur Hispaniola (La Española) il obtient une « encomienda » d’indiens, se consacrant dans un premier temps aux travaux agricoles, puis sera ordonné prêtre en 1510, le premier en Amérique.
Les postulats dominicains opposés à la « encomienda », en raison des abus commis envers les indiens, ne parviennent cependant pas à changer l’opinion de Fray Bartolomé qui dépend cette institution.

Avec Pánfilo de Narváez il rejoint Cuba où il reçoit la charge de chapelain et une « encomienda » d’indiens qu’il envoie travailler dans les mines d’or et les champs.

Mais peu à peu, Bartolomé de Las Casas prend conscience de l’injustice du système de la « encomienda » et décide de la combattre. Il considère que les seuls propriétaires du Nouveau Monde sont les indiens et que les espagnols ne doivent y aller que dans le seul but de convertir les indigènes.

Cette prise de conscience l’amène à rejeter toutes ses « encomiendas » et à commencer une campagne pour la défense des indiens, démontrant les aspects négatifs des « encomiendas ».
Son projet est adressé en premier au roi Fernando et ensuite au cardinal Cisneros, qui le nommera « Protecteur des Indiens » en 1516.

A la mort du cardinal, Fray Bartolomé de Las Casas poursuit sa tâche avec le nouveau roi, Carlos I (Charles Quint).

Les abus des fonctionnaires sont dénoncés publiquement, ce qui lui vaut l’inimitié de nombreux administrateurs, plus particulièrement de membres du Conseil des Indes, présidé par l’évêque Juan Rodríguez de Fonseca.

L’idée de Las Casas est une colonisation pacifique des terres américaines par des paysans et des missionnaires. C’est dans ce but qu’il se rend en Amérique en 1520, où Carlos I (Charles Quint) lui concède le territoire vénézuélien pour mettre en pratique ses théories.

La nouvelle formule est expérimentée avec peu de succès car pendant une absence de Bartolomé de Las Casas, les indiens en profitent pour massacrer un bon nombre de colons. Le désastre de l’expérience de Cumaná va motiver son entrée dans l’ordre des Dominicains, commençant une retraite qui va durer 16 ans.

Ce temps ne réussira pas à étouffer ses théories contre la « encomienda » et l’esclavage des indiens. Curieusement, Fray Bartolomé restait en faveur de l’esclavage des noirs.
Il continue donc de soutenir que toutes les guerres contre les indiens sont injustes, affrontant les autres théologiens, dont fray Francisco de Vitoria.

A plusieurs occasions il sollicite l’autorisation de ses supérieurs pour aller défendre ses idées devant le Conseil des Indes. Mais l’échec de Cumaná l’a discrédité.

En 1535, il part vers le Pérou mais son bateau fait naufrage près des côtes du Nicaragua où il affronte le gouverneur Rodrigo de Contreras en dénonçant l’envoi d’esclaves indiens au Pérou.

L’année suivante, il se rend au Guatemala pour continuer sa lutte et mettre en marche un projet de conquête pacifique nommée la "Vera Paz". Entre 1537-1538 la christianisation de la zone est obtenue de manière pacifique, remplaçant la "encomienda" par un tribut payé par les indiens.

En 1540 il revient vers la péninsule, convaincu que c’est à la Cour d’Espagne qu’il faut gagner la bataille en faveur des indiens.
Deux ans plus tard, le Conseil des Indes écoute les théories de Las Casas, discours qui fera grande impression sur Carlos I. Le 20 Novembre 1542 sont publiées les « Leyes Nuevas » (Nouvelles Lois) qui restreignent les « encomiendas » et l’esclavage des indiens.

C’est à cette époque que Fray Bartolomé de Las Casas écrit son œuvre principale : la "Brevísima relación de la destrucción de las Indias" (Très brève relation de la destruction des Indes), dans laquelle il accuse les découvreurs du Nouveau Monde de tous genres de crimes et d’abus.

A sa parution, l’œuvre est considérée comme scandaleuse et exagérée. Elle est publiée illégalement en 1552 et obtiendra beaucoup de succès au cours du XVII ème Siècle, devenant une référence lors de la "Légende Noire" contre l’Empire Espagnol.

En 1543 Las Casas renonce à l’évêché de Cuzco mais accepte celui du Chiapas où le roi d’Espagne lui demande de mettre en pratique ses théories.
Sa venue au Chiapas n’est pas très chaleureuse, considéré par les colons comme le responsable de la parution des "Leyes Nuevas" (Nouvelles Lois ).

Sur les terres américaines il écrit un « manuel de confession » où il prévient qu’avant toute confession, le pénitent devra libérer les esclaves qu’il aurait en sa possession. Ces mesures vont être à l’origine de nombreux troubles qui, en 1546, l’obligent à s’en aller à Mexico où il continuera la même politique.

Ses doctrines sont rejetées par une junte de prélats. Ce rejet unanime le conduit à s’embarquer à Vera Cruz pour l’Espagne. Il se retire au couvent de San Gregorio à Valladolid.
Au cours des années 1550-1551 ont lieu d’importantes discussions sur la légitimité de la conquête entre Las Casas et Juan de Ginés Sepúlveda, dont le second sortira vainqueur.

Fray Bartolomé de Las Casas renonce à son évêché et meurt à Madrid en 1566.americas fr


Sur akadem : Judaïsme et philosophie politique moderne

Emergence des droits de l'Homme

Blandine Kriegel, Professeur à Paris X-Nanterre, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études

L'Institut Universitaire d'Etudes Juives-Elie Wiesel


On n'oubliera pas aussi de mentionner le marrane Jean Bodin (1529 ou 1530-1596), philosophe, juriste et économiste français, théoricien de la monarchie absolue qui a apporté une importante contribution à la philosophie politique au XVIe siècle.
Et bien sur l'autre grand marrane Michel de L'Hospital (1505-1573) Conseiller au Parlement de Paris, ambassadeur au concile de Trente, surintendant des finances et enfin chancelier de France. Il s'employa de toutes ses forces à calmer les haines religieuses et arrêter l'effusion du sang.

RABBI MORDECHAI ABY SEROUR


Tombouctou
DHIMMI
RECIT
MALI
AFRIQUE
AMITIE JUDEO-NOIRE


Rabbi Mordechai Aby-Serour of Timbuktu, Mali








Mordekhaï Aby Serour nait à Aqqa au Sous, entreprend des études religieuses à Jérusalem, puis réussit à se faire accepter à Tombouctou, malgré l’interdit pour les juifs d’y résider depuis le Moyen Age.
En 1860, ce rabbin voyageur, fait son entrée à Tombouctou au Mali afin d’y faire commerce.



Un rabbin voyageur
Mordekhaï entreprend son premier voyage à l'âge de 9 ans, pour se rendre " seul,sans guide, sans argent et à la grâce de Dieu ",d'Akka,son village natal de l'extrême sud marocain, à Marrakech où il approfondit ses connaissances en hébreu et commence ses études talmudiques. A 13 ans, en 1839, il est envoyé à Jérusalem pour apprendre le métier de rabbin : son périple méditerranéen dure trois ans.
Après quatre ans de yéchiva, à Jérusalem, il sort en 1846 avec le titre de rabbin, qui lui permet, en exerçant une année à Alep (Syrie), de se constituer un pécule suffisant pour rentrer au Maghreb.Mordekhaï s'installe en Algérie où il exerce son office de rabbin, de 1847 à 1858 à Philippeville et Alger.

Le gout de l’aventure
Une excursion à Tamentit,l'ancienne capitale juive du Touat lui permet de rencontrer des caravaniers et d'entrevoir une nouvelle orientation pour sa vie : il revient à Akka fortune faite, le projet d'aller en compagnie de son jeune frère Isaac,
jusqu'à Tombouctou, la ville sainte de l'Islam " mystérieuse " et " interdite " où aucun non-musulman ne peut entrer sans risque pour sa vie. Après quelques étapes sans histoire Mordekhaï et son frère sont arrêtés à Araouane : le rabbin déploit son génie et sa parfaite connaissance du Coran pour désarmer la haine de ses adversaires et obtenir de s'installer et d'exercer son commerce. Il lui faut attendre une année entière l'autorisation de poursuivre sa route vers Tombouctou...

Renaissance de Tombouctou la juive
Il arrive finalement jusqu'à Hamd'Allahi, capitale du royaume du Macina ; reçu au palais, Mordekhaï parle au souverain Ahmed Ahmadou, dont il obtient - moyennant paiement d'un tribut annuel - pour lui même et pour tout autre juif ou chrétien qui le demanderait,l'autorisation de vivre,résider et exercer des activités commerciales à Tombouctou. Sa victoire est totale : il commence par aller chercher son frère Isaac qu'il installe à Tombouctou. Leur commerce prospère et en 1863, devenu très riche, le rabbin éprouve le besoin de rentrer au Maroc pour revoir sa famille et convaincre certains parents et amis de venir au Soudan. En 1864, la petite colonie juive de Tombouctou compte onze membres dont quatre rabbins, ce qui permet d'organiser une vie juive communautaire. Mais des jaloux réussissent à faire confisquer la totalité de ses biens par le gouverneur de Tombouctou. Il quitte le Soudan en 1871 et rentre au Maroc totalement ruiné cette fois.

Comment un rabbin devient ecrivain, géographe, éthnologue ...et la coqueluche de Paris
Le Consul de France à Mogador est fasciné par ce rabbin qui connait l'ouest saharien, ses habitants, er plusieurs langues indiègnes. Il lui demande de relater son aventure soudanaise, et son récit est publié sous le titre : " Premier établissement des Israélites à Timbouctou" dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris. Puis le rabbin travaille pour les sociétés savantes parisiennes en collectant renseignements ou échantillons botaniques et géologiques. Il est ensuite envoyé à Paris pour acquérir une formation scientifique. Il rencontre des savants de renom et devient la coqueluche de la presse. Du Monde Illustré au Journal Officiel, des pages lui sont consacrées,son portrait est reproduit.De retour au Maroc, il reprend ses missions et envoie de la matière dans les domaines les plus divers : géographie, cartographie, archéologie... à des scientifiques qui exploitent son travail. Il fait une révélation étonnante en ethnologie :la découverte parmi les Touareg d'une tribu se déclarant "d'origine juive et dont les ancêtres étaient venus de Tamentit...", mais ceci est négligée par les spécialistes.

Le rabbin et le vicomte
Après la mort du consul, le rabbin retombe dans l’anonymat. Il quitte le Maroc pour aller enseigner le Talmud à Oran. Il vit assez misérablement, et privé de la reconnaissance qui lui est due. C'est là qu’on lui demande de guider à travers le Maroc, un apprenti-explorateur, le vicomte Charles de Foucauld. Malgré son état de santé déplorable, Mordekhaï Aby Serour accepte la mission. L'aventure est risquée : à cette époque les chrétiens qui s'aventurent dans les régions de la dissidence, sont tout simplement menacés de mort.Mardochée décide de déguiser Foucauld en rabbin, afin de pouvoir se fondre parmi les juifs marocains :aux yeux des musulmans, ils peuvent se faire passer pour ces collecteurs qui,venus de Palestine, vont de village en village quêter au profit des écoles rabbiniques chargées à Jérusalem de former les rabbins dont le Maghreb a besoin. Foucauld, revenu vivant, est fêté comme un héros.Son livre obtient un succès exceptionnel.Mais il ne mentionne pas le rabbin et juge avec une grande sévérité les juifs Marocains qui l’ont si bien acceuilli.

Une fin tragique et injuste
Il semble bien que Mordekhaï a été tenu dans l'ignorance des objectifs politico-militaires du voyage, ce qui peut traduire le manque de confiance de son compagnon. Mais, pire que d'être brimé, puis ignoré,dépossédé, Mordekhaï se voit chargé de tous les maux par Foucauld dans la correspondance adressée à sa famille, à ses amis, si bien que ces 11 mois de voyage à travers le Maroc -dont le rabbin Mordekhaï n’a pas à rougir - finit par occulter 49 années d'aventures,par donner de lui une image détestable. Il a pourtant mis toutes ses forces dans la réussite de ce voyage, si éprouvant qu'il aggrave son état de santé et abrège la vie du vieil aventurier : le rabbin Mordekhaï aby Serour meurt à Alger moins de deux ans après, le 6 avril 1886 : il est âgé de 60 ans. Oublié, le nom de celui qui s'est rendu célèbre sous le titre de rabbin Mardochée ne se rencontre plus guère -paradoxalement - que dans les ouvrages consacrés à Charles de Foucauld, où il est loin d'avoir l'éclat qu'il mérite.akadem


Foucauld se révèle bien ingrat à l'égard de Mardochée-Abi-Serour dont il mentionne à peine l'existence dans son livre : "Reconnaissance au Maroc" ; il ne lui rendra hommage que bien plus tard. Ce n'est que justice pour le rôle joué par Mardochée, alors âgé de cinquante trois ans, et prêt à vivre très dangereusement pour guider Foucauld .Mais son engagement ultérieur dans la foi et le soulagement des misères de toutes sortes lui feront écrire d'autres textes qui apparaissent en contradiction totale avec ce qu'il avait ecrit :

" Tout Juif du bled es-siba appartient corps et biens à son seigneur, son sid. (...). Le sid protège son Juif contre les étrangers comme chacun défend son bien. (...) Le Juif mène la vie la plus pauvre et la plus misérable, il ne peut gagner un liard qui ne lui soit arraché ; on lui enlève ses enfants. Finalement, on le conduit lui-même sur le marché, on le met aux enchères et on le vend (...) rien au monde ne protège un Israélite contre son seigneur ; il est à sa merci. Veut-il s'absenter, il lui faut une autorisation.; sa famille doit rester auprès du sid pour répondre de son retour...". sefarad


Sur akadem : L'épopée de Rabbi Mordechai Abi-Serour
La Torah à Tombouctou

Tobie Nathan, Ethnopsychiatre

DON YUCAF D' ÉCIJA


SEFARAD
ESPAGNE

Le Pourim de Castille





photo judaica







Un Juif illustre a la cour du roi Alphonse XI de Castille

par Ana Riano Lopez


Le développement des recherches ainsi que l'accroissement et le perfectionnement subis par les médias dans les dernières années ont heureusement augmenté dans notre société la connaissance sur les séphardis et leur géréreuse contribution à l'Histoire dans certains domaines. Il reste, cependant, de nombreux juifs espagnols d'autrefois qui se sont distingués par son bien faire dans les lettres, les sciences ou en politique et qui, malgré leurs vies exemplaires, n'ont pas encore atteint la diffusion méritée.
L'un de ces juifs illustres fut Yosef Halevi ben Efraim ben Yitzhak ben Shabbat , connu parmi les chrétiens par Don Yuçaf de Écija et qui atteignit le grand poste d'almojarife (ministre du roi) pendant le royaume d'Alphonso XI de Castille, de 1325 jusqu'à 1332.

Des données sur la personnalité et la vie de cet homme ont été recueillies par l'historiographie hébraïque dans le chapitre dix de la chronique de Shelomoh ibn Verga intitulée Shebet Yehudah, et par l'historiographie chrétienne en quelques documents qui ont réussi à adoucir le jugement négatif que certains historiens ont émis contre Don Yosef. La fidélité à ses ancêtres et à sa réligion, le bon usage de la justice et sa pitié lui valurent l'admiration de tous, jusqu'au point d'être comparé au Yosef biblique de Bereshit chapitre 37, dans le cité Shebet Yehudah, où l'on dit:

"Le Bon Dieu le poussa à entrer dans la Cour du roi et à recouvrer les impôts. Il se dévoua au service du roi, comme Yosef (c'est à dire, le Yosef biblique), du tout au tout. Il était intelligent, expert en musique, très gentil et le Bon Dieu était avec lui. Lorsque le roi vit qu'il était loyal et compétent il le mit à la tête de tout son royaume. Personne seyait sur lui de toute la Castille. Il était secundo, seulement après le roi, et le plus grand de tous les juifs. Yosef avait à son service des nobles qui mangeaient à sa table, son carrosse, des chevaux, et cinquante hommes couraient devant lui" (cfr. II Shemuel 15, 1).

Il y a à peine des références sur les premières années de sa vie. Il naquit à Écija (Séville) et, à ce que l'on croit, c'est là qu'il fit la connaissance de l'infant Don Felipe qui devint son protecteur. L'estime et l'admiration que l'infant éprouvait par Don Yosef étaient si profonds que lors de la majorité d'Alphonse XI et au début de son règne, il convainquit le roi pour le nommer almojarife.

De grands historiens tels que Yitzhak Baer, Amador de los Ríos ou Antonio Ballesteros nous racontent l'importance des interventions de ce ministre privé dans les décisions du roi surtout dans les affaires concernant les juifs. Nous savons que sa défense devant la Cour de Castille de tout ce qui pût bénéficier ses coréligionnaires fut toujours constante et efficace. Il fit bâtir une synagogue à Séville et une autre à sa ville natale et il vécut toujours préoccupé par son aljama, prêt à contribuer de son argent au maintien du Talmud Torah et des sabidores des précepts mosaïques.

Don Yosef vécut l'une des étapes les plus agitées de la Castille du moment, le problème juif aggravé par la conversion au christianisme du rabbin Abner de Burgos, qui prit le nom d'Alphonse de Valladolid. Il faut quand même remarquer que le roi Alphonse XI eut une attitude favorable envers les juifs pendant la plupart de son règne.

Ainsi donc, il y avait à Séville vingt-trois synagogues à la première moitié du XIV siècle; d'autre part, la société chrétienne fut toujours fortement influencée par les médecins, les almojarifes, les paysans et les commerçants juifs même s'ils n'en faisaient pas partie.

Nous savons tous que le sentiment d'envie envers le juif, en général, est endémique et que l'on peut trouver à n'importe quelle époque ou pays. La Castille ne fut pas l'exception et Don Yosef fut la victime, en plus de l'envie de certains de ses coréligionnaires (tal le médecin et astronome de Tolède Shemuel ibn Wacar), de la haine des infants et la méchancété de certains personnajes de la Cour, telle Doña Sancha, gouvernante de l'infante Léonore, soeur du roi. Mais sans aucun doute l'affaire concernant la vie de cet illustre séphardi qui eut le plus de rétentissement parmi les juifs de l'époque fut celle de Gonzalo Martínez qui, à ce qu'il paraît, s'était enrichi étant au service de Don Yosef. Il s'agit d'une affaire confuse seulement rapportée par les sources hébraïques. D'après ces dernières, Gonzalo Martínez, dépensier majeur et grand maître d'Alcántara, proposa à Alphonse XI une "solution totale" pour mettre fin aux problèmes financiers posés à la couronne par les juifs. Le plan consistait à les réduire à l'esclavage et vendre toutes leurs propriétés. Mais la mort prématurée de Don Gonzalo sauva les juifs du désastre.

Comme il était à attendre, cet événement demeura empreint dans la mémoire des juifs de l'époque et fut transmis aux générations suivantes, à l'aide des récits du sévillain Ibn Verga dans le chapitre dix du Shebet Yehudah. Ainsi donc, ce n'est pas rare de retrouver dans la littérature séphardi de la diaspora au XIX siècle cinq siècles après les faitsÄÄ la traduction en judéo-espagnol du Shebet Yehudah (Belgrade, 1859; réédité à Vienne, 1924) et du roman traduit également de l'hébreu intitulé Don Yosef, primo ministro de España (Salonique, 1891; réédité à Jérusalem, 1912) qui raconte, avec le recours à l'histoire et à la fiction, certains aspects de la vie du ministre cité. Le sujet principal du récit est la jalousie dont fut l'objet Don Yosef; en d'autres plan superposés paraissent de précieuses références à l'amour entre père et fille, à l'amitié, à la fidélité et à la justice, des valeurs qui confluaient dans la singulière personnalité de ce bon juif qui, en tout moment sut s'acquitter de ses devoirs envers le roi castillan et, en même temps, envers ses frères de réligion, jusqu'en 1332 où il cessa d'être almojarife et se retira en Andalousie pour vivre à Écija et à Séville.

Dans le roman, la vie de Don Yosef a une fin heureuse auprès de sa famille, mais dans la chronique Shebet Yehudah notre personnage meurt en prison. Le texte hébraïque signale le chagrin du roi, lorsqu'il reçoit la nouvelle de la mort en prison de son ministre qui avait été provoquée par Martínez et sa généreuse attitude envers les juif lorsqu'il connaît la duperie et le tort causé à ceux-là par le tyran. Suffisamment éloquentes sont les paroles avec lesquelles s'achève le chapitre dix du Shebet Yehudah et cette histoire exemplaire:

"Par ordre du roi tous les biens de l'ennemi (c'est-à-dire, de Gonzalo Martínez) et de ses frères furent vendus en écriture de vente en faveur des juifs qui séyaient à la porte du roi. Le roi enleva le cachet qui avait retiré au tyran, et l'accorda à Moshe. Ledit Moshe en fut heurex, et tous les juifs du royaume de Castille se réjouirent par toutes les bontés que le Bon Dieu avait accordé à Israël".


Lire : La priere de la polemique - la Benediction des heretiques
Par Carlos Del Valle - Madrid

BACRI et BUSNACH


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DATE 1 - 2
FAMILLE
DEY
EVENTAIL
HISTOIRE
ALGER
LIVRE
SITE
1830-1953
william





L'orageuse séance du "coup d'éventail" infilgé au Consul de France par le Dey Hussein d'Alger (1827).

Le soufflet donné le 30 avril 1827 par Hussein, le Dey d’Alger, au consul de France, Pierre Deval, sert de prétexte à Charles X pour débarquer ses troupes à l'ouest d'Alger le 14 juin 1830 après un blocus de 3 ans. Ce coup d’éventail marquait l’exaspération du Dey sur le comportement de la France au sujet du blé de la Mitidja livré à Bonaparte pour ses campagnes d'Italie et d'Egypte par l'intermédiaire des commerçants Bacri et Busnach, mais jamais payé

Un contentieux à l’origine de la colonisation de l’Algérie
L'affaire Bakri-Busnach - Les démêlées de deux négociants juifs avec l’administration française

A la fin du XVIIIème siècle, deux négociants juifs algériens - Bakri et Busnach - détiennent le monopole du commerce des céréales dans la Régence (Alger) et fournissent à la France en guerre une importante quantité de blé qui reste impayée plus de 30 ans plus tard. Le contentieux de la dette qui s’en suit sera à l’origine du débarquement français en Algérie durant l’été 1830.
Au-delà de l’anecdote, cet épisode nous informe sur la situation économique des grandes familles juives algériennes.

Extraits :
" Les Bacri et les Busnach, juifs algériens qui avaient le monopole des grandes affaires dans la Régence, avaient fait à la Première République des fournitures de grains qui n'étaient pas encore réglées en 1815. Le gouvernement de la Restauration comprit cette créance dans la liquidation générale qu'il avait entreprise :un accord de 1819 en fixa le montant à 7 millions de francs.
En 1827, la somme n'était pas encore recouvrée. Des créanciers de Bacri s'étaient révélés et mettaient opposition aux paiements.
Les tribunaux étaient saisis,à charge d'examiner le bien fondé de leurs réclamations. D'où la lenteur extrême. Mais, de son côté, le Dey d'Alger était aussi créancier de Bacri, et il insistait avec la plus grande véhémence pour que son débiteur fût enfin payé. C'était au Consul de France à Alger, Deval, à lui faire prendre patience. L'affaire finit mal. "


" 1797-1827. Affaire Bacri-Busnach : 1797, deux négociants algérois, Bacri et Busnach, vendent pour 14 millions de blé à la République française (impayés). 1818, Hussein, créditeur de Bacri et Busnach,réclame cette somme à Louis XVIII. 1826, Hussein écrit à Charles X pour se plaindre de la longueur du procès, pas de réponse. 1827, à la réception officielle de Baïram, Hussein demande à Deval,Consul de France, s'il a une lettre de Charles X. Réponse négative. Hussein, furieux, frappe Deval d'un coup de chasse-mouches. Rupture des relations diplomatiques, blocus d'Alger, débarquement à Sidi-Ferruch."

" Celle-ci [l'expédition d'Alger de 1830] eut pour cause un incident d'importance secondaire, assez mal élucidé d'ailleurs, le coup d'éventail porté par le dey Hussein au consul Deval, le 29 avril 1827, au cours d'une discussion relative au règlement de fournitures de grains faites, sous la Première République, par deux israélites algériens, Bakri et Busnach. " akadem

Lire le Dossier Les consuls de France et la contrebande dans le port franc de Livourne à l’époque du Risorgimento
Samuel Fettah

JOSEPH PULITZER


PRIX PULITZER
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PORTRAIT
DOSSIER

Joseph Pulitzer


On connaît Joseph Pulitzer grâce au prestigieux prix de journalisme qui porte son nom.
On connaît moins la vie de ce singulier reporter qui révolutionna les principes du journalisme et joua les premiers rôles dans l’éclosion de la presse moderne. Premier grand "magnat" de la profession, il fut aussi à l’origine de la première école de journalisme

"Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade."
Joseph Pulitzer


RAPPORT AU PEUPLE AMERICAIN

"J’ai été stupéfait, moins d’une heure après être rentré de mon voyage en Europe, d’apprendre qu’il y a encore des Américains qui disent en substance : « Cette histoire d’atrocités, c’est de la propagande ! Il peut se faire qu’il y ait eu çà et là quelques erreurs, mais le peuple allemand n’accepterait pas des choses pareilles, il est honteux de nous mettre de force sous les yeux, dans les journaux et dans les cinémas, ces images d’atrocités. » Tout ce que je peux répondre, c’est que les gens qui parlent de cette manière se trompent grossièrement […] Je dois dire que 99% de ce qui a paru dans la presse américaine est au-dessous de la réalité. J’invite les sceptiques qui, par préjugé ou pour d’autres raisons, refusent de croire à la véracité des histoires d’atrocité et les nombreux bon Américains qui trouvent difficile d’y ajouter foi, non pas à me croire sur parole, mais à aller voir le film du Corps des Transmissions ..."


Pulitzer, ou la presse comme arme


Le prix Pulitzer reste une référence internationale parmi les récompenses destinées aux journalistes. Son fondateur, Joseph Pulitzer, fut l’un des plus extraordinaires patrons de l’histoire de la presse .


Joseph Pulitzer est resté célèbre en raison du prestigieux prix de journalisme, décerné aux États-Unis, qu’il a créé . On sait moins qu’il fut à l’origine de la première école de journalisme fondée à l’Université de Columbia, en 1912. Et l’on aurait tendance à oublier le personnage et son apport à l’histoire de la presse, sans aucun doute considérable : car Joseph Pulitzer fut à la fois le premier grand « magnat » de presse ayant porté celle-ci aux sommets de l’entreprise capitaliste ; et celui qui a le plus clairement posé les grands principes fondateurs du rôle de la presse dans la vie démocratique aux États-Unis.
Juif d’origine hongroise, émigré en 1864, Joseph Pulitzer fournit l’exemple type d’une success-story à l’américaine : parti de rien, entré dans le journalisme par opportunité, il montre une ténacité et une ambition peu communes, se fait rapidement un nom et rachète en 1878 un journal sur le déclin. Celui-ci devenu, après le rachat d’un second titre, le Saint Louis Post-Dispatch, s’impose en peu d’années comme un des quotidiens les plus prospères de Saint Louis, capitale de l’État du Missouri. A 35 ans, Pulitzer est riche, marié, en mauvaise santé et a dû renoncer à ses ambitions politiques ; on pourrait croire que sa carrière est bouclée. Elle ne fait que commencer.


Quand Pulitzer « fait » un président

De passage dans la capitale fédérale pour se rendre en Europe, Pulitzer rachète un journal new-yorkais et, accessoirement, renonce à son voyage. Une tempête s’abat aussitôt sur les tranquilles collaborateurs du New York World qui peuvent lire dans le journal, le 11 mai 1883, la profession de foi rédigée par leur nouveau patron, où il déclare vouloir faire « un journal bon marché qui soit aussi intelligent… mais aussi porteur des idéaux de la démocratie (…), un journal qui soit davantage tourné vers l’avenir que le passé, qui démasque les imposteurs et les escrocs, qui combatte les méfaits et les abus dans les affaires publiques et qui lutte sincèrement aux côtés du peuple. » Le ton est donné, et l’on s’aperçoit que si le New York World – qui s’appelle bientôt, notoriété oblige, le World –, ne recule devant rien pour attirer à lui le lecteur populaire, l’abreuvant de faits divers, d’enquêtes criminelles, de sujets à grand spectacle et de chroniques mondaines, il est aussi un journal militant où la politique est traquée jusque dans ses recoins peu avouables. Le World prend le parti du peuple, et comme tel dénonce les scandales, les abus, la corruption, fait campagne pour des causes nobles ou plus terre à terre, et surtout n’hésite pas à désigner ses candidats aux mandats électifs, y compris à la magistrature suprême : il en est ainsi pour l’élection du démocrate Grover Cleveland, personnage peu charismatique, élu le 4 novembre 1884 par 50 000 voix d’écart ; le World a jeté toutes ses forces dans la bataille, sans hésiter à traîner dans la poussière l’adversaire républicain, et nul ne doute alors que Pulitzer a « fait » le nouveau président des États-Unis.
C’est le couronnement, un an seulement après le rachat du World, de la nouvelle conception du rôle de la presse portée par Pulitzer. Son apport est d’abord formel : diversification des rubriques, utilisation extensive de l’illustration qui donne toute leur place aux caricaturistes (qui seront également utilisés comme envoyés spéciaux), large suivi des événements sportifs, lancement de formules du week-end à grand renfort de faits divers et de divertissement et, dans la décennie 90, recours systématique à la bande dessinée, qui vaudra aux journaux qui se sont engouffrés dans le créneau le qualificatif de yellow press (en raison de la teinte jaune des BD qui déteint sur l’ensemble des pages)… Le World montre aussi le premier le chemin des enquêtes sociales – reportages parmi les indigents, chez les fous, en prison… – ; donne une intensité inconnue à la couverture des grands événements internationaux en expédiant à grands frais des reporters, partout à la surface du globe ; tient encore en haleine ses lecteurs par la chronique du Tour du monde effectué par une jeune et audacieuse reporter, Nellie Bly, partie sur les traces de Jules Vernes… Car le World est aussi promoteur d’événements, ainsi lorsqu’il lance une collecte de fonds pour la construction du piédestal où doit se dresser la sculpture monumentale de la Statue de la Liberté. Ayant crevé à la fin des années 1880 le plafond symbolique des 100 000 exemplaires, le World atteint plus tard des tirages jusqu’alors inimaginables, dépassant volontiers les 600 000 exemplaires.


Yellow press et sensationnalisme

La domination du World semble absolue, alors même que son fondateur et inlassable animateur a pris officiellement sa retraite dès 1890. Devenu presque aveugle, sujet à des affections nerveuses qui le confinent dans sa solitude et passant le plus clair de son temps à voyager, Pulitzer n’en garde pas moins la haute main sur ses affaires, qu’il régit à distance en ayant pris soin d’élaborer tout un langage codé pour communiquer avec ses collaborateurs. Une précaution apparue spécialement utile quand s’élève la plus grande menace que connaîtra Pulitzer en la personne de William Randolph Hearst, qui à la tête de l’Examiner, décide de livrer au World (dont il débauche une partie des collaborateurs) une bataille qui mènera les deux titres à des extrémités peu glorieuses dans la conquête du public. Le sensationnalisme de la presse la plus puissante du monde est alors à son apogée, au point d’entraîner l’opinion dans des croisades à grand tirage et à hauts risques : dans les années 96-98 les deux champions de la yellow press s’affrontent dans la couverture des événements de Cuba, où Hearst fait campagne pour l’entrée en guerre contre l’Espagne, poussant son adversaire dans ses retranchements.
Après cet épisode, Pulitzer modère les dérapages du World et préfère revenir à son rôle privilégié de défenseur des idéaux démocratiques. Non sans risques, il poursuit ses campagnes contre la corruption, entre en guerre contre les monopoles et contribue à l’adoption d’une législation anti-trust (qui aboutit à la dissolution en 1913 de la Standard Oil Company de John D. Rockfeller). Il s’oppose entre 1909 et 1911 à l’ex-président Roosevelt en dénonçant son implication dans le scandale du canal de Panama, se voit traîné en justice, maintient et renforce ses accusations et sort victorieux de l’affrontement, qui est vécu comme une grande victoire pour la liberté de la presse. Mais le vainqueur est arrivé au bout de ses forces et il disparaît en octobre 1911. Ses successeurs ne réussiront jamais à maintenir l’empire du World qui décline rapidement avant d’être démembré et vendu au début des années 30

L’héritage du World

L’extraordinaire aventure de Joseph Pulitzer ne se relit pas aujourd’hui sans perplexité. Il a donné le premier à la presse américaine une puissance peu concevable ailleurs, et pour cela il a mis en œuvre les recettes du capitalisme le plus débridé, sans reculer devant ce qu’on appellerait aujourd’hui la plus parfaite démagogie, dans le style et dans la forme : le succès populaire était à ce prix, qui permettait en retour de faire levier sur l’opinion. Car dans le même temps, Pulitzer ne s’est jamais départi de son idéalisme ; il a été un des plus fervents apôtres de la liberté de la presse, et l’a mise au service de furieux combats contre les intérêts des puissants et pour le bien public. De tempérament conservateur, il a cependant été progressiste dans bien des domaines, à commencer par l’émancipation des femmes. Dur, voire odieux avec ses collaborateurs, il a su les galvaniser – lorsqu’il réussissait à les garder – avec une haute conception du métier de journaliste, dont le credo se résume en quelques notions simples, constamment martelées : l’exactitude, les faits, l’indépendance et le sens de la justice. Il a été impitoyable dans son exigence d’un style journalistique visant au plus efficace et au plus juste : il fallait écrire court, être clair, savoir montrer, séduire et donner à voir, et bien sûr à comprendre... Il a défendu une vision du journalisme qui peut sembler parfois aux antipodes de la seule objectivité ; au contraire il prônait l’engagement du journaliste pour changer la société.
Son personnage, son expérience se comprennent plus aisément si l’on évoque le contexte de l’époque. L’Amérique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle était à beaucoup d’égards une société sans loi, sans mesure, où les idéaux de la démocratie étaient foulés aux pieds aussitôt que formulés. L’enrichissement, l’enivrement né de la puissance américaine alors en plein essor nécessitaient, pour être contenus, des contre-pouvoirs parmi lesquels la presse se distingua comme le plus simple et le plus direct. Dans une Amérique qui offrait alors un beau tapage d’initiatives, de talents, de furie créatrice, il fallait une presse bruyante et sans doute point trop raffinée. Sa vocation était – chez un Pulitzer – plus digne que les moyens employés, mais elle fut à l’image du monde qui l’entourait, et c’est sans doute la principale leçon de cette histoire. La presse peut être une arme pour la démocratie… avec les faiblesses insignes de la démocratie, spécialement lorsque celle-ci naît et s’ébat, naturellement dans la douleur.rfi

LUDWIK RAJCHMAN

UNICEF

PORTRAIT
CENTER
CHILDREN
ARMS

Ludwik Rajchman




(1881-1965)

Ludwik Rajchman, qui fut le premier directeur de l'organisation qui préfigura l'OMS et dont le rôle fut central dans la création de l'Unicef, eut un destin exemplaire qui se confond avec l'histoire tragique du xx[e] siècle depuis l'agitation révolutionnaire de 1905 jusqu'aux pages les plus noires de la guerre froide.

Premier président de l'UNICEF en 1946, Ludwik Rajchman est un proche contemporain et un camarade de Korczak, diplômé de médecine en même temps que lui en 1905 et qui a comme lui consacré sa vie à la sauvegarde de l'enfance après avoir créé à Varsovie en 1919 l'Institut national d'hygiène de Pologne.
Les travaux de recherche de son arrière-petite-fille, Marta Aleksandra Balinska , ont récemment permis de redécouvrir toute l'importance de l'œuvre de ce véritable pionnier de la Santé publique et du droit d'ingérence international, qui fut un précurseur dans le domaine la prévention et qui est aussi à l'origine de la création de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le cofondateur avec Robert Debré du Centre international de l'Enfance.



Né en 1881 dans une famille juive aisée de Varsovie Ludwik Rajchman fait des études de médecine il complétera par une spécialisation en épidémiologie . Il participe activement a l'émancipation du pays puis la recréation de l'etat polonais en fondant en 1920 l'Institut national d'hygiène a Varsovie. L' Europe centrale et orientale est alors la proie de la famine et est ravagée par de nombreuses épidémies notamment le typhus .Sous la direc tion de l' Américain Herbert Hoover entre autres l'aide internationale s'organise et Rajchman joue un rôle important. Voilà donc le patriote polonais entraîné dans le monde nouveau de l'institution internationale qui se met en place a Genève ville où Rajchman va résider de nombreuses années a la tête de la section d'hygiène de la SDN .Il appartient a cette nouvelle fonction publique internationale dont la collaboration avec les diplomates et les gouvernements nationaux ne va pas toujours de soi.l' engagement passionné de Rajchman dans les années 1930 pour la Chine pour les problèmes de santé publique et de développement de ce pays mais aussi sa lutte contre l'impérialisme nippon lui
vaudront bien des ennuis mais lui gagneront amitié des Soong la puissante belle- famille de Tchang Kai shek ainsi que de Jean Monnet .Les causes politiques qu'il embrasse n'ont jamais détourné Rajchman de l'idée que la lutte pour la santé publique passait par l'éradication de la misère. Réfugié durant la seconde guerre mondiale aux tats-Unis Rajchman participera a la création de l'UNRRA et la fondation de l'UNICEF et de l'OMS .Il meurt en France en 1965 où il s'est retiré en raison des attaques portées contre lui durant la guerre froide. La biographie de Rajchman ne peut toutefois se limiter a l'évocation des institutions qu'il créa ou auxquelles il collabora .Elle ne se décline pas sur le mode des vertus privées chez cet homme généreux passionné infatigable combattant de la santé pour tous Car Rajchman n'est jamais là où on est tenté de le chercher .Juif il appartient a une bourgeoisie des Lumières totalement intégrée et tant pis pour Céline qui travailla sous ses ordres et le caricatura sous les traits de Yudenzweck dans une mauvaise comédie .Patriote polonais il réside a l'étranger la plus grande partie de sa vie .Démocrate passionné il s'adapte au changement de régime dans son pays après 1947. Sa vie est remplie d'amitiés qui tissent un impressionnant réseau a travers le monde .Mais il suscite aussi des rejets violents et des contestations qui ne sont pas toutes réactionnelles si bien que l'on ne saurait voir en lui le représentant typique d'un groupe ou d'un milieu .

Jean-Claude Favez


Une vie pour l'humanitaire
Ludwick Rajchman
Marta Aleksandra BALINSKA

Quoi de moins héroïque qu'un fonctionnaire international ? C'est pourtant le portrait d'un héros de notre temps que trace Marta A. Balinska avec cette biographie de Ludwik Rajchman. Précurseur de l'ingérence humanitaire, défenseur des peuples colonisés, aussi doué pour la diplomatie secrète que pour la lutte anti-épidémique, Rajchman est né en 1881 en Pologne dans une famille d'intellectuels juifs patriotes et socialistes. Après une jeunesse d 'étudiant en médecine et de militant anti-tsariste, ses qualités exceptionnelles lui valent d'être nommé en 1921 à la tête de la Section d'hygiène de la Société des nations. Il combat le typhus en Europe de l'Est, anime l'aide sanitaire à l'URSS et promeut l'intégration de l'Allemagne aux instances internationales. Bête noire des cercles diplomatiques conservateurs et des régimes fascistes, ce Polonais démocrate et internationaliste s'attirera également dans les années trente l'hostilité des milieux colonialistes européens en organisant l'aide à la Chine nationaliste agressée par le Japon. Il inspire en 1945 la création de l'OMS et impulse celle de l'UNICEF, dont il est le premier président. Progressiste de tout cœur mais hostile à tous les dogmes, il devra fuir les Etats-Unis face aux menées maccarthystes, mais sera vite dans le bloc soviétique l'objet d'une méfiance qui l'éloignera de sa Pologne bien-aimée. C'est en France qu'il s'éteindra en 1965. A travers cette vie aventureuse, on accède aux coulisses d'épisodes fondamentaux du XXe siècle : la création de la SDN, la guerre civile et la famine en Russie, le jeu des puissances dans l'entre-deux guerres, le destin tragique de la Pologne, la montée de l'antisémitisme, le combat et l'éveil de la Chine, les ambiguïtés de la guerre froide. S'appuyant sur les archives familiales et sur des sources documentaires dispersées dans une douzaine de pays, l'auteur reconstruit avec brio l'extraordinaire parcours d'un homme qui fut non seulement sans doute " médecin sans frontières ", mais aussi une grande figure d'intellectuel doué, comme l'a dit son ami Jean Monnet, d'un exceptionnel " sens de l'universel ".

STEPHEN JAY GOULD


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"L'humain est un accident de l'évolution "


1941 - 2002

Paléontologue américain

À cinq ans, lors d’une visite du musée d’histoire naturelle de Manhattan, il décide qu’il sera paléontologue. Après l’Université du Colorado, Gould prépare son doctorat à Columbia sur les escargots fossiles des Bermudes. Enseigne à Harvard où il vit depuis 1967. En 1972, un de ses articles va modifier le concept d’évolution. Il a contribué à faire émerger des concepts opérationnels comme l’horloge biologique, la biogéographie. Il dénonce l’usage fallacieux des tests d’intelligence.

* * *

Avec le temps, le hasard peut tout créer.
Les espèces, selon Darwin, évoluent au cours de longues périodes, par des transformations graduelles au moyen de la sélection naturelle. Ce que nous apprend Gould, c’est que la plupart des espèces demeurent stables, mais que de nouvelles espèces apparaissent rapidement — en temps géologique : quelques milliers d’années. Le «gradualisme» est plus un effet de la pensée occidentale que le résultat de l’observation scientifique

L’hypothèse de Darwin sur l’évolution par sélection naturelle, n’a cessé de se renforcer. À l’origine, elle était fondée sur l’observation des fossiles, des pigeons des Galápagos, et sur beaucoup d’intuition! Or, remarque Gould, nous savons aujourd’hui ce que Darwin avait pressenti, mais dont il ignorait les mécanismes. Grâce à la découverte du code génétique par les biologistes (anglais) Francis Crick et (américain) James Watson dans les années cinquante, nous comprenons les lois de l’hérédité. Nous savons que nos gènes ne sont pas de parfaits reproducteurs : il y a constamment des erreurs de copie. Voilà pourquoi ils engendrent parfois des évolutions accidentelles. S’il apparaît que ces accidents sont mieux adaptés à leur environnement que leur original, ils prolifèrent. Le «scandale» darwinien est que les espèces n’obéissent pas à un plan préconçu — par Dieu ou l’Esprit — et qu’elles ne s’acheminent vers aucun but.

Malgré les efforts de Gould, 44% des Américains, si l’on en croit les sondages, restent fidèles au créationnisme biblique! L’autre grand ennemi de la science de l’évolution, c’est le lamarckisme. À partir de ses réflexions théoriques, il élabora en 1802 un système satisfaisant pour l’esprit, mais sans rapport avec la réalité : le transformisme. Comme il était devenu évident dès cette époque, après la découverte d’accumulation de fossiles, que les espèces avaient évolué depuis leurs origines, Lamarck imagina qu’elles s’étaient adaptées à leur environnement — ce qui était juste. Mais il crut que cette adaptation était progressive et héréditaire — ce qui était faux. Exemple connu : la girafe. Selon Lamarck, elle avait progressivement allongé son cou pour atteindre les feuilles d’arbres, puis elle avait transmis ce «caractère acquis» à sa descendance. En vérité, dit Gould, les girafes n’ont pas allongé leur cou, et elles n’ont rien transmis du tout : ce sont des girafes nées par hasard avec un long cou — et sans doute d’autres caractères simultanés — qui ont survécu par sélection.

Partant d’observations concrètes, contrairement à Lamarck, Darwin avait compris que la Nature ne progressait pas de manière linéaire, mais se ramifiait par accident. Le temps est la dimension essentielle de l’évolution. Il n’y a pas de combinaisons d’apparence logique auxquelles le hasard ne puisse aboutir s’il dispose de quelques milliers d’années. Avec le temps, le hasard peut tout créer. Tout ce que nous savons sur le code génétique nous indique qu’il ne peut pas incorporer une information extérieure. Une cellule ne sait pas retenir et transmettre une habitude acquise par un être vivant. Et pourtant, reconnaît Gould, la conception lamarckienne de l’évolution est toujours populaire.

Les différences entre les peuples sont culturelles et non pas biologiques
Les analyses génétiques des groupes humains font toutes apparaître que les différenciations raciales sont superficielles : elles ne vont pas au-delà de l’épiderme. Surtout, précise Gould, « les variations à l’intérieur d’une même population se révèlent toujours plus importantes que les différences entre deux populations distinctes…» L’unité biologique de l’espèce humaine exclut toute corrélation entre la race, la culture et l’intelligence. En admettant que l’on puisse mesurer cette chose que l’on appelle l’intelligence, nous ne sommes guère différents de l’homme des cavernes ni plus intelligents que lui. Mais qu’est-ce que l’intelligence, “sinon ce que testent les tests”?

Le cerveau humain échappe à l’évolution
L’homme a hérité, par la sélection naturelle, d’un organe tel qu’aucune autre espèce en dispose : son cerveau. Cet organe n’est pas programmé, et il nous permet d’effectuer des choix libres. Dès lors, l’homme a échappé à la loi de la sélection naturelle pour entrer dans un nouvel ordre, celui de la culture. L’Homo sapiens apparaît comme une espèce qui n’est réductible à aucune autre : elle est bien, selon Gould, « la seule capable de s’émanciper des contraintes naturelles ».
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Sa contribution à la théorie de l'évolution :
les équilibres ponctués
La critique de Gould des concepts fondamentaux du darwinisme est fondée sur la notion « d’équilibres ponctués » et sur son affirmation de l’importance de la contingence historique et d’autres facteurs dans l’évolution en dehors du mécanisme de l’adaptation au milieu externe. La théorie des équilibres ponctués, qu’il formula, pour la première fois, en 1972, avec son collègue Niles Eldredge, pose que l’histoire de l’évolution se concentre dans des épisodes de spéciation relativement rapides au lieu d’advenir sous la forme de transformations lentes et continuelles de lignées établies.
Gould examine les implications spectaculaires de cette interprétation dans le contexte de sa critique historique du modèle gradualiste de l’évolution. Selon lui, l’adhésion à une croyance dans le progrès évolutionniste dirigé était l’expression des préjugés culturels et politiques du XIXe siècle. Charles Darwin, en particulier, se montra incapable d’abandonner ces idées en dépit d’évidentes contradictions avec sa propre théorie de l’évolution et de la lutte intellectuelle déchirante qu’il mena avec les lacunes existant dans les fossiles, lacunes qui ne peuvent pas s’expliquer si l’évolution avance par l’accumulation de nombreuses petites modifications.
hominides

DAVID GRADIS


HENOKIENS
MUSEE
BORDEAUX
BIO
HISTOIRE


L’habitation Gradis


Famille juive originaire du Portugal, la famille Gradis s’établit au XVIe siècle dans le sud-ouest de la France et joua un rôle important au XVIIIe siècle dans le commerce avec les possessions françaises d’Amérique. Le fondateur de la famille Diego Gradis, établi à Bordeaux vers 1685, eut trois fils dont le dernier, David rendit célèbre le nom des Gradis.
David Gradis(vers 1665-1751)fonda en 1696 une maison de commerce de vins,spiritueux et toiles qui prit en 1728 le nom de compagnie David Gradis et fils, nom qu’elle conservera jusqu’au XXe siècle. David Gradis commerça avec la hollande et l’Angleterre et établit des comptoirs à Saint-Domingue et à la Martinique. En 1731, il fut fait bourgeois de Bordeaux.
Le fils de David, Abraham (vers 1699-1780), développa la firme fondée par son père :
elle acquit une importance considérable dans les années 1740, lors de la guerre de
Succession d’Autriche, assurant seule le commerce avec le Canada. En 1763, le ministre de la Marine Choiseul lui confia le ravitaillement des possessions françaises d’Afrique occidentale, puis de Cayenne, de Gorée et des Antilles. En 1779, Abraham Gradis bénéficia de lettres patentes l’autorisant à posséder des terres dans les colonies. Il était syndic de la « nation portugaise » en 1738.
Abraham étant mort sans postérité, c’est son neveu David II Gradis (1742-1811) qui lui succéda à la tête de la maison de commerce et d’armement. David II Gradis se livra parallèlement à la réflexion philosophique et politique, publiant des écrits tels que l’Essai de philosophie rationnelle (1811). En 1785, Malesherbes le choisit pour présider la commission chargée d’examiner le statut des juifs en France. Membre du conseil général de la commune de Bordeaux, il fut aussi président du consistoire israélite de la ville.
A sa mort, son neveu Benjamin III Gradis (1789-1858) prit la direction de la maison de commerce, tout en publiant des ouvrages de philosophie politique et des brochures
promouvant la réforme du culte israélite. Il fut vice-président du Comité consistorial de secours et membre du Consistoire de Bordeaux. Il signait et se faisait appeler Benjamin Gradis Jeune pour se distinguer de son cousin Benjamin II Gradis (1782-1843), dit Benjamin aîné, qui fut crique littéraire et romancier.
A la mort de Benjamin III Gradis, son fils Henri (1823-1905) lui succéda à la tête de la maison Gradis et fils. Adjoint au maire de Bordeaux, juge au tribunal de commerce,membre puis trésorier de la chambre de commerce, il poursuivit parallèlement une carrière d’écrivain dans le domaine du théâtre (Polyxène, 1881) et de l’histoire (Histoire de la révolution de 1848, 1872 ; Histoire de Bordeaux, 1888).
Son fils Raoul (1861-1943), sociétaire des Artistes français en 1886 et auteur de Poèmes pour piano et violon, reprit en 1905 la direction de la maison Gradis en s’associant avec son beau-frère, Georges Schwob d’Héricourt.
Le 4 mars 1921, la Société française pour le commerce avec les colonies et l’étranger fut créée sous forme de société anonyme pour prendre la suite des établissements Gradis et fils. Georges Schwob d’Héricourt fut élu président et Raoul Gradis vice-président.,tandis que le fils de Raoul, Gaston, était nommé administrateur.Polytechnicien qui s’illustra pendant la Première guerre mondiale, Gaston Gradis (1889-1968) créa ou participa à la création de nombreuses affaires agricoles et industrielles tant au Maroc qu’en Afrique. Il se rendit célèbre en effectuant avec le maréchal Franchet d’Esperey et Henri de Kerillis la première traversée en voiture du Sahara du nord au sud à bord de voitures mises à disposition par Louis Renault.
En 1957, la Société prit le nom de Société française pour le commerce avec l’Outre-Mer (S.F.C.O.) et sa présidence confiée à Jean Schwob d’Héricourt (1900-1980), résistant dans les Forces Françaises Libres (F.F.L.) et auteur, en 1975, de l’ouvrage La Maison Gradis de Bordeaux et ses chefs.
Avec la décolonisation, les activités de la société au Maroc et en Afrique s’étiolèrent et elle se reconvertit, en 1975, dans le commerce des vins de Bordeaux sous la présidence d’Henri II Gradis.archivesnationales

Aujourd'hui, la "Compagnie Gradis et fils" est devenue une société anonyme, la "Société pour la Commerce avec l'Outre-Mer", dont le siège est à Paris et qui est membre des « Hénokiens »

LE ROI BULAN


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Empire Khazar


Le roi Bulan aurait reçu des ambassadeurs byzantins et arabes, venus dans l’intention de le convertir chacun à leur religion. Le roi fait venir également un Juif érudit. Il pose au prêtre chrétien la question : « De la religion des Juifs et de celle des musulmans, laquelle faut-il préférer ? » Ce dernier répond : « La religion des israélites est meilleure que celle des musulmans ». Au savant musulman, il demande : « La religion des Juifs est-elle meilleure que celle des chrétiens ? ». Le musulman répond : « Oui, elle est préférable ». Bulan choisit alors de se convertir à la religion Juive.


A propos de l’Empire des Khazars

Claude-Gérard Marcus.
Président d’honneur du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

De temps à autre, la grande presse, la presse juive et l’édition font revenir au premier plan de l’actualité le problème de l’empire khazar qui a existé de 650 à 1016, au sud de la Russie et dans le Caucase. Cet Etat, largement converti au judaïsme, aurait eu un rôle important dans la naissance du judaïsme de Russie.

En 1976, le livre d’Arthur Koestler La Treizième Tribu avait largement rappelé et décrit la question khazare qui, malgré de nombreux documents, restait encore mal connue et appréciée. En France, en 2002 plusieurs revues ont consacré des articles aux Khazars mais c’est la parution du livre de Marek Halter, Le vent des Khazars qui a remis cette question en lumière.

En fait, le grand pas en avant dans la connaissance de la Khazarie vient des Etats-Unis et date de 1999, avec la parution du livre de Kevin Allan Brook, The Jews of Khazaria (Editions Jason Aronson, Northvale, New jersey) qui a déjà connu plusieurs éditions. Ce livre de 351 pages a été récemment traduit en français sous le titre « Histoire des Khazars : la nation juive de Russie et d’Ukraine par Kevin Allan Brook ». il s’agit d’un ouvrage très complet, basé sur une large documentation aux sources multiples (hébraïques, russes, arabes). Certaines d’entre elles sont antérieures à l’an mil.

Ce livre est un ouvrage à thèse, et son auteur défend une conception très large du fait khazar. Selon lui, les Khazars appartiennent à une ethnie qu’il qualifie de turcique, dépassant la seule définition de « turc ». Il date la naissance de l’entité politique khazare indépendante de 650, c’est à dire vers la fin de la guerre arabo-khazare commencée en 642. En 651-652, les Khazars sont victorieux et établissent leur capitale à Balandar. La ville sera détruite au moment de la deuxième guerre arabo-khazare, et la capitale sera installée à Samandar en 723-724. Elle sera transféré à Atil (ou Itil) sur la Volga, près de la Mer Caspienne, en 737. Les Khazars semblent avoir freiné la progression des arabo-musulmans à peu près à la même époque que Charles Martel les arrêtait à Poitiers (732).

Des Juifs, originaires du monde helléniques et méditerranéens, sont déjà installés en Khazane. Le roi Bulan se convertira au judaïsme, accompagné par la noblesse et une partie du peuple ; c’est à cette conversion que fait référence le célèbre livre de Yéhouda Halévi, Le Kouzari. Au moment de sa plus grande expansion, l’empire khazar s’étendra de Kiev et de Grodno (Hrodna) à la Mer d’Aral, englobant la Transcaucasie et le Crimée. En 1016, cet empire prend fin avec la capture de l’empreur khazar par les Russiens.

Kevin Allan Brook étudie très endétail le fonctionnement de l’Etat khazar. Il souligne la dyarchie existant entre le Kagan (empereur) et le Bek (roi), de la même manière que l’Empire japonais connaîtra longtemps la coexistence de l’Empereur et du Shogun. Il décrit l’activité économique khazar, et notamment la pêche, l’agriculture et l’artisanat, ainsi que le haut niveau des transactions commerciales internationales pendant la période khazare dans ce qui est aujourd’hui l’Europe de l’Est.
L’auteur examine la conversion des Khazars au judaïsme, après qu’ils eurent été influencés par des Juifs venant du monde hellénistique et du monde islamique. Il insiste sur les mariages entre les Khazars et ces Juifs, qui donnent naissance, selon lui, à une synthèse entre le monde juif et le monde turcique. Un chapitre est consacré au réseau ténu de relations diplomatiques entre les Khazars et leurs voisins, relations qui voient alterner des liens fragiles et des conflits, notamment avec les Byzantins et les Alains.

Après avoir évoqué la chute de l’Empire khazar entre les mains des Russiens et des Byzantins, Kevin Allan Brook insiste, en se fondant sur des sources archéologiques, sur le fait que les Juifs khazars ont été les premiers à s’établir dans les viles ukrainiennes, hongroises et polonaises. Il conclut son livre en affirmant que la conversion des Khazars au judaïsme n’était pas un phénomène isolé et participait à un courant de conversions dans le monde médiévale, embrassant aussi bien les Berbères, les Arabes, les Espagnols ou les Alemans. Il démontre, enfin, que depuis les débuts du Moyen Âge les communautés juives ont existé en Europe orientale d’une manière continue.

J’ai déjà dit que ce livre était un livre à thèse. Kevin Allan Brook insiste sur la contribution des Khazars au monde médiéval. Selon lui, ils ont arrêté la conquête arabe au nord du Caucase, jouant un rôle similaire aux Francs en Europe occidentale. Ils ont fondé la grande ville de Kiev ; établi un grand centre de commerce mondial ; eu un rôle dans la migration des Bulgares, Magyars hors de la région de la Volga et jusqu’à leurs terres présentes en Bulgarie, Tatarstan, Bachkirie, Tchouvachie, et surtout Hongrie ; influencés les débuts de la culture et du système gouvernemental des magyars ; répandu la technologie de la fabrication du verre, qu’ils avaient apprise des Juifs du Moyen-Orient ; contribué à l’ethnogenèse des Juifs européens.
Au-delà de ces affirmations, l’auteur réfute un certain nombre d’assertions concernant les Khazars qui paraissaient admises. Parmi celles-ci, il démontre que la notion selon laquelle les Khazars ne produisaient pas eux-mêmes la plupart des biens qu’ils utilisaient était fausse. Il rejette, de même, l’idée selon laquelle la conversion au judaïsme ne s’était appliquée qu’aux dirigeants et à certains membres de la noblesse. Enfin, il estime que les Caraïtes de Crimée ne descendent pas des Khazars et que le judaïsme khazar n’était pas caraïte. A mon sens, les deux conclusions majeures de M. Brook concernant le rôle essentiel des Khazars dans l’origine des Juifs de l’Europe de l’Est, par un fusion avec des juifs de l’Ouest (France, Allemagne, etc.), et l’ampleur souvent sous-estimée des conversions au judaïsme dans les premiers siècles de l’ère chrétienne.

Les affirmations de l’auteur, aussi intéressantes soient-elles, doivent être étudiées et discutées. Il appartient aux historiens et aux archéologues de confirmer ou d’infirmer ses conclusions. Son grand mérite est d’avoir clairement posé les problèmes du fait khazar. Il n’en demeure pas moins que, quelle que soit l’importance du judaïsme khazar et quelle que soit l’ampleur des conversions dans le monde, la religion, la culture et l’histoire des Juifs ont pris naissance sur la terre d’Israël et ont toujours été tournées, à travers les siècles, vers Jérusalem.

Le Vent des Khazars
Marek Halter

Le Roi des Khazars porte le titre de Khagan. Mais, à ses côtés, un autre prince dirige l'armée; il porte le titre de Beck….Les princes qui deviennent Becks sont choisis parmi mes meilleurs guerriers, mais ils ne sont pas obligatoirement juifs…
Les grands villes se nommaient Itil, Samandar, Tmurtorokan, Sarkel…Itil, la capitale royale, était installée sur plusieurs îles reliées entre elles par des ponts flottants, dans le delta de la Volga, appelé à l'époque le fleuve Atel. Samandar, sur la Caspienne, possédait un immense marché fréquenté par les commerçants de l'Orient, de Perse et de Bagdad. La grande forteresse de Sarkel-la-Blanche, sur les bords du Varshan, aujourd'hui le Don, avait été construite avec l'aide des Byzantins. Ce n'était pas la moindre ambiguïté des rapports entre les Khazars et le Nouvelle-Rome.Face à la Crimée, Tmurtorokan contrôlait le détroit du Bosphore.
En 1245, le voyageur Jean du Plan Carpin, disciple de saint François d'Assise, raconte, dans son Historia Mongolorum, qu'il a rencontré au nord du Caucase des Alains, des Circassiens et des " Khazars observant la religion juive ". Quant aux centaines de milliers de ces Juifs " aryens " menacés de mort à la chute de leur empire, ils avaient dû s'exiler à l'ouest, dans cette Europe centrale où des royaumes naissants, telle la Pologne, étaient prêts à les accueillir. Ils y étaient arrivés en même temps que d'autres réfugiés juifs, les Ashkénazes, expulsés de France, de Flandre et d'Allemagne par les premières croisades. "



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