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BAT YE'OR


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INTERVIEW
WOJAC


Giselle Littman

Bat Ye'or est née au Caire, en Egypte. En 1955 sa nationalité égyptienne est révoquée parce qu'elle est juive. Avec ses parents, elle trouve asile à Londres en 1957, comme réfugié apatride, et acquiert la nationalité britannique en 1959 après son mariage. A partir de 1958 elle suit les cours de l'Institut d'archéologie à la London University, puis continue ses études à partir de 1960 à l'Université de Genève, en Suisse où elle a suivi son mari. Elle a écrit de nombreux articles et 3 livres depuis 1971 sur le sort des non-Musulmans sous l'Islam. La traduction de Le Dhimmi (Paris, 1980) en anglais (1985), hébreu (1986), et russe (1991), lui ont conféré une stature internationale dans ce domaine .acam



Qui êtes-vous, Bat Ye'or ?

- Je suis née en Egypte, et j'ai grandi au Caire, jusqu'à l'âge de 20 ans. Ma mère était française et mon père, qui appartenait à une famille juive italienne, avait demandé la nationalité égyptienne, après la promulgation des lois racistes par Mussolini. Après la guerre de 1948, les biens de mon père ont été confisqués, et nous avons dû partir en 1957 avec deux valises en tout et pour tout, en abandonnant tous nos biens et en renonçant à notre nationalité... Lorsque nous sommes arrivés en Angleterre, nous étions apatrides. J'avais commencé à écrire en Egypte, car je me suis toujours sentie comme un écrivain, mais j'ai tout brûlé... En Angleterre j'ai recommencé à écrire, et c'est ce qui m'a aidée à surmonter l'expérience douloureuse du déracinement, en l'examinant du point de vue historique. Je me suis rendu compte que j'avais vécu la destruction d'une communauté juive qui existait depuis l'époque du prophète Jérémie, et qu'il n'existait aucun livre relatant cette histoire et l'agonie de cette communauté. C'est ce qui m'a conduit à écrire mon premier livre, Les Juifs en Egypte.

- Comment en êtes-vous venue au thème de la dhimmitude, que vous avez été la première à aborder?

- En Angleterre, j'ai rencontré à l'institut d'archéologie celui qui allait devenir mon mari [l'historien David Littman, ndlr], et j'ai entamé mes recherches sur les Juifs d'Orient. Mon projet initial était d'écrire sur la condition des Juifs des pays arabes. J'ai rencontré beaucoup de Juifs qui avaient été expulsés de leur pays d'origine et qui étaient restés en relation, malgré l'éloignement. J'ai été parmi les membres fondateurs du WOJAC, l'association internationale des Juifs des pays arabes. Nous avions tous vécu la même histoire, de persécutions, de spoliations et d'expulsions... C'est au cours de mes recherches que j'ai découvert la condition du dhimmi [c'est-à-dire le statut des non-musulmans monothéistes en terre d'Islam]. Cela a fait l'objet de mon livre Le Dhimmi, paru en 1980. Après sa parution, j'ai été contactée par des chrétiens, et j'ai commencé à m'intéresser à l'islamisation des pays chrétiens, thème auquel j'ai consacré un autre livre.

- Vous avez en fait découvert un pan inexploré de l'histoire mondiale.

- Il existait de très bonnes monographies abordant le thème des conquêtes islamiques, mais toujours du point de vue du vainqueur... Je me suis placée du point de vue des populations conquises, c'est-à-dire des dhimmis. C'est la raison pour laquelle j'ai été attaquée, parce que j'englobais Juifs et chrétiens dans le même concept. A cette époque, aucun historien ne parlait encore de Djihad. C'était un terme presque tabou, parce qu'il contredisait le mythe de la coexistence pacifique en terre d'Islam, que j'ai désigné comme le "mythe andalou".

- C'est dès cette époque que vous avez été critiquée par les tenants d'une vision politiquement correcte de l'histoire ?

- Très innocemment, sans même en être consciente, je m'opposais à la vision communément admise de l'histoire, celle que développe Fernand Braudel dans son livre Méditerranée. Cela m'a pris quatre ans pour pouvoir publier Le Dhimmi, et l'éditeur que j'ai finalement trouvé m'a imposé le sous-titre Profil de l'opprimé, en refusant de parler de Juifs et de chrétiens...

- Comment avez-vous découvert le concept d'Eurabia, qui est entré dans le vocabulaire politique contemporain ?

- Dans mon précédent ouvrage, Juifs et chrétiens sous l'islam, j'examinais les formes historiques de la dhimmitude, et ses prolongements à l'époque contemporaine. Je voyais comment le Djihad se poursuivait à notre époque, sous toutes ses formes, mais je ne comprenais pas pourquoi l'Europe se soumettait à la politique intransigeante et aux diktats de la Ligue arabe, en particulier concernant le conflit avec Israël. Je suis tombée par hasard sur une revue publiée en 1975 par le comité de coordination des associations d'amitié euro-arabe, intitulée Eurabia. C'est à ce moment que j'ai compris qu'il existait une politique euro-arabe. J'ai entrepris des recherches sur ce sujet, qui ont fait l'objet d'un article, puis de mon livre Eurabia, publié d'abord en anglais, puis en français. Des traductions sont en cours en italien, hébreu, allemand et slovène.

- Comment ce livre a-t-il été accueilli?

- Aux Etats-Unis, où il est paru en 2005, il a été bien accueilli, en tout cas par les gens avertis. Il apportait des explications à l'antiaméricanisme, très virulent lors de la guerre en Irak, et notamment à l'attitude de la France et à son animosité envers les Etats-Unis. Eurabia a connu déjà sept rééditions aux Etats-Unis. Le terme a été repris par de nombreux observateurs de la politique internationale.

- Que signifie Eurabia ?

- C'est un nouveau continent qui est en train d'émerger, un continent de culture hybride, arabo-européenne. La culture européenne, dans ses fondements judéo-chrétiens, est en train de s'affaiblir progressivement, et de disparaître pour être remplacée par une nouvelle symbiose, islamo-chrétienne. J'ai reconnu ce processus, que j'avais déjà étudié dans mon livre sur les chrétientés d'Orient, où j'analysais les causes historiques du déclin des civilisations chrétiennes sous l'Islam.

- Comment êtes-vous passée du point de vue de l'historienne à celui de la prospective géopolitique ?

- Ce qui m'a intéressée, c'est de tenter de découvrir les indices qui dessinent une évolution future, les courants souterrains de l'histoire qui mènent à des développements prévisibles, mais souvent imperceptibles. Lors de la conférence organisée à Jérusalem, intitulée "L'Islam en Europe, Islam européen ou Eurabia?", la plupart des conférenciers invités ont nié l'existence d'Eurabia. Pourtant les signes en sont flagrants, tant sur le plan démographique, que politique et culturel. Les millions de manifestants qui soutenaient Saddam Hussein ou Arafat dans les rues des capitales européennes, tout en vouant aux gémonies Bush et Sharon, le développement de l'antisémitisme et de l'intolérance, le terrorisme, l'insécurité permanente...

- La thèse de votre livre est que ces évolutions traduisent une volonté politique délibérée, de la part de l'Europe ?

- Cette politique, désignée sous le vocable trompeur de "dialogue euro-arabe", a été décidée au niveau de la Communauté, puis de l'Union européenne. C'est une politique conjointe, coordonnée entre les institutions européennes et la Ligue arabe. L'Union européenne est devenue un organe politique supranational qui prend des décisions à l'insu des populations. Tous ceux qui ont voulu s'opposer à la politique d'Eurabia, comme Blair ou Aznar, ont finalement perdu les élections. - Etes-vous retournée en Egypte ? - Non, jamais. Mais je n'ai gardé aucune animosité envers les Egyptiens. Il y a dans ce peuple une grande élévation. Les politiques imposées ne parviennent pas à changer la nature humaine.
Propos recueillis par Paul Landau .observatoire

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