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BORIS SCHATZ



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BIOGRAPHIE







Shlomo Zalman Dov Baruch Schatz naît en décembre 1867 à Vorno (Lituanie) d’une famille pauvre descendant d’une lignée de rabbins. Il va étudier dans une yeshiva, puis dans une école de dessin à Vilna. Déjà en 1888, à Varsovie, il voudrait que l’art remplisse davantage un rôle moral, éducatif et national. En 1889, il part pour Paris où il se met à l’école du célèbre sculpteur russe Marc Antokolsky, dont il devient l’ami. C’est là qu’il prendra le nom de Boris. Déjà à Paris, l’idée de la création d’un centre sioniste de peinture à Jérusalem le motive. En 1894, l’année du procès de Dreyfus, il sculpte "Mattathias le Maccabée", où Mattathias - ressemblant d’ailleurs au grand-père de Boris -, écrase des têtes de Grecs sur l’autel du Temple. Cette œuvre remporte un grand succès parmi les sionistes, véritable symbole pour le renouveau de la souveraineté juive dans le pays d’Israël.

En 1895, il part pour la Bulgarie, où il devient le sculpteur attitré de la cour du roi Ferdinand. Il y restera jusqu’en 1905, et y travaillera pour retrouver un art national bulgare. Il y fonde l’école nationale des arts bulgares. À l’exposition est présentée une série de bas-reliefs de la vie quotidienne et populaire bulgare des portraits de paysans et d’ouvriers bulgares réalisés en 1896.

En 1903, l’année du pogrom de Kishinev, Boris Schatz, rejoignant l’émotion sioniste, crée des bas-reliefs en bois, terre cuite ou bronze sur des thèmes juifs - la vie au shtetl, l’allumage des bougies de shabbat, la lecture de la Torah, la mère et son enfant...-, destinés à réveiller la conscience juive en diaspora. Son œuvre est très largement diffusée en Europe. C’est aussi cette année-là qu’il rencontre Théodore Herzl à Vienne et lui parle de son projet d’établir, à Jérusalem, une école nationale d’art juif. À la question de Herzl, très intéressé : "Et quel sera le nom de l’école ?", Schatz répond sans hésitation : "Betsalel !" Il fera le portrait de Herzl et, à la suite de sa mort en 1904, un mémorial en bronze pour sa tombe.

Le Mouvement Sioniste Mondial soutient pleinement ce projet d’une école d’art à Jérusalem, que les fonds récoltés à Berlin permettront à Boris de réaliser dès 1906.
Il veut créer un "foyer hébraïque" où, à travers l’art, se formeraient des "Juifs nouveaux" enracinés à la fois dans le pays nouveau et dans la culture des ancêtres. Un "Temple dans le désert" dont les artistes deviendraient les prêtres, et lui le grand prêtre.

Dans cette salle du musée consacrée pour quelques mois à Boris Schatz sont exposées également les œuvres réalisées par les élèves de l’École Betsalel, dont plusieurs seront les premiers peintres et sculpteurs israéliens. Ces objets seront vendus à Jérusalem, à la porte de Jaffa, mais aussi à l’étranger. Objets variés, tels qu’une horloge, des cadres, un tableau pour synagogue rappelant les jours du Souvenir ; mais aussi une Jérusalem en cuivre gravé et en bois, un tapis représentant le Cantique des cantiques, des assiettes décorées en cuivre, argent et bronze, ou des sculptures, comme celles représentant Moïse et le Messie enchaîné.
Le style de Betsalel se précise : c’est un mélange entre l’art juif et l’art nouveau national. Des sujets bibliques et sionistes sur un fond artistique occidental. L’École Betsalel se veut un pont entre l’Est et l’Ouest, entre le passé et le présent.

Avec la première guerre mondiale et ses répercussions en Palestine, Boris est envoyé en exil à Damas en 1917, puis sera conduit à Tibériade et Safed. C’est là qu’il se mettra à écrire des nouvelles où le visionnaire imagine et décrit la Palestine de demain : un vrai paradis. Son livre "Jérusalem rebâtie, un rêve de jour" est très en harmonie avec le livre de Herzl écrit quelques années auparavant : "L’ancien nouveau pays".

Dès 1918, l’École des Arts reprend, le Musée rouvre. Dans l’exposition, de très beaux portraits des pères du Sionisme, datant des années 1920-1929 - Bialik, Jabotinsky, Gutman, Ahad Ha-am, Max Nordau -, ainsi que la pierre tombale d’Eliezer Ben Yehouda, présentés sous forme de bas-reliefs en bronze ou en plâtre.
Se promener dans cette exposition, c’est se promener dans l’histoire du Sionisme, et y rencontrer aussi bien Moïse et Mattathias, Daniel et Jérémie, que Bialik et Boris Schatz lui-même, qui nous a laissé deux magnifiques autoportraits datés de 1932, l’année même de sa mort.


Dans les années 20, les organisations sionistes commencent à se désintéresser de l’œuvre de Shatz, ne partageant plus sa vision. Pour elles, "l’homme nouveau", fruit du Sionisme, sera avant tout social, politique, agricole. Déjà privée des Fonds venant de Berlin - où l’on jugeait Shatz trop visionnaire et pas assez commerçant -, l’École traverse une crise financière très grave. Boris va partir pour l’Amérique où il passera deux années à vendre des œuvres et chercher des subsides. Il meurt à 65 ans, le 23 mars, à Denver, au Colorado, faute d’argent, son corps ne pourra être rapatrié et enterré en Palestine que six mois plus tard. "Je ne serai pas vivant pour voir la réussite de ma vision", avait-il écrit à son fils.

L’École Betsalel, fermée en 1932, rouvrira en 1935 grâce à l’arrivée des Juifs fuyant l’Allemagne. Son nouveau directeur sera Mordechaï Narkiss, ancien assistant de Boris.

un echo israel

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Boris Schatz avait une conviction : le futur Etat juif qu'il appelait de ses voeux devait avoir un art à la mesure de son utopie. Sculpteur et peintre juif de Lituanie attaché à la cour du roi Ferdinand de Bulgarie, il réussit à faire voter par le congrès sioniste de 1905 le principe de l'installation à Jérusalem d'une école d'art. "Fondons une académie dans le désert", aurait dit à cette occasion Theodor Herzl, le père du sionisme.

L'année suivante, l'école Bezalel ouvrait ses portes à Jérusalem, dans une Palestine ottomane qui n'était pas encore Israël, aux premiers artistes ­ dont beaucoup d'Allemands. Près de cent ans plus tard, à l'occasion du quarantième anniversaire de l'établissement des relations diplo! matiques germano-israéliennes, le Musée d'Israël présente à Berlin le travail des "Nouveaux Hébreux", artistes qui durant un siècle ont accompagné de leurs oeuvres la construction d'Israël. Une exposition de cette ampleur est une première en Allemagne.

Les artistes israéliens et pré-israéliens ne paraissent pas avoir été profondément influencés par le thème sioniste, soit le retour des juifs en Palestine. Délibérément, les commissaires de l'exposition, Doreet LeVeet Harten, de Berlin, et Yigal Zalmona, de Jérusalem, ouvrent leur parcours avec des oeuvres qui, loin de toute rêverie biblique, évoquent une réalité : l'oppression, les pogroms et les massacres qui, dès le début du XXe siècle, ont tant fait pour pousser vers la Palestine des cargaisons d'immigrants juifs.

Après ce rappel qu'illustre, entre autres, un grand tableau de Samuel Hirszenberg où Le Juif errant dénudé tente d'échapper à une forêt de croix menaçantes, le visiteur est invité ! à se plonger dans un autre univers, celui d'une société en con! struction, tentant de forger une histoire culturelle sortie du néant pour fonder une identité nationale.

Les premières années, peintres, sculpteurs et photographes tâteront de l'orientalisme, mettant en scène des hommes et des femmes déguisés en Bédouins. Très vite lesartistes abandonnent ces préciosités pour mettre en images et en objets l'espérance et le projet sionistes.

Les affichistes vont accompagner l'explosion démographique d'un territoire, d'abord province ottomane puis mandat britannique, où s'installent des milliers d'émigrés. L'optimisme est de rigueur : les sportifs montrent l'exemple aux bâtisseurs qui jouent les Stakhanov du Bauhaus. Dans les champs s'active le nouvel homme juif, la houe dans une main, le fusil dans l'autre. Regards pointés sur l'horizon, les aviateurs symbolisent l'irrésistible élan de la nation en formation.


L'IMMIGRATION ET LA SHOAH


Le thème de l'immigration, qui parcourt toute la réalité du sion! isme des années 1920 et 1930, reçoit une impulsion nouvelle après la seconde guerre mondiale. Jusqu'ici traité sous forme dynamique et presque joyeuse, le sujet, après la Shoah, est abordé de manière grave. Ce ne sont plus des pionniers radieux qui arrivent en Palestine, puis dans l'Etat d'Israël, créé en 1948, pour construire un monde nouveau, mais des rescapés qui cherchent refuge.

Il faut attendre 1961 et le procès d'Adolf Eichmann, enlevé par les services secrets israéliens afin d'être jugé à Jérusalem, pour que le quotidien de la Shoah, jusqu'alors quasi indicible, éclate véritablement. Dans une salle de l'exposition, protégé par une cage de verre comparable à celle où était assis l'ancien officier SS durant les audiences, un écran déroule en boucle quelques instants du procès, ces pleurs des témoins racontant pour la première fois leur calvaire à une société qui savait mais n'avait pas voulu entendre ; on y voit aussi le peuple d'Israël accroché aux transistors,! la multitude des journalistes accourus du monde entier (dont ! le regretté Jean-Marc Théolleyre qui couvrait l'événement pour Le Monde).

Désormais tableaux, timbres, affiches, installations et vidéos feront de la Shoah et de son souvenir un thème quotidien. Insensiblement, comme en un fondu enchaîné, s'installe le tragique d'une société enlisée dans cet affrontement sans fin qu'est le conflit israélo-palestinien.

Quelle force entraîne ce soldat qui, visage ravagé, glisse entre les bras de sa mère impuissante à le retenir ? Sur qui pleurent ces soldats d'élite, gosses derrière leurs lunettes noires, assistant, anéantis, à la mise en terre d'un des leurs, tombé en Cisjordanie ? L'image réelle, transmise amplement à la télévision, avait suscité en Israël un débat national. Etait-il concevable de montrer au public les parachutistes israéliens en train de pleurer ? Etait-il même admissible que ces derniers ne puissent retenir leurs larmes ? Le peintre Nir Rod en a fait un immense tableau hyperréaliste bordé de fleurs aussi! rouges que le béret des soldats, témoignage éclatant de la sensibilité immédiate des "Nouveaux Hébreux" aux drames du temps.

le Monde

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