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ELIE DE MONTALTO

HISTOIRE
Parlement de Paris

BIO



cimetière juif Ouderkerk



Médecin juif ex-marrane originaire du Portugal (1567-1616), spécialiste des maladies nerveuses et mentales, appelé à la Cour de France par Marie de Médicis, alors que les Juifs étaient interdits de séjour en France. Alfred de Vigny dans sa" Maréchale d'Ancre " mettra en scène son histoire sous le nom de Samuel Montalto
Élie de Montalto allait être ainsi, le seul Juif a la cour de France à pratiquer le Judaisme



MONTALTO, Élie de

Castelo Branco, 6 de Outubro de 1567
França, Fevereiro de 1616

Élie Montalto baptisé Filipe Rodrigues dans l’église Santa Maria, était le trosième enfant d’Antonio et de Catarina Ayres. Ce couple de Crypto-Juifs qui porte également le nom de Luna s’était marié le 22 avril 1563, dans l’église Santa Maria. Les parents d’Élie ont vécu dans leur ville natale, ils avaient de la fortune et des esclaves. Selon des informations de l’époque, ils étaient très estimés. Son père a exercé la profession de pharmacien, conseillant bien ses clients, on le surnomma le «frère» de la miséricorde.

Un des frères d’Élie fut dénommé Moise, il fut médecin, il s’appela aussi Michael et Daniel de Luna. Cést sous ce dernier nom qu’on le retrouve en Pologne, médecin du prince Stanislas de Koniecpoli, il a vécu à Lublin, dans cette cité qui a joué un grand rôle dans la vie du judaisme polanais . Moise Montalto est décédé, à Lublin, en 1637; son épouse Isabelle alias Esther de Fonseca de Rouen mourut à Amsterdam, en 1692, elle est enterrée dans le même tombeau qu’Élie de Montalto dans le cimetière juif d’Ouderkerk .

La famille de Montalto a payé un lourd tribut à línquisition, une partie a choisi l’exil, l’autre est restée au Portugal. Aucun membre ne fut familier du Saint office, ni chevalier de l’ordre militaire, ni membre de la magistrature ou du clergé, surement, parce qu’íl fallait prouver obligatoirement «la pureté de sang». Cette famille montre également que les nouveaux chrétiens pratiquaient souvent l’endogamic.

Élie de Montalto a èpousé à castelo Branco Jerónima de Fonseca qui se fit appeler lorsqu’elle quitta le Portugal, Raquel (Rachel). Rachel de Fonseca était d’une famille qui se distinguat par plusieurs médicins très connus. Son père, Lopo da Fonseca, fut médicin de la reine Catherine de Portugal; son grand-père Manuel, médicin lui-aussi, est l’une des nombreuses victimes de la conversion forcée de 1497 au Portugal . Parmis les marranes distingués de la famille de Rachel de Fonseca, il est intéressant de citer sa soeur, Maria, alias, Sara Curiel qui était l’épouse du médicin jerónimo Nunes ramires de Lisbonne (mort en septembre 1609), don’t le frère Francisco de Vitoria a été l’évêque de Tecuman.

Nous ne savons pas à quelle date, Élie de Montalto quitta avec sa famille, le Portugal.Il devait être tourmenté par l’intolérance religieuse de ce Portugal du XVIe siècle. Selon Meyer Kayserling (1829-1905) le grand historien du Judaisme séfarad du XIX e siècle, Élie de Montalto se rendit à Livourne en 1598. En 1599, on est certain qu’il s’y trouve selon le récit de Paul de Pina.

Marie de Mèdicis recommanda Élie de Montalto à son oncle, le grand duc de Toscane Ferdinand I er de Médicis (Florence 1549 – Florence 1609) qui le prit à son service comme son médicin. En 1606, lors de la parution de son ouvrage Optica, à Florence, Élie de Montalto dit dans l’introduction, qu’il a effectué un court séjour à Paris. Il a rencontré, écrit’il, pour la première fois, «la branche sublime de la noble famille de médicis», la reine Marie.

Son deuxième séjour a eut lieu, de la fin de l’année 1606 à 1608 . Ces dates ne correspondent pas à celles généralement admises par les historiens. Nous appuyons sur le témoigmage de Léonora Dori Galigai (Florence, 19 mai 1568 – paris 8 juillet 1617), à son procés, pour sorcellerie, en 1617. Le 22 mai de cette année, Léonora Galigai répondit à la question de tribunal, «si elle a connu Montalto à Florence»: en France seulement, avant «la mort du feu Roy, ledict Montalto venant de Portugal»: il’s arrêta en cette ville de Paris, pour panser ceux qui auraient «besoin de son art de médicin». A cemoment, elle eut une grande maladie, ses amis et ses médicins lui conseillèrent de voir Montalto: le docteur Duré était du nombre et tous ensemble la soignèrent, tant «qu’elle vint en santé et convalescence».

Élie de Montalto se trouva en 1607, à Paris, d’après Fernand Hayem, qui est le grand historien de Léonora Galigai. Il écrit «qu’il séjourna à Paris, en 1607, «allant de Flande en Italie», et qu’il consentit» à pratiquer sa médecine . En 1608, selon le journal du médicin du roi Louis XIII, Jean-Héroard (1551 – 1628). Élie de Montalto se trouvait à Paris puisque nous lisons à la date du dimanche 10 août, «de Dauphin lui dit: (le futur Louis XIII) Parlez, docteur, «parlez de la Palestine». C’était un bouffon italien qui était en crédit à la cour» . Ce »docteur de la Palestine» don’t parle Jean Héroard est le docteur Élie de Montalto, qui esta ainsi nommé dans les documents italiens de l’Archivio di Stato de Florence. Henry IV n’accepta pas qu’Élie de Montalto restat en France, auprès de Léonora galigai, à cause de sa religion juive. Élie de Montalto, muni d’une nouvelle lettre de recommandation de la reine Marie de Médicis alla à Florence où le Grand duc de Toscane, Ferdinand Ier, le reprit comme médicin.

Après Florence, Élie de Montalto s`est fixé à Venise, où il a pu se consacrer davantage aux études hébraiques comme tant marranes de sa génération. Il devint, l`un des plus ardents partisans du judaisme à visage découvert comme on le remarque dans les quatre lettres publiées par Cécil Roth dans la Revue des Études Juives, en 1929. Dans cette correspondance des années 1611-1612, Élie de Montalto, exhorte un parent, Pedro (Pero) Rodrigues récemment sorti d`Espagne à servir en public de Dieu de ses ancêtres. En 1613, Pedro Rodrigues devint professeur de droit civil à l`Université de Pise .

L’influence considérable de Léonora galigai, sur Marie de Médicis, fit que la reine demanda à Élie de Montalto de revenir en France, pour être un de ses médicins, plusieurs éminents médicins de Paris étant morts dans un court laps de temps. Élie de Montalto répondit à la reine Marie de Médicis: «qu’il n’entendait (pas) se d´eguiser et contrefaire en sa profession», il désirait «exercer librement sa religion judaique», il avait pour cela «refusé des grandes offres qu’on lui avait faites à Bologne, à Messine, à Pise … Et qu’on lui avait aussi offert la première chaire de Padoue. Ajoutant qu’en un seul acte, on pourra reconnaître son intention, à savoir qu’il ne recevra aucun denier le jour de son observance, c’est à dire le jour du Sabbat» . Marie de Médicis écrivit aussi au Pape, Paul V (Rome 1552 – Rome 1621) pour obtenir une dispense lui permettant de prendre à son service un infidèle. La grâce accordée, Élie de Montalto allait être ainsi, le seul Juif de la cour et de France à pratiquer le Judaisme.

Élie de Montalto, accompagné de son épouse, de deux de ses jeunes fils, Isaac et Moise et d’un jeune Juif italien, Saul Lévi Morteira, gagna Paris, pendant l’été de l’année 1612, puisqu’il ful nommé «Consiliarius et Medicus» (conseiller et médecin ordinaire) de la reine, le 19 septembre 1612. Ce jeune italien, Saul Lévi Morteira (venise ? 1596 – Amsterdam 1660), âgé peut-être de seize ans, servit probablement de Chohet (abatteur rituel) et d’intendant à Élie de Montalto. A Pris, on l’appelait «Mortier». Il devint plus tard, à Amsterdam, d’abord enseignant à l’école de la synagogue puis rabbin de la Congrégation Bet Yahacob. Saul Lévi Morteira obtint une renommée en tant que prédicateur, et il écrivit un certain nombre de textes polémiques pour la défense du Judaisme en s’attaquant au Catholicisme et au Protestantisme . Mais Saul Lévi Morteira est surtout connu pour sa fonction de Président du tribunal rabbinique qui excommunia Spinoza.

De 1613 à 1615, Élie de Montalto a déployé, aussi à Paris, une activité religieuse importante, il a crée avec l’aide de Saul Lévi Morteira, une véritable école d’études hébraiques, attirant des Marranes du portugal et des Juifs de Hollande. Il fêtérent ensemble notamment, la Pâque de 1615 .

Ce marrane, né Chrétien, est mort en Juif pratiquant, en févrir 1616. C’est la reine Marie de Médicis qui décida que son corps serait embaumé et transporté à Amsterdam, afin d’être inhumé, dans le cimetière juif d’Ouderkerk .

Le choix d’Élie de Montalto comme médecin de marie de Médicis et de Louis XIII, doit s’expliquer dans les vieilles légendes tenaces qui couraient sur la supériorité médicale du «Juif de créance» sur le Juif converti. Cette légend s’illustra notamment, en 1538, quand François Ier de retour de l’entrevue d’Aigues-Mortes tomba malade à Compiègne, il pria Charles Quint de lui envoyer d’Espagne un médecin Juif. Charles Quint délégua un Juif converti qui se vanta de sa conversion à François Ier. A la suite de cet aveu, François Ier refusa d’être soigné par ce Juif converti, persuadé qu’un médecin chrétien ne pourrait jamais le guérir, Il fallut fair venir de Constantinople, un Juif non converti qui guérit le roi avec du lait d’ânesse . C’est en ce sens, qu’on peut considérer qu’Élie de Montalto représentait aux yeux des superstitieuses dames florentines qu'’taient, Marie de Médicis et Léonora Galigai, une garantie contre le mal et contre la maladie, le gardant dans leur suite grâce à une de ces luxueuses exceptions que le Catholicisme du XVII e siècle autorisait au niveau le plus élevé.
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SPINOZA

SPINOZA
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FREUD-LACAN


Informé des sciences de son temps et fortement influencé par Hobbes et Descartes, Spinoza est l'un des plus influents philosophes rationalistes du XVIIe siècle. Sa pensée, d'une difficulté exigeante, prônait un immanentisme radical: rien n'existe que tout, et ce tout — la Nature — est le seul Dieu. Pour lui, il n'y a donc ni surnaturel, ni Providence, ni Jugement dernier: l'éternité de tout n'est pas un autre monde mais la vérité de celui-ci.

Biographie
Baruch d'Espinoza, dit Spinoza, naquit à Amsterdam, en 1632, dans une famille juive d'origine portugaise. Il mourut en 1677, à La Haye, sans avoir quitté la Hollande, laquelle était alors au sommet de sa puissance économique et de son rayonnement intellectuel et artistique.

Ayant reçu une double formation, hébraïque (le Talmud) et latine (la philosophie et la science cartésienne), Spinoza y fréquenta les milieux libéraux les plus éclairés. Il fut l'ami de Simon de Vries et des frères de Witt.

Exclu de la communauté juive dès 1656 (excommunication majeure par la synagogue d'Amsterdam), sans attache institutionnelle ni religieuse, il mena dès lors l'existence d'un homme libre, mêlant les travaux d'artisanat optique, par lesquels il gagnait sa vie, et la spéculation intellectuelle, par laquelle il voulut la sauver.

Petit glossaire des concepts
Substance: ce qui est en soi et est conçu par soi. La substance existe nécessairement; elle est unique et absolument infinie; elle s'exprime dans l'infinité de ses différents attributs.

Attributs: ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant son essence. Il existe une infinité d'attributs, mais nous n'en connaissons que deux: la pensée et l'étendue.

Modes: les modifications, ou affections, de la substance. Les modes sont les choses singulières; ils existent toujours dans une autre chose, par le moyen de laquelle ils sont aussi conçus.

Conatus: l'effort par lequel chaque chose tend à persévérer dans son être.

Affect: l'affect (affectus, qu'on traduit parfois par «sentiment») est une idée confuse par laquelle l'âme affirme une force d'exister de son corps, ou d'une de ses parties, plus ou moins grande qu'auparavant. Il est à rapprocher et à distinguer de l'affection (affectio), qui n'est qu'une modification de la substance, ou de tel de ses modes. En pratique, l'affection se dit plutôt du corps; et l'affect, de l'âme. Les trois affects fondamentaux sont le désir, la joie et la tristesse.

La pensée de Spinoza

«Dieu, c'est-à-dire la Nature»
Spinoza passe pour panthéiste, et cette appellation, bien qu'elle soit anachronique (le mot n'apparaît qu'au XVIIIe siècle), résume bien une caractéristique de sa pensée. Spinoza, qui se défend d'être athée, ne reconnaît pourtant aucune divinité transcendante. La Nature est le tout du réel, et c'est ce tout qu'il appelle Dieu. C'est peu dire qu'il existe: il est l'existence même, dans son éternelle nécessité et sa productivité infinie. Tout ce qui est est en Dieu, qui est cause de soi (causa sui), et qui est aussi, et par là même, la cause – immanente et non transitive – de tout ce qu'il contient; il n'est donc pas autre chose que la Nature («Deus sive Natura», écrit Spinoza: «Dieu, c'est-à-dire la Nature»), laquelle est à la fois la cause de tout (c'est ce que Spinoza appelle la «Nature naturante») et la totalité de ses effets (la «Nature naturée»).

Réalité et perfection
Ses contemporains y ont vu pour la plupart un athéisme masqué: si la Nature est Dieu, toute croyance en un Dieu surnaturel ou transcendant est en effet exclue, et tel est bien le sens du spinozisme. La Nature est Dieu, certes, mais ce Dieu impersonnel n'est ni créateur ni juge. Il produit ses effets, non par un libre choix de sa volonté, mais par la libre (puisqu'elle n'est soumise qu'à elle-même) nécessité de sa nature. Aussi ne poursuit-il aucune fin: «Cet Être éternel et infini que nous appelons Dieu ou la Nature agit avec la même nécessité qu'il existe… N'existant pour aucune fin, il n'agit donc aussi pour aucune; et comme son existence, son action n'a ni principe ni fin.» C'est donc un Dieu sans morale et sans bienveillance: il n'y a ni bien ni mal dans la Nature, et c'est en quoi, paradoxalement, elle est parfaite, étant toujours exactement tout ce qu'elle peut être, sans aucune faute et sans aucune négativité. Le tout du réel est nécessairement ce qu'il est, et c'est le seul Dieu. «Par réalité et par perfection, écrit Spinoza, j'entends la même chose.»

Substance, attributs, modes
Dans son Éthique, démontrée «selon l'ordre géométrique», Spinoza appelle substance «ce qui est en soi et est conçu par soi». Toute substance, montre-t-il, est cause de soi et absolument infinie, c'est-à-dire constituée «par une infinité d'attributs dont chacun exprime une certaine essence éternelle et infinie». C'est en quoi elle est Dieu: «Dieu, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, existe nécessairement.» Cette substance est unique, et toutes les choses singulières ne sont que ses modifications, ou affections (ses «modes»), qui ne peuvent exister qu'en elle et par elle. Il en est ainsi d'un caillou, d'un arbre, d'un homme.

La pensée et l'étendue
Le spinozisme est un monisme radical: tout être participe de l'être, et du même être, qui est la Nature. Quant aux attributs, ils ne sont pas des substances (car la substance est unique) ni pourtant autre chose (puisqu'il n'y a rien d'autre que la substance): ils sont «ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant d'une essence». Il en existe nécessairement une infinité (puisque Dieu est absolument infini), quand bien même nous n'en connaissons que deux, qui sont la pensée et l'étendue.

De cette théorie des attributs – peut-être le point le plus difficile du système – on évitera toute interprétation idéaliste ou, a fortiori, dualiste. L'attribut n'est pas le point de vue d'un sujet sur la substance (Spinoza n'est pas Kant: son éthique n'est pas une esthétique transcendantale) mais sa réalité même (son essence: ce qu'elle est), en tant qu'elle s'exprime de telle ou telle manière. Les attributs, s'ils sont logiquement distincts les uns des autres (chacun peut être conçu par soi), n'en sont pas moins structurellement parallèles («l'ordre et la connexion des choses») et réellement confondus (ils sont tous les attributs d'une seule et même substance et contiennent à ce titre «les mêmes choses»).

Spinoza, qui défend Démocrite, Épicure et Lucrèce contre Platon et Aristote, est au plus près des matérialistes: «Substance pensante et substance étendue, c'est une seule et même substance comprise tantôt sous un attribut, tantôt sous l'autre. De même aussi un mode de l'étendue et l'idée de ce mode, c'est une seule et même chose, mais exprimée de deux manières.» La théorie, appliquée à l'homme, fera sentir toute sa charge subversive: «L'âme et le corps sont une seule et même chose», et «Les décrets de l'âme ne sont rien d'autre que les appétits eux-mêmes et varient en conséquence selon la disposition variable du corps.»

«Le désir est l'essence même de l'homme»
L'homme pense, et il connaît: tantôt empiriquement ou confusément (connaissance du premier genre), tantôt rationnellement (connaissance du deuxième genre), tantôt intuitivement (connaissance du troisième genre). Mais cette pensée, si elle est son fait, n'est pas son essence singulière. Une idée fausse n'est rien; et une idée vraie, en tant qu'elle est adéquate, est la même en l'homme et en Dieu: une vérité qui ne serait qu'humaine cesserait par là d'être vraie.

Qu'est-ce donc qu'un homme? Un animal raisonnable, un animal politique, une chose pensante? L'homme n'est pas «un empire dans un empire»: il fait partie de la Nature, dont il suit l'ordre. Comme tout être, il tend à persévérer dans l'être, et cet effort (conatus), en tant qu'il se rapporte à la fois à l'âme et au corps, est appelé appétit. «L'appétit, précise Spinoza, n'est par là rien d'autre que l'essence même de l'homme, de la nature de laquelle suit nécessairement ce qui sert à sa conservation; et l'homme est ainsi déterminé à le faire.»

Cet appétit peut être conscient (auquel cas Spinoza parle plutôt de désir) ou non, mais cela ne change pas sa nature: «Que l'homme, en effet, ait ou n'ait pas conscience de son appétit, cet appétit n'en demeure pas moins le même», et c'est en quoi le philosophe ne reconnaît en réalité «aucune différence entre l'appétit de l'homme et le désir». Spinoza peut donc comprendre sous le mot de désir «tous les efforts de la nature humaine, que nous désignons par les mots d'appétit, de volonté, de désir ou d'impulsion», et c'est en ce sens qu'il écrit que «le désir est l'essence même de l'homme».

Or toute valeur ne vaut que par et pour le désir: «Nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n'appétons ni ne désirons aucune chose parce que nous la jugeons bonne; mais, au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons.» Ce renversement instaure un relativisme radical, lequel renvoie toute morale qui se voudrait absolue à son statut d'illusion. Dieu ou la Nature n'ont pas de morale: il n'est de morale qu'humaine.

«Tout ce qui donne de la joie est bon»
Encore faut-il éviter de se tromper sur le statut de cette morale. Non seulement elle n'est qu'humaine mais, même cantonnée à ce registre, elle reste illusoire tant qu'elle suppose le libre arbitre. «Les hommes se figurent être libres», écrit Spinoza, parce qu'ils sont conscients de leurs actions et volitions, mais ils sont ignorants des causes qui les font agir et vouloir. Aussi sont-ils pleins de haine et de rancœur pour eux-mêmes ou, plus souvent, pour autrui. Tels sont les moralistes, qui «savent flétrir les vices plutôt qu'enseigner les vertus» et qui «ne tendent à rien d'autre qu'à rendre les autres aussi misérables qu'eux-mêmes». Contre cet esprit, Spinoza enseigne que «tout ce qui donne de la joie est bon», et que la joie, en tant qu'elle s'accorde avec la raison, est le commencement de la vertu. C'est là le cœur de son éthique: «Qui sait droitement que tout suit de la nécessité de la nature divine et arrive suivant les lois et règles éternelles de la Nature, ne trouvera certes rien qui soit digne de haine, de raillerie ou de mépris [...]; mais, autant que le permet l'humaine vertu, il s'efforcera de bien faire, comme on dit, et de se tenir en joie.»

Une éthique de l'amour
On insiste souvent, et à juste titre, sur l'aspect intellectuel, sinon intellectualiste, de cette éthique. Le principe en est donné dans une formule fameuse du Traité politique, où Spinoza résume ainsi son attitude à l'égard des actions humaines: «Ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas détester, mais comprendre.» Mais la connaissance ne saurait à elle seule fonder une éthique, laquelle n'est rendue possible que par la normativité immanente du désir, et efficace que par la positivité aimante de la joie. L'éthique de Spinoza n'est donc ni intellectualiste ni volontariste (ni vérité ni volonté ne suffisent): c'est une éthique, indissolublement, de la connaissance et de la joie, et c'est en quoi c'est une éthique de l'amour.

L'amour et la béatitude
Qu'est-ce que la joie? C'est le «passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection», répond Spinoza: l'âme se réjouit quand elle sent augmenter sa puissance d'exister et d'agir. Cette joie, comme toute modification réelle, a une cause, et telle est la vérité de l'amour: «L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure» ou intérieure (ce que Spinoza appelle «amour ou contentement de soi»). Une joie qui ne serait pas aimante serait une joie, non certes sans cause (cela ne se peut), mais ignorante de ce qui la fait être et donc, au moins partiellement, de soi: l'amour est la vérité de la joie et inclut à ce titre l'amour de la vérité, qui est la philosophie même.

Dans le Traité de la réforme de l'entendement, laissé inachevé, Spinoza notait déjà que «toute notre félicité et notre misère ne résident qu'en un seul point: à quelle sorte d'objet sommes-nous attachés par l'amour?». Et il ajoutait que seul «l'amour allant à une chose éternelle et infinie repaît l'âme d'une joie pure, d'une joie exempte de toute tristesse». Telle est la sagesse: il s'agit de tout aimer, non dans le détail fugitif des événements, mais dans l'éternelle nécessité de ce tout qui est Dieu. C'est ce que Spinoza appelle «amour intellectuel de Dieu», qui n'est pas autre chose que la joie de connaître (par le troisième genre de connaissance) et, puisque toute vérité est éternelle, l'éternité de cette joie. Telle est la béatitude, laquelle «n'est pas le prix de la vertu mais la vertu elle-même» et l'unique salut.

«La fin de l'État est en réalité la liberté»
Une telle aventure ne saurait se vivre seul: la sagesse, comme libération individuelle, n'est possible que dans la collectivité des hommes et suppose que celle-ci satisfasse à certaines conditions. L'homme fait partie de la Nature, mais n'est humain que par la culture. Aussi peut-il être considéré comme un animal sociable ou politique: tout homme a besoin des autres hommes pour être humain, et de leur liberté pour être libre.

C'est pourquoi Spinoza se déclare partisan de la démocratie, laquelle correspond à la fois, et mieux qu'aucun autre régime, à la réalité de la politique (la confrontation conflictuelle des désirs) et à sa fonction (l'instauration de la paix dans la liberté). «Ce n'est pas pour tenir l'homme par la crainte et faire qu'il appartienne à un autre que l'État est institué; au contraire c'est pour libérer l'individu de la crainte, pour qu'il vive autant que possible en sécurité, c'est-à-dire conserve, aussi bien qu'il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d'exister et d'agir... La fin de l'État est donc en réalité la liberté.»onelittleangel

WILLEM EINTHOVEN



Prix Nobel 1924















21 mai 1860 à Semarang, Indes orientales néerlandaises - 29 septembre 1927 à Leyde, Pays-Bas
Physiologiste néerlandais, prix Nobel de physiologie ou médecine de 1924 Pour la découverte du mécanisme de l'électrocardiogramme


Le Galvanomètre à cordes est l’un des premiers instruments à avoir été capable de détecter et d’enregistrer les faibles courants électriques produits par le coeur humain. C’est l’équivalent du premier électrocardiographe.
Willem Einthoven inventa le galvanomètre à cordes au début du 20e siècle. Le premier électrocardiogramme humain fut réalisé en 1887, mais ce n’est pas avant 1901 qu’on pu obtenir des résultats avec un galvanomètre à cordes

Willem Einthoven naît en 1860 à Samarang, sur l'île de Java, alors colonie hollandaise. Lorsque son père médecin décède, Willem n'a que dix ans. Sa mère, seule en charge désormais de six enfants, décide de retourner en Hollande, à Utrecht, où le garçon suit une scolarité sans histoire avant d'intégrer, en 1878, l'université de la ville. Sur les traces de son père, Einthoven s'inscrit en médecine. Il montre très vite des aptitudes exceptionnelles dans des domaines divers; on le retrouve ainsi successivement dans les laboratoires de l'ophtalmologiste Snellen, de l'anatomiste Koster et du physiologiste Donders, qui supervise sa thèse de doctorat. En 1885, Einthoven devient professeur de physiologie de l'université de Leyde ; il le restera jusqu'à sa mort en 1927.

Le nom de Einthoven reste intimement lié à l'histoire de l'électrocardiographie. Née en 1887 avec les travaux de Waller, celle-ci fait réellement son entrée dans le monde médical grâce au savant hollandais. En effet, en 190, il met au point son galvanomètre à cordes, un appareil - encore utilisé de nos jours - capable de mesurer les changements de potentiel électrique dus aux contractions du muscle cardiaque et de les enregistrer graphiquement. Un an plus tard, il publie le premier électrocardiogramme obtenu avec son nouveau galvanomètre. Par la suite, Einthoven multipliera les enregistrements de cœurs sains et malades afin d'affiner la précision de son invention et de faire progresser la connaissance de cet organe vital. Ses recherches sur l'électrocardiogramme - dont il introduit le terme pour la première fois en 1893 - lui vaudront le prix Nobel de Médecine en 1924
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TOBIAS ASSER

TOBIAS ASSER
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Tobias ASSER (1838-1913), Pays-Bas

Il acquiert une formation de juriste, puis devient professeur de droit international à l'Atheneum d'Amsterdam. Il représente les Pays-Bas aux Conférences de La Haye, est membre de la Cour permanente de La Haye et Ministre d'Etat. Il joue un rôle important dans la neutralisation du canal de Suez, où il obtient pour son pays ainsi que pour l'Espagne, des sièges parmi les membres de la Commission, qui n'était composée jusqu'alors que des grandes puissances. Asser est considéré comme le continuateur de l'oeuvre de Hugo Grotius, précurseur du droit international



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