Plan general : famous jews

ALFRED FRIED

PRIX NOBEL 1911
BIO
HISTOIRE


Journaliste, fondateur de 'Die Friedenswarte' (une publication pour la paix)
Il reçoit avec Tobias Asser le Prix Nobel de la Paix en 1911.

Alfred Hermann Fried (né en 1864 - mort en 1921 à Vienne)



Autodidacte, Alfred Fried quitte l'école à 15 ans et devient libraire à Vienne et à Berlin. Après avoir lu l'ouvrage Die Waffen nieder de la Baronne von Suttner, il décide de se consacrer à la propagande en faveur la paix. Il crée la revue Die Waffen nieder (A bas les armes) en 1892 et participe également à la création de la Deutsche Friedensgesellschaft (Société de la paix allemande). Il ne cesse de publier des milliers d'articles sur la paix et de rédiger Die Friedens-Warte (La gardienne de la paix), (1899-1921). Exilé en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, il poursuit ses activités pacifistes et parvient à maintenir la publication de Die Friedens-Warte. Après la guerre, épuisé par la maladie, il termine ses jours de façon misérable et meurt dans un hôpital de Vienne nobel paix






Messianisme et américanisation du monde. Les Etats-unis et les organisations pacifistes de France et d’Allemagne à la veille de la Première Guerre mondiale (1911-1914)

Philippe Alexandre

Les organisations pacifistes bourgeoises, qui constituent à la veille de la Première Guerre mondiale une tendance réformiste active mais minoritaire, croient à la possibilité de mener une action efficace en faveur de l’instauration d’une paix durable. Elles rassemblent des éléments très divers agissant au nom d’éthiques dont les principes s’ancrent le plus souvent dans des sentiments humanitaires, dans une foi rationaliste ou dans un christianisme se comprenant comme religion de la paix. Ces pacifistes ne méconnaissent pas les dangers qui menacent le monde. Certaines formes d’internationalisme caractéristiques du monde moderne, comme les expositions universelles, les conférences de La Haye, l’Union inter­parlementaire ou les congrès internationaux, leur apparaissent toutefois comme porteuses d’espoir. Instaurer un ordre mondial reposant sur les principes de conci­liation et d’arbitrage est pour eux un but prioritaire. Il s’agit d’abord de créer sur cette base une paix durable, puis d’organiser le monde en une sorte de société des nations, dont la forme est depuis longtemps discutée. Dès les années 1850, on a parlé des « Etats-Unis d’Europe »[1] ; l’idée déjà ancienne d’Union panaméricaine, qui se concrétise en 1910, est également considérée par certains comme un modèle possible. Pour atteindre ce but, il paraît nécessaire non seulement d’éclairer les masses, d’éduquer l’opinion qui, dans chaque pays, sera un jour en mesure d’exercer une influence sur les gouvernements, mais aussi de développer les échanges internationaux en vue de favoriser la compréhension mutuelle entre les peuples.

Telles sont les grandes lignes de la réflexion et de l’action que les organisa­tions pacifistes modernes mènent durant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale. En France, trois associations jouent un rôle de premier plan dans ce mouvement international : la Société Française pour l’Arbitrage entre Nations (Paris), fondée en 1867, présidée par Frédéric Passy, membre de l’Institut, en qui les pacifistes français reconnaissent leur « maître » ; l’Association La Paix par le Droit, créée en 1887, présidée par Théodore Ruyssen, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, puis par Charles Richet, profes­seur à la Faculté de Médecine de Paris, rassemble des universitaires, des juristes et des hommes politiques. Elle édite le mensuel La Paix par le Droit, conçu comme une « revue d’études indépendantes et de libre discussion ». La Conciliation inter­nationale, présidée par le baron d’Estournelles de Constant, sénateur de la Sarthe, se propose d’œuvrer en vue « de développer la prospérité nationale à la faveur de bonnes relations internationales et d’organiser ces bonnes relations sur une base permanente et durable ».

Ce programme est aussi dans une large mesure celui de la Société de la paix allemande (Deutsche Friedensgesellschaft) fondée en 1892 à Berlin sous l’impulsion des Autrichiens Alfred Hermann Fried et Bertha von Suttner. Cette société, dont le siège a été installé à Stuttgart en 1900, est présidée par l’industriel de Pforzheim, Adolf Richter. Le pasteur de Stuttgart, Otto Umfrid, y joue un rôle important notamment en tant que rédacteur de sa revue qui, depuis 1909, a pour titre Völker-Friede. En 1899, dans le contexte de la première conférence de La Haye, Alfred Hermann Fried a créé la revue Die Friedens-Warte, forum de dis­cussion ouvert à tous ceux qui réfléchissent aux questions relatives à la paix. En 1911 se constitue une branche allemande de la Conciliation internationale, l’Association pour la conciliation internationale (Verband für internationale Verständigung), qui vient renforcer l’action de celles qui existent déjà à Paris, à New-York, à Bruxelles, à Londres, à Tokyo, à Odessa et à Vienne. C’est en s’appuyant sur ces réseaux de coopération que les pacifistes espèrent pouvoir accroître leur influence sur l’opinion et donc sur les gouvernements. Fait révéla­teur de la situation des pacifistes en Allemagne, l’Association pour la conciliation internationale du Reich tient à se démarquer de la Société de la paix allemande qui reste considérée comme une « secte » de gens dont les idées sont jugées par beau­coup comme non conciliables avec les intérêts de la patrie.

Le Nouveau Monde et la « Vieille Europe »
L’un des défis auxquels les pacifistes européens de cette époque se voient confrontés est l’émergence des Etats-Unis comme nouvelle puissance mondiale à un moment où l’Europe est affectée par une crise liée à des contentieux comme la question d’Alsace-Lorraine ou à des questions nationales comme dans les Balkans, à l’impérialisme des puissances européennes, à la paix armée et à son corollaire, la course aux armements, qui ne font qu’accroître la méfiance réciproque entre les nations, attisée par les bellicistes et les agents d’un chauvinisme exa­cerbé. Les Etats-Unis sont perçus en Europe non seulement comme un facteur de la vie internationale dont l’influence grandit, mais aussi comme un concurrent, voire comme un danger, face auquel il importe d’être vigilant. En 1904, Alfred Hermann Fried écrivait à ce sujet : « L’évolution des Etats-Unis d’Amérique du Nord est depuis longtemps au centre de l’intérêt des pacifistes européens. Dans leurs rangs, on a très clairement compris que l’évolution économique de la jeune république transatlantique exercera nécessairement une influence qui provoquera une révolution pour les vieux Etats civilisés de l’Europe qui persévèrent dans leur antagonisme. C’est à tort que nous appelons ce qui nous menace de l’autre côté de l’Atlantique le ‘danger américain’ ; nous devrions plutôt dire de l’influence ac­quise par les Etats-Unis sur l’économie européenne qu’elle est un espoir, car les mesures que cette influence nous amènera à prendre, hâterons la réalisation de l’idéal que défendent les amis de la paix, elles contribueront à faire naître une union économique et de ce fait aussi une union politique des Etats européens. »

Mais les questions économiques ne sont pas l’unique objet des préoccupations des Européens. Ils voient en effet qu’aux Etats-Unis des forces contraires s’affrontent. Les présidents Taft et Wilson, poursuivant les efforts de Roosevelt, tentent de faire accepter l’idée d’une politique d’arbitrage et de conciliation dans les conflits qui les opposent à d’autres pays, dans le domaine économique notam­ment. Ils se montrent désireux de créer les conditions de la paix. Wilson et son secrétaire d’Etat W. J. Bryan soutenus – comme nous le verrons – par le mouve­ment pacifiste américain moderne, doivent faire face à la montée d’un nationa­lisme à travers lequel se manifeste la tentation de l’impérialisme et du militarisme. Ils se heurtent à des résistances au Sénat, à la critique dans certaines parties de l’opinion américaine. En 1904, Anna B. Eckstein, correspondante américaine de revues pacifistes françaises et allemandes, attirait l’attention des lecteurs de la Friedens-Warte sur ce fait. La conférence de Lake-Mohonk, expliquait-elle, montre « à quel point est vivant ici aux Etats-Unis d’Amérique du Nord ce patrio­tisme véritable, qui est le fondement du mouvement pacifiste international et qui n’est rien d’autre qu’un humanisme véritable ; elle montre qu’il résiste, en dépit de tout un tapage impérialiste très préoccupant lié au militarisme, qu’il a rendu sa position de plus en plus imprenable et qu’il progresse dans la bataille menée contre le jingoïsme qui, prenant le visage d’un saint et d’un patriote, multiplie les mises en garde contre un ennemi aux aguets de l’autre côté de l’océan, un ennemi qu’il s’agit de tenir en respect grâce à une flotte militaire de premier ordre, afin que l’on puisse se remplir soi-même les poches de dollars payés cash, grâce à l’acquisition continuelle de nouveaux navires et d’un important matériel de guerre tant pour la défense que pour l’attaque ».

En manifestant leur soutien à Taft puis à Wilson, les pacifistes français et alle­mands défendent une certaine conception du rôle que, selon eux, les Etats-Unis pourraient jouer dans le monde. Leur statut de puissance nouvelle n’est toutefois pas sans poser de problèmes. Va-t-il faire d’eux une puissance impéria­liste ou les amener à jouer un rôle particulier, d’un type nouveau, par rapport aux Etats de la vieille Europe ? En Allemagne, cette question suscite des polémiques entre les pacifistes et les tenants de la Realpolitik. En 1911, par exemple, A. H. Fried affirme que « certains historiens allemands » – c’est à Hans Delbrück, le directeur des Preußische Jahrbücher, qu’il s’adresse indirectement – utilisaient une vieille recette consistant à mettre l’accent sur l’impérialisme américain « pour excuser la politique mondiale de puissance menée par l’Allemagne et ses consé­quences désastreuses ». L’historien Hermann Oncken répond que leur histoire a développé chez les Américains une « prédisposition :particulière à l’expansion » et qu’elle a fait naître chez eux le mythe d’un Etat de type tout à fait nouveau, d’un royaume de la paix sur la terre. La même année, dans la même revue, Emil Daniels dénonce, à propos des tensions entre le Mexique et les Etats-Unis, l’ « hypocrisie » de la politique américaine. Et il écrit non sans ironie : « Rien n’a plus étonné le monde civilisé que le mouvement opéré en direction de la frontière de leur faible voisin mexicain par les troupes de ces Yankees, ces partisans exubé­rants du pacifisme et de l’arbitrage. […] Les dirigeants politiques américains aiment la paix en théorie jusqu’au sentimentalisme, mais dans la pratique, ils manient l’épée avec la même absence de scrupules que les empereurs et les rois ambitieux d’autrefois ».

Devenus une puissance mondiale, les Etats-Unis se trouvent confrontés à un dilemme : Doivent-ils rester fidèles à la doctrine Monroe ou, au contraire, sortir de leur isolement pour s’engager et assumer les responsabilités liées à ce nouveau statut ? Pour les pacifistes français et allemands, la réponse semble évidente. En 1913, à propos du centenaire de la Paix entre les Etats-Unis et l’Angleterre, La Paix par le Droit écrit : « Et tandis que la race anglo-saxonne, sur tous les points du globe, déclarera fièrement la paix au monde, les vieux gouvernements militai­res de l’Europe, – la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Russie –, s’épiant, s’injuriant et se menaçant, se ruineront en armements absurdes, impose­ront à leurs fils plusieurs années d’inertie et de servitude, et finiront, après des années de misère et de détresse, par sombrer dans une révolte générale des masses exaspérées. Mais tout espoir n’est pas encore perdu. La solidarité des nations est un fait qui commence seulement à déployer sous nos yeux ses conséquences : Qui sait s’il ne viendra pas un jour où l’Amérique, l’Australie et l’Asie elle-même, au nom des intérêts du globe dont elles prendront la charge, imposeront à l’Europe en démence la paix indispensable à la marche en avant de l’humanité ? ». A une époque où le président Taft propose aux Etats européens de signer des traités offrant une formule nouvelle de conciliation et d’arbitrage, des traités sans réserve ni restriction (commission d’enquête, temporisation, recours à une cour arbitrale), le juriste Jacques Dumas, dans La Paix par le Droit, conjure la vieille Europe de répondre à l’appel des Etats-Unis.

Les relations entre les pacifistes français, allemands et américains
Les pacifistes français et allemands répondent à cet appel en cherchant, iso­lément ou dans un cadre trilatéral, voire plus large, à développer leurs relations avec les Etats-Unis, tant avec leurs dirigeants politiques qu’avec le mouvement pacifiste moderne américain. On voit bien toutefois que, de part et d’autre du Rhin, l’idéalisme se conjugue à cette préoccupation constante : la paix doit servir les intérêts nationaux.

En France, est créé en 1912 le Comité France-Amérique, au sein duquel un certain nombre de pacifistes français, entre autres, le baron d’Estournelles de Constant, vont se montrer très actifs.Ce Comité est d’abord présidé par l’académicien Gabriel Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères, qui s’appuiera sur l’ambassadeur David Jayne Hill et sur son successeur Myron T. Herrick. Pour les Français, des enjeux économiques importants sont liés aux relations franco-américaines. Si le Comité France-Amérique apporte son soutien au président démocrate Wilson, nouvellement élu, c’est aussi parce qu’il est parti­san d’un abaissement des tarifs douaniers. James H. Hyde, déclare que pour arri­ver à un accord dans ce domaine, il faut éclairer l’opinion publique, éviter les heurts, faire en sorte qu’un « point de vue moyen », qu’une « opinion moyenne et de juste mesure se crée entre les deux nations ». Le Comité France-Amérique met en avant le fait que, depuis l’époque de la colonisation française et depuis La Fayette, règne une atmosphère de paix entre les deux pays, mais cette situation est en vérité liée au fait que, jusque-là, jamais des conflits touchant à leurs intérêts vitaux ne les ont encore opposés. Certes, les Américains « n’oublient pas ce que leur présent doit au passé des Français », mais dans leur action au sein du Comi­té France-Amérique, ils montrent bien qu’ils ont des vues plus générales : il s’agit pour eux, selon le mot de l’ambassadeur David. J. Hill, d’organiser le monde en une « grande famille » ayant des intérêts communs. Leurs relations avec la France ne sont qu’un élément de leur politique mondiale.

Pour les pacifistes allemands, la tâche semble plus difficile, car la puissance croissante de l’Allemagne, le développement de sa flotte notamment, est perçue aux Etats-Unis comme une concurrence et le gouvernement du Reich se montre réticent dans la question de l’arbitrage. Ils peuvent toutefois s’appuyer sur la Ligue nationale des Allemands d’Amérique, le Deutschamerikanischer National­bund, qui compte 2,5 millions de membres. Le Congrès de cette ligue, son Bun­destag, a mis en place une commission d’action pacifiste, dans laquelle siège le très actif vice-président de la Société de la paix de New York, H. Feldmann. En 1911, cette Commission soumet au Congrès de la ligue une motion lui demandant de la soutenir dans l’action qu’elle mène en faveur de l’arbitrage, de traités entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Cette motion est adoptée par les délégations de 44 Etats. Dans son discours de clôture du Congrès, Charles Hexamer, président-fondateur de la Ligue, déclare avec un idéalisme auquel la fierté nationale allemande ne le cède en rien : « Aujourd’hui, nous com­battons les trusts, et, déjà, ils commencent à se plier à la volonté du peuple. Vien­dra aussi le temps où, grâce à une éducation éthique des nations, les aspirations bellicistes faibliront et où les querelles se régleront de façon pacifique. Ce serait à l’Allemagne, le pays des philosophes et des penseurs, de faire le premier pas, dans cette question également ».

C’est en 1911, à partir du congrès organisé à Baltimore par la Société de la paix américaine (American Peace Society), que le mouvement pacifiste moderne prend aux Etats-Unis une ampleur particulière. Une synergie va se développer entre les sociétés de la paix – qui constituent une fédération –, les universités, les organisations féministes, les Eglises, qui se mobilisent en faveur de la conciliation et de l’arbitrage et apportent leur soutien aux présidents Taft et Wilson. Le 1er mai 1911, la Société de la paix installe son siège à Washington, c’est-à-dire dans l’environnement immédiat de la sphère gouvernementale, afin d’y renforcer son lobbying. Mais ce mouvement reste surtout limité à l’Est des Etats-Unis, qui entretient des relations particulières avec l’Europe, et, loin de toucher les masses, toutes les classes de la société américaine, il est surtout le fait d’une élite intel­lectuelle.

La fédération formée par les sociétés de la paix américaines a pour but de ren­forcer leur action et d’apporter un soutien plus efficace à la campagne menée par le président Taft qui tente de faire passer au Sénat les traités d’arbitrage signés avec la Grande-Bretagne et la France. Les pacifistes français et allemands accor­dent la plus grande attention à cette entreprise. Tandis que Otto Umfrid se félicite de voir le président américain défendre ainsi ses idées, la revue La Paix par le Droit salue l’enthousiasme et le réalisme avec lequel l’élite américaine sert la cause de la paix, tout en espérant voir ce mouvement gagner l’ensemble du pays. La résistance du Sénat américain provoquera une certaine désillusion. Et pourtant, toutes les forces du mouvement pacifiste se sont mobilisées : les sociétés pacifis­tes, la Société pour le règlement arbitral des conflits internationaux, des person­nalités comme l’éditeur de Boston Edwin Ginn ou l’industriel Andrew Carnegie, président de la Société de la paix de New York, les universités, dont les prési­dents, comme Nicholas Murray Butler (président de Columbia University) ou David Starr Jordan (président de Leland University), l’élite intellectuelle, les Eglises les femmes, les conférences de Lake Mohonk.

C’est dans ce contexte que les pacifistes européens effectuent aux Etats-Unis des voyages auxquels est faite la plus grande publicité. Le but est d’apporter un soutien à l’action des Américains, de délivrer un message à l’opinion américaine et de témoigner en Europe sur l’action du mouvement en Amérique. L’un des voyages marquants de cette période est celui du Comte Apponyi qui a été invité par le Civic Forum et la Société de la paix de New York, mais qui est aussi l’hôte du gouvernement fédéral et de la Chambre des députés. Il déclare devant les élus du peuple que les Américains ont emporté en quittant l’Europe ce que celle-ci avait de meilleur pour le développer en l’adaptant aux conditions du Nouveau Monde, mais que leur « situation heureuse » leur impose une « grande responsa­bilité ». Ainsi les invite-t-il à aider l’Ancien Monde à surmonter ses divisions.

La même année, d’Estournelles de Constant se rend, lui aussi, aux Etats-Unis. En 1902 déjà, il a, à titre personnel, fait une démarche auprès du président Roosevelt afin qu’il use de son influence pour faire avancer la question de la cour d’arbitrage de La Haye ; en 1902, son deuxième voyage en Amérique avait pour but de fonder, avec ses amis Andrew Carnegie et Nicholas Murray Butler, la branche américaine de la Conciliation internationale dont l’activité allait connaître un succès inespéré. D’Estournelles de Constant consignera les résultats de ses trois voyages dans un livre volumineux intitulé Les Etats-Unis d’Amérique (1913), avec l’espoir qu’il pourra « contribuer à diminuer la profondeur de l’ignorance qui sépare, autant que l’océan, l’Europe du Nouveau Monde ».L’idée de l’interdépendance des deux continents lui fait depuis longtemps mettre en avant la nécessité dans laquelle ils se trouvent de coopérer.En 1912, Bertha von Suttner répond à une invitation de la branche américaine de la Conciliation internationale, de la Société américaine de la paix, de la Dota­tion Carnegie, de la World Peace Foundation et de la Société des Féministes. Si, à un âge déjà avancé, elle entreprend un long périple outre-Atlantique, c’est parce qu’elle aussi constate qu’une méconnaissance et une incompréhension réciproques séparent l’Ancien et le Nouveau Monde.

Ces voyages n’ont pas été les seules initiatives prises par les pacifistes en vue de multiplier les contacts entre l’Europe et les Etats-Unis. Les sociétés de la paix invitent des orateurs, les universités des professeurs ; les rencontres organisées par l’association internationale d’étudiants Corda Fratres sont soutenues par des orga­nisations pacifistes, de même que celles des chambres de Commerce, car on est bien conscient du rôle que peut jouer le développement des relations commercia­les dans le rapprochement entre les deux continents. « Nous sommes dans l’ère des ententes et de la diplomatie commerciale, lit-on en août 1911 dans The Advo­cate of Peace, le commerce moderne repose sur de larges et équitables principes de réciprocité. Plus il est actif, plus une guerre est néfaste et plus on a intérêt à l’éviter ». Ainsi, la chambre de Commerce de Boston, soucieuse d’aller de l’avant, se prépare-t-elle à envoyer une centaine de commerçants américains en Europe dans le cadre d’un voyage d’études. « Les Etats-Unis sont, de tous les pays, celui qui a le plus intérêt à entretenir de bonnes relations commerciales, écrit encore l’organe de la Société de la paix américaine ; la prospérité du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne est une garantie de leur propre prospérité […]. L’Amérique a conscience que son commerce a un rôle à jouer dans la paix du monde ».

Aucun commentaire:

Messages les plus consultés