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SABBATAI ZVI


MESSIE
BIOGRAPHIE
HISTOIRE
ETUDE







Il s’agit d’un épisode dramatique de l’histoire juive au siècle de Descartes et de Spinoza, autour du personnage de Sabbataï Tsevi, né en 1626 à Smyrne, mort en 1676 à Ulcinj (en italien Dulcigno), à l’extrême sud de la Yougoslavie côtière, près de la frontière albanaise. En mai 1665, ce fils de commerçants, né un jour de shabbat, qui se trouvait, de plus, être l’anniversaire de la chute des deux Temples de Jérusalem, jour de deuil par excellence de l’année religieuse, se proclama et fut proclamé Messie. Son prophète, Nathan de Gaza, fut le Saint-Paul de ce nouveau Christ – la comparaison est constamment présente dans le récit de Scholem – qui annonça le rétablissement du Royaume. La fête de deuil du 9 Av., celle de l’anniversaire de Sabbataï, fut proclamée jour de joie. Sion avait expiré ses fautes. Les temps étaient venus.
Le retentissement fut immense, en Europe et dans le monde entier. Un de ses correspondants écrivit à Spinoza pour lui demander ce qu’il en pensait : « Une rumeur court partout sur le retour des juifs dispersés depuis plus de mille ans dans leur terre d’origine. Seuls quelques-uns y croient ici, mais beaucoup l’espèrent... Pour moi je ne pourrai croire cette information avant qu’elle ne soit confirmée par des personnes sûres de Constantinople qui est l’endroit le plus concerné. Si ces nouvelles se révèlent véridiques, il est certain que va se produire un bouleversement affectant toutes choses dans le monde. » On ne possède pas la réponse de Spinoza, mais il écrivit en 1670 dans le Traité théologicopolitique : « Si l’occasion se présentait, puisque les affaires humaines sont éminemment changeantes, les juifs pourraient retrouver leur Royaume et Dieu en faire de nouveau ses élus. » Il faut savoir, pour comprendre cela, que l’on annonçait périodiquement dans les journaux européens les plus sérieux, à Londres par exemple, la réapparition des dix tribus perdues d’Israël, prélude à la reconstitution du Royaume.
Pendant ce temps, les juifs du Yémen recevaient d’Égypte des lettres annonçant par exemple ceci : « Le ciel sera assombri par des nuages et la terre obscurcie par un épais brouillard qui entourera le mont Sion et le Messie, aux côtés duquel se tiendront Elie et Michaël. Le mont Sion sera couvert de nuages pendant trois mois ; quand, au terme de ces trois mois, ils se disperseront lentement, les maisons se seront écroulées et le Mur Occidental (c’est-à-dire ce que nous appelons le Mur des Lamentations) aura été élevé très haut... Un feu ardent entourera Sion et Hébron, empêchant les Gentils ou les incirconcis d’entrer. » La pensée cabaliste sur laquelle s’appuyaient ces spéculations était celle d’lsaac Louria au XVIe siècle, à Safed en Palestine. Le mysticisme et le messianisme tentaient de transformer en aube de la résurrection les grandes catastrophes vécues par les juifs : expulsion d’Espagne en 1492, massacres en Pologne et en Ukraine en 1648. La cabale avait pensé cosmiquement l’exil et la rédemption. Le messianisme brûle les étapes et proclame que les temps sont mûrs. Les juifs préparent partout la liquidation de leurs affaires pour entamer le grand départ. On annonçait que le Sultan allait lui-même remettre la couronne à Sabbataï Tsevi. Il n’en fut rien. Sabbataï n’était pas le Christ.
En septembre 1666, le messie fut convoqué devant le sultan et sommé de choisir entre le turban c’est-à-dire la conversion à l’Islam, et la perte de sa tête. Il choisit le turban. Dans le monde juif, l’autorité rabbinique, qui avait été ébranlée – nombre de rabbins s’étaient ralliés au Messie, et même celui qui fut l’adversaire numéro un de Sabbataï, Jacob Sasportas de Hambourg, avait eu, c’est une des révélations du livre de Scholem ses moments d’hésitation – fut rétablie mais les choses ne devinrent jamais plus comme avant ; c’est par le biais de cette aventure que le judaïsme entra dans la modernité.
Sabbataï converti demeura le messie aux yeux d’un petit groupe de croyants, les dünmeh, qui subsista jusqu’à nos jours, à Salonique et à Istanbul. Nathan de Gaza élabora toute une théologie, pour démontrer que la rédemption ne s’accomplirait que lorsque l’humiliation du messie aurait atteint son terme. Il mourut en 1680 à Skopje et sur sa tombe on grava cette inscription qui résume tout : « Ta faute est expiée, ô fille de Sion. » Au siècle suivant, un juif polonais, Jacob Frank, devait recommencer l’aventure...verdier

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