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RACHEL


FELIX










" Rachel joue la tragédie comme si elle l’inventait " - Stendhal


Elisa Rachel Félix naît le 21 février 1821 dans l’auberge du petit village de Mumf, en Suisse. Fille cadette de Jacques et Esther Félix – sa sœur Sarah est née en 1818- elle sera suivie de quatre autres enfants : Raphaël en 1826, Adélaïde en 1828, Rébecca en 1829 et la benjamine en 1836. Les Félix sont de pauvres colporteurs, acteurs et chanteurs juifs originaires d’Alsace-Moselle. Jusqu’en 1827, ils poursuivent leurs déplacements de ville en ville, de marché en marché, à travers l’Allemagne, la Suisse, puis la France. Leur subsistance dépend des maigres recettes du colporteur.

En 1827, après une courte halte à Saint Etienne, les Félix s’établissent à Lyon, dans le quartier des Célestins, où ils tiennent une petite boutique de mercerie et de brocante. Le père donne aussi des leçons d’allemand. Il n’hésite pas non plus pour nourrir la famille grandissante à mettre à contribution ses deux filles aînées dont il exploite le talent. Il enseigne ainsi le chant à l’aînée, la diction à la cadette. A neuf ans, fillette maigrichonne aux beaux cheveux noirs et à la voix âpre et voilée, Rachel se produit dans les rues avec sa blonde sœur Sarah, récitant des fables et chantant des airs parfois grivois. Durant trois ans, elles vont ainsi dans les cafés chantants de la place des Célestins, Le Café d’Apollon, Le Café de Paris, Le Messager des Dieux, mais aussi dans les établissements plus modestes, tels que Le Loup et l’Agneau où la patronne n’hésite pas à leur donner les quelques pièces qui leur manquent pour rapporter la somme minimum exigée quotidiennement par leur père.

C’est au hasard de l’une de ses « représentations » que la jeune Rachel est remarquée un jour de 1831 par Choron, chanteur et musicien qui dirige alors à Paris une école de chant. Impressionné par sa voix, Choron souhaite qu’elle l’accompagne dans la capitale. La famille suit et s’installe dans le quartier juif proche de la place de Grève, rue des Mauvais Garçons, puis place du Marché Neuf. Rapidement, Choron remarque chez Rachel de véritables dons pour le théâtre. Il l’adresse alors à Saint-Aulaire, acteur au Théâtre Français qui dirige un petit conservatoire, l’école dramatique du passage Molière, où il donne des cours de déclamation. Rachel commence à y apprendre le métier, ainsi qu’à lire et à écrire. Là, elle est distinguée par un riche amateur de théâtre, M. Ancelin, qui l’aide à répéter ses rôles et à révéler ses dons. Mais sa famille a toujours autant de peine à joindre les deux bouts, et le 7 janvier 1837 son père signe pour elle un engagement au Théâtre du Gymnase, avec 4 000 francs d’appointements par an. Rachel y joue essentiellement du mauvais vaudeville.



Cependant, grâce à Saint-Aulaire, la jeune fille qui a alors 16 ans, est présentée au grand acteur Samson, sociétaire du Théâtre Français. Celui-ci la prend sous son aile ; c’est lui qui « va donner du talent au génie instinctif de Rachel » en la contraignant à une stricte discipline. Le 6 février 1838, Samson obtient du directeur du Théâtre Français, M. Vedel, l’engagement de son élève. En mars 1838, Rachel débute au Français dans le rôle de Camille d’Horace, avant de jouer Emilie dans Cinna et de triompher pour la première fois à l’automne en jouant Hermione dans Andromaque, puis Eriphile dans Iphigénie et Aménaïde dans Tancrède. La petite jeune fille maigre et inculte a tout juste dix-sept ans. Samson jubile : " Je vois tous ces regards dirigés sur elle, toutes ces oreilles tendues pour mieux jouir de cette diction qui semblait si nouvelle et dont l’originalité consistait à être à la fois naturelle et grandiose ". Les critiques sont unanimes : Une nouvelle grande comédienne est née. Musset, lui-même séduit, écrit à son propos dans un article en date du 1er janvier 1839 : "« Sa voix est pénétrante et, dans les moments de passion, extrêmement énergique. Où a-t-elle appris le secret d’une émotion si forte et si juste ? Il faut reconnaître là une faculté divinatrice, inexplicable et qui ressemble à ce qu’on appelle une révélation. Tel est le caractère du génie ". La jeune comédienne renouvelle la tragédie classique et lui rend toute sa vigueur.

Devant son succès, le directeur du Français décide de s’attacher la jeune fille comme sociétaire. Cela se fait non sans difficulté. Fille de nulle part, Rachel ne peut alors produire d’acte de naissance prouvant son identité, les actes civils concernant les Juifs n’étant pas alors inscrits sur les registres d’Etat civil helvétiques. Cependant, grâce à l’intervention du consul de la Confédération, la sage-femme et la veuve de l’aubergiste de Mumf témoignent de l’accouchement de Mme Félix. Rédigé en allemand, un certificat de notoriété est transmis aux autorités françaises. A 20 ans, Rachel devient officiellement sociétaire du Théâtre Français. La tragédienne se produit aussi en province. Au cours de sa carrière, Rachel joue tous les grands rôles. Et ne fait qu’une concession aux romantiques, en jouant Marie Stuart dans la pièce adaptée de Schiller. Pour ce rôle, Juliette Récamier qu’elle a rencontrée à l’époque du Théâtre du Gymnase et qui est devenue son amie, lui fait réaliser par le décorateur Jolivet une robe de velours noire brodée de perles et de diamants.

En décembre 1842, c’est la consécration pour la jeune artiste : Elle triomphe dans le rôle de Phèdre, ce que raconte Théophile Gautier : " Il nous a semblé voir non Mlle Rachel, mais Phèdre elle-même… Pendant deux heures, elle nous a représenté Phèdre sans que l’illusion cessât une minute. En rentrant dans la coulisse, elle semblait emporter toute la tragédie avec elle ". Louis-Philippe en personne, pourtant peu amateur de théâtre, vient l’applaudir en compagnie de sa fille Louise et de son gendre le roi des Belges. Très vite, la carrière de Rachel prend une tournure internationale. En 1841, elle remporte un grand succès à Londres au Théâtre de la Reine. La reine Victoria, qui note dans son journal : " Rachel nous a ravis, son jeu a été parfait ", la reçoit comme une invitée de marque. De 1843 à 1854, la tragédienne fait le tour d’Europe, joue en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Hollande et en Russie. Le succès est partout au rendez-vous. Elle rencontre successivement le roi de Prusse à Berlin, l’empereur d’Autriche à Vienne et le tsar à Saint-Pétersbourg. En 1850, le roi de Prusse fait dresser une statue en son honneur dans le parc du château de l’île des Paons, près de Potsdam. A Moscou, ses admirateurs peuvent acheter des bustes à son effigie. Dans la capitale française, la tragédienne est devenue dès ses premiers succès la favorite du Faubourg Saint-Germain, elle est accueillie dans les salons et fréquente en habituée celui de Madame Récamier. Là, elle côtoie, et charme, Stendhal, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Dumas Père et Dumas Fils. Rachel est courtisée par tous. Même Sainte Beuve la complimente. Parmi les fréquentations de la comédienne se trouve un grand nombre de gens de la noblesse, aristocrates d’ancienne lignée ou nobles d’Empire. A la veille de la proclamation du Second Empire, Rachel déclame au Théâtre Français le 22 octobre 1852 les vers écrits par Arsène Houssaye en l’honneur du futur Napoléon III et à la suite de la représentation de Cinna, elle chante Partant pour la Syrie avec l’assistance.



Sa vie privée est particulièrement agitée. A 17 ans, elle devient la maîtresse du docteur Véron, un médecin et homme d’affaires de quanrante ans. Les liaisons se succèdent ensuite. Ses relations avec les hommes sont très libres. Ce ne sont parfois que des amants d’un soir. Elle écrit ainsi au comte Walewski, l’un des bâtards de Napoléon, qu’elle trouve trop envahissant : « Je suis comme ça, je veux bien des locataires, mais pas de propriétaires ». La tragédienne aura deux enfants : Alexandre, fils naturel du comte Walewski, le 5 novembre 1844, et Gabriel-Victor dit Zozo, fils d’Arthur Bertrand, petit-fils du général Bertrand, né le 26 janvier 1848. Au cours des trois dernières années de sa vie, la comédienne s’assagit ou plutôt s’enflamme pour Henri Mure, un jeune homme de dix ans son cadet. Toutes ses péripéties amoureuses font le bonheur des gazettes.

Jusqu’au terme de sa vie, la tragédienne reste sous la dépendance de sa famille qui profite, souvent avant elle, des effets de son fabuleux succès. Rachel est l’une des actrices les mieux payées de sa génération et n’hésite pas à négocier elle-même le montant de ses mirifiques cachets. Profondément marquée par la misère de son enfance, la comédienne a pris goût à l’argent. Ses premiers gains importants sont utilisés par son père pour acquérir un appartement près du Palais Royal. Pour la première fois, Rachel y possède une chambre pour elle seule. Comme l’écrit Dussane : " le père Félix, heureux propriétaire du phénomène, se rappelait qu’il était le chef de la tribu, le maître de la baraque, le grand prêtre de la caisse ". Quant à son frère Raphaël, il est son impresario lors de ses tournées ; et ses quatre sœurs qui se sont toutes lancées dans la carrière théâtrale et qu’elle a fait admettre à la Comédie Française utilisent sa renommée pour réclamer des salaires royaux. Cette attitude de clan nuit quelque peu à la réputation de Rachel et lui vaut d’être régulièrement attaquée par la presse, surtout par les journaux antisémites, pour sa cupidité. Mais l’ancienne petite bohémienne sait aussi être dépensière et généreuse, comme en témoigne les nombreuses représentations qu’elle donne au bénéfice d’œuvres de charité.

Mais cette vie trépidante l’épuise. Rachel est atteinte par la phtisie. Son long séjour russe, d’octobre 1853 à mars 1854, altère sa santé. Elle ressent les premiers symptômes de la tuberculose. Affaiblie, également éprouvée par la mort de sa jeune sœur Rébecca, la tragédienne démissionne du Théâtre Français lors de son retour à Paris. Elle est nommée professeur au Conservatoire, mais n’occupera jamais son poste. Pourtant, en dépit de la maladie, elle part en 1855 pour les Etats-Unis où elle donne quarante représentations consécutives à New York, Boston et Philadelphie. L’accueil du public américain est mitigé, et l’aggravation de sa tuberculose la contraint à mettre un terme à sa tournée. De retour en Europe, exténuée, espérant contre toute raison une guérison improbable, Rachel s’embarque le 2 octobre 1856 pour l’Egypte. Elle est accueillie au Caire par Soliman Pacha. Rachel sait que ses jours sont comptés. A son ami Arsène Houssaye, elle écrit : " J’ai voulu vivre en gourmande. J’ai dévoré en quelques années mes jours et mes nuits : après tout, c’est autant de fait […] Faites-moi vite faire un trou au Père Lachaise et creusez-moi un trou dans votre souvenir ".



De retour en France, après un court séjour à Paris, elle s’installe au Cannet, chez son ami Jean-Jacques Sardou, où elle est soignée par sa sœur Sarah. Mourante, après avoir renvoyé à ses anciens amants leur correspondance, elle règle les détails de ses obsèques. Mademoiselle Rachel décède le 3 janvier 1858 à 11 heures du soir, entourée de dix Juifs de la communauté de Nice venus à sa demande former le mynian. Elle allait avoir trente-sept ans. Le grand rabbin de Marseille célèbre un service dans la gare avant le transport sa dépouille à Paris. Selon ses dernières volontés, le convoi funèbre s’arrête à Lyon, où elle est saluée par de nombreux artistes. Ses obsèques sont célébrées le 11 janvier par le grand rabbin Isidor de Paris en présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle est inhumée dans le carré juif du cimetière du Père Lachaise.

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