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MOSHE CORDOVERO


PORTRAIT
RABBI
RAMAQ
BIOGRAPHIE











Rabbi Moïse Cordovéro (1522-1570) est une des plus hautes figures de la cabale de Safed. Dans le Palmier de Debora qui, très significativement, se présente comme un exposé éthique, il condense magistralement les grandes intuitions de la cabale. Les exigences qu’implique « la ressemblance à Dieu » qui est commandée à l’homme forcent la pensée cabalistique à exprimer, avec hardiesse et radicalité, sa plus intime parole. C’est que – et c’est là le message du livre –, le rapport à Dieu est en jeu concrètement dans le rapport au prochain.
Destiné à un large public, Le Palmier de Débora a été souvent reçu comme un guide de morale. Mais l’on se leurrerait à n’y voir que cet aspect. Ce petit livre est sans doute la percée éthico-métaphysique la plus franche de la pensée juive dans son ensemble, tant sa langue et son contenu mêlent de façon aiguë la plus haute mystique et la plus exigeante pratique.
La simplicité du texte, sa vibrante clarté est l’écrin qui recèle une profondeur de pensée rarement atteinte.verdier

1522-1570. Originaire de Palestine (Safed). Élève et disciple de Rabbi Yossef Caro, rabbin, juge, cabaliste et dirigeant de yéchivah, il est l’auteur d’ouvrages talmudiques et cabalistiques dont plusieurs sont encore manuscrits. Ses œuvres majeures, qui s’appuient en particulier sur une perspective dialectique quant au fonctionnement des Séfirot (Émanations), comprennent Pardés rimonim (Le verger des grenadiers), un essai de synthèse systématique des thèmes cabalistiques; Chih’our koma (Les qualifications infinies de D’ieu), un commentaire des parties anthropomorphiques du Zohar (Le livre de la Splendeur), un ouvrage cabalistique célèbre; Or néh’érav (Douce lumière) qui expose la méthode d’étude de la Cabale et de ses règles; Or yakar (Lumière précieuse), un commentaire sur l’ensemble du Zohar et d’autres textes caba-listiques; Tomer Débora (Le Palmier de Déborah), un traité d’éthique basé sur les référents cabalistiques et Séfér Guérouchin (Le livre de l’Expulsion).

ELEAZAR DE WORMS


Langage
et redemption



Livre de Raziel




Une des figures dominantes du judaïsme allemand au Moyen Âge, Éléazar, né à Mayence, étudie dans les grandes académies talmudiques de France et de la vallée du Rhin. Il appartient à la grande famille des Kalonymides.




Éléazar de Worms a conservé la formule nécessaire pour construire un Golem. Les détails de l'entreprise remplissent vingt-trois colonnes in-folio et exigent la connaissance des "alphabets des deux cent vingt et une portes" qui doivent être répétées sur chaque organe du Golem. Sur le front on gravera le mot Emet, qui signifie vérité. Pour détruire la créature, on effacera la lettre initiale, car ainsi il restera le mot met, qui signifie mort
antesdetempo



Talmudiste et cabaliste, né, probablement à Mayence, environ 1176, mort à Worms en 1238.Il était un descendant de la grande famille Kalonymus de Mayence, et un disciple de Juda Ḥasid qui l'a initie dans l'étude de la cabale, à ce moment-là peu connu en Allemagne. Eleazar a été ḥazzan à Erfurt avant de devenir rabbin à Worms. Eleazar fut l'objet d'une grande souffrance pendant les Croisades. Dans la nuit du 22 Kislew, 1196, il a été engagé sur son commentaire sur la Genèse (il rapporte qu'il avait atteint la parashah Wayesheb), lorsque deux croisés sont rentres dans sa maison et tués sa femme Dulcina, ses deux filles Belat et Hannah, et de son fils Jacob. Sa femme avait une entreprise en rouleaux de parchemin afin de soutenir la famille et lui permettre de consacrer tout son temps à étudier.

Eleazar a développé une activité vigoureuse dans de nombreuses directions.D'une part, il a été un Talmudiste de grande érudition, un liturgiste doué d'une claire et facilite de style et d'un astronome, et était bien versé dans les sciences ouverte aux Juifs de l'Allemagne à ce moment-là. D'autre part, il a été un cabaliste influence par des hallucinations, il a vu des légions d'anges et de démons, et a exercé lui-même répandre des systèmes cabalistiques qui vont bien au-delà de la conception des auteurs de la cabale.Dans ses œuvres cabalistiques il a développé et a donné une nouvelle impulsion au mysticisme associés avec les lettres de l'alphabet. La cabale philosophique de l'école d'Isaac l'Aveugle est remplacé par des spéculations arithmétiques. Par la gemaṭria et noṭariḳon systèmes d'interprétation, Eleazar a inventé de nouvelles combinaisons . Le haggadic anthropomorphisme qu' il avait combattu dans ses précédents ouvrages ( "Ha-Roḳeaḥ", "ha-Sha'are gazon Weha-Yiḥud") occupaient plus tard, le premier plan dans son écrits cabalistiques. Le grand mérite d'Eleazar ne réside pas dans son nouveau système cabalistique, mais dans son éthique. Il montre une grandeur d'âme et une piété voisins de l'ascèse. Bien que gravement tenté par le destin, il inculque la gaieté, de la patience et l'amour pour l'humanité.

Travaux Cabalistiques .

Les oeuvres mystique sont: (1) "El Yir'at," encore existante à la main dans la Bibliothèque du Vatican, contenant mystique commentaires sur le Psaume lxvii., Sur la Menorah, et sur Sefirat ha-'Omer. (2) "Sefer ha-Kabod," mystique explications de divers passages de la Bible (Neubauer, "Cat. Bodl. Hebr. MSS." N ° 1566, 1).
(3) "Yayin ha-Reḳaḥ,« mystique des commentaires sur la Meguila. Ces Ruth et sur le Cantique des Cantiques ont été publiés à Lublin, 1608. (4) Un commentaire sur le Psaume CXLV. (MS. De Rossi No. 1138). (Mme De Rossi n ° 1138). (5) Un commentaire sur les prières mentionnés par Joseph Delmedigo dans son "Maẓref la-Ḥokmah» (p. 14b). (6) "Ta'ame nous Sodot-ha-Tefillah" (Neubauer, ib. No.1575.) (7) "Perush al Yeẓirah Sefer», un commentaire sur la "Yeẓirah", dans des extraits de Shabbethai Donnolo de la Commission. Fragments de ces travaux ont été publié pour la première fois à Mantoue en 1562, plus tard dans plusieurs autres endroits, une édition a été imprimée à Przemysl, 1889. (8) "Midrash nous-Perush al ha-Torah», cabalistiques commentaire sur le Pentateuque, citée par Azulai. (9) "Sha'are Binah," dans lequel, l'interprétation de versets bibliques par le système de gemaṭriyyot, il montre l'origine de nombreux haggadot du Talmud. Ce travail est souvent cité par al-Salomon Ḳabiẓ, dans son "Manot ha-Lewi. (10) "Shi'ur Ḳomah," un commentaire sur la "Shi'ur Komah", la "Pirḳe-rabbi Yishma'el,» et le «Merkabah» (Mme Michael). (11) "Sefer ha-Ḥokmah," cabalistiques traité sur les différents noms de Dieu et des anges, ainsi que sur les soixante dix à trois "Portes de la Torah" . (12) "Sefer ha-Shem," mystique mémoires sur les noms de vingt-deux lettres, avec un tableau de permutations (Neubauer, ib. N ° 1569, 4). (13) "Eser Shemot," commentaire sur les dix noms de Dieu (Mme Michael, n ° 175). (14) Un commentaire sur le piyyuṭ "Ha-Oḥez." (15) Six petits traités cabalistiques intitulé "Sod ha-Ziwwug", "Sefer ha-Ne'elam", "Sefer Mal'akim", "Sefer Tagim", "Sefer Pesaḳ» et «Sefer ha-Ḳolot," tous les qui sont encore existantes à la main (Neubauer, ib. n ° 1566). (16) "Liḳḳuṭim," fragments cabalistiques, citée par Recanate. (17) "Sode Raza," un traité sur les mystères de la cabale, en particulier sur le «Merkabah». Une partie de ce travail a été publié à Amsterdam en 1701, sous le titre "Razi'el Sefer ha-Gadol." Dans l'introduction l'éditeur dit qu'il a décidé de publier ce livre après avoir vu que la plus grande partie de celui-ci a été produit en français sous le titre "Images des lettres de l'alphabet."
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Lire : CABALE ET CYBERNETIQUE
REFLEXIONS ACTUELLES SUR LE GOLEM

Par Monique Lise Cohen

Moshé Idel commentant Eléazar de Worms (4), un cabaliste allemand du XIIIème siècle, à qui l’on attribue également la fabrication du Golem, écrit à propos de la création d’un homme artificiel :
« L’opérateur est censé créer une figure ou un corps à partir de la poussière : cette forme est appelée Golem… L’opération qui consiste à prononcer les lettres de l’alphabet ne commence qu’après le modelage de la forme humaine… Le premier stade de la création par permutation est relié à la combinaison des lettres de l’alphabet ; l’opérateur crée 231 combinaisons de lettres correspondant à autant de portails. On voit donc que dès cette étape, les lettres sont mises en relation avec les membres
du corps. L’opérateur se conforme aux directives du Sefer Yetsirah et il associe les lettres des membres avec toutes les autres lettes de l’alphabet. » Dans un autre écrit, toujours cité par Idel,Eléazar de Worms explique que c’est la force créatrice des combinaisons de lettres qui permit à Dieu de créer le monde et qui permet à l’homme de créer un être artificiel. Eleazar nomme une seconde étape où les lettres correspondant aux membres du corps sont combinées avec les lettres du Nom divin et prononcées avec six timbres vocaliques.

LE MAHARAL DE PRAGUE

GOLEM
NEHER
KABBALA
CYBERNETIQUE
AV
ETUDE
KOUNTRASS
PRAGUE
CREATURE
HISTOIRE
ETINCELLES
CORPS
RODOLPHE II




La statue du Maharal devant
l’Hôtel de Ville de Prague.

Le 17 juin 1965, Gershom Scholem prononce le discours d'inauguration de l'ordinateur Golem Aleph, à l'Institut Weizman de Rehovot.

Il rappelle l'histoire du Golem qui a donné son nom à la nouvelle machine: �Il fut un temps où il y avait un grand Rabbin à Prague. Son nom était Rabbi Yehuda Loew Ben Bezalel, connu dans la tradition juive sous le nom de Maharal de Prague. Erudit célèbre et kabbaliste, la tradition populaire du pouvoir de l'homme qui reçoit une forme humaine. Le robot de Rabbi Loew était fait d'argile et avait reçu une sorte de vie qui lui avait été infusée grâce à la concentration d'esprit du rabbin après avoir procédé à toutes les opérations nécessaires pour ériger son Golem, le rabbin mit pour terminer dans la bouche de celui-ci une feuille de papier portant le Nom mystérieux et ineffaçable de D. le Golem pouvait travailler, remplir les obligations de son maître et accomplir toutes sortes de corvées à sa place ; il pouvait l'aider et aider les Juifs de Prague de multiples façons.C'est en ces quelques phrases que le célèbre penseur résume l'histoire légendaire du Golem de Prague.

Vie du Maharal et historique du Golem

Le Maharal est né en 1512, à Worms, sur le Rhin. Comme beaucoup d�autres jeunes talmudistes, il vient très tôt faire ses études rabbiniques dans les Yeshivot d�Europe orientale et centrale alors très réputées. De 1533 à 1573, à quarante ans passés, il exerce les fonctions officielles de rabbin de la province de Moravie, à Nikolsbourg. A l'âge de soixante ans, il s'installe à Prague, mais encore à titre prive. Il y dirige la petite synagogue-ecole de la Klaus, méditant et mûrissant son œuvre littéraire dont il ne commence la publication qu'à l'âge de soixante-dix ans.

En 1592, après une audience célèbre auprès de Rodolphe II de Habsbourg, il quitte précipitamment Prague pour exercer à Posen les fonctions officielles de Grand Rabbin. Mais cinq années plus tard, c'est à Prague qu'il revient, pour y occuper la même chaire officielle de Grand Rabbin, jusqu'à sa mort à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans, en 1609. Il nous faut ajouter qu'il a été admis que le Maître était de la lignée directe du Roi David, avec toute la symbolique qu'en donne la dimension Juive, cela ne fait qu'ajouter à la valeur inestimable qu'était le Maharal.

Il nous faut à présent, avant de nous attarder à étudier les raisons qui ont poussé le Maharal à créer son Golem, expliquer ce terme de Golem. Selon l'Encyclopédie Judaïca, il nous est expliqué que le Golem est une image ou une forme à qui l'on a donné vie à partir de rituels spéciaux. C'est ainsi que ce mot apparaît, pour la première fois, dans la Bible, quand David s'adressant à D. déclare : (Tehilim, Psaume 159, verset 16) tes yeux me voyaient quand j'étais une masse informe et sur Ton livre se trouvaient inscrits tous les jours qui m'étaient réservés avant qu'un seul fût éclos . Il s'agirait donc d'une masse informe à qui D. aurait donné le souffle, permettant à ce Golem de devenir adam, l'être premier provenant de la terre et composé de sang (dam ) et d'une étincelle divine (la lettre aleph ).

On trouve, en outre dans un ouvrage de Moshé Idel, une énumération de créations de Golem dans la Tradition Juive datant des périodes pré- et post-talmudiques, nous y reviendrons car l'origine de la création du Golem chez le Maharal est à la fois talmudique et kabbalistique.

Quoi qu'il en soit, la création du Golem au XVIe siècle, en vue de défendre les Juifs de Prague, est envisagée en réaction à une Dispute théologique célèbre entre le Maharal et le Cardinal Yohann Sylvester qui eut lieu le 25 février 1592. Cette dispute fut demandée par l'empereur Rodolph II de Habsbourg et dura trente jours sous la direction du cardinal devant un public de trois cent prêtres érudits. Cette dispute traitait des éternelles questions antisémites, notamment l'assassinat de Jésus, la haine des chrétiens, la Matsa faite avec le sang des chrétiens Tout cela était orchestré évidemment contre la communauté juive de Prague, qui devait subir de violentes attaques contre elle auxquelles le Maharal souhaitait mettre fin.

Concernant cette dispute, le R. David Ganz un de ses disciples- quelques mois après les événements écrit dans son ouvrage Zemah David : Par un acte de grâce et de désir de vérité, notre souverain l'empereur Rodolphe, sir équitable, source de lumière éclatante, et glorieuse, que sa Majesté soit exaltée, a convoque auprès de lui, le Gaon, notre Maître, le Maharal, et l'a reçu avec une bienveillance débordante, dialoguant avec lui de bouche à bouche, comme un homme parlant à son égal. Quant à l'essence et à la portée du dialogue, elles constituent un mystère sur lequel les deux hommes ont mis le sceau du secret. L'événement s'est produit à Prague, le dimanche 3 Adar 5352.

Le Rav Isaac Cohen, l'un des trois a s'être présenté à la cour, avec le frère du Maharal, le Gaon Rabbi Sinaï et Isaac Weisel, l'un des notables non-religieux de la communauté, le Rav Isaac Cohen, donc, gendre et disciple du Maître est aussi discret que Rav Ganz: le sujet de la conversation ayant trait à des questions dans lesquelles se trouve impliquee la personnalité de notre souverain, il relève de la décence de le passer sous silence, mais si D. nous prête vie, nous le révélerons quand le moment en sera mur (David Ganz, première partie, A. Neher).

Ainsi a la suite de cette rencontre, le Maharal annonce a l'Empereur que le temps est venu pour le Maître de réduire au moins de moitie les effusions de sang juif, causées par les pogroms dans les rues de Prague. En se basant sur un Midrash provenant du Talmud (Traite Bera�hot 3a), où il nous est raconte que les trois veilles successives de la nuit sont caractérisées par le braillement de l'âne, l'aboiement des chiens, et enfin par la conversation entre l'époux et l'épouse, celle-ci allaitant elle-même le nourrisson, le Maharal estimait qu'il fallait y reconnaître l'essence des relations entre Israël et les peuples. Au long de l'histoire trois phases successives ont caractérisé ces relations. La première phase, celle du braiment de l'âne correspond à l'écroulement du Temple et de l'Etat : le Peuple Juif est alors écrasé par la servitude physique que lui ont imposé les Chaldéens et les Romains ; la matérialité de cette relation est symbolisée par l'âne dont le nom est en hébreu, synonyme de la matière (hamor/homer). Puis vient la phase des chiens qui aboient: férocité brutale du Moyen Age où les peuples ont recherche l'extermination d'Israël, et l'ont partiellement réalisée au moyen des persécutions les plus cruelles. Enfin la phase actuelle, celle où la réalisation entre Israël et les peuples prend la forme du dialogue, plus seulement une vocation verticale, Israël et D., mais la condition horizontale de ce Peuple Juif avec les autres peuples a travers l'histoire.

La Création du Golem : les Niflaot Maharal

Les Niflaot Maharal (les prodiges du Maharal) n'ont été publiées qu'en 1920 (quatre siècles après la mort du Maharal) par Chaim Block. Mais l'éditeur, un érudit juif de Prague, ne se contente pas de se baser sur la foule des récits oraux, que le folklore pragois connaît depuis le XVIe siècle et dont l'éditeur pragois Paschels avait réuni un choix en volume imprime depuis 1830. Chaim Block publie dans les Niflaot Maharal, pour la première fois, un manuscrit datant de 1583. Ce manuscrit rédigé sous la dictée du Maharal par son gendre, R. Isaac Cohen, relate, en détail, la création du Golem, ce Golem du Maharal, que le folklore mentionnait sans donner les précisions fournies par le manuscrit.

Ainsi le Golem est un automate, mais pétri d'argile et de glaise, comme le corps de l'homme. Il est donc matière pure, mais ombre aussi, projection de son Maître dans la dimension inerte. Il accomplit des gestes que l'homme ne peut pas faire parce qu'il possède une âme, alors que le Golem n'en possède pas. Le Golem est muet : il est le récipient d'un trop vide d'âme nous dit André Neher.

Le Maharal insiste bien sur le fait que le Golem doit son existence a la main dont il est issu : cette main peut à tout instant, le détruire, et le ramener à la poussière d'où elle l'a extrait.

Automate mécanique et pourtant doué d'un pouvoir actif apparemment libre, le Golem ne peut user de sa liberté que dans certaines limites précisées avec soin dans la légende.

En outre, il ne faut pas se méprendre, bien qu'il ne subsiste que le masque effrayant d'un Golem cruel, sadique, laid, difforme, horrifiant, mais vainqueur dans sa passion folle et calculée, la métamorphose du Golem en monstre est celle qui crée la distance la plus grande entre un golem et le Golem du Maharal. Le Golem du Maharal, oscille entre l'anti-matière où sont ses racines et la meta-matière où est son idéal.

L'Homme et le Golem : le Sage et la Création

Tout comme l'homme, enseigne le Maharal, en puisant aux sources spirituelles juives, le Golem se situe au point médian d'une ligne qui le tiraille entre le Néant et l'Etre, entre le Rien et D., excepté que le Golem demeurant constamment au Beit Din , au palais de Justice rabbinique, il est préservé de ce tiraillement. L'Homme est un arbre, mais un arbre renversé, car ses racines sont au ciel. Le Golem dont les racines sont sur terre et même sous terre, pourrait être dès lors l'arbre debout, l'homme dans son authenticité, non rognée par les impératifs d'une transcendance. Et pourtant le Golem est, lui aussi soumis à l'antériorité d'une transcendance, celle de l'homme qui l'a créé, son Maître, dont il n'est que le sosie et dont il ne peut être que le Serviteur ou le Rival. Cette dimension va justement être traitée sous cet angle par un artiste du XIXe siècle (fin XVIIIe), Goethe, nous y reviendrons.

Si l'on en croit Borgès, le rapport qu'entretient le Maharal avec son Golem est un rapport de tendresse non sans quelque horreur : le Rabbin contemplait son œuvre avec tendresse/Mais non sans quelque horreur. Je fus bien aisé/Pensait-il d'engendrer ce garçon malaisé/Et de quitter l'abstention, seule sagesse !/Fallait-il oui ajouter un symbole nouveau/A la succession intarissable et vaine/Une autre cause, un autre effet et une autre peine/Devraient-ils aggraver l'éternel écheveau ?/A l'heure où passe un doute à travers l'ombre vague/Sur le pénible enfant un regard s'arrêtait/Saurons-nous quelque jour ce que D. ressentait/Lorsque Ses yeux tombaient sur le Rabbin de Prague ? (L'Aleph de Borgès).

Nous sommes ici devant deux difficultés lorsque l'on parle de l'homme et de sa création. D'une part, le Maharal ne créé pas un animal mais quasiment un être humain, d'autre part, l'homme ne peut pas remplacer D. .A ces deux difficultés, le Maharal va répondre à partir de la source talmudique, qui fut la base de la création du Golem

Les origines talmudiques

Dans un dialogue virulent contre les Juifs sur le fait que les Juifs ne se comportent pas comme D., Tuneus Rufus reçoit la réponse de ses attaques par Rabbi Akiva. Ce dialogue ainsi que l'histoire talmudique ont été retranscrit dans le Traite Sanhédrin (65b) du Talmud de Babylone. Il nous est expliqué que si les Tsadiqim (les Justes)le voulaient, ils pourraient créer un monde, et cela d'après une parole du prophète Esaïe (chapitre 58, verset 2) : si vous étiez dépourvu de fautes (et si de vos pêchés vous étiez éloignés) rien ne vous différencieraient de votre D. . Aussi, en s'appuyant sur ce verset, il nous est raconté qu'un Sage créa un homme-golem d'après l'utilisation de pouvoirs bases sur la Sainteté. Le Sage l'a envoyé au Rabbi Zera. Le Rav lui parlait et le golem ne répondit point ; Rabbi Zera lui dit : toi tu as été créé par un Sage, retourne à la poussière.

Ainsi seul les Tsadiqim, au-delà d'obtenir la permission ou non, ont la capacité de créer un golem, cela sous-entend une création miraculeuse, en cela qu'elle dépasse les voies naturelles et qu'elle est accessible à des êtres possédant une étincelle (si ce n'est plus) de prophétie.

Le Maharal va se fonder sur cette histoire et sur la suivante, extraite du même traite qui parle de la création d'un veau de façon non-naturelle pour donner vie à son Golem. Ainsi par l'étude, principalement du Livre de la Création (Sefer Yetsira) et par la crainte de D., l'homme juif peut arriver à la création d'autres êtres vivants à des fins positives au sujet de ces deux extraits, le Maharal écrit d'ailleurs dans son commentaire du Talmud (hidoushei Aggadot, 3e volume, Sanhédrin) quand il (le Sage) s'était purifié et avait étudié le Sefer Yetsira avec les Noms de D., en cela se liait à lui (mitdabek bo) le Saint-Béni-soit-Il, et put créer un homme-golem mais nous précise le Maître, ce qui implique aussi sa position quant au Golem (ce golem) ne possédait pas la parole, tant il ne pouvait atteindre le niveau de l'ame-parlante (nefesh medaberet), faire comme l'homme puisque l'homme ne peut reproduire exactement la créature à l'image spirituelle de D.

Nous précisions l'homme Juif car d'autres sages aux cultures différentes ont créé pour le plaisir d'un roi ce qu'on pourrait appeler un golem.

C'est ce vide minuscule entre D. et l'homme qui permit à ces Sages et au Maharal de créer un Golem. Il s'agit là de tout un système théologique développé et explicité par le Maharal. Si D. est, il est nécessairement Tout, et l'homme n'est plus rien. Mais inversement si l'homme est, il peut prétendre légitimement à être Tout, et D. n�a plus alors de raison d'être. Une séparation est donc nécessaire entre D. et l'homme, un vide intermédiaire, un désert humain et divin simultanés, maintenant à distance l'un de l'autre les partenaires disproportionnés et antagonistes. C'est peut-être ce trop vide d'âme qu'est le Golem qui est la concrétisation fantastique de cette séparation. Ainsi, loin d'être stérilisants, c'est à travers cette distance même, à travers ce vide , que s'instaurent la vie, la lutte, la coopération de la main de D. et la main de l'homme. Ce ne peut-être donc pas seulement une relation Maître-serviteur qui existe entre D. et l'homme et entre le Maharal et son Golem mais plutôt un esprit de justice. Cette conception est complètement opposée à la description de Méphistolès chez Goethe comme nous allons le voir

Méphistolès et le Golem

La relation Maître-serviteur fournit un premier exemple de deux conceptions opposées, fortement ancrées dans deux univers différents. Les services que Faust demande à Méphistolès sont d'ordre strictement individuels et égocentriques. Ils ne concernent que la satisfaction de désirs personnels de Faust. Le Maharal, au contraire, n�utilise le Golem que dans le cadre de la collectivité, lorsqu'il s'agit d'un danger menaçant non pas la personne du Maharal, mais la communauté Juive dans son ensemble.

Le destin de Faust est celui de l'homme chrétien : c'est le drame de l'individu en lutte avec lui-même. L'homme juif, au contraire, nous explique André Neher, ne désolidarise jamais son destin individuel du drame collectif du Peuple Juif.

Chez Faust, un autre contraste est à noter. Le démon invoqué s'appelle Méphistolès mais on précise que c'est le diable (der Teufel), le démon suprême absolu. Du côté du Maharal, jamais n'apparaît le terme diable (Satan). On trace une limite infranchissable dans le Royaume de l'Ombre. Il est question de démons (shedim), d'esprits mauvais (ru'hot raot) mais jamais de Satan. La légende Juive reste strictement moniste, même dans les expressions les plus occultes. Beate Rosenfeld, à qui l'on doit la première étude d'envergure sur le mythe du Golem, qu'elle refuse de mettre en liaison immédiate avec le Maharal est obligée d'écrire : Un Faust Juif, tel apparaît le Maharal (...) . Et elle prend évidemment, la précaution d'ajouter : avec naturellement la grande différence que le Maharal ne conclut pas de pacte avec le diable.

La mort du Golem

Il existe essentiellement deux versions, dans la légende à la fin du Golem. La première serait douce telle qu'elle est décrite dans Niflaot Maharal, où, après avoir rétabli la sécurité aux Juifs de Prague, le Maharal, accompagné de ses trois disciples, le Rav Ganz, le Rav Isaac Cohen et le Rav Avraham Haïm auraient simplement couché le Golem sur le sable argileux de la plage qui se serait éteint grâce à la concentration du Maharal.
La seconde décrite notamment par André Neher est plus violente et est tournée autour du mot Emet , la vérité. La dualité du signe Emet /Met que le Golem porte sur son front affirme l'ambivalence de son être, unifie et vivant des lors qu'il est porteur du mot-signe entier ; déchiré et mort, des lors que le mot-signe est mutilé.

De plus, la légende immerge cette ambivalence dans le rythme du temps juif. Le Maharal n'utilise les services du Golem que durant les six jours de la semaine. Vient le septième jour, le shabat . Des l'approche du shabat , le Maharal enlève au Golem la première lettre de son signe, et voici le Golem inerte (met , mort) revenu à la matière, durant les vingt-quatre heures du repos chabbatique. Et c'est précisément l'oubli de ce geste, une veille de Shabat , qui déclenche la catastrophe. Non seulement le Golem continue de vivre, mais il est transmuté en anti-shabat.

Si le Shabat remet en ordre, chaque semaine, le désordre de la Création, le Golem, vivant d'une vie non liée au Shabat appuie de toute sa force golemique sur le désordre de la Création, qu'il fait éclater en mille morceaux.

Son œuvre de destruction, commencée dans le ghetto de Prague, eut atteint les fondements de l'univers entier, si le Maharal n'était accouru à la hâte et n'avait arraché, au dernier instant du crépuscule de la veille de Shabat, le Aleph de Emet au front du Golem surexcité. Mais c'était aussi la mort définitive du Golem. Le risque était trop grand. Il ne fallait pas recommencer une expérience dont l'issue catastrophique aurait pu être domptée par le Rabbi au moment suprême.

Conclusion: D. et l�homme, main dans la main, thème passé et actuel

Que D. et l'homme se donnait la main par dessus l'abîme qui les sépare, voilà le secret que le Maharal et que Michel-Ange ont révélé à l'homme du XVIe siècle, l'un en mettant solennellement l'accent sur un détail apparemment banal d'un texte talmudique, et en faisant de cet accent la dominante de tout un système théologique ; l'autre, en laissant, du haut de son échafaudage, sur le plafond de la Sixtine, un minuscule écart entre deux doigts tendus l'un vers l'autre, à l'origine même du drame cosmique auquel cet écart donnera sa signification rédemptionnelle et ultime.

Comme l'explique A. Neher dans le Puits de l'Exil (chapitre IV de la troisième partie) : D. n'est pas le Tout-Puissant comme le suggère une terminologie superficielle et vulgaire, mais l'Etre qui accepte de limiter Son pouvoir

De nos jours, on voit bien combien le Golem, représente le prototype des créatures artificielles qui nourrit l'imaginaire des fondateurs de l'informatique et de la cybernétique. Le cybernéticien français Abraham Moles insiste sur le fait que le Golem est l'illustration du rationnel et non de l'irrationnel, de la domination que l'Homme possède sur les choses dans la mesure ou il veut en étudier les lois .

En ce sens, la créature artificielle que constitue le Golem est exemplaire de la démarche des créateurs de l'informatique. Le désir de créer un cerveau artificiel , c'est-à-dire de reproduire sur un autre support ce qui constituait à leurs yeux la quintessence de l'humain, correspond, d'une certaine manière comme D., autant à la réalisation d�un vieux rêve de l'humanité qu'au souci, profondément scientifique, et pas uniquement littéraire, de comprendre l'Homme en reproduisant, artificiellement puisque l'Homme n'est pas D., son double.

David Benitah � Universite de Haifa

CHALOM CHARABI le RACHACH

HEBREU
SAGE
BIO
HILOULA
TIMBRE

Tsiyoun Maran haRaShaSh, Har Zeitim, Jerusalem


Rabbi Chalom Charabi, nommé le Rachach haQadoch, est né au Yémen en 1720. Il est décédé à Jérusalem le 10 Chévat 1777. Il a rédigé un commentaire sur les écrits du Ari zal. et un Sidour selon l’approche qabalistique. Il est considéré comme le second grand maître en connaissance qabalistique, après le Ari.

Né dans la ville yéménite de Charab, dès sa prime jeunesse, ses capacités dépassaient de loin celles des autres jeunes. Mais la mort prématurée de son père l’empêcha de rester au Talmud-Tora, car il devint alors l’appui unique de sa famille. Il travaillait le jour, et passait ses soirées et ses nuits à étudier la Tora. Il pouvait rester sur les ouvrages saints jusqu’aux petites heures du matin.

Sa soif insatiable de connaître la Tora l’amena rapidement à aborder également le domaine de la Qabala, dans lequel il se plongea avec enthousiasme, et parvint à un niveau supérieur de connaissances.

Au cours de l’un de ses nombreux déplacements pour subvenir aux besoins de sa famille, il se trouva dans une situation très dangereuse, et fit le vœu d’aller vivre en Erets Israël s’il s’en sortait. Sauvé, il se mit en route pour Erets Israël, passant par les Indes, Bagdad et Damas, où il fit une forte impression sur les rabbanim locaux.

Il finit par arriver à Jérusalem, où il se dirigea immédiatement vers la Yéchiva des qabalistes de la ville, la Yéchivath Beth El, fondée et dirigée par le rav Guedalya ’Hayoun. Cette institution était l’une des plus importantes à Jérusalem, et même des disciples du Ba’al Chem Tov, à leur arrivée en Erets, y ont étudié.

Rabbi Chalom préféra cacher ses connaissances, et se proposa comme chamach de la communauté. Il pouvait de la sorte étudier sans être remarqué. Il avança graduellement dans son savoir au point de surpasser tous les autres. Cependant, un beau jour, une question fut soulevée dans le cadre d’un cours de la Yéchiva, et de longs jours durant, personne ne fut en mesure d’y répondre. Le rav ’Hayoun n’était pas non plus en mesure d’apporter une réponse satisfaisante. Rabbi Chalom avait écouté leurs discussions et connaissait la réponse, mais ne voulait pas la faire savoir. Finalement, devant l’abattement général, il décida d’écrire sur un papier la solution, et de la glisser entre les pages du livre qu’utilisait le rav. Le matin suivant, ce fut la surprise : le problème qui était apparu si difficile et complexe avait été résolu d’une façon claire et logique. Tout le monde était curieux de savoir d’où venait cette impressionnante explication, mais le mystère resta entier. Ce phénomène étrange se répéta à plusieurs autres reprises. Les recherches restèrent sans résultat.

L’énigme fut résolue d’une façon totalement inattendue, quand ’Hanna, la jeune fille du rav Guedalia, dévoila qu’elle avait vu à plusieurs reprises le Chamach yéménite regarder les pages de l’un des livres de son père. La fois suivante, lorsqu’une question difficile fut à nouveau soulevée à la Yéchiva, rav Guedalia fit semblant de rentrer chez lui et resta caché dans la salle. Et en effet, à sa grande surprise, il vit le Chamach consulter les saints ouvrages puis glisser un morceau de papier entre les pages de son livre de prières. Le matin suivant, le rav invita rabbi Chalom Charabi à s’asseoir à ses côtés, et dévoila publiquement qu’il avait découvert la source de ces réponses. Par la suite, rav ’Hayoun désigna rabbi Chalom comme son successeur, en dépit de son jeune âge – il avait seulement 27 ans. Et il lui donna sa fille ’Hanna comme épouse.

La grandeur de rabbi Chalom Charabi dépassa rapidement la seule ville de Jérusalem, et beaucoup d’histoires se font l’écho de sa sagesse. Des grands du peuple juif firent appel à lui pour recevoir des éclaircissements sur des questions de Qabala. Le Chla, rabbi Nathan Adler et le ‘Hatam Sofer demanderont à recevoir un exemplaire du Sidour du Rachach.

Pendant trente années, il dirigea la Yéchivath Beth El. Les grands rabbanim de cette période furent tous des disciples de rabbi Chalom : le ’Hida (rabbi ‘Hayim Yossef David Azoulay), rabbi Yom-Tov Algazy, rabbi ‘Hayim De La Roza et rabbi Gershon de Kitov (beau-frère du Ba’al Chem Tov).

Le ’Hida décrit le Rachach comme un homme saint qui suivait les Kawanoth (pensées qabalistiques à avoir dans la prière) écrites par le Ari zal. et connaissait tous les ouvrages de Qabala de l’école du Ari zal. – il refusait les enseignements des autres écoles.

Le Sidour de rabbi Chalom Charabi est préfacé avec une introduction importante, appelée Re’hovoth haNahar.

Le Rachach est enterré au Har haZétim (Mont des oliviers).
kountras

ISAAC L'AVEUGLE DE NARBONNE


PROVENCE
verdier
HISTOIRE
HERITAGE
SEPHER YETSIRAH












1160 - 1235, Posquières
Le fils d’Abraham ben David, Isaac l’Aveugle de Narbonne, que les sources contemporaines présentent comme le type pur du mystique contemplatif, est le premier lettré juif dont l’activité se limite à la kabbale. L’école de Provence annonce un renouveau doctrinal important. Ce sont surtout les écrits d’Isaac l’Aveugle (commentaire sur le Sefer Yesira ), mais aussi les allusions contenues dans les œuvres de Jacob Nazir et d’Abraham ben David qui montrent que les spéculations, centrées sur le monde séfirotique, s’efforçaient de formuler la distinction entre l’aspect manifesté de la divinité – le Démiurge, en hébreu Yoser bereshit – et son aspect non manifesté – la Cause des causes –, inconnaissable à l’homme, même au sommet de la contemplation mystique. Ces écrits annoncent aussi une nouvelle technique de contemplation reliant les mots de la liturgie à la méditation sur les sefirot ; cette technique jouera un rôle central dans les branches tardives de la kabbale .larmenius

Isaac, surnommé l’Aveugle, pas autant pour une carence de vision du monde perceptible par les sens (ce qui ne pourra jamais être vérifié) que parce que ses expériences d’ordre cosmogonique lui avaient permis d’acquérir une telle richesse de lumière intérieure qu’il en avait été aveuglé, ouvrant ainsi la porte sur l’incommensurable réalité de l’au-delà du Cosmos, de la métaphysique dont sont imprégnés tous ces écrits et nombre des enseignements qu’il a légués à ses disciples. Isaac naquit probablement à Posquières ou à Narbonne, et mourut vers 1235. L’on ne connaît guère plus de sa vie individuelle, comme cela est assez habituel chez les initiés juifs qui menaient une existence en marge de la communauté et entièrement consacrée à la contemplation, à l’étude de leur tradition et à la transmission de la doctrine à quelques rares adeptes qualifiés. Ces sages étaient appelés perusim, ce qui signifie écartés ou séparés, ce qui ne veut pas dire qu’ils vivaient étrangers au monde, mais qu’ils savaient profiter des conditions propices à la concentration que leur donnait ce mode de vie et se libéraient ainsi des entraves et de l’esclavage de l’éphémère et de l’urgence, et pouvaient donc se plonger dans les plus profondes investigations sur l’être humain et l’univers, ou sur le Monde au sens le plus large. Ainsi que le déclare Isaac dans l’un de ses manuscrits, le premier pas, et le principal, sur ce sentier de Connaissance, est de s’y consacrer sans restrictions mentales d’aucune sorte :

Et en accord avec leur affirmation… ils se prosternent : la prosternation est comment celui qui laisse de côté ses qualités et ne s’occupe que de la pensée, se lie à la Pensée, exalte la pensée et soumet le corps afin de renforcer l’âme.

Bien qu’il n’ait pas été très partisan de laisser par écrit les arcanes qu’il déchiffrait, et encore moins de les faire connaître aux profanes, un extraordinaire Commentaire du Sefer Yetsirah écrit de sa main a été conservé, un autre de son Job, et environ soixante-dix fragments dispersés qui, dans un langage parfois très cryptique et énigmatique, sont la synthèse des spéculations opérées dans l’âme de ces initiés qu’illuminait non seulement la transmission horizontale de leur chaîne traditionnelle, mais également la verticale, puisque l’on dit de plusieurs d’entre eux, parmi lesquels Isaac lui-même, qu’ils avaient reçu l’influx du prophète Elias, ainsi que nous le verrons plus loin.

G. Scholem a consacré une partie de son étude sur Les Origines de la Kabbale à des recherches sur ce cabaliste et son entourage, soulignant surtout les aspects doctrinaux où se profile et se précise le modèle de l’Arbre séfirotique. Il nous déclare :

L’idée qu’expose le Bahir sur les sefiroth cristallise complètement dans les écrits d’Itzhak. Dans son commentaire sur Yetsirah 4, 3, l’on utilise pour la première fois le verset du Livre Ier des Chroniques 29, 11 comme une référence biblique aux nombres et à la séquence des sept sefiroth inférieures, en particulier les cinq premières : ‘À toi, ô Jéhovah, la Magnificence (Guedoulah) et le Pouvoir (Guevourah), la Gloire (Tiferet), la Victoire (Netsah), et l’Honneur (Hod), car les choses (kol) qui sont dans les cieux et sur la terre sont tiennes. Á toi, ô Jehovah, le règne car tu es souverain par-dessus tous’.

Il précise, dans un autre livre :

Son commentaire sur le Sefer Yetsirah est la première œuvre qui explique le livre sous l’éclairage d’une théorie systématique des sefirot selon l’esprit de la Kabbale. A la tête des qualités divines, il place la « pensée » (mahashabah) d’où surgissent les paroles divines, les « mots » au moyen desquels le monde fut créé. Au-dessus de la « pensée » se trouve le Dieu caché, qui reçoit pour la première fois le nom de En-sof (« l’Infini ») […] Avec la théorie des sefirot, il développa le concept de la mystique du langage. La parole de l’homme est connectée à la parole divine, et tout le langage, céleste ou humain, provient d’une seule source, le Nom divin, 69

Or toutes ces dénominations auxquelles Scholem porte un intérêt éminemment systématique ne représentent pas pour Isaac l’Aveugle un but classificatoire et paralysant mais, comme les symboles qu’elles sont, constituent plutôt les véhicules pour nommer ce qui peut être dénombré, pesé ou mesuré, et donc être connu, de l’Innommable. Les mots sont des évocations de réalités supérieures ou plus intérieures, d’où l’emploi par ce cabaliste d’expressions universelles présentes non seulement dans l’idéologie du peuple juif, mais aussi dans celle de nombreuses autres traditions de la terre, tel que le symbole de l’arbre comme modèle du Cosmos, ou celui du feu, des flammes et des braises qui est assimilé à l’Esprit d’où surgit tout et où tout retourne, ou encore celui de la montagne qui entoure le Tout et son Principe, et dont les entrailles sont creusées de veines et de tunnels, symbolismes qui correspondent aux sentiers unissant les sefirot et où circulent les vibrations qui animent l’Univers. Toutes ces images possèdent un grand pouvoir et provoquent chez le chercheur de trésor occulte la nécessité impérieuse de plonger à l’intérieur et téter directement à la source et la racine de l’existence. Le mot « téter » est un terme clef dans la didactique d’Isaac qui l’emploie pour évoquer la succion et l’ingestion d’un liquide nutritif qui n’est autre que l’Esprit qui se donne et se reçoit lui-même, donc l’unique qui nourrit, emplit et rassasie. Il déclare, résumant ce mystère en quelques lignes :

Les sentiers des merveilles sont comme les veines du tronc d’un arbre, et Hokhmah en est la racine. Ce sont des essences internes et subtiles que nulle créature peut contempler sauf celle qui les tète, [cela étant] un mode de contemplation à partir de l’allaitement, et non au moyen de la connaissance.

Poursuivant cette méditation sur le véritable savoir (car, ainsi que le fait observer Isaac à la fin de la citation précédente, il ne faut pas le confondre avec une connaissance rationnelle et limitée), le cabaliste s’interroge constamment et recherche les réponses au fond de son cœur ; et à travers ce questionnaire vital il trace un itinéraire dans les régions de la Pensée et tisse un discours qui ne prétend pas à la perfection de la forme, ni à embrasser les possibilités indéfinies de tout ce qui pourrait être dit, mais à déchirer les voiles occultant la Réalité pour que celle-ci affleure, et pouvoir réaliser simultanément le processus de réunion de tout ce qui est dans la virtualité du Principe. Avant tout, cette rédaction du commentaire du Sefer Yetsirah est pour Isaac l’Aveugle un rite, c’est-à-dire un acte sacré où il rassemble la conception révélée de la structure organique du Cosmos (cristallisée dans les dix sefirot et les trente-deux sentiers) et l’itinéraire qui doit être suivi pour sa recréation permanente, ce qui convertit l’être humain en mage ou théurge, dans toute l’acception du terme. Peu à peu, cette glose inspirée déroule l’écheveau dont le fil lumineux est un guide sur le sentier initiatique :

C’est pour cela que l’on dit dix et non pas neuf, car la pensée ne peut pas appréhender la mesure de ce qu’il y a au-dessus d’Hokhmah, ni à l’intérieur d’Hokhmah sauf au moyen de la compréhension, ainsi qu’il est dit, comprendre en Sagesse. Comprendre pourrait être seulement un infinitif, mais si c’est un impératif il n’est que pour les adeptes. Il ne dit pas « comprendre la Sagesse » ou « connaître la Sagesse » mais comprendre en Sagesse, car la Sagesse arrive au moyen de la compréhension et la compréhension est comprendre en Sagesse, pas comprendre la Sagesse, mais comprendre la compréhension qu’il y a dans la Sagesse. Et comme est cette compréhension ? Comprend en Sagesse et sois sage en compréhension, car il y a des essences cachées qui ne portent pas d’inscription ; elles ne peuvent pas se comprendre, mais la chose qui en émane si. Qu’est-ce que la compréhension pour cette chose ou pour l’adepte qui la comprend ? À partir des essences inscrites il y a une compréhension de celles qui ne sont pas inscrites, et à partir de l’appréhension interne de leur Pensée il y a une compréhension de leur Cause dans ‘En Sof.

Sonde-les, sonde Binah en elles, car le terme sonde s’applique seulement dans quelque chose. Une personne ne dit pas « j’ai sondé dessus » mais « je l’ai sondé », dans la cause. L’on sonde en faisant usage d’une autre chose qui peut sonder Binah dans Hokhmah. Et scrute-les, le mérite et la faute, car il est écrit à leur propos que « elles ne sont pas scrutées (Is. 40, 28) ». Ainsi il ne dit pas « scrute en elles ». L’explication de « scrute-les » est de construire le cadre qui est appréhendé à travers la perception, et l’évaluer en accord avec les dimensions des causes, qui en émanent et sont construites par elles. Ce parcours spirituel va du perceptible au totalement invisible, du limité à l’illimité ; l’on part de la carapace du symbole pour accéder à son essence informelle et incréée, et même plus profond encore, jusqu’à la région métaphysique :

Sa mesure est dix. Chaque chose est une dimension et ce qui est au-dessus est ce qui l’emplit, car la dimension est un pouvoir qui émane de la dimension du médiateur, de l’essentialité de la dimension et de l’émanation de l’essence dans ‘En Sof. La profondeur est Haskel vers ‘En Sof. Le Principe est l’émanation du pouvoir de la profondeur, qui est Hokhmah, et la profondeur est depuis ‘En Sof, et tout est un. Et puisque la pensée ne l’appréhende pas [Haskel], elle dit dix et non pas onze. La profondeur est la fin de l’appréhension de la pensée dans la direction de ‘En Sof. La fin est Binah, qui est un principe appelé heh, comme la fin du [divin] Nom. Les essences et les sentiers n’ont aucune inscription appréhensible dans Hokhmah, et pour cela nous disons que ce sont les têtes des dimensions, le principe du commencement des causes des entités séparées, car ces dimensions que nous avons mentionnées sont dans ‘En Sof. Dans notre langage l’on ne trouve que les têtes des dimensions. Leur simplicité est sans séparation, car ce sont les principes des causes des entités séparées.

Nous pourrions donc dire que ce Commentaire est une permanente louange à la non dualité entre l’Être et le Non-Être, comme on le perçoit dans ce fragment :

Et le Seigneur unique gouverne… pour toujours en haut par-dessus tout. Unique, car Il est uni à tout et tout est uni à Lui. Les gouverne toutes : c’est le gouvernement qui se compose de toutes les dimensions mentionnées auparavant dans ‘En Sof. De sa demeure sacrée : ce sont les patriciats. Pour toujours : soutien, durée, stabilité, rectitude en ce qui concerne quelque chose qui est encore, du mot ‘od, qui veut dire qu’il demeure encore.

Et dans cet autre encore :

Toutes les choses et toutes les dimensions qui semblent être séparées n’ont pas de séparation en elles, puisque tout est un, comme le principe qui unit tout. Le mot « unique », car l’unique Seigneur, évoque alors une dimension de ‘En Sof qui n’a de fin d’aucun côté.

Quant à Eyn Sof, sans-fin ou Infini –terme qui apparaît pour la première fois dans les écrits de ce sage médiéval–, il ne s’agit pas de quelque chose qu’il tenterait de définir par ce mot, car ce n’est rien dont on puisse dire « c’est ceci ou cela ; tout, peu, beaucoup ou presque rien », mais devant l’impossibilité de s’y référer et d’embrasser ce que signifie une telle réalité métaphysique, cette désignation n’est qu’une insinuation afin que l’être humain puisse prendre conscience (pas en tant qu’individualité, mais parce que son intérieur abrite le germe de l’illimité, du supranaturel et du supra-essentiel) de cet état non conditionné, non cognoscible et libre de toute détermination, qui est le but du parcours initiatique. Dans la fusion avec cet Océan sans fin, suspendu éternellement dans la vérité, il ne serait plus nécessaire de penser, de parler, de faire, ni de promouvoir ; mais c’est néanmoins une constante chez les êtres humains ayant atteint ces états spirituels que de répéter le geste gratuit du Scribe ou de l’Auteur (ce sont les termes employés par Isaac pour faire référence au Principe du Cosmos) et contribuer ainsi à la régénération des possibilités d’Être. Mais quelle est la manière de se joindre à ce rite sacré ? Pour Isaac l’Aveugle, c’est le langage, émané du Verbe ou du Fiat Lux, qui est le symbole cosmogonique par définition :

Leur racine [à savoir celle du langage et des choses] est un nom, car les lettres sont comme des branches, qui apparaissent à la manière de flammes qui étincellent, mobiles et cependant unies au charbon, ou à la manière des feuilles de l’arbre, de ses branches, dont la racine est toujours dans l’arbre… et tous les debarim se font formes et toutes les formes viennent du nom unique, tout comme la branche vient de la racine. L’on conclut donc que tout est dans la racine, qui est l’unique nom.

Et l’être humain, univers en petit, est chargé d’actualiser la vie de l’Être Universelle par l’intermédiaire de ce code symbolique, car :

Isaac compare les lettres à l’homme, elles contiennent des « essences subtiles et secrètes » dans lesquelles se trouve à l’état latent tout ce qui en découlera dans le futur, comme l’homme qui possède en germe tous ses descendants.

Ce parush a été un chaînon clef dans la chaîne de transmission de la Cabale naissante. Les modèles et appuis symboliques qu’il avait entrevus et suggérés –encore inachevés, pourrions-nous dire, tendres et ouverts au mûrissement qui s’opérera avec les apports de ses héritiers spirituels– eurent une profonde empreinte sur le développement postérieur de l’histoire de l’ésotérisme juif.
geocities

JOSEPH DE HAMADAN




ETUDE
KABALE



"Chaque mot de la Thora sans exception est un secret dissimulé et profond"





Rabbi Joseph de Hamadan, l’un des cabalistes les plus importants et les plus féconds de la fin du XIIIe siècle, a exercé une immense influence dans l’histoire de la cabale tout en conservant jusqu’à présent un anonymat presque total. Son œuvre volumineuse, qui s’apparente sur de nombreux points au Zohar, commence à peine à être connue et étudiée.
Dans son commentaire sur la Genèse dont nous donnons une édition critique, une traduction annotée et une présentation générale de la partie parvenue jusqu’à nous, l’ensemble de ses conceptions audacieuses et de ses exégèses mystiques d’une puissance inégalée se déploie en suivant pas à pas des versets du chapitre IV de la Genèse et de l’Ecclésiaste.
Lamech et ses femmes, Caïn, Abel et Seth avec leurs descendants immédiats, constituent les personnages centraux auxquels sont tour à tour identifiés les figures principales du monde divin et du monde angélique.


Inconnu jusqu’à présent, Joseph de Hamadan fut pourtant l’un des plus grands kabbalistes médiévaux dont une première traduction française voit le jour.
Charles Mopsik, le grand spécialiste français de la mystique juive, remarquait fort justement dans son dernier livre que « la cabale a eu l’audace, plus que toute autre approche philosophique ou théologique, de poser des questions interdites. Elle a en particulier cherché à sortir de l’ombre la racine cachée de tout principe éthique : pourquoi l’adultère, l’inceste, le meurtre sont-ils prohibés ? ». Ainsi, et singulièrement vis-à-vis de l’idée que les modernes peuvent se faire de la religion – perçue comme fondamentalement bourgeoise, frileuse, indigne de tout enseignement susceptible d’illuminer une réflexion se voulant affranchie de normes « morales » paralysantes – la Kabbale fait figure de doctrine, ou plus exactement, d’un ensemble de doctrines, où tout est soudainement permis tandis que l’imagination (contre laquelle la philosophie juive médiévale nous a tant mis en garde) retrouve ses droits. Bien sûr, les kabbalistes furent d’ardents croyants ; cependant, c’est précisément cette ferveur qui les poussa à gommer la ligne de séparation – décrétée puis tracée par les rationalistes juifs, à commencer par Maïmonide – entre l’ici-bas, espace de finitude et de mortalité, et l’En-haut, champ d’éternité où se déploient les mystères de la vie divine.
S’ils admettaient que cette dernière se situe par-delà toute appréhension humaine et proclamaient son caractère inconnaissable, les kabbalistes, contrairement à leurs prédécesseurs, eurent tout de même la témérité spirituelle de s’en approcher au plus près. Comment ? Par le biais, essentiellement, d’une exégèse qui, tout en intégrant les acquis du commentaire classique (du Talmud à Rashi), allait se développer dans les directions les plus inattendues. Or, en présentant une infime partie de l’œuvre – par ailleurs immense – de Joseph de Hamadan, Charles Mopsik permet au lecteur français de prendre la mesure de cette entreprise littéraire sans précédent que fut la Kabbale.
Qui est Joseph de Hamadan ? D’emblée, il faut convenir que ce nom n’évoque strictement rien à ceux – d’ailleurs de plus en plus nombreux – qui s’intéressent à la Kabbale, suivent de près les publications sur le sujet et sont même capables de l’aborder directement dans les langues (hébreu ou araméen) qui furent celles de ses principaux auteurs. Or, il y a là une lacune – enfin comblée grâce à la parution de ce Fragment d’un commentaire sur la Genèse. En guise de témoignages directs sur Hamadan, nous ne possédons que deux brèves appréciations, émanant il est vrai d’auteurs anonymes : « Un grand cabaliste [expert] dans les mystères de la Thora » ; « le grand sage rabbi Joseph venu de la cité de Suse, c’était un expert dans toutes les sagesses et il rapporta entre ses mains cette pierre précieuse... » Nous n’en saurons pas davantage. Toutefois, à l’aide de catégories historico-philologiques, la recherche moderne a mis à jour quelques éléments biographiques incontournables pour la connaissance du personnage : d’abord, tout porte à croire que Joseph de Hamadan, qui vécut vers 1300, a produit au moins une grande partie de son œuvre hors de la ville iranienne dont le nom est accolé au sien et qu’il vivait dans le royaume de Castille.
Plusieurs spécialistes considèrent qu’il fit partie du groupe d’écrivains (géniaux) qui allaient produire un des ouvrages les plus importants de l’histoire des idées : le Zohar – c’est dire l’envergure de Hamadan. Certains, comme Gershom Scholem, virent en lui un penseur radicalement panthéiste, essentiellement en raison de passages comme celui-ci : « Lui, béni soit-Il, remplit tous les mondes, ainsi que nos maîtres, de mémoire bénie, l’ont dit : “Car Yah YHVH est le rocher des mondes” (Is. 26 : 4), ne lis pas “rocher” (tsour) mais “il enserre” (tsar) devant lui les mondes, ce monde-ci et le monde à venir. Il remplit tout et en Lui résident les anges, les fils de l’homme et tout ce qu’Il a créé. » Dès la première page de son commentaire, on est frappé par l’aspect paradoxal des propositions constitutives de sa pensée.
Quant à ses descriptions anthropomorphiques, elles ont de quoi faire frémir les plus blasés. Relisant le récit biblique par le biais de la symbolique kabbalistique, il parvient à insuffler à l’Histoire sainte une redoutable énergie, faisant surgir du signifiant là où même avec la meilleure volonté, ses devanciers avaient dû s’en tenir au sens obvie du texte. Ainsi, la lecture de son commentaire (et de l’étude particulièrement savante qui le précède, rédigée avec cette sobriété tendue à laquelle Mopsik nous a habitués) offre en dernière analyse l’opportunité de reconsidérer tout un pan de la geste de certaines figures emblématiques non seulement du Livre de la Genèse, mais également de Salomon, Moïse, etc. À propos de ce dernier, et à titre quasi anecdotique, notons que par anticipation, Joseph de Hamadan apporte une réplique mystique à la critique de la religion d’inspiration spinoziste qui allait, dès le milieu du XVIIe siècle, faire les ravages que l’on sait : un verset du Livre des Nombres (12 : 3) nous apprend que Moïse fut le plus humble de tous les hommes ; or, ricanèrent les rationalistes, ce même Moïse est censé, selon la Tradition, avoir rédigé lui-même le texte du Pentateuque. Dès lors, comment concevoir que le plus humble d’entre tous se gargariserait de sa perfection morale au point de l’inscrire noir sur blanc dans l’éternité par le biais du récit biblique ? Ne reculant devant rien, Joseph de Hamadan nous enseigne que le Moïse dont il est question ici n’est pas le Moïse humain, charnel – mais le nom d’une des émanations de la divinité : « [...] tu constates que Moïse notre maître, la paix soit sur lui, lui qui écrivit la Thora d’après la Bouche de la Puissance, aurait fait sa propre louange en disant : “L’homme Moïse était très humble” (Nom. 12 3) ! Peux-tu croire qu’un grand homme comme Moïse notre maître, la paix soit sur lui, ait fait son propre éloge ? En réalité, jamais il ne parlait de lui-même, bien qu’il ait possédé toutes ces qualités, en fait [il ne parlait] qu’au sujet de la [sefira] Tiferet qui est appelée Moïse, et c’est pourquoi il est écrit : “YHVH parla à Moïse en disant” et il ne dit pas : “YHVH me parla comme il en allait pour tous les autres prophètes”...»verdier

HAIM DE VOLOZHIN



BIO
HEBREW
Nefesh HaChaim
PORTRAIT
HISTORY



yeshiva de volozhin


Hayim de Volozhyn. Talmudiste et cabaliste lithuanien (1759-1821). Disciple du prestigieux Gaon Elie de Vilna, il joua un rôle de premier plan dans la vie juive d'Europe orientale. Il fonda en 1802 une Yéchiva, ou Académie talmudique, dans la ville de Volozhyn où il était rabbin depuis l'âge de vingt-cinq ans, bien qu'il tirât ses revenus d'une activité commerciale. Cette Académie devint le modèle de nombreux centres d'étude juive qui se créèrent à son exemple et elle forma les maîtres et rabbins les plus importants du siècle. R. Hayim introduisit une nouvelle atmosphère au sein de ces études austères, en mettant l'accent sur la puissance cosmique de l'étude de la Torah qui devait se dérouler de manière ininterrompue, les élèves se relayant jour et nuit pour qu'elle ne cesse pas. Bien que l'enseignement fut l'activité principale de R. Hayim, il connut la célébrité en tant qu'écrivain en rédigeant L'âme de la vie (Nefech ha-Hayim), dont il n'autorisa la publication qu'après sa mort. Il fut l'auteur aussi d'un commentaire sur le Traité des Pères (Pirqé Avot), intitulé L'Esprit de vie (Rouah Hayim). Il écrivit aussi des responsa d'ordre juridique. Il consacra beaucoup d'efforts à lutter contre le Hassidisme, mouvement piétiste juif qui mettait l'accent sur les prières et l'extase mystique, en montrant que l'étude intellectuelle de la Torah et du Talmud est en soi l'union mystique la plus authentique et la plus élevée .bio

D'après Rabbi Haïm de Volozhin (dans son œuvre Nefech Ha'haïm, porte 1,12), c'est là la signification de la Michna (Maximes des Pères 4,2) " La récompense pour une mitsva est une mitsva alors que la punition pour un péché est un péché ". La vie après la mort ne consiste qu'à revivre spirituellement nos expériences terrestres. Si nous nous sommes voués à accomplir des mitsvot, nous éprouverons la joie spirituelle générée par nos mitsvot pour l'éternité, alors que la douleur de nos péchés nous enveloppera dans un Enfer spirituel rempli de souffrances et de tristesse, conséquences spirituelles de nos transgressions .lamed

L'étude de la Torah était tombée en désuétude au 18-ème siècle et était devenu réservée à l'élite.

En 1803, le Rabbin Chaim ben Isaac de Volozhin (1749-1821), un étudiant de Vilna Ga'on, décida de remédier à cette situation. La plupart des yeshivas pendant ce période étaient de petites institutions d'étude financées séparément par les villes dans lesquelles elles se trouvaient. Le Rabbin Chaim proposa de fonder une grande institution, ouverte à tous, financée par de nombreuses communautés.

Il envoya des lettres aux chefs rabbins des villes à travers l'Europe pour leur demander d'envoyer leurs meilleurs élèves étudier à sa yeshiva de Volozhin en Lithuanie, ou il promit de leur fournir une aide financière, les meilleurs enseignants, et un enseignement standardisé de haut-niveau. La réponse à sa lettre fut très positive et un grand nombre d'étudiants furent envoyés à la Yeshiva Volozhin, qui eut jusqu'à 450 étudiants.

Malheurusement, la Yeshiva Volozhin ne dura pas très longtemps car le gouvernement Tsariste de Russie vit ce qui se passait et l'obligea à adopter un curriculum plus séculaire afin de le rendre moins Juif. Alors que Volozhin Yeshiva était prête à tolérer quelques études séculaires, les Russes obligèrent à ce que tous les enseignants aient des diplômes d'établissements d'enseignement reconnus afin d'enseigner "la langue et la culture Russe", ce qui n'était pas acceptable. La Yeshiva fut donc fermée en 1892 par les inspecteurs Russes et les étudiants s'exilérent.

Bien que n'ayant fonctionné qu'un peu moins de 100 ans, c'était devenu le modèle de la Yeshiva moderne. Quand Volozhin fut fermée, d'autres Yeshivas basées sur le même modèle fonctionnaient déja, beaucoup ouvertes par les étudiants de Volozhin.goulnik

Selon Rabbi Hayyim, Dieu, Elohim, a produit les mondes par son pouvoir infini et il les maintient constamment dans l’être. S’il venait à cesser de répandre sur eux son énergie créatrice, ceux-ci retourneraient aussitôt au néant. Seulement, et c’est le thème majeur du livre, Dieu a voulu que son association au monde dépende de la conduite humaine, des pensées, des paroles et des actes d’Israël qui représente l’humanité authentique. L’homme créé en effet à l’image et à la ressemblance d’Elohim est lui aussi l’âme de l’univers non seulement parce que, créé le dernier, il récapitule en lui l’ensemble des forces de l’univers, mais aussi parce que le sort de toute la création est suspendu à son influence. « C’est par ses actes, ses paroles et ses justes pensées, qu’il soutient et renforce les nombreux et saints mondes supérieurs » (p. 10). L’homme est donc responsable de l’univers, c’est là le secret de son humanité et le sens de sa ressemblance à Elohim. Aucun détail de sa conduite ne peut jamais être considéré comme ne concernant que lui seul : tout ce que l’homme pense, dit et fait a une portée infinie, bien au-delà de ce qu’il croit parfois pour se rassurer et limiter sa responsabilité en pensant que certaines choses ne regardent que lui et que le reste est hors de sa portée.
Catherine Chalier


Il faut mentionner aussi le Rav Joseph Dov Soloveitchik (1903-1993) qui est son petit fils.
Il a marqué de sa pensée le judaïsme américain, mais par-delà c’est le judaïsme tout court qui doit lui être reconnaissant pour sa pensée rigoureuse et puissante, qui mériterait d’être mieux connue en France.En 1941, il quitte Boston pour New York, où il occupera la chaire de Talmud à la célèbre Yéshiva Universty.
Il développe sa théorie qui harmonise Torah et Science (Torah oumadâ). Tout en s’inscrivant dans une mouvance de stricte observance, il préconise une ouverture pour les femmes, en créant pour elles un cours de Talmud de haut niveau.
Soloveitchik fut critiqué tant par les religieux modernes que par les religieux anciens. Les premiers le trouvaient trop relié au vieux monde de l'Europe, alors que les seconds l’accusaient de vouloir réformer les normes religieuses afin de moderniser et d’américaniser le judaïsme.
En dépit de ces critiques, le Rav Soloveitchik est resté immuable dans sa croyance et dans ses positions tout au long de sa vie. Il est incontestablement l’une des lumières du judaïsme du XXème siècle.akadem

ELIE BENAMOZEGH

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Aimé Pallière


Les rapports entre la Cabale et la philosophie ont toujours été délicats. Elie Benamozegh (1823-1900), cabaliste et philosophe italien, a envisagé la cabale comme la véritable tradition spéculative et rationnelle du judaïsme, en éliminant les barrières entre les deux optiques. Il a mis en relation cette tradition avec la pensée européenne, notamment avec l’idéalisme de Hegel. Elie Benamozegh par ses conclusions se trouve au coeur du débat sur le Noachisme.


Elie Benamozegh, est un rabbin cabaliste de la fin du dix-neuvième siècle. Son objectif, c’est de démentir la vision non-juive d’un judaïsme essentiellement particulariste et ethno-centré, qui se trouve avoir cours en Europe à son époque. Il entend démontrer le caractère nettement universaliste de cette religion : caractère assez largement ignoré par ses contemporains (l’est-il moins des nôtres ?), du fait de la rupture, créée jadis par l’Eglise naissante, dans l’association typiquement juive des deux idées particulariste et universaliste (c’est suite à cette rupture que le christianisme se spécialisa pour ainsi dire sur le « marché de l’universel » et s’en arrogea le monopole en Occident). Il est illogique (bien que l’idée ait la vie dure), remarque notamment Benamozegh, d’imaginer qu’une religion à vocation aussi universelle que le christianisme ait pu naître d’un judaïsme exclusivement étroit et borné comme on le dépeint fréquemment. L’universalisme et le particularisme ont toujours coexisté dans la tradition hébraïque : l’un comme but et l’autre comme moyen. Pour Benamozegh, il ne s’agit pas de se demander si le judaïsme est une religion universelle, mais s’il a une religion universelle ! Passage ô combien génial et original de l’être à l’avoir, dont au demeurant la psychanalyse nous explique dans un champ connexe qu’il est une étape essentielle de l’Œdipe…

Qu’est-ce à dire ? Le judaïsme « [contiendrait] dans son sein, de même que la fleur cache le fruit, la religion réservée au genre humain tout entier, et dont la législation mosaïque, en apparence si incompatible avec cette haute destinée, [ne serait] que l’écorce ou l’enveloppe extérieure ». Cette religion contenue (ou noachisme dans la terminologie rabbinique), remonterait aux origines de l’Humanité, et tirerait son universalité de l’unité primitive du genre humain : « à l’unité primitive du genre humain répond l’unité primitive de la doctrine ». On en retrouverait la trace, sous une forme plus ou moins bien conservée, dans toutes les traditions : « aux fractionnements successifs, à la différenciation des races correspondent les diverses tendances religieuses ». Benamozegh explique ainsi les similarités et les « ressemblances frappantes » entre les différentes religions d’Orient et d’Occident, en particulier entre les mystères qui étaient enseignés aux élites de ces religions respectives. Il s’attache surtout à démontrer avec passion en quoi cette religion universelle ne se retrouve nulle part plus fidèle à sa version originelle que sous la forme du noachisme, contenue dans la tradition hébraïque, à laquelle on découvre au passage une richesse insoupçonnée et une tolérance surprenante, et qui se révèle la seule à concilier aussi nettement des idées qui divisent et opposent habituellement les différentes civilisations. D’une idée à celle qu’on considère en général comme sa pure concurrente et rivale (le monothéisme et le paganisme pour ne prendre que cet exemple), tout un continuum nous est dépeint qui rend à chaque fois intelligible une sorte de vérité originelle, sur laquelle il est proposé à tous de reformer ses croyances.

A travers le système Benamozegh, il est possible de se figurer ce qui émeut tant les juifs comme les non-juifs quant à ce qui touche à la relation entre Israël et l’Humanité (et d’en découdre au passage avec quelques idées reçues). Oui, il y a du particularisme dans le judaïsme ; mais pour les Juifs, ce particularisme est un humanisme, une intériorité paradoxale et nécessaire qui se révèle ouverture sur le monde. Quand on s’attaque à ce particularisme d’Israël (le peuple ou l’Etat), il faut comprendre que ce que les Juifs pressentent toujours comme menacé au-delà d’eux-mêmes, c’est un certain universel, qu’ils ont la vocation – consciente ou refoulée – de conserver jusqu’à ce que l’Humanité le re-connaisse. Non, les Juifs ne valent pas a priori mieux que les autres ; mais il n’y avait que ceux qui s’en gargarisent pour y croire : la prétention juive, bien modeste, n’est pas d’être une religion qui incarne la vérité, mais qui y donne accès. On serait du reste bien avisé à s’inspirer davantage de cette posture… « C’est [nous dit Benamozegh] pour la conservation et l’établissement de [la religion universelle] que le judaïsme a vécu, qu’il a lutté et souffert. (…) Si l’on examine de près la législation mosaïque, qui semble élever entre Israël et le genre humain une infranchissable barrière, on découvre bientôt la raison de ces lois particulières d’autant plus sévères et étroites que le but à atteindre était plus sublime et plus éloigné aussi ». En ce sens : oui, il y a « deux poids deux mesures » ; mais quand le doigt montre le ciel, il s’agit de ne pas être l’ignorant qui s’excite sur le doigt. La part belle, ce n’est pas celle qui est dévolue spécifiquement à Israël, c’est la vérité universelle destinée (et librement proposée) à tous.mikiane

SHLOMO ALKABETZ


PORTRAIT
SAFED
LEKHA DODI-MP3
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CANTIQUE
M CATANE
LIBRARY


Rabbi Shlomo Alkabetz était un auteur prolifique. En son temps, ses travaux étaient populaires et lui firent gagner beaucoup de respect et d'admiration, bien que la plupart d'entre eux ne soient pas très connus aujourd'hui. Plusieurs travaux sont manuscrits; d'autres ont été perdus. Plusieurs de ses travaux sont des commentaires du Tanach et de la Liturgie. Il y a également des discours sur des sujets dans la Kabbale.

Parmi ses travaux imprimés: - Lecha Dodi, un hymne mystique chanté à l'inauguration du Shabbat. Il est composé selon des enseignements kabbalistiques sur la sefira et malchut (qui représente à la fois le Shechina et l'âme juive) du Shabbat, et il exprime donc le désir de la Shechina et de l'âme juive sur la Rédemption.

Il fût probablement composé à Safed et fût imprimé peu de temps après son apparition dans la version de Sefardi du livre-prière (CE 5344/1584 de Venise). L'hymne est devenu si populaire qu'il fût incorporé dans la liturgie du Shabbat de chaque communauté. C'est pour ce travail que Rabbi Shlomo est particulièrement renommé. L'auteur a signé son nom - "Shlomo HaLevi" - dans l'acrostiche constitué par la première lettre des huit premiers vers de l'hymne.po ip


R. Solomon Alkabetz (1505-1576 ou 1580 ?) poète et mystique, vint de Turquie en Eretz Israel, en 1535, suite au conseil dispensé par un esprit angélique (maggid). Il faisait partie de ces mystiques qui, vêtus de blanc, s’en allaient le vendredi soir, hors des murs, accueillir la « Reine Shabbath » L’hymne qu’il composa pour la circonstance, le « Lekha Doddi » (Va, mon ami, au-devant de la fiancée et allons recevoir la face de Shabbath.. ») est toujours chanté avec ferveur dans toutes les synagogues du monde, lors de l’inauguration de Shabbath. Selon la tradition, R. Alkabetz fut assassiné par un Arabe qui l’enterra dans sa cour, au pied d’un figuier. Ce dernier se mit à fleurir immédiatement, et à produire d’énormes fruits, et ceci en dehors de la saison normale ! Cet événement fut connu du gouverneur provincial qui manda l’Arabe et lui demanda quel était son secret. Le meurtrier, craignant d’être démasqué, garda le silence, ce qui poussa le gouverneur à le faire avouer par la torture. Il raconta toute l’histoire et fut condamné à être pendu à ce même figuier.peterstaaden

JOSEPH GIKATILA



MOPSIK
CABALE
verdier
ETUDE
LETTRE SUR LA SAINTETE
LES PORTES
CABALE



Joseph Gikatila. Cabaliste castillan né à Medinaceli en 1248, mort vers 1325. Il vécut de nombreuses années à Ségovie et entre 1272 et 1274 il étudia la cabale des lettres sous l'égide de R. Abraham Aboulafia qui le considérait comme son meilleur élève. Il peut être considéré comme l'un des écrivains les plus doués de son temps. Son premier ouvrage, Le jardin du noyer (Guinat Egoz), publié en 1615, porte la marque de cet enseignement. Il combine la mystique symbolique de l'alphabet hébreu et des point-voyelles, des spéculations sur les noms divins, avec une doctrine des sefirot (les dix nombres primordiaux du Livre de la Création) de type philosophique, qui les identifie avec les "Intelligences" de l'aristotélisme de Maïmonide. On lui doit un commentaire mystico-philosophique sur le Guide des Egarés, un commentaire sur le Cantique des Cantique et sur la vision d'Ezéchiel ainsi que des poèmes mystiques. Il est l'auteur d'un nombre importants d'ouvrages et d'opuscules consacrés aux diverses branches de la cabale. Dans un deuxième temps, il épousa la cause de la cabale théosophique, celle que l'Ecole du Zohar et Moïse de Léon diffusèrent avec brio. Il rédigea dans la veine de ce courant Les portes de la justice (Cha'aré Tsedeq), publié en 1559, qui explique le système des sefirot, et surtout Les portes de la lumière (Cha'aré Ora) qui devint un grand classique.biographie



Les Portes de la Lumière est une encyclopédie kabbalistique des Noms divins et une étude mettant en évidence l'intime liaison entretenue par les mots de la Bible et les Noms de Dieu. L'auteur, Joseph Gikatila, dépouille les mots de leurs significations extérieures pour en révéler le Sod, l'herméneutique. Bien que la Kabbale soit une discipline ésotérique hermétique, Joseph Gikatila rend les concepts kabbalistiques accessibles etoffre un travail clair, systématique etdétaillé.
Ce livre est divisé en dix portes, ou chapitres, décrivant très précisément la manifestation dans le monde des dix Séfiroth, à travers les Noms divins qui leurs correspondent et leurs attributs révélés. Dans le Kabbale des Portes de la Lumière, les aspects de Dieu émanent d'une hiérarchie entrelacée de dix Séfiroth connectées par des canaux qui peuvent être détériorés ou réparés par l'activité humaine. La lumière de chacune de ces Séfiroth, étant inconnaissable et inaccessible, doit s'envelopper de noms et d'attributs capables de la définir. Ainsi, une Séfirah s'enveloppe d'un Nom divin, qui lui-même impénétrable s'enveloppe d'attributs se contenant mutuellement et de surnoms, pour arriver finalement à de simples mots de la Bible.
Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila, est né en 1248 dans la ville de Medinaceli en Castille et est mort vers 1325. Auteur de nombreux ouvrages développant une approche systématique du langage mystique, il fut influencé par deux de ses maîtres: Rabbi Baroukh Togarmi et Rabbi Abraham ben Samuel Aboulafia, fondateur de la Kabbale extatique. Ce dernier reconnut dans Joseph Gikatila son disciple le plus brillant.
dixdecoeur


David et Bethsabée
Le secret du mariage

Loin d’être le fruit du hasard, de rencontres occasionnelles ou de passions aléatoires, les couples réussis résultent de retrouvailles entre les deux moitiés d’une âme unique et androgyne, qui fut scindée lors de sa venue en ce monde. C'est pourquoi le Talmud nous dit que David et Bethsabée étaient destinés l’un à l’autre depuis l’origine des temps. Tel est le point de départ de ce petit chef-d’oeuvre de Joseph Gikatila (1248-1325), l’un des plus importants cabalistes espagnols du XIIIe siècle, sur le secret du mariage et la prédestination des âmes.lyber eclat

CHAIM VITAL


BIO
KABBALAH
SEPHER
PORTRAIT
CHAIM
ARI


Rabbi Chaim Vital (1543 – 1620)

Le Rav Chaim Vital est le successeur et le disciple direct du plus grand kabbaliste dans l'histoire – le Rav Isaac Louria (Le Saint Ari). Chaim Vital est la source, l'auteur, de tous les écrits existants de la Kabbale Lourianique (d’Isaac Louria).

Rav Chaim Vital naquit à Safed (une ville ancienne de kabbalistes dans le nord d'Israël) en 1543, où il grandit.
Il ne s'est pas arrêté à l'étude de la Torah révélée, mais a nourrit une irrésistible envie de connaître l'intériorité de la Torah, un désir ardent de découvrir les secrets de la vie. Après avoir étudié avec les plus grands professeurs de Safed, il intégra l'école du Rabbi Moshé Kordovero (le Ramak) où il étudia la sagesse de la Kabbale.

Le Ramak était le plus grand kabbaliste de Safed avant l'arrivée du Ari. Il est dit que lorsque le Ari arriva à Safed, le Ramak lui même, envoya Chaim Vital étudier avec le Ari. En ces temps, Safed était le centre spirituel de toute l'humanité et le Ari a réussi à changer la sagesse de la Kabbale, qui était jusqu’à là une méthode destinée à une élite, en une méthode convenant à la correction de toute l'humanité.

Le Rav Yéhouda Ashlag, dit le Baal HaSoulam (le maître de l'Echelle, pour son commentaire du Soulam (l'Echelle), du livre du Zohar) écrit à un de ses étudiants du rôle spécial que le Ari avait à l'esprit pour Chaim Vital. Dans cette lettre, il disait que Chaim Vital s'était mis au service du Ari alors qu'il n’avait que 29 ans et qu'il avait du faire de gros efforts pour écrire ce que lui disait le Ari, car il ne comprenait pas toujours ce qu'il lui disait. Voici les mots du Baal HaSoulam: «Après avoir entendu ces mots, il les écrivit, mais Chaim Vital n’avait toujours pas atteint l'unité qui lui était nécessaire pour comprendre ces mots à leurs racines. Ceci était du à sa jeunesse, il avait à l'époque 30 ans, lorsqu'il était avec le Ari.» (Baal HaSoulam, Pri Hacham, Igrof)

Il y avait entre le Ari et le Rav Chaim Vital, une relation très spéciale dont le Ari exprima toute la profondeur dans les mots émouvants qu'il prononça lors de ses derniers moments. Rav Chaim Vital invoqua ce passage dans son livre Shaar HaGuilgoulim (les Portes de la Réincarnation): Le Rav Ytzhak Ha Cohen me dit qu'il était entré en pleurs dans la pièce où se trouvait le Ari que je venais de laisser et lui avait dit: « Est-ce l'espoir sur lequel nous avions tous compté dans votre vie, de voir la bonté, la Torah et une grande sagesse dans le monde?» Le Ari lui répondit: «Si je n'avais trouvé ne serait ce qu'un seul véritable juste parmi vous, je n'aurais pas été enlevé aussi prématurément de ce monde». Alors qu'il lui parlait, le Ari lui demanda soudainement où était passé Rav Chaim Vital: « Où est parti Chaim? Peut-il m'avoir laissé en un tel moment? » Le Ari parut très attristé. Le Rav Ytzhak Ha Cohen compris à l'écoute de ses mots qu'il aurait aimé me faire part de quelques secrets.

Le Rav Ytzhak HaCohen implora Le Ari en lui demandant: «Qu’allons nous faire à partir de maintenant?» Le Ari répondit: «Demande de ma part à nos amis, qu'à partir d'aujourd'hui, ils ne s'investissent plus dans cette sagesse que je leur ai enseignée, car ils ne l'ont pas correctement comprise. Seul le Rav Chaim Vital s'y consacrera seul à voie basse et en cachette.»

Ce fut difficile pour les étudiants d'accepter le fait que le Ari, leur cher professeur, était sur le point de les quitter. Rav Ytzhak Ha Cohen lui demanda nerveusement, incrédule: «N'y a t'il plus aucun espoir?» Le Ari lui répondit: «Si vous en êtes dignes, je viendrais vous enseigner.»
Ytzhak Ha Cohen désorienté par la réponse de son professeur, lui demanda:«Comment viendrez- vous nous enseigner, alors que vous êtes sur le point de quitter ce monde?» Le Ari lui répliqua: «Vous ne comprenez pas ce qui est caché» et il quitta le monde.
Après la mort du Ari, Rav Chaim Vital concentra ses efforts sur la compilation de ses livres. Le Ari dont l'enseignement était totalement oral, avait interdit à tous ses étudiants, à l'exception de Chaim Vital, de mettre son enseignement par écrit. Nul autre que Chaim Vital, pensait-il, ne pouvait le comprendre aussi bien.

Les Ecrits du Ari

A chaque génération, les plus grands kabbalistes ont toujours eu besoin d'un étudiant doté d'une âme spéciale au travers de laquelle ils pouvaient divulguer au monde leurs perceptions spirituelles. Tout comme Rabbi Abba nota sur papier l'enseignement de Rashbi et le compila dans le Livre du Zohar, le Rav Chaim Vital consigna l'enseignement du Ari. Tout ce qu'il écrivit de son professeur est aujourd'hui connu sous le nom de la Kabbale Lourianique, la Kabbale du Ari. Parmi ses principaux livres, nous trouvons L'Arbre de Vie, qui donne une explication scientifique du système entier des mondes supérieurs et les Huit Portes, une collection de livres contenant entre autre, des explications détaillées sur la réincarnation des âmes.

Chaim vital n'a jamais rien ajouté de lui même aux mots du Ari et lorsqu'il avait des doutes sur les mots de son professeur, il l'a clairement indiqué. Ce n'est donc pas étonnant que les écrits de Chaim Vital soient appelés et considérés comme les écrits du Ari. Le Rav Yéhouda Ashlag (Baal HaSoulam) précise que les écrits du Rav Chaim Vital ne furent compilés sous la forme de livres que plusieurs générations après la mort du Rav Vital.

De nombreux livres de Kabbale sont entourés de ce processus de dissimulation et de révélation. Les écrits du Ari sont eux aussi enveloppés de mystère. Il est dit que 600 pages furent volés pendant la vie même de Chaim Vital.

Aussi, avant son décès, Chaim Vital demanda à ses étudiants d'enterrer avec lui quelques uns de ses écrits pour lesquels il était incertain d'avoir compris ce que le Ari avait dit. Avec le temps, les étudiants de Vital déterrèrent la troisième partie des livres et les compilèrent dans la première et la seconde édition de l'Arbre de Vie.
Comme le Ari avant lui, Rav Chaim Vital a dédié sa vie entière à la diffusion de la Kabbale. Il oeuvra pour transmettre au monde, le message spirituel qu'il avait reçu de son professeur, le Ari. Jusqu'à son époque, la Kabbale n'était destinée qu'à une minorité élue, mais depuis son apparition, les portes de la Kabbale se sont ouvertes à tous ceux désirant l'étudier. Le Rav Vital pensait que tout le monde devait s'engager dans l'intériorité de la Torah et étudier la Sagesse de la Kabbale: «Que personne ne puisse dire: Dès à présent, je suis exempt d’étudier cette sagesse.»

Le trait principal du Rav Chaim Vital fut d'être absolument dévoué à la transmission du message intérieur de la Kabbale du Ari. Son époque a été un carrefour dans l'histoire spirituelle du peuple d'Israël en général et dans la sagesse de la Kabbale en particulier. Le travail de Vital a ouvert le chemin à tout un chacun désirant connaître le but de son existence.

Le Rav Yéhouda Ashlag a ensuite continué sur le chemin tracé par le Ari et Chaim Vital. Il publia les écrits du Ari que Chaim Vital avait écrits et les interpréta d'une manière compréhensible pour notre génération. Parmi ses commentaires les plus connus concernant les écrits du Ari, nous avons Talmud Esser Sefirot (le Talmud des Dix Sefirot), Panim Meirot u Masbirot qui est un commentaire sur l'Arbre de Vie, ainsi que le livre Beit Shaar HaKavanot

Le Baal HaSoulam dit d'avoir reçu l'autorisation pour interpréter les mots du Ari grâce à son unique mission: «C'est par la volonté d'En Haut que j'ai mérité l’âme du Ari, non pas grâce à mes bonnes actions, mais par la seule volonté supérieure…j’ai été choisi par cette âme merveilleuse qui, depuis son départ, n'avait jamais, jusqu'à aujourd'hui, été accordée à personne.» (Baal HaSoulam, Pri Hacham, Igrot)

Grâce à ses livres, nous pouvons également de nos jours, nous relier directement aux merveilleuses révélations du Ari que Rav Chaim Vital a mises par écrit.kabbalahmedia


Hayim Vital. Cabaliste et mystique d'origine italienne, né à Safed en 1542 et mort à Damas 1620. Ecrivain prolifique, on lui doit entre autre la version principale de la doctrine de son maître Isaac Louria, consignée dans L'Arbre de Vie ('Ets Hayim). Mais il fut d'abord le disciple du cabaliste Moïse Cordovéro. Il passa deux ans à l'étude de l'alchimie puis reçut l'ordination de rabbin à Jérusalem et il exerça cette fonction dans cette ville puis à Damas. Il souffrait d'une maladie nerveuse qui lui imposait périodiquement des états dépressifs qu'il expliquait par la haute origine de son âme affectée par sa descente dans l'abîme de la matière. Il mêle dans ses oeuvres personnelles, parmi lesquelles Les portes de la sainteté (Cha'aré Qedoucha) occupe une place à part, la cabale théosophique des sefirot et la cabale extatique et prophétique d'Abraham Aboulafia. On lui doit l'une des rares autobiographies que des mystiques juifs aient laissée, le Livre des visions (Sefer ha-Hezionot), dans lequel il inclut surtout des récits et des témoignages de sa grandeur mais aussi la relation de ses rêves. Un volume de sermons sur des sujets exotériques et de cabale populaire a été préservé en manuscrit. Il est aussi l'auteur d'un Livre d'astronomie (Sefer ha-Tekhouna). Il écrivit un commentaire du Zohar et un commentaire sur la Bible, qu'il intégra dans son grand ouvrage, L'Arbre de la connaissance ('Ets ha-da'at), mais ce qu'il nomme le "sens littéral" et le "sens allusif" dans cet ouvrage, est en fait le sens ésotérique de la cabale classique. On lui doit aussi un traité de morale, Le coeur de David (Lev David).biographie

GERSONIDE


BIOGRAPHIE

BEN GERSHOM
PHILOSOPHIE
FILOSOFICO
COMMENTAIRE


C'est, surtout, en ce domaine scientifique que, à son époque, Gersonide se fait connaître des milieux à la fois juifs et non-juifs. Son traité d'astronomie demeure exceptionnel à double titre. D'un part, il ose remettre en question le système d'explication de l'univers de Ptolémée qui, alors, était le maître mot en la matière (1). D'autre part, cette remise en question se fait selon une méthode quasi révolutionnaire pour ce temps. Elle rompt, en effet, avec les pratiques alors en vigueur, je veux dire tolérés par les gens en place. Les oeuvres dites scientifiques d'alors n'étaient conçues et élaborées qu'en tant qu'implications ou déductions des données de la Torah pour les Juifs ou des Evangiles, pour les Chrétiens. Leur non-coïncidence avec ces textes sacrés en faisait des écrits intolérables et coupables. Gersonide, pourtant, passe outre ces interdictions et emprunte un autre chemin de recherche : ses propos ne se fondent pas tant sur des écrits –Torah, Talmud ou textes de penseurs antérieurs – ainsi qu'il était alors courant de pratiquer, mais sur ses propres observations du monde et du ciel en particulier. Il ose remplacer les textes par les images, les mots par les faits. Mieux encore, observateur autant qu'expérimentateur en ce domaine, il met au point le Baculus Jacob ( le bâton de Jacob), instrument qui lui permet d'affiner la mesure de la distance angulaire séparant deux astres. Si nous sommes, à son époque, loin de la méthode de pensée qui sera préconisée par un Descartes (2) et, a fortiori, de la méthode expérimentale d'un Claude Bernard (3), on peut néanmoins considérer que Gersonide est un précurseur de telles méthodes qui demeurent, dans leurs grandes lignes, celles de la science moderne.
Gersonide, de plus, est rabbin et, en tant que tel, son oeuvre est considérable. Elle porte sur des questions de droit dont les Juifs de son temps ont besoin pour régir leurs affaires et leur mode de vie. Il y ajoute de nombreux commentaires de textes classiques de la pensée juive, parmi lesquels le livre de Job, le Kohéleth, le Chir Achirim, le livre d'Ester, le livre de Ruth, et les Proverbes. Chaque fois, son texte oppose une attitude que l'on peut déjà dire rationaliste s'opposant aux arguments d'autorité régnant sur la pensée de l'époque.

Dans le domaine philosophique, il se penche – c'est le grand courant de son temps – sur les oeuvres du philosophe grec Aristote et du philosophe arabe Averroës. C'est, peut-être, armé des enseignements qu'il en tire à titre personnel qu'il produit ce qui demeure, pour nous, son oeuvre essentielle, son Milhamot Adonaï ‘Les guerres du Seigneur) dont il compose les six livres entre 1317 et 1329. Il y traite des principaux problèmes soulevés, à son époque, par la philosophie et la théologie. Tout y passe : l'immortalité de l'âme, l'origine des songes et la prophétie, la connaissance du monde par Dieu, la Providence divine, les sphères célestes et la création du monde.

La forme de l'oeuvre
Gersonide, dans ses oeuvres philosophiques, procède toujours selon la même méthode. La conception qu'il tente d'exposer s'appuie, en un premier temps, sur la réfutation des conceptions auxquelles il s'oppose. En un second temps, il expose sa position propre dans le cadre d'une démonstration rationnelle appuyée, le cas échéant, sur une observation expérimentale.
Nulle part, dans son oeuvre, on aperçoit – ce qui n'est pas rare chez maints auteurs juifs du XII° et XIII° siècles – des exposés de doctrines anecdotiques ou occasionnelles. Son approche des choses est constante et applicable à tous les domaines de la pensée. On peut ainsi parler d'une méthode d'exposition gersonidienne qui annonce les grandes constructions modernes de l'esprit.

LA MODERNITE DE LA PENSEE DE GERSONIDE
Si l'oeuvre de Gersonide annonce la pensée moderne au plan méthodologique, elle en fait de même au plan philosophique en raison de deux de ses caractères :
? La confiance qu'elle accorde à la raison humaine à une époque où, dans le monde de la chrétienté comme dans celui du judaïsme, les exigences de la foi prévalent sur toutes les autres dans les spéculations philosophiques et/ou théologiques.

? Le recours permanent à l'expérience du monde matériel comme référent incontournable de toute approche de la vérité, et ce, en un temps où le corps, la matière et l'expérience sensible sont vécus comme illusoires voire – surtout chez les penseurs chrétiens – porteurs d'une déchéance fondée sur le « péché originel » de l'homme.

LA CONFIANCE EN LA RAISON HUMAINE
Avec Gersonide, nous nous situons au début du XIVè siècle, en France, à une époque où les avancées rationalistes de Maïmonide (4) – pour ne citer que lui – ont déjà été vigoureusement attaquées par des philosophes tels que Nahmanide (5) ou d'autres écrivains mystiques. Sont très rudes les querelles entre penseurs sur des questions telles que celles des relations entre la raison et la foi ou entre la science naissante et la Torah. A ce sujet, Gersonide fait clairement connaître son propos. Il écrit :
Il est évident … que nous devons croire une proposition dont la vérité a été établie par la spéculation(6) ; et il arrive que la Torah, d'après ce qui ressort du sens littéral du texte, s'y oppose, il faut l'interpréter de telle sorte qu'elle s'accorde avec la spéculation… car cela ne serait pas en opposition avec la Torah dans son sens véritable. En effet, elle n'est pas une loi qui nous contraigne à croire des choses fausses.


Gersonide, s'avère un des plus authentiques fleurons de la pensée juive du Moyen-Age, une pensée que l'on a peut-être tort, parfois, de réduire à sa seule dimension théologique. 1- Je dois rappeler ici que l'Europe commence à connaître un contexte de langage unique qui sera, durant des
siècles, tenu à la fois par catholiques et protestants et qui mènera un Giordano Bruno (1548-1600) à mourir,
brûlé vif, pour avoir refusé de renier ses idées scientifiques.
H. Announ



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