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ANDRE SPIRE


BIOGRAPHIE
POEME
AKADEM
SIONISME













exode
Israël, Israël, peuple entêté de vivre,
Il faut fuir, Israël, toutes ces fausses patries.
Tu aimes ces pays où tu es entassé,
L'air, le soleil, les vents, les neiges et les plaines ;
Les fleuves où tes filles prirent leur premier bain ;
Les bois où tu erras traqué comme une louve ;
Les maisons d'où tes fils furent défenestrés.
Arrache de ton cœur ces sols de servitude;
Prends le pain sans levain et les herbes amères;
Ceins tes reins, prends ton bâton, chausse tes pieds.
Marche vers Odessa, vers Hambourg ou vers Brême,
L'océan se fendra de nouveau devant toi.
Les chefs de tes tribus ont parcouru le monde,
Ont reconnu pour toi de nouveaux Canaans.
Prends ta hache, Israël ; abats tous ces vieux arbres ;
Prends ton pic, prends ta bêche, défonce ces sols vierges;
Elève des abris, des fermes, des hameaux;
Fais paître tes troupeaux, plante, greffe, ensemence
Et moissonne.
Et parmi le miel de tes abeilles,
Le lait de tes brebis, le raisin de tes vignes,
Tu verras se dresser, convalescente et jeune,
Ta fierté, Israël.

(Poèmes juifs, Versets, 1908)


André Spire (1868-1966)
Ecrivain, poète, André Spire meurt en 1966 presque centenaire.
Il laisse derrière lui une oeuvre littéraire quelque peu oubliée
mais aussi le souvenir d’un sioniste engagé.
Au sortir de la guerre, il fonde la Ligue des Amis du Sionisme.

Un philanthrope militant
• 1868 : Naissance le 28 juillet dans une famille juive bourgeoise de Nancy.
Il mène des études de lettres et de droit. Il entre à l'École des Sciences politiques, puis au Conseil d'État à Paris (1894).
• 1894 : l'affaire Dreyfus éclate. Spire se bat en duel avec un polémiste de La Libre Parole (journal nationaliste et antisémite dirigé par Édouard Drumont) qui dénonce un prétendu monopole juif sur le Conseil d'État.
André Spire est blessé au bras (12 janvier 1895).
• 1896 : Spire fonde avec René Bazin une société philanthropique, la Société des Visiteurs, chargée d'aider les ouvriers chômeurs, malades ou accidentés. « Une sorte de précurseur, dira Spire de notre sécurité sociale". Il prend également part aux activités de la Coopération des Idées, ébauche d'une université populaire. Parallèlement, il quitte le Conseil d’Etat pour entrer au ministère du Travail, puis
devient chef adjoint de Jean Dupuy, ministre de l'Agriculture du ministère Waldeck-Rousseau.
• 1904 : Déçu de l'accueil qu'il reçoit dans ses activités sociales, Spire se
réfugie dans la poésie, retournant à ses amours de jeunesse. Il éprouve un choc en lisant ‘Had Gadya d’Israël Zangwill, le récit d’un juif athée en butte avec sa judéité. Après avoir adhéré aux thèses de Herzl, Spire entre à la Jewish Territorial Organisation fondée par Zangwill qui prône un sionisme différent. Il s’agit de « procurer un territoire, sur n'importe quel point du globe, et en même temps l'autonomie, à ceux des juifs qui ne pouvaient ou ne voulaient rester dans les pays où ils vivaient".
• 1905 : Charles Péguy, ami de Spire, publie Et vous riez ! dans les Cahiers de la Quinzaine. Mais par la suite, Péguy refuse de publier les Poèmes juifs de Spire. Le texte reste inédit jusqu'en 1908 et parait au Mercure de France, joints à la réédition de Et vous riez, sous le titre d'ensemble Versets.
• 1914 : Pendant la Première Guerre mondiale, non mobilisable, Spire doit reprendre l'usine familiale. Parallèlement, il continue à écrire, de la poésie Et j'ai voulu la paix (1916) et une étude sur Les Juifs et la guerre (1917). En 1918, il fonde la Ligue des Amis du Sionisme, puis crée la revue Palestine Nouvelle qui fut l'organe des sionistes pendant toute la durée de la Conférence de la paix (1919). En 1920, à l'invitation du Dr Chaïm Weizmann, Spire visite la Palestine où il est impressionné par l'activité des pionniers. L’année suivante, il publie le poème Samaël ou le péché originel.
• 1942 : Il rejoint l'École libre des hautes études de New York, université subventionnée par la France libre du général De Gaulle et par le gouvernement belge en exil. Après la guerre, il rentre en France où il publie Poèmes d'Hier et d'Aujourd'hui (1953). Spire meurt en 1966 à l'âge de 98 ans.akadem

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Andre Spire

J'AI ÉTÉ


J'ai été professeur.

Il y a les savants qui enseignent.
Il y a les bons professeurs.
Et des tas d'autres : des outres pleines
Avec un tout petit trop-plein qu'ils déversent.
Un peu au-dessus,
Pas trop,
De leurs élèves.

J'ai rempli l'outre.
J'en ai mangé des manuels,
Des dictionnaires,
Des textes,
J'ai fait des résumés,
Epucé des bibliographies.

J'ai même essayé de comprendre,
D'aimer,
De faire aimer.
Et, quand les élèves baillaient,
De faire rire.
Pédagogie : démagogie!
J'ai mis à l'outre des grelots.

Outre d'Eole, pleine de bagarres.
J'en ai tant fourré dans sa panse
De poètes qui s'entrenient,
D'acrobates qui se mystifient,
De techniques qui s'entredétruisent,
De mosaïques, de ciselures,
Et de surréelles visions,

Que les volées illuminées
Tombées des baisers des nuages,
Des cils et des signe des nuits,
Montées des choses et des êtres,
Ont rebroussé leur chemin,
Et que le ruisseau de poèmes
qui coulait de mon innocence
S'est desséché, a tari.

Août 1946

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