Plan general : famous jews

ELIE WIESEL


PRIX NOBEL 1986
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"Parfois pour Dieu, souvent contre lui, et pourtant jamais sans
lui."



Elie Wiesel n'a que quinze ans lorsqu'il est déporté à Auschwitz avec sa famille. Il y perd sa mère et sa soeur. Il est ensuite déporté à Buchenwald avec son père, ce dernier décède peu avant la libération du camp en avril 1945. Pris en charge par l''Oeuvre au secours aux enfants' en 1945, il fait des études de philosophie à la Sorbonne. En 1958, grâce à François Mauriac, il publie l'ouvrage 'La Nuit', un récit poignant relatant l'holocauste et son expérience des camps. Devenu citoyen américain en 1963, il obtient une chaire en sciences humaines de l'Université de Boston. En 1980, il fonde le conseil de l'Holocauste américain. Fervent défenseur des droits de l'Homme, Elie Wiesel a, entre autres, soutenu la cause des Juifs soviétiques, des indiens du Nicaragua, des réfugiés cambodgiens, des Kurdes, des victimes de l'apartheid en Amérique du Sud et des victimes de la guerre en ex-Yougoslavie. Il a reçu de nombreux prix pour ses livres et son engagement politique : il obtient notamment la Grand-Croix de la Légion d'honneur française et le prix Nobel de la Paix en 1986. En 1988, il organise avec le président François Mitterrand une conférence regroupant 76 lauréats du Prix Nobel dont la mission est de réfléchir sur l'avenir de la planète. Cette rencontre se renouvelle tous les deux ans. Depuis sa création en 1993, il préside l'Académie universelle des cultures. En 2006, quarante-cinq ans après sa parution, son roman 'La Nuit' s'est vendu à 1.500.000 exemplaires aux Etats-Unis.


"On ne souffre pas seul, on souffre toujours avec ceux qui souffrent à cause de votre souffrance." - Mémoire à deux voix

"On est toujours plus ou moins exilé : du ventre de sa mère, ensuite de toute la famille, puis du lieu, du souvenir."- Mémoire à deux voix

"Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence..."

"La paix n'est pas un don de Dieu à ses créatures. C'est un don que nous nous faisons les uns aux autres."

2 commentaires:

Anonyme a dit…

l'institut universitaire d'etudes Juives
iuej

Anonyme a dit…

LA NUIT

Vous connaissez Moshé le Bedeau ?

Les juifs de Sighet l’aimaient bien. Il ne gênait personne. Il était passé maître dans l’art de se faire insignifiant.
Pourquoi pleures-tu en priant ? me demanda-t-il, comme s’il me connaissait depuis longtemps.
- Je n’en sais rien, répondis-je, fort troublé.
- Et pourquoi pries-tu, Moshé ? lui demandai-je ?
- Je prie le D’ qui est en moi de me donner la force de pouvoir lui poser de vraies questions.
Moshé le Bedeau, le pauvre va-nu-pieds de Sighet, me parlait de longues heures durant des mystères de la kabbale.
*Puis un jour, on expulsa de Sighet les juifs étrangers. Et Moshé le Bedeau était étranger. Entassés par les gendarmes hongrois dans des wagons à bestiaux, ils pleurèrent sourdement. Le train disparut à l’horizon ; j’entendis un juif dire derrière moi, en soupirant :
Que voulez-vous ? C’est la guerre
Des jours passèrent. Des semaines, des mois. Un jour, comme j’allais entrer à la synagogue, j’aperçus, assis sur un banc, près de la porte, Moshé le Bedeau. Il raconta son histoire et celle de ses compagnons. Le train des déportés avait passé la frontière hongroise et, en territoire polonais, avait été pris en charge par la Gestapo. Les juifs durent descendre et monter dans des camions. Les camions se dirigèrent vers une forêt. On les fit descendre. On leur fit creuser de vastes fosses. Lorsqu’ils eurent fini leur travail, les hommes de la Gestapo commencèrent le leur. Sans passion, sans hâte, ils abattirent leurs prisonniers. Chacun devait s’approcher du trou et présenter sa nuque. Des bébés étaient jetés en l’air et les mitraillettes les prenaient pour cibles. Comment avait-il pu se sauver ? Par miracle. On le crût mort. . .
Les gens de Sighet refusaient non seulement de croire à ses histoires, mais encore de les écouter. – il essaye de nous apitoyer sur son sort. Quelle imagination. . . . .ou bien : Le pauvre, il est devenu fou.
Et lui, il pleurait : Juifs, écoutez-moi. Pas d’argent, pas de pitié, mais que vous m’écoutiez, criait-il dans la synagogue.
Une fois, je lui posais la question : Pourquoi veux-tu qu’on croie ce que tu dis ?
Tu ne comprends pas, dit-il avec désespoir. J’ai été sauvé par miracle. J’ai réussi à venir jusqu’ici. Pour que vous puissiez vous préparter pendant qu’il est encore temps. Vivre ? Je ne tiens plus à la vie. Je suis seul. Mais j’ai voulu revenir pour vous avertir.
C’était la fin de 1942.
Eté 44 : Nous marchions vers la gare, où nous attendait un convoi de wagons à bestiaux. Les gendarmes hongrois nous firent monter, à raison de 80 personnes par wagon. Les roues se mirent à grincer ; nous étions en route.

Et Madame Schachter vous connaissez ?
Il y avait parmi nous une certaine madame Schachter, une femme d’une cinquantaine d’années, et son fils, âgé de dix ans, accroupi dans son coin. Son mari et ses deux fils aînés avaient été déportés avec le premier transport, par erreur. Cette séparation l’avait complètement ébranlée. Je la connaissais bien. Une femme paisible ; son mari était un homme pieux, passant ses jours et ses nuits dans la maison d’étude.
Madame Schachter avait perdu la raison. Comme nous dormions assis, l’un contre l’autre et quelques-uns debout, un cri aigu perça le silence : Un feu ! je vois un feu ! je vois un feu !
Ce fut un instant de panique. Qui avait crié ? C’était madame Schachter. Elle ressemblait à un arbre desséché dans un champ de blé. De son bras, elle désignait la fenêtre, hurlant : Regardez ! oh ! regardez ! ce feu ! Un feu terrible !
Des hommes se collèrent aux barreaux. Il n’y avait rien, sauf la nuit. Nous restâmes un long moment sous le coup de ce réveil terrible. On lui mit un chiffon mouillé sur le front pour l’apaiser. Mais elle continuait à crier : Ce feu : cet incendie. . . Des femmes tentaient de la calmer :<< vous allez retrouver votre mari… >>.Elle continuait à crier : << Juifs écoutez moi ; je vois un feu ! des flammes ! quel brasier !>> Nos nerfs allaient céder. C’était comme si la folie allait aussi s’emparer de nous. On n’en pouvait plus. Quelques jeunes la lièrent et lui mirent un baîllon sur la bouche. Une heure ou deux passèrent. La femme s’était libérée de ses liens et hurlait encore plus fort : Regardez ce feu ! des flammes, des flammes partout. Une fois de plus les jeunes gens la lièrent : Qu’elle se taise cette folle, qu’elle la ferme. Quelques jours encore et nous nous serions mis à hurler également.
Mais on arriva dans une gare. Le nom : Auschwitz. Personne n’avait jamais entendu ce nom-là.
A dix heures du soir, chacun chercha une position convenable pour somnoler un peu, et soudain : Le feu ! l’incendie ! regardez, là !
Réveillés en sursaut, nous nous précipitâmes à la fenêtre. Mais il n’y avait en dehors que la nuit noire. Vers onze heures, le train se remit en mouvement. Nous avions oublié l’existence de Madame Schachter. Soudain un hurlement terrible : Juifs ! regardez ! regardez le feu ! les flammes, regardez ! Le train s’était arrêté, nous vîmes cette fois des flammes sortir d’une haute cheminée, dans le ciel noir.
Madama Schachter s’était tue d’elle-même. Nous regardions les flammes dans la nuit. Une odeur abominable flottait dans l’air. Soudain, nos portes s’ouvrirent. De curieux personnages, vêtus de vestes rayées sautèrent dans le wagon. Tout le monde descend ! Laissez tout dans le wagon.
Devant nous ces flammes. Dans l’air, cette odeur de chair brûlée. Il était minuit. Nous étions arrivés. A Birkenau.

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