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STEPHEN SONDHEIM


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Stephen Joshua Sondheim

compositeur et librettiste de comédies musicales américain né à New York le 22 mars 1930.

L'exigeant génie

Quiconque prétend apprécier le théâtre musical vient un jour ou l'autre à la rencontre de Stephen Sondheim. Véritable génie des alpages un brin misanthrope, le vétéran privilégie une écriture exigeante et élitiste qui en a fait une légende à Broadway.


Stephen Sondheim naît en 1930. Alors que ses parents ont divorcé depuis qu'il a l'âge de 10 ans, il a la chance de fréquenter durant son adolescence Oscar Hammerstein II dont il connait bien le fils. Hammerstein est alors au zénith de sa carrière en tant que parolier et librettiste des spectacles Le Roi et Moi, La Mélodie du Bonheur, Carousel, Oklahoma !, co-écrits avec Richard Rodgers. C'est avec un mentor de cette classe que le jeune Sondheim développe l'écriture de textes, et acquiert un sens dramatique très sûr. Parallèlement il étudie la musique savante. Jeune adulte, il choisit la voie du théâtre musical, qui en Amérique a pour capitale Broadway à New York.

Un parolier qui veut aussi être reconnu comme compositeur
Son premier spectacle, Saturday Night, dont il écrit paroles et musique, n'est hélas pas monté. Il parvient cependant à en jouer quelques chansons devant Leonard Bernstein, Arthur Laurents et Jerome Robbins, qui démarrent une adaptation de Roméo et Juliette. Ses paroles font mouche et il intègre l'équipe créatrice du futur West Side Story. En 1957, c'est le triomphe et la révolution à Broadway : les problèmes de la société americaine font irruption sur une scène jusque là plutôt consacrée au divertissement. Et l'intégration entre musique, paroles, théâtre et danse frise la perfection. Les talents de Sondheim parolier sont reconnus et il est vite engagé sur un autre projet prestigieux qui fera aussi un triomphe : Gypsy (musique de Jule Styne). Mais la situation ne satisfait pas Sondheim qui veut aussi se faire reconnaître pour sa musique. Il réalise son rêve avec la farce A Funny Thing Happened On The Way To The Forum (1962) qui rencontre un beau succès. Mais le rêve tourne au cauchemar, avec Anyone Can Whistle (1964) qui tient à peine une semaine à l'affiche. Mortifié, Sondheim choisit de prendre du recul.

Son retour à Broadway s'effectue en 1970 avec Company, un spectacle sur la difficulté de trouver l'âme-soeur quand on habite New York, et qui égratigne également le mariage en passant. La collaboration avec le producteur et metteur en scène Harold Prince fonctionne parfaitement et le tandem enchaîne sur des projets toujours plus innovants. Prince et Sondheim veulent aller beaucoup plus loin que le simple divertissement qui fait le fond de commerce de Broadway. Selon eux, il existe un public de théâtre musical qui sait être exigeant et qui apprécie des sujets adultes, et même graves, en tout cas bien au delà de la romance sentimentale et sucrée. Sondheim et Prince prennent beaucoup de risque, et l'accueil du public est fluctuant. Entre "vous ne devriez rien changer aux traditions" et les "bravos pour vos innovations", ils avancent vaille que vaille en faisant beaucoup parler d'eux. Avec Follies (1971), A Little Night Music (1973), Pacific Overtures (1976), Sweeney Todd (1979), la critique est partagée entre enthousiasme et désapprobation, tout comme le public. Sondheim est accusé de composer une musique excessivement complexe, sans mélodie et aride. Ses partisans crient au génie en mettant en évidence la parfaite intégration entre texte et musique, ainsi que la fluidité dramatique, le tout concourant à susciter des émotions profondes bien loin de la trivialité. Sondheim se taille une place à part, et ses admirateurs lui voue un culte sans borne. Après avoir fonctionné avec régularité pendant une décennie, la collaboration Sondheim/Prince se déchire avec le poignant Merrily We Roll Along (1981), un échec si retentissant que Sondheim envisage d'abandonner sa carrière à Broadway. Avec des enjeux commerciaux de plus en plus colossaux, il n'y a plus de place pour l'innovation risquée même lorsqu'elle est de qualité.

Un éblouissant come-back
La reconstruction de l'artiste viendra de sa rencontre fructueuse avec James Lapine, photographe, librettiste et metteur en scène. Bref, un touche-à-tout très au fait de ce qui se déroule dans le laboratoire aux petits moyens mais aux grandes idées qu'est l'Off-Broadway. Ensemble, il prennent le temps pour la maturation de Sunday in the Park with George (1984), oeuvre très exigeante et ambitieuse sur la difficulté de créer pour un artiste. A travers l'évocation de Georges Seurat, peintre habité par son art jusqu'à l'obsession, il faut voir en filigrane Stephen Sondheim en proie au doute mais plus que jamais acquis lui aussi à son art. Le musical est récompensé du prix Pulitzer et confirme le retour d'un Sondheim heureux de créer. En 1987, ce sont de classiques contes pour enfants qui sont mêlés dans Into the Woods. Mais les auteurs tiennent à ajouter que face à l'adversité, l'union fait la force. A ce moment, l'adversité s'appelle le SIDA, et la chanson "No one is alone" devient un hymne d'entraide. Sondheim est de mieux en mieux apprécié. Paradoxalement, alors qu'il avait été traité de fossoyeur du musical, il est l'auteur américain qui résiste le mieux à l'invasion du méga-musical anglais (Cats, Le fantôme de l'Opéra, les Miserables, Miss Saigon), car son intégrité et son originalité ressortent mieux encore à travers ses magnifiques chansons. Sa faculté à éclairer ses personnages dans des situations complexes et finalement très réelles, confère à Sondheim une position de maître respecté et génial du théâtre musical.

La reconnaissance ira croissant durant les années 90, à travers de nombreux concerts d'hommages. Il bousculera encore le public avec Assassins (1990), sur les assassins aspirants ou avérés, de présidents américains. Le spectacle a paru déplacé devant la ferveur patriotique en vigueur durant la guerre du Golfe. En 1994, Passion est une rapsodie d'amour entre une femme laide et un bel officier. Toujours loin des sujets faciles, mais toujours aussi passionnant, Sondheim se fait attendre pour son prochain spectacle qui est annoncé pour 2001. En attendant, on peut savourer les interprétations de plus en plus nombreuses de ses chansons, aussi bien par des artistes d'opéras et de théâtre, que de jazz ou de variétés: de Dawn Upshaw à Madonna, en passant par Liza Minnelli, Barbra Streisand ou Lambert Wilson pour n'en citer que quelques uns. Et chose rare pour Broadway, des spectacles sont disponibles en vidéo. En France, les occasions d'entendre du Sondheim n'existent que très peu. Pourtant ses chansons gagneraient à être mieux connues car il s'agit certainement du meilleur de ce que le génie américain produit aujourd'hui.
regardencoulisse

Peu d'hommes ou de femmes n'ont eu autant d'atouts en main pour réussir dans le domaine artistique : famille aisée, qui peut payer des cours de musique et l'envoyer dans de bonnes écoles, mère juive abandonnée qui devient monstrueuse - de quoi donner une bonne névrose favorisant l'inspiration, relations en or - il est ami avec les enfants des deux hommes ayant révolutionné la comédie musicale américaine, Oscar Hammerstein II et Richard Rodgers (Hammerstein le prendra d'ailleurs sous son aile), coups de bol : rencontre avec le dramaturge Arthur Laurents qui convainc Leonard Bernstein et Jerome Robbins de lui confier les paroles de West Side Story... L'anecdote la plus célèbre est sans doute celle de By George, la toute première oeuvre de Sondheim, écrite pour son lycée, alors qu'il n'a que 15 ans. Il la montre au père de son ami Jamie Hammerstein et lui demande crânement de la lire et de la critique comme si c'était du travail professionnel. Verdict du maître : "C'est la pire chose que j'aie jamais lue". Devant la perplexité et l'abattement de son jeune interlocuteur, Oscar Hammerstein ajoute : "je n'ai pas dit que c'était sans talent, mais que c'était mauvais. Si tu veux savoir pourquoi c'est mauvais, je t'expliquerai." Stephen Sondheim dit qu'il a alors appris plus sur l'art de faire des comédies musicales en une après-midi que la plupart des auteurs en toute une vie. L'influence d'Hammerstein ne s'arrête pas là. Il lui donnera des exercices et critiquera ses premiers travaux. Le mentor mourra toutefois avant que son élève produise sa première véritable oeuvre, A funny thing happened on the way to the forum
broadwaybaby

ANTONIO JOSE DA SILVA


BIO
THEATRE

Jose da Silva


Il est considéré au Portugal comme l'un des plus grands dramaturges de cette époque


Antonio Jose da Silva (1705-1739) «O Judeu»


L’auteur portugais Antonio Jose da Silva vient d’entrer, après presque trois siècles, au répertoire de la Comédie française.
Sa pièce inspirée de la fin de Don Quichotte surprend par une mise en scène qui combine personnages et marionnettes, et la force de sa satire sociale est encore perceptible de nos jours.
Mais c’est surtout son auteur qui nous intéresse ici : « O Judeu »
« Le Juif » a déjà inspiré un roman (1906) et un film (1994) du même nom. Né à Rio de Janeiro, de parents convertis, il fut amené à Lisbonne en 1713, à la suite de soupçon de judaïsme pesant sur sa mère née Lourença Coutinho. Lui-même n’échappe guère longtemps à l’Inquisition. Après ses études à l’université de Coimbra, il subit une première fois la prison et la torture qui le laissera invalide. Cependant, ses pièces avaient beaucoup de succès.
Arrêté de nouveau comme "judaïsant" en 1737, il fut garrotté et brûlé sur le bûcher deux ans plus tard à l’âge de 34 ans. Sa jeune femme lui survécut très peu.
Cet homme au destin tragique, connu sous le nom de « O Judeu », est la gloire du théâtre portugais du XVIIIe siècle. Mais ses œuvres complètes furent publiées anonymement entre 1744 et 1746. Le théâtre de Lisbonne s’élève sur la place du Rossio là où autrefois se dressait le bûcher de l’Inquisition.

Mireille Hadas-Lebel


Il incarne une tentative de renouveau du théâtre de marionnettes, avec ses comédies burlesques, aux intrigues enchevêtrées, agrémentées d’ariettes. Une œuvre tranche sur le tout, Les Guerres du romarin et de la marjolaine (1737), sorte de vauveville plein de quipropos, éblouissant de verve et d’une allure endiablée, qui ridiculise, dans le cadre de la comédie d’intrigue, les clans qui s’opposaient dans la haute société de Lisbonne.librairie compagnie


Dom Quichotte et Sancho Pança
Comment dom Quichotte, chevalier errant, et Sancho, son écuyer,partirent pour de nouvelles aventures.
Qui ils rencontrèrent ou crurent rencontrer, quels combats ils engagèrent,quels terribles animaux et ennemis ils affrontèrent, par quels moyens ils descendirent dans la grotte de Montesinos puis atteignirent le Parnasse, quels enchantements furent défaits par dom Quichotte, quels jugements rendus par Sancho… En 1733, António José da Silva reprend à son compte, en les parodiant, quelques-unes des plus célèbres péripéties du roman de Cervantès. Il en invente à son tour, y joint des couplets et les confie au Théâtre du Bairro Alto de Lisbonne et à ses grandes marionnettes,qu’accompagnent chanteurs et comédiens. Les changements de décors, les apparitions, les envols,ajoutent au divertissement le spectaculaire et font de ce Dom Quichotte un des sommets de la dramaturgie portugaise du XVIIIe siècle.comedie francaise

ARTHUR SCHNITZLER


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BIO


"Dans le tragique, l'esprit humain, aussi loin qu'il descende, finit toujours par toucher le fond ; dans l'humour jamais."

"Il est bien à plaindre celui qui ne vit pas sa vie, mais son autobiographie."

"Il est tellement facile d'écrire ses souvenirs quand on a une mauvaise mémoire."



Ecrivain et critique, Arthur Schnitzler suit très tôt les traces de son père, grand médecin juif, et étudie la médecine et la psychiatrie à l'université de Vienne. Sigmund Freud devient l'un de ses amis et, sensible à sa plume, le pousse à écrire
En 1933, Goebbels organise des autodafés à Berlin et dans d'autres villes. Les ouvrages de l'artiste autrichien, comme ceux de nombreux intellectuels juifs, partent en fumée. Les oeuvres d'Arthur Schnitzler ont suscité beaucoup de controverses, principalement à cause de la description qu'il y fait de la sexualité. Il a, longtemps après sa mort, été qualifié de pornographe evene

Né à Vienne le 15 mai 1862
Décédé à Vienne le 21 octobre 1931

lunch.free
Comme Maupassant, Schnitzler me semble sous-évalué. Plus précisément, on le reconnaît généralement comme un grand écrivain, mais on le cantonne au rayon des écrivains « psychologisants » ou « psychanalytiques »: quelque part entre Zweig, Maugham et Saki. Or malgré toute la sympathie qu'on peut éprouver pour ceux-ci, il me paraît évident que Schnitzler est d'une autre trempe littéraire : celle d'un Musil ou d'un Broch, pour rester en Autriche.

Certes, Schnitzler sait raconter la folie d'une façon particulièrement convaincante : l'hystérie (Mademoiselle Else) ou la paranoïa (L'appel des ténèbres) par exemple. Impossible de ne pas frissonner en lisant ces récits qui se penchent sur la folie aussi loin que peut le faire un homme sain. Schnitzler, je ne le nie pas, est un des grands écrivains de la folie, comme Poe, Maupassant, ou Dostoïevski.

Freud dans une lettre à Schnitzler : « Si je vous ai toujours évité, c'est par une sorte de crainte de rencontrer mon double. » Cette présentation de Schnitzler comme un « explorateur de l'âme humaine », on la connaît par coeur. Elle n'est pas fausse, mais elle est terriblement réductrice. Dans les années 1970, une telle citation était un véritable laissez-passer, un passeport pour la gloire : vous pensez, le double de Freud ! J'ai bien peur qu'aujourd'hui, et de plus en plus à l'avenir, cette citation ne fasse plus de tort que de bien à Schnitzler...

Der Weg ins Freie : littéralement, Le chemin à découvert ou Le chemin vers le plein air. Traduction de D. Auclères : Vienne au crépuscule. Flucht in die Finsternis : Fuite vers les ténèbres. Traduction de D. Auclères : L'appel des ténèbres. Spiel in Morgengrauen : Jeu au petit matin. Traduction : Les dernières cartes. Traumnovelle : La nouvelle du rêve, ou La nouvelle rêvée (c'est d'ailleurs le titre de la nouvelle édition). Edition de D. Auclères : Rien qu'un rêve. Mon commentaire : Dominique Auclères prend pas mal de liberté avec les titres de Schnitzler. On ne peut pas dire que ses titres français soient des contresens, ou qu'ils ne soient pas bien trouvés (sauf pour Vienne au crépuscule). Mais pourquoi diable inventer un autre titre alors que Schnitzler en a donné un ? Du coup, je me demande ce que vaut vraiment la traduction. Je ne suis pas compétent pour juger par moi-même, mais j'ai l'impression que les germanistes feraient bien de mettre un peu leur nez sur le problème. Schnitzler mériterait une nouvelle traduction. Je suis d'ailleurs étonné de voir un texte (Docteur Graelser) traduit par deux personnes différentes dans mon édition (Le livre de poche, Biblio).

Der Weg ins Freie : dans ce roman on suit les hésitations d'un jeune pianiste brillant et paresseux. Roman formidable où le héros est à la fois irrésistiblement sympathique et insupportable. A un moment du récit, le héros se remet à jouer du piano après avoir arrêté pendant longtemps : il a l'impression que pendant cette interruption, son jeu s'est amélioré de lui-même, de façon souterraine en quelque sorte. Cette observation, tout pianiste amateur l'aura déjà faite ; tout pianiste amateur sait aussi que cette observation est une illusion : le sentiment de facilité est totalement superficiel. Cela résume bien à mon sens le mensonge dont se nourrit le héros : il se contente de l'impression de facilité que lui donne sa vie. En filigrane, on sent le vide qui envahit cette vie, le vide de la solitude et de la futilité.

Je n'arrive pas vraiment à comprendre ce que pouvait être la vie à Vienne en 1900 : l'avant-gardisme, les audaces intellectuelles d'une part, et le déclin de l'Empire, l'anti-sémitisme montant d'autre part. Vienne est la ville des scandales : Kokoschka, Klimt, Schönberg, Freud, tout le monde y fait scandale. Schnitzler aussi, bien entendu. Mais quand on lit La Ronde, cette piècette un peu niaise, on n'arrive pas à comprendre ce qui a pu tellement choquer la société viennoise de l'époque. En 1900, à Paris, on lisait Les Fleurs du Mal dans une version non censurée ! De même le scandale du Lieutenant Gustl est incompréhensible : qu'est-ce qui pouvait donc gêner l'Armée autrichienne ? Que Gustl ne se batte pas en duel ? Qu'il ne suicide pas ? Je finis par me demander si Schnitzler aurait autant fait scandale s'il n'avait pas été juif...

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvait être la vie au niveau le plus bas de la société ? Moi oui, souvent. Je ne suis pas membre du Jockey Club, mais j'arrive assez bien à m'imaginer la vie dans ces cercles-là. De ce côté-là, Proust ne m'apprend pas grand-chose. La vie d'une bonne d'enfants au début du siècle, voilà quelque chose de plus intriguant. C'est ce que raconte Therese. Une vie qui se déroule comme un long tunnel, éclairé, de loin en loin, par des petites lucarnes de bonheur. Un long tunnel de solitude et d'humiliation, de monotonie, d'inutilité. Schnitzler décrit ça sans aucun sentimentalisme, sans aucun misérabilisme. Il sait que dans la société dans laquelle il vit les femmes sont sacrifiées. C'est l'implacable répétition d'épisodes semblables, gris, informes. Malgré tout on est pris par cette lecture : on veut rester avec Therese, car on sent que dans son destin se joue un peu le sien. Le seul reproche que je ferais à ce roman est sa fin : elle n'est pas inintéressante, loin de là, mais elle est beaucoup trop lourde, elle déséquilibre tout le roman.

Mademoiselle Else et Lieutenant Gustl sont deux longues nouvelles qui utilisent la technique dite du monologue intérieur (stream of consciouness en anglais). Schnitzler a été l'un des premiers à utiliser cette technique1. Technique reprise ensuite par Joyce, notamment dans le fameux dernier chapitre de Ulysses, le monologue intérieur de Molly Bloom-Pénélope, dans son lit. Mais il est évident que l'utilisation qu'en fait Schnitzler est totalement différente de celle de Joyce. Moins novatrice, certainement, mais incontestablement plus spectaculaire. Le monologue de Molly Bloom achève une journée tout à fait ordinaire de sa vie. Molly Bloom est une dublinoise tout à fait ordinaire (quoiqu'un peu portée sur la chose, il faut avouer). C'est exactement le propos de Joyce : faire un roman épique sur des gens ordinaires. Il utilise le monologue intérieur pour opposer la force de la langue, de la parole, de la pensée, aux trivialités du monde. Mademoiselle Else et le Lieutenant Gustl ne vivent pas, eux, une journée ordinaire, bien au contraire. Ils vont se trouver face à face avec la mort, avec eux-mêmes. Schnitzler voit dans le monologue intérieur un moyen de dramatiser une situation déjà dramatique, de la rendre plus angoissante et poignante.

Le lieutenant Gustl est bousculé par un homme, un boulanger, à la sortie de l'opéra (miracle du monologue intérieur : on sait que Gustl s'est copieusement ennuyé pendant cette représentation, chose qu'il ne pourrait bien sûr jamais avouer publiquement). Cette bousculade est pour Gustl une terrible humiliation. Il doit donc se battre en duel pour sauver son honneur. Mais, on ne peut pas se battre avec un boulanger. Donc, Gustl doit se suicider. Gustl s'enferme dans ce syllogisme effrayant, absurde du début à la fin, et ne semble pas pouvoir en sortir. Ce qui est intéressant, c'est ce que ça montre de la confusion dans lequel ce jeune homme est perdu. Je suppose qu'à cette époque, même dans l'armée, le code de l'honneur, les duels, tout cela était déjà fossilisé et archaïque. Gustl n'a aucun sens de l'honneur, il essaie de se conformer à ce qu'il pense être le code de l'honneur, comme un étranger à un rituel qu'il ne comprend pas. On peut penser que Gustl en fait cherchait surtout un prétexte pour se suicider. Ce qui le désespère, ce n'est pas vraiment la perte de son honneur mais la prise de conscience qu'il n'aurait jamais le courage de se battre en duel. Ce qui, pour un militaire, est tout de même gênant. La fin (je me retiens de la donner) soulève encore plus d'interrogations : Gustl pense constamment au suicide, mais aurait-il réellement le courage de se suicider ?

La sexualité, chez Schnitzler, occupe une place importante. Surtout, il me semble que Schnitzler a été l'un des premiers à comprendre l'autonomie de la sexualité. La sexualité a sa logique propre, qui bien souvent vient se heurter aux autres logiques dans lesquelles l'individu se débat. Les pensées sexuelles surgissent à tout moment de la journée, hors de propos. La plupart du temps, elles restent enfouies dans notre intimité (je dis bien intimité et non inconscient), mais elles peuvent aussi nous amener à trahir ce que nous essayons d'être. Ainsi, Casanova s'abaisse à un stratagème indigne de lui pour posséder la fascinante Marcolina (Le retour de Casanova). Là encore, c'est à Ulysses de Joyce que je pense en lisant Schnitzler, plutôt qu'à Freud.

Je ne voudrais pas donner l'impression que toute l'oeuvre de Schnitzler est formidable. Comme je le disais plus haut, je n'aime pas tellement sa pièce La ronde. Je ne connais pas du tout le reste de son théâtre, qui est une part importante de son oeuvre. Parmi ses nouvelles, certaines sont écrites à la va-vite et sans subtilité. Malgré tout, rien que parmi les livres que je connais, j'ai trouvé assez de bonnes raisons pour faire de Schnitzler un de mes écrivains favoris

kuiv
Schnitzler, qui ose parler librement des femmes, de la sexualité,de l'antisémitisme, de l'honneur de l'armée et de son hypocrisie, des fantasmes de l'inconscient,de la pénombre des âmes, et cela avec une telle lucidité, déroute une société viennoise brillante,légère, frivole, qui dissimulait adroitement misère et mensonges sous les strass et les rires,parce qu'il lui renvoie sa propre image.

Mieux qu'aucun autre, il a su décrire, avec une grande lucidité, la matrice sociale dans laquelle prirent forme nombre des composantes de la subjectivité du XXème siècle : la culture morale et esthétique moribonde de la Vienne fin de siècle.
Schnitzler est l'auteur par excellence du passage d'un monde à l'autre, de celui du XIXème, qu'il décrit de façon satyrique avec ses hypocrisies et ses masques, à celui du XXème, qu'il annonce avec toute sa modernité, le monde où les instincts et
l'inconscient trouveront leur place.

STEFAN ZWEIG


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Le Joueur d'Echecs
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Stefan Zweig (28 novembre 1881 à Vienne en Autriche - 23 février 1942, à Petrópolis au Brésil) écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.


STEFAN ZWEIG

OU LE COSMOPOLITISME HUMANISTE

par Karim Emile BITAR


"Toute ombre, en dernier lieu, est fille de la lumière et seul celui qui a éprouvé la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence, a vraiment vecu " Stefan Zweig


"C’est en Stefan Zweig que s’est incarnée, aux jours les plus sombres de la tourmente européenne, quand tout semblait détruit, la foi inaltérable en la communauté intellectuelle de l’Europe, la grande Amitié de l’Esprit, qui ne connaît pas de frontières." Romain Rolland


"Le monde ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède." Stefan Zweig


"La mort de Zweig pèse sur notre temps, précisément parce qu’elle a été non celle d’un romantique exalté ou d’un aigri, mais d’un sage. De même un stoïcien s’ouvrait les veines dans sa baignoire, parce qu’il ne voyait pas plus éloquente façon de protester contre les crimes du mauvais empereur." Jules Romains



Plus de soixante ans après sa mort, Stefan Zweig demeure l’un des écrivains les plus lus de par le monde. Certains sondages disent même qu’il serait le romancier le plus apprécié des 16-34 ans. Le succès populaire est conforté par l’estime que lui portent les critiques littéraires, ce qui est assez rare pour être souligné. Pourtant, certains clichés perdurent : un mondain superficiel, un écrivain de salon au sentimentalisme exacerbé, un grand dandy voyageur, un séducteur bourgeois, dernier représentant d’un monde aujourd’hui disparu, le Monde d’hier, celui de la Vienne des années 10, capitale des Arts et Lettres, du cosmopolitisme et de la légèreté : voilà ce que retiennent de Zweig les critiques pressés, soucieux de ranger définitivement dans une de leurs catégories poussiéreuses et préétablies un homme insaisissable. Sans doute les clichés ci-dessus mentionnés contiennent-ils une part de vérité, mais ils sont loin d’être suffisants pour comprendre un homme aux multiples facettes, un homme qui après avoir épuisé ses dernières forces et ses ultimes réserves pour faire passer son message de paix et d’humanisme, a décidé, le 21 Février 1942, dans la ville brésilienne de Pétropolis, de mettre fin à son existence, de rejoindre ceux qui ont refusé de vivre au temps de la barbarie et des ténèbres et qui ont choisi la nuit. Nous ne pouvons que nous incliner avec respect devant le choix qui fut le sien de mettre fin à ses jours. Il a payé de sa vie son allergie viscérale à toutes les formes de totalitarismes.



Essayer de comprendre Zweig, c’est certes se plonger dans les tréfonds de l’âme humaine, c’est revenir sur la page la plus noire du XXème siècle et de l’histoire des hommes, celle de la montée et des triomphes du totalitarisme hitlérien. Mais au-delà du fait que l’itinéraire de Zweig est emblématique de la situation d’une certaine élite intellectuelle européenne face au totalitarisme, si Zweig peut indéniablement nous aider à trouver des repères dans le monde embrumé dans lequel nous vivons aujourd’hui, c’est parce qu’il fut le plus brillant représentant d’un cosmopolitisme humaniste qui a aujourd’hui mauvaise presse, alors que ressurgissent les nationalismes de toutes sortes qui se plaisent à fustiger les « élites mondialisées », et aussi à l’heure où certains penseurs « post-modernes » ne cachent plus leur hostilité à la notion même d’humanisme. Revenir sur la jeunesse de Zweig, c’est tenter de faire revivre un monde où l’émotion, l’intelligence, la finesse, le désir d’harmonie auraient leur place.



Issu d’une famille d’industriels Juifs aisée, habitant les quartiers chics, Zweig a une jeunesse de dilettante. Intellectuel, mélancolique, rêveur, esthète, sa fortune familiale lui permet de vaguer et de consacrer son temps aux nourritures spirituelles, à s’enivrer des mélodies de Johan Strauss et d’Arnold Schönberg, à lire Goethe, Schiller, Rainer Maria Rilke et les romantiques germanophones. Millionnaire, le père de Zweig n’est par pour autant un arriviste prétentieux. Distingué, modeste et discret, il apprécie la sensibilité et les penchants littéraires de Stefan. L’enfant rappelle curieusement le Marcel Proust de La Recherche, attendant dans sa chambre, un livre à la main, le baiser maternel. L’adolescent viennois passe des après-midi entières dans les cafés à la mode, comme le Beethoven ou le Griensteidl, où l’on tenait à la disposition des clients la presse nationale et internationale, que Zweig dévore quotidiennement, en buvant un chocolat chaud et avant de faire sa partie d’échecs. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger, même s’il conserve un certain recul que d’aucuns qualifieront de cynisme, mais qui n’était sans doute qu’une façon de se protéger, à la fois du monde extérieur et de sa propre sensibilité. Dans une Vienne multi-ethnique et multi-culturelle, mosaïque de communautés, il suit les cours de philosophie de l’Université locale, sans toutefois se poser de questions sur son identité. Juif, il n’a pas pour autant reçu d’éducation religieuse. Le problème de l’intégration ne se pose pas pour celui qui se considère comme un citoyen du monde, un homme libre, ouvert et tolérant, pur produit de la société viennoise de l’époque de François-Joseph.



Très vite atteint par la fièvre de l’écriture, il écrit des courtes nouvelles, dont les premières ne trouveront pas d’éditeur. Stefan n’a pourtant que 19 ans lorsqu’il publie Dans la neige, texte concis et fulgurant publié par le philosophe Martin Buber dans un journal dirigé par Theodore Herzl. Dans la neige retrace l’histoire d’une petite communauté juive du Moyen-Âge en lutte contre le fanatisme et l’intolérance, poursuivie par les « flagellants ». Cette nouvelle apparaîtra, un demi-siècle plus tard, comme une métaphore a posteriori, une préfiguration du nazisme. Ce n’est pas toutefois pas Dans la neige qui rendra Zweig célèbre, mais un petit recueil au titre évocateur Les Cordes d’argent. Le jeune dandy est encensé par les plus grands, dont Rilke, il révèle une sensibilité débridée et une maîtrise peu commune. Herzl lui ouvre alors les colonnes du plus prestigieux des quotidiens viennois, Neue Freie Press, dans lequel Zweig publie un feuilleton en première page qui consacre le jeune homme de 20 ans dans les milieux intellectuels de l’Empire.



Riche, célèbre, Zweig ne se départira jamais d’une certaine simplicité qui fait sa grandeur. Modeste, tolérant, il considère chaque être humain qu’il rencontre comme une fin en soi, le juge sur ses qualités profondes et non sur sa condition sociale. Sa sympathie naturelle, instinctive va à ceux qui souffrent, dans leur chair ou dans leurs âmes, ceux qui, pour une raison ou pour une autre, se retrouvent désespérés, cassés par la vie. Pour lui, ce qui compte le plus dans l’ordre humain, c’est précisément ce qui ne se compte pas, ce qui est invisible à l’œil nu, inquantifiable, hors de portée des statisticiens, ce qu’on ne voit qu’avec le cœur. Son insatiable curiosité amènera Zweig à consacrer sa vie entière au voyage et à la découverte. Non pas uniquement la découverte des Pays, villes et paysages, titre donné au recueil contenant ses carnets de voyage, mais d’abord et surtout à la découverte et l’âme humaine et de ses insondables mystères. Ses « années d’errance », comme il les appellera plus tard, le conduiront notamment à Paris et à Bruxelles. A Paris, il effectue une sorte de pèlerinage sur le chemin du poète qui l’a profondément ému, Paul Verlaine le torturé, l’écorché vif, l’homme des Romances sans paroles. Avec Verlaine, Zweig a en commun d’être un éternel flâneur, un esthète, un homme ayant toujours refusé de se départir de sa part de féminité. En Belgique, Zweig rencontrera Emile Verhaeren, dont il deviendra le biographe. Verhaeren est le prototype du poète au grand cœur, de l’écrivain débordant de chaleur humaine, exalté par les valeurs cardinales que sont l’amitié, la complicité, la fraternité. Le poète flamand est celui qui a transposé en poésie les mutations, les drames et les souffrances de la révolution industrielle. Zweig découvrira à travers lui la grandeur et la décadence de la modernité. Bien mieux que les volumineux ouvrages de Karl Marx ou de Kautsky, les poèmes d’Emile Verhaeren permettent de comprendre l’aliénation de l’homme moderne face aux nouvelles formes de travail et aux Villes tentaculaires.

Parmi les maîtres à penser, les maîtres à sentir, les maîtres de vie rencontrés par Zweig durant sa jeunesse et qui l’ont profondément marqué, il faut également citer Romain Rolland. A l’immense talent d’écrivain de l’auteur de Jean-Christophe vient s’ajouter un idéalisme que Zweig fera le sien. Au fil d’une correspondance qui durera plus de trente ans et dépassera les 800 lettres, Rolland transmet à son admirateur autrichien la conviction que l’Europe est en danger, qu’elle est condamnée à la déchéance si elle ne parvient pas à rassembler ses fils et ses filles, à les unir autour d’une vision d’avenir et d’une compréhension du passé. C’est l’Europe des Lettres, l’Europe de la Musique, l’Europe de la Culture qui doit venir à bout et terrasser l’Europe des nationalismes, des haines ancestrales, des clivages artificiels savamment maintenus en place par des gouvernants incultes et avides de pouvoir. A ces affinités intellectuelles avec Romain Rolland viennent s’ajouter de frappantes similitudes dans la personnalité. Les deux hommes ont en commun d’être de très grands sensibles, de croire aux forces de l’esprit, d’être des lecteurs boulimiques de livres et de revues. Et surtout d’être tout deux de grand rêveurs. « L’homme qui pense est un nain ; l’homme qui rêve est un géant », écrivait Hölderlin.



Pour ces européistes de cœur et d’esprit qu’étaient Zweig et Rolland, la première guerre mondiale est une épreuve éminemment douloureuse. Zweig s’était également imprégné au début des années 1910, des idées de nombre d’intellectuels pacifistes et antimilitaristes, notamment sa compatriote Bertha von Suttner, l’irlandais cosmopolite James Joyce ou encore Heinrich Mann, à qui nous devons L’Ange bleu. Lorsque la guerre éclate en Août 1914, Zweig est indigné par l’attitude de la bourgeoisie viennoise, qui continue de vaquer à ses occupations et témoigne d’une insouciance affligeante. Il tente de soulager autant qu’il peut les souffrances engendrées par la guerre en s’engageant dans une association caritative, la Croix Jaune et Noire. Contrairement à son ami Verhaeren qui, par dépit, verse dans le nationalisme, Zweig reste fidèle à ses idéaux. Il se plonge dans le travail et l’écriture. Il retrouve une lueur d’espoir lorsqu’il découvre Au dessus de la mêlée, superbe texte empreint d’idéalisme que son ami Romain Rolland lui envoie depuis la Suisse, exil helvétique qu’il emploie, sans grand succès, à mobiliser les écrivains et intellectuels européens pour que ceux-ci s’unissent et réclament ensemble l’arrêt des hostilités. Mais rares sont ceux qui, durant cette première guerre mondiale iront jusqu’au bout de leurs idées, rares sont ceux qui pour affirmer leur message d’humanisme et d’universalisme prendront le risque de se faire accuser de traîtrise et de défaitisme par les prétendus « patriotes » de leurs nations respectives. Et c’est précisément durant cette guerre que Zweig, celui que l’on accuse d’être un naïf, un doux rêveur inapte à comprendre les soi-disant vrais enjeux, ceux de la realpolitik et des rapports de force, témoignera de son extraordinaire lucidité et de sa clairvoyance. Il est le premier à réaliser et à écrire que la guerre de 14-18, loin d’être une de ces récurrentes et sempiternelles querelles entre voisins, allait bel et bien tourner une page dans l’histoire mondiale, en mettant un terme à ce que les historiens appelleront plus tard « l’apogée de l’Europe ». Dix-huit mois à peine à peine après le début de la guerre, Zweig pronostique que celle-ci, en tout état de cause, s’achèvera par une défaite de l’Europe toute entière, qui devra céder la place à ces nouvelles grandes puissances internationales que sont les Etats-Unis et le Japon. Zweig signale également les dangers du pangermanisme, notamment le risque pour l’Autriche de perdre sa spécificité et ses caractéristiques propres.

En 1917, Zweig quitte Vienne pour Zurich afin d’assurer la promotion de sa dernière œuvre, Jérémie, une belle parabole dont l’objectif était de souligner que si la guerre, dans toute son absurdité, peut tuer des hommes, elle ne pourra jamais venir à bout de l’esprit d’un peuple. Jérémie fut un énorme succès de librairie. Souhaitant l’adapter à la scène, il s’installe pour quelque temps en Suisse, où il retrouve une certaine joie de vivre, participe à la vie sociale et culturelle. Il rencontre à Zurich un bon nombre de révolutionnaires russes, qu’il s’échine à vouloir convaincre que le bolchévisme est une solution fallacieuse et ne pourra redonner sa liberté aux populations opprimées par le tsarisme. Il retrouve son ami Hermann Hesse, donne plusieurs conférences au cours desquelles il martèle inlassablement son message de paix. Après cet intermède helvétique, Zweig décide de faire un retour aux sources, de retrouver sa ville de Salzbourg, au charme inégalé.

Une fois la guerre terminée, Zweig s’éloigne quelque peu du registre de la Nouvelle et rédige une série d’essais biographiques, dans lesquels il s’efforce de rendre hommage à quelques hommes qui l’ont marqué, sur lesquels il s’est appuyé dans les moments difficiles. Ses talents de biographes se révéleront aussi impressionnants que l’art du nouvelliste. Il s’attaque aux plus grands, à ceux qui comme lui ont cherché à peindre par la plume la société de leur époque, à pénétrer un univers obscur et psychologique. De Balzac, il retiendra l’appétit débordant, appétit de vivre, appétit d’écrire, appétit de comprendre, de dépeindre, de démasquer les hypocrisies d’une société bourgeoise menée par l’ambition, le sexe, l’argent, une société pleine de mesquineries et de petitesses, empêtrée jusqu’au cou dans une implacable et affligeante médiocrité. Chez Dostoïevski, Zweig admirera non seulement le conteur, mais aussi et surtout celui qui a réussi à traduire en écrits l’abîme psychologique dans lequel peuvent s’enfoncer les hommes. Les frères Karamazov ne représentent-ils pas, chacun à sa manière, les grands courants de pensée qui au XIXème siècle mèneront l’humanité vers des gouffres ou des sommets ? Dans son texte sur le docteur Freud, Stefan Zweig révélera beaucoup plus de lui-même que de son célèbre compatriote. De fait, plusieurs thèses pourraient être écrites sur l’aspect psychanalytique de l’œuvre de Zweig, œuvre pénétrée par les thèmes de la souffrance morale, du refoulement, de la sexualité face à la morale bourgeoise. Dickens, quant à lui, fascinera Zweig parce que sa lucidité restera empreinte d’humanisme et d’espérance. Aucun des travers de la société ne lui échappe, mais ci et là surgit une lueur qui pousse à continuer le combat, incite à ne point désespérer et à jeter toutes ses forces dans la bataille pour un monde plus juste.

La suite de la vie de Zweig est mieux connue. On peut regretter qu’en 1941, cette lueur d’espérance qu’il appréciait chez Dickens n’ait pas été au rendez-vous, mais il ne nous appartient pas de juger son acte ultime. Toutefois, ce rapide survol de ses années de jeunesse nous amène à nous demander si Stefan Zweig ne serait pas aujourd’hui plus que jamais un écrivain moderne et un intellectuel on ne peut plus d’actualité, tant il est vrai que sa vie, son œuvre et son message semblent être la meilleure antidote à Samuel Huntington et au choc des ignorances abusivement qualifié de choc des civilisations.


ZWEIG ET LES JUIFS.cahiers delapoesie

Stefan Zweig est né en Autriche, à Vienne, en 1881 dans une famille bourgeoise juive. Son père, originaire de Moravie, avait fondé dans le nord de la Bohême, à l'âge de trente ans, une petite fabrique de tissus, qui devint peu à peu une entreprise importante. Sa mère est née Ida Brettauer, à Ancône, en Italie, dans une famille de banquiers suisses allemands.

C'est dans le journal autrichien, La Nouvelle Presse Libre, que dirigeait le théoricien du sionisme politique, Theodor Herzl. que fut publiée sa première nouvelle : La Marche dans la neige (1902), où il raconte l'histoire d'une communauté juive qui, sous la menace d'une horde d'agresseurs, doit fuir le ghetto de son village.

Quand Stefan Zweig organise en Allemagne et à Vienne une tournée de conférences et des lectures, il est admiré par les intellectuels juifs, alors nombreux en Allemagne, bien qu'il ne manifeste que peu d'intérêt pour ses propres origines juives. A partir de 1931, il ressent la prise du pouvoir par Hitler et la montée du nazisme comme un grand danger. Il réprouve violemment le nazisme dans sa correspondance mais ne s'engage pas officiellement malgré les pressions des autres écrivains, car il pense que son origine juive n'est pas la source de sa pensée dans ses écrits. Il refuse d'ailleurs d'être catalogué parmi les écrivains juifs. Il craint de s'exposer à un endoctrinement par une des factions sionistes ou antifascistes et de perdre ainsi sa liberté de pensée. Seule lui importe sa "liberté intellectuelle et personnelle", cette liberté à laquelle appelait Romain Rolland. Mais le refus de se laisser encadrer n'a aucune influence sur son amitié avec des Juifs. En novembre 1932, il s'est rendu en Alsace pour rencontrer Albert Schweitzer à Günsbach. En 1933, année où sa nouvelle Brûlant secret a été adaptée au cinéma, les nazis virent dans l'écrit et dans le film une provocation. Les livres du pacifiste et antimilitariste Stefan Zweig, considéré comme " juif " malgré tout, furent brûlés le 10 mai, à Berlin, à Munich, et dans d'autres villes, époque où de nombreux écrivains juifs se sont exilés. Zweig refuse toujours une prise de position officielle. En 1940, il a adhéré au " PEN Club européen " qui réunit dans certains pays européens ou à New York les écrivains émigrés, et il songe à son autobiographie où il décrit la Vienne et la Vienne juive, la guerre et la lutte pendant la guerre, l'ascension et la chute depuis Hitler, l'humiliation et la vie des "sans patrie".

ARTHUR MILLER


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Monstre sacré de la littérature du XXe siècle, dramaturge et intellectuel engagé C'est surtout la Mort d'un commis voyageur (Death of a Salesman) qui l'immortalise et qui lui a valu, en 1947, le prestigieux prix Pulitzer



" S'il a de la chance, l'écrivain peut changer le monde "


Le dramaturge américain Arthur Miller est décédé jeudi 10 février 2005 à l'âge de 89 ans. Il souffrait depuis plusieurs années d'un cancer et de problèmes cardiaques et venait de quitter un centre hospitalier où il était soigné, afin de regagner sa demeure de Roxbury, dans le Connecticut (Etats-Unis), qu'il avait achetée pour son mariage avec Marilyn Monroe.
Né le 17 octobre 1915 à New York dans une famille juive aisée, Arthur Miller a été fortement marqué, comme beaucoup d'intellectuels de sa génération, par la grande crise américaine de 1929 pendant laquelle l'entreprise familiale fait faillite. La conscience de la pression du monde économique sur les relations humaines, la question de la responsabilité individuelle et de la loi, les conflits sociaux vues comme des tragédies grecques, imprégneront par la suite toute son oeuvre.
Son premier roman, Focus, est publié en 1945, suivi en 1947 d'une pièce de théâtre remarquée, Ils étaient tous mes fils, qui se veut une sorte de procès contre un père qui profita de la guerre pour s'enrichir. Mais c'est surtout avec une pièce démythifiant le rêve américain et devenue depuis un classique du théâtre, Mort d'un commis voyageur (Prix Pulitzer 1949), qu'Arthur Miller rencontre le succès. Influencé par les idées socialistes et engagé politiquement à gauche, il est inquiété pendant le maccarthysme mais n'hésite pas à créer en 1953 une autre pièce qui connaît elle aussi un grand succès, Les sorcières de Salem, où il dénonce le lourd climat anticommuniste de l'époque en évoquant les persécutions de l'Amérique puritaine du XVIIIème siècle.
De 1956 à 1964, Arthur Miller traverse une période de vie privée douloureuse pendant laquelle il n'écrira pas, sauf en 1961 le scénario du film The Misfits (Les Désaxés), écrit pour Marilyn Monroe qu'il a épousé en 1956 mais qui divorce peu de temps après. Sa pièce Après la chute, publiée après la mort de Marylin, revient sur ces années tourmentées où se mêlent histoire politique et vie privée. Il écrira ensuite de nombreuses autres pièces, sans doute moins inspirées que ses premières oeuvres. Parmi elles, citons Accident à Vichy (1964), Le Prix (1968), La Création du monde (1972), L'Horloge américaine (1980),..., toutes continuant cependant à explorer les racines psychologiques de la violence humaine et l'écartèlement de l'homme contemporain entre l'innocence d'un monde intime privé et la brutalité du monde social.

La République des Lettres


Miller s’est engagé auprès des prisonniers (Miller est l’un des fondateurs du International PEN’s Writers in Prison Comitte) et contre la pratique de la torture. Observateur de la société américaine, il a gardé, sa vie durant, un idéal humaniste

Le Prix d’Israël lui a été décerné en 2003 « Au centre de son œuvre se trouve l’individu, ses aspirations et ses douleurs. Ses héros s’adressent à la société qui les entoure, et en dévoilent clairement les injustices : la puissance, la corruption et la détérioration de l’intégrité, ainsi que le besoin de l’individu de lutter pour son amour-propre "

EUGENE IONESCO


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"Nous sommes prisonniers à la fois de nos cultures et de nos organismes, et il faudrait chercher, s'il y en a, des vérités plus profondes, des au-delà de cela. " Ruptures de silence

Roumain et Juif. Dans le Bucarest des années 1930 Iosif Hechter, un jeune intellectuel juif, croyait dur comme le fer que ces deux appartenances étaient complémentaires.Il est vrai qu’il avait choisi d’écrire sous le nom de plume–pas très juif– Mihail Sebastian. Prudence, peut-être. Il n’empêche ; il a toujours refusé le choix que voulait lui imposer la société roumaine de l’époque : soit Juif soit Roumain. Un choix qui n’en était pas un car, même pour ses amis les plus chers, un Juif, aussi assimilé eut-il été, ne pouvait être pleinement roumain. Expérience partagée par son ami Eugène Ionesco, juif par sa mère. “Ni son nom, ni son père de souche incontestablement roumaine, ni son baptême chrétien à la naissance, rien, rien, rien ne peut occulter la malédiction d’avoir du sang juif dans les veines”, écrit Sebastian à son sujet

“Je suis comme un évadé qui
sʼenfuit avec lʼuniforme du gardien."


Témoin privilégié des basculements totalitaires du XXe siècle, Eugène Ionesco
assiste, terrifié, à la conversion de la plupart de ses amis et camarades de génération au fascisme. Cette hideuse mutation idéologique constitue la genèse de Rhinocéros : “Le rhinocéros, cʼest lʼhomme aux idées reçues. Dans la pièce, jʼai voulu tout simplement faire le récit dʼune contagion idéologique. Je lʼavais vécue, une première fois, en Roumanie, quand lʼintelligentsia devenait peu à peu nazie, antisémite, “Garde de fer”.” Critique et lucide, le dramaturge sʼoppose au triomphe du pathos nationaliste et au déchaînement des passions sordides, auxquels il préfère lʼindividu et sa finitude, lʼhomme concret, détaché des idéologies : “Lʼhumanité nʼexiste pas. Il y a des hommes.” Vu lʼengagement moral et intellectuel de Ionesco contre le totalitarisme,on a du mal à lʼimaginer à Vichy, entre 1942 et 1944, comme attaché de presse à lʼambassade de Roumanie. Sʼagit-il dʼun “double jeu”,de “duplicité”?

Eugène Ionesco (1909 -1994)

Eugène Ionesco est l’un des rares écrivains dont les œuvres été considérées comme des classiques lors de son vivant. Né en Roumanie en novembre 1909, il émigre définitivement en France en 1942, lors de la Seconde Guerre mondiale, alors que ses origines juives lui font fuir l’Europe de l’Est. Opposé au fascisme, il développe une véritable haine pour toutes les formes d’autorité et une peur des hystéries collectives dont on retrouve les traces dans Rhinocéros, une quinzaine d’années plus tard.

Sa première pièce, qui reste la plus connue, est La Cantatrice chauve, écrite en 1948; elle est suivie de La Leçon et de Jacques ou la soumission, en 1951. La Cantatrice chauve et La Leçon sont toujours à l’affiche au Théâtre de la Huchette, à Paris, sans interruption depuis 1957. Ces pièces ainsi que celles qu’il a écrites dans les années 50 font vite de l’auteur pour qui le théâtre « est le plus souvent une confession » l’un des dramaturges les plus importants du théâtre de l’absurde. Il dira à ce propos, en 1985, qu’il n’a pas utilisé l’absurde pour être comique, mais bien pour illustrer le vide que crée l’absence de valeurs spirituelles.


Eugène Ionesco publie, en 1962, un recueil d’essais, Notes et contre-notes, où il traite de sa pratique d’écrivain et souligne l’esprit de contradiction qui habite son oeuvre. En 1970, il est nommé à l’Académie française et donne, en 1975, sa dernière pièce, L’homme aux valises. Il se tourne ensuite vers le roman et publie d’autres essais et écrits intimes. Ionesco meurt en mars 1994, à l’âge de 84 ans.
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La littérature française n'aurait pas la même physionomie sans l'apport de trois génies venus des Carpates: Ionesco, Cioran et Mircea Eliade. Mais au lendemain de la Libération ces trois enfants adoptifs avaient déjà entre trente-cinq et quarante ans, et un lourd passé derrière eux. Un passé qu'ils ont occulté, aidés en cela par le rideau de fer.
Ionesco, dont le secret est ici dévoilé: sa mère était d'origine juive. Voilà pourquoi les années 1930 sont pour lui un cauchemar. Voilà pourquoi il hait Eliade, Cioran et tous les «Rhinocéros» qui veulent faire de Bucarest un petit Berlin. Voilà pourquoi il se réfugie à Vichy entre 1942 et 1944. L'anticommunisme rapprochera les trois exilés après la guerre, mais ce nouveau combat sera pour Ionesco la suite logique de son refus des totalitarismes. L'homme n'a rien d'un héros. Cependant, pour reprendre deux expressions éminemment péjoratives dans la bouche de Cioran, il aura été toute sa vie un «libéral par fatigue», un «démocrate par raison».lire

"Rhinocéros"
Ce sont eux qui sont beaux.J'ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n'ai pas de corne, hélas ! Que c'est laid, un front plat. Il m'en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n'aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains .) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ?

HAROLD PINTER

PRIX NOBEL 2005

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"Je ne cherche certainement pas l'universalité. J'ai assez à faire pour écrire une foutue pièce !"

"Quand on se sent incapable d’écrire, on se sent exilé de soi-même."

"Au lieu d'une incapacité quelconque à communiquer, il y a en chacun de nous un mouvement intérieur qui cherche délibérément à esquiver la communication."H Pinter


Harold Pinter est né le 10 octobre 1930 dans l'East End, un quartier de Londres qui était à l'époque populaire et industriel. Fils unique de parents juifs (au moment de sa naissance, son père, modeste tailleur, gagne difficilement sa vie), Pinter garde de sa prime jeunesse des images précises (la puanteur d'une usine à savon), mais aussi la marque d'une désorientation angoissée (crise sociale, chômage, montée du nazisme, guerre civile espagnole, campagne antisémite importante en Grande Bretagne).

En 1940, ses parents quittent Londres pour échapper aux raids aériens allemands.
Profondément marqué par le génocide, il refuse en 1948 de faire son service militaire. "A mes yeux, l'idée de réarmement était ridicule. J'étais conscient des souffrances et des horreurs de la guerre et je n'allais, sous aucun prétexte, contribuer à son entretien. J'ai dit non. Et je dirai encore non. C'est encore plus stupide maintenant". Il entreprend alors des études d'art dramatique à Londres.

Dans les années 1951-1952, il entame une carrière d'acteur, sous le nom de David Baron, publie des poèmes et écrit un roman semi-autobiographique, Les Nains (The Dwarfs).

C'est en 1957 que sa première pièce, la Chambre (The Room), est représentée à Bristol. Elle attire l'attention d'un producteur de théâtre qui assure la création de sa seconde pièce, L'Annniversaire (The Birthday Party, 1958), à Cambridge, Oxford, puis au Lyric Theatre de Londres. Elle sera retirée de l'affiche au bout d'une semaine. Plus enthousiaste sera l'accueil réservé aux pièces radiophoniques, en particulier Une petite douleur (A Slight Ache, BB., 1959). Mais le succès lui vient en 1960 avec le Gardien (The Caretaker), la Collection (The Collection, 1961), l'Amant (The Lover, 1963), Tea party puis le Retour (The Homecoming, l1965), qu'il adaptera lui-même pour le cinéma quelques années plus tard. Un an après sa création à Londres, la pièce fut créée à Paris en octobre 1966, dans une mise en scène de Claude Régy. Elle réunissait Pierre Brasseur, Claude Rich, Jean Topart, Emmanuelle Riva, YvesArcanel et Jacques Rispal.

En 1962, Pinter écrit le scénario du film de Joseph Losey, The Servant. C'est encore pour Losey qu'il fera l'adaptation de Accident en 1967 (1967) et du Messager (The Go-Between) en 1969. Parallèlement à sa carrière de dramaturge, Pinter exerce des activités de comédien, notamment dans ses propres pièces (il a repris le rôle de Lenny du Retour en 1969). Il a également réalisé un long métrage, tiré de la pièce de Simon Gray, Butley, en 1973.

Il revient à la scène en 1971 avec C'était hier [('Old Times), et depuis 1973 met en scène des pièces créées au National Theatre. Dès lors, il est présent sur tous les fronts : cinéma avec l'adaptation de À la recherche du temps perdu (1972) et de la Femme du lieutenant français (1980), radio et télévision, théâtre avec No Man's Land (1975), Trahisons (Beytrayal, 1978) The Hot House, (1980), Un pour la route (One for the Road, 1984), Le Nouvel ordre du Monde (New World Order, 1991), La lune se couche (Moonlight, 1993), Ashes to Ashes (1996), Celebration'' (2000). Il a publié en 1998-99 un recueil de poésies et de textes politiques, Various voices, publié en France en décembre 2000.

En novembre 2000, le scénario d'À la recherche du temps perdu que Pinter avait écrit en 1972, a été adapté pour le théâtre au Royal National Theatre de Londres dans une mise en scène de Di Trevis sous le titre de Remembrance of last Things. Sa dernière pièce SKETCH Press Conference date de 2002.

Lauréat de nombreux prix (citons, entre autres, le Laurence Oliver Award en Grande Bretagne ou le Molière d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en France), Harold Pinter a écrit 29 pièces et 22 scénarios. Depuis toujours, son engagement politique est très marqué. Il s'est constamment battu pour la liberté d'expression et la défense des droits de l'homme, notamment pendant la dictature de Pinochet au Chili, ou plus récemment en protestant contre les bombardements américains sur l'Irak lors des deux guerres du Golfe.theatre contemporain

FERNANDO DE ROJAS



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De Rojas




"Le premier degré de la folie est de se croire savant."

"C’est une misérable chose que de penser être un maître si l’on n’a jamais été élève." - La Célestine

"Toutes les dettes reçoivent quelque compensation, mais seul l'amour peut payer l'amour." - La Célestine

"N'est vaincu que celui qui croit l'être." - La Célestine

"C’est une erreur de ne pas croire et une faute de tout croire." - La Célestine




Fernando de Rojas (vers 1465 à La Puebla de Montalban, Tolède - mort vers 1541 à Talavera, Tolède) était un écrivain et dramaturge espagnol .

Ses parents appartenaient à une famille juive convertie. Il fut gouverneur de Tolède, et fit des études de droit à Salamanque.

Rojas est surtout connu comme auteur de La Célestine, ou tragi-comédie de Calixte et Mélibée . Cette œuvre fut, après Don Quichotte, le livre espagnol le plus universellement diffusé et célébré.
La première édition connue a été imprimée à Burgos en 1499, la deuxième à Tolède en 1500 (conservée à la Fondation Martin Bodmer à Cologny/Genève).
Il écrit la pièce en quinze jours, encore étudiant à Salamanque, ville devenue un refuge pour intellectuels avec l’éclosion de groupes d’amitiés. L’époque était à la lutte entre factions sociales et entre écoles de pensée, aux querelles d’honneur ou de femmes, à la dispute de positions académiques ; les affrontements violents entre bandes étaient le lot quotidien de la vie estudiantine et civile. Après ses études, Fernando de Rojas s’installe à Talavera de la Reina où il mène une existence paisible de respectable juriste jusqu’à sa mort en 1541.
La Célestine est, avec le Don Quichotte de Cervantès, une des oeuvres phares de la
littérature espagnole. Pour le public, il y avait une double lecture : une mise en garde entre le chaos à valeur moralisante, ou un code d'accès à un monde de désirs et de liberté par une analogie du corps humain, du divertissement et du plaisir.



La Celestina

Calixte, pénétrant à l’improviste dans un jardin, y rencontre Mélibée dont la beauté l’éblouit. Mélibée le repousse, se jugeant offensée dans son honneur. En proie au désespoir, Calixte ne se possède plus. Il la désire éperdument parmi ses larmes, comme un rêve de lointain bonheur.
Son serviteur Sempronio lui conseille de s’adresser à la Célestine, une vieille entremetteuse qui, en amour, sait plier les volontés rebelles. Se refusant à entendre Parmeno, son autre serviteur, qui lui fait valoir le caractère de cette mauvaise femme, rompue à toutes les impostures, toujours prête à favoriser le vice et à jeter le déshonneur sur ses victimes pour en soutirer de l’argent, Calixte la reçoit chez lui. Après s’être entendue avec Sempronio sur le partage des bénéfices, la Célestine, alléchée par des arrhes engageantes, se met au service de Calixte…

Intrigue passionnelle qui se dénoue dans le deuil et dans la tragédie, La Célestine annonce le réalisme pittoresque mais trivial qui triomphera dans le roman
picaresque. Cervantes définissait l’œuvre comme « un livre divin si ce qu’il renferme d’humain avait été laissé un peu plus dans l’ombre ». Œuvre espagnole la plus universellement diffusée et célébrée après Don Quichotte, la Célestine eut une très grande influence sur le théâtre et le roman.Aline Schulman


Carlos Fuentes

«La Célestine est la première grande oeuvre littéraire qui marque l’émergence de la cité moderne.En ce tournant de siècle,tous les profils traditionnels de la société féodale se transforment au contact de la ville de la Renaissance, catalyseur d’une nouvelle réalité historique:la ville où circulent les rapports d’argent,de classe, de métier, déloge les grandes passions absolues tout autant que les vertus ou les vices exemplaires.
L’importance de la renommée,renommée de chasteté pour Mélibée,renommée de séduction sexuelle pour Calixte,et renommée professionnelle de l’intermédiaire:la Célestine en personne.
Passion érotique, charnelle, immédiate, et non plus passion médiévale, épistolaire, lointaine et chaste.Quête ardente de richesses dans un monde fluide et non plus héréditaire.Rojas appartient au monde oral du passé, dans lequel les récits se transmettaient de bouche en bouche ;
La Célestine mélange les genres et les traditions. Le commerce verbal y est constant.
Dialogue narratif de consciences taraudées.Le choc des consciences.Rojas nous montre l’activité de la conscience,sans l’étouffer sous les abstractions ni la glacer sous les allégories.
La réflexion constitue le noyau central de l’oeuvre.Les personnages s’observent se regardent l’un l’autre du coin de l’oeil,se tournent le dos.C’est un peu comme s’ils formaient à eux tous un choeur double: individuellement, chacun est le choeur de lui-même et du principe de vie qu’il incarne : et ensemble à l’unisson, ils forment un choeur chargé de commenter la faiblesse humaine,la passion de la vie, et la cynique sagesse de la tragi-comédie urbaine.
Tragédie,car l’aphorisme moral ne prône pas le bien comme une formule figée,établie, orthodoxe, mais rend compte de l’inévitable imminence de la fin et de la constante loi du changement.
Célestine,championne de la survie fait office d’introductrice : de la chair dans la chair, de la pensée dans la pensée, du fantasme dans la raison, de l’externe dans l’interne, de l’interdit dans le consacré, de l’oublié dans le providentiel, du rêve dans la veille, du passé dans le présent.Vieille messagère de la réalité urbaine, Célestine annonce sans cesse la fatalité du changement.
Loi du changement et de bouleversement, qui se révèle peu à peu comme condition même de la vie : les hommes et les femmes existent pour représenter encore et encore la Création du monde, création humaine et non divine.

D'après la conférence donnée à la Bibliothèque Nationale de Paris en mai 2001 Texte traduit de l'espagnol par Céline Zins


On découvrira plus tard que le père de Fernando de Rojas fut brûlé vif en 1488 sur ordre de l’Inquisition, en tant que « judaïsant » – d’où les traces, dans La Célestine, de cette culture souterraine des juifs « convertis » d’Espagne, experte dans l’art du double jeu, de la métaphore allusive, du message crypté. Ce qui est indubitable, en tout cas, c’est qu’il s’agit là de l’un des grands textes inauguraux des temps modernes – un siècle avant Don Quichotte, et plus de trente ans avant les romans de Rabelais.Guy Scarpetta

SARAH BERNHARDT

S. BERNHARDT
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" C’est en se dépensant soi-même que l’on devient riche "

"Le trac, cela vient avec le talent."


25 septembre 1844 - 26 mars 1923 (Paris)
Artiste de génie aux multiples talents écrivain, peintre, sculpteur Sarah Bernhardt reste une des plus brillantes femmes de son époque. Son style inspira la mode, les arts décoratifs et même l'esthétique de l'Art Nouveau.

Elle débuta au Conservatoire puis à la Comédie Française en 1862. Elle avait 18 ans. Jusqu'à sa mort, à presque quatre vingts ans, elle joua cent vingt pièces. Son répertoire fut éclectique. Elle excella dans la comédie bourgeoise comme la Dame aux Camélias, triompha dans le théâtre romantique avec Hernani et Ruy Blas, s'illustra dans des rôles travestis avec Hamlet, Lozenzaccio ou l'Aiglon. L'Aiglon écrit par son ami Edmond Rostand dont elle interpréta au cours de l'Exposition Universelle de 1900 deux cent cinquante représentations avec un succès ininterrompu. Mais elle symbolise avant tout LA tragédienne de Phèdre de Racine qu'elle joua pendant quarante ans.

Cette personnalité, hors du commun, fut adulée par le monde entier à travers des tournées triomphales. Elle sillonna la planète endossant les rôles de plus de cent vingt personnages allant même jusqu'à être sollicitée par le cinéma américain. Sarah Bernhardt est aussi une femme engagée. Elle milite contre la peine de mort, soutient Dreyfus aux côtés de Zola et fait face aux attaques antisémites dont elle est l'objet. Elle est patriote. Sacralisée « trésor national » en 1914 et parce que l'on craint qu'elle puisse être l'objet d'une prise de guerre, elle est priée de se cacher et de quitter Paris.

Malgré l'amputation de sa jambe l'année suivante, elle n'hésite pas à partir jouer sur le front pour soutenir le moral des « poilus ». Elle mène sa guerre en s'embarquant pour une tournée outre atlantique dont l'objectif est de convaincre les Américains de venir combattre en Europe aux côtés des Alliés. Ces actions d'honneur doublées de son talent d'artiste confortent son immense popularité. Cette dernière ne la quittera pas jusqu'à ses obsèques qui seront suivies par une foule estimée à un million de personnes.

STEFAN LUX


PORTRAIT
UN
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GENEVE
PALAIS DES NATIONS
CIG
AMEN




Photo: Jean Plançon ©
Photo 2©








Stefan Lux (né le 11 novembre 1888 à Vienne et mort le 3 juillet 1936 à Genève) est un homme de lettres juif tchèque, qui s'est suicidé en pleine session de la Société des Nations en 1936 pour alerter le monde des périls de l'antisémitisme allemand.


"Sir Eden
Quand un homme prend la parole avant la mort qu'il a choisie librement, après mûre réflexion, il a le droit d'être entendu. Même quand il s'adresse au représentant d'un puissant Empire de cette terre.
Permettez-moi alors, Sir Eden, de laisser de côté tout ce qui peut concerner ma personne sans importance; sans les circonstances exceptionnelles de ma mort, je serais peut-être aussi qualifié pour m'adresser à vous, permettez-moi donc d'entrer immédiatement dans le vif du sujet...
Je crois qu'il m'est permis d'affirmer que j'exprime la conviction profonde non seulement des hautes personnalités réunies ici, mais aussi, et surtout, de la très grande majorité des Nations qu'elles représentent : je vous demande, Sir Eden : Liquidez le plus vite possible le problème italo-abyssin, écartez tous les obstacles de procédure et autres, abrogez les sanctions contre l'Italie, établissez la paix complète avec l'Italie et gagnez par là une coopération totale sur les problèmes brûlants de l'Europe.
Car il y a un problème important et urgent; il n'y a aucun travail qui ne puisse être interrompu devant ce problème et on n'a plus le droit de perdre de temps; la solution rapide, nette et énergique ne doit pas être retardée de semaine en semaine, ni même de jour en jour.
Ce problème unique… c'est l'Allemagne.
Sir Eden, quand les derniers mots d'un homme qui confirme par sa mort publique sa foi en l'homme et son angoisse pour les hommes, sa conviction la plus intime et la plus sacrée, parce qu'il ne voit pas d'autre moyen pour se faire entendre par les gouvernants, si ces mots, cette voix désespérée, méritent qu'on les croie, alors, Sir Eden, croyez-moi.
Dans un an, dans six mois peut-être, vous serez devant des ruines, dans le sens le plus strict, le plus vrai de ce mot – devant des ruines fumantes, et aussi devant les ruines de votre patrie.
C'est la dernière, la toute dernière minute, Sir Eden. La plus terrible explosion du monde est imminente si nous n'agissons pas immédiatement, pendant cette session, je n'aurais pas l'audace, Sir Eden, de vous donner des conseils, à vous, homme d'État dirigeant de Grande-Bretagne…
Mais il est des circonstances qui se laissent expliquer moins par la politique que par les motifs humains…
Que l'Allemagne se réarme au mépris des accords internationaux comme aucun État ne l'a jamais fait, on le sait dans toutes les chancelleries d'Europe, et vous le savez probablement, Sir Eden, mieux que quiconque. Mais vous ne voulez pas voir ce fait terrible, Sir Eden. Vous ne voulez pas y croire. Vous espérez toujours empêcher le malheur parce que vous croyez aux retentissantes déclarations pacifiques du gouvernement allemand. Et vous y croyez car vous ignorez une chose. Et si vous la pressentez, vous la refusez, vous ne la laissez pas pénétrer votre conscience de même qu'elle n'a pas encore pénétré la conscience de votre nation. Cette chose la voici :
Le gouvernement allemand, le groupe, qui dirige aujourd'hui sans scrupules le destin de la nation allemande, est composé sans exception de criminels.
Quand un homme tente désespérément, en ultime sacrifice, d'arrêter une catastrophe mondiale, il ne doit pas craindre d'appeler par leur nom des choses à peine murmurées dans l'Europe officielle.
Je ne dis pas, Sir Eden, je crie tout haut : vous avez affaire en Allemagne, à des criminels ! Les partenaires allemands avec lesquels vous traitez, vous discutez, vous échangez des notes, sont des criminels… Des êtres moralement et psychiquement dégradés présentant tous les traits caractéristiques des bandits les plus corrompus. Leur casier judiciaire fort chargé, est parfaitement connu.
Comment ce groupe de criminels notoires a-t-il pu prendre le pouvoir, grâce à une escroquerie à une vaste échelle et sans précédent, les historiens futurs auront la tâche de l'expliquer…
Ces gens se moquent du fair-play, auquel votre pays, Sir Eden, semble tenir toujours…
Et parce que l'Angleterre a cru aux manœuvres allemandes, parce qu'elle s'est toujours laissé persuader, le monde a hésité et a attendu, le crime a grandi et il a pu devenir si grand qu'il menace aujourd'hui le monde entier.
Sir Eden, je vous demande, avec mes dernières forces, regardez les faits en face…
Prenez l'initiative, réagissez, agissez. Et si votre cabinet ne comprend pas ce que veut dire une vraie politique humaine, abandonnez tout. Je ne parle pas en dilettante, une menace extraordinaire justifie des moyens extraordinaires. Présentez-vous devant votre jeune roi, devant votre nation et éclairez-les.
Je voudrais croire profondément que ce miracle se produira; que la mort d'un petit écrivain à peine connu répandra un peu de clarté et de vérité…
Avec mon sincère et respectueux dévouement.

Stefan Lux"

Lors de l'enterrement au cimetière de Veyrier, une grande foule et des personnalités sont présente. Robert Dell, rédacteur au Manchester Guardian et président de l'Association internationale de la Presse accréditée à la Société des Nations, termina les hommages ainsi : « Stefan Lux, que pouvons-nous dire de votre geste ? Geste inutile peut-être, mais geste héroïque, geste d'abnégation suprême. Nous pouvons au moins assurer devant votre cercueil, que nous n'abandonnerons jamais la cause de la solidarité humaine, pour laquelle vous avez sacrifié votre vie, et que nous ne serons jamais neutres devant le crime ».
Un mois plus tard, tandis que naissait le Congrès juif mondial dans la salle même où s'était suicidé Lux, Nahum Goldmann déclarait : « On édifiera un jour, en Allemagne, des monuments à la mémoire de Stefan Lux ».

En rendant hommage à sa cause mais en condamnant son geste, Léon Savary, concluait : « Les hommes capables de lutter pour la justice ne doivent pas se tuer, ils doivent rester à leur poste ».Bio wiki

Le grand rabbin de Genève, Salomon Poliakof, arrive sur la demande de Lux. Et, après avoir décliné son identité hébraïque – Schmuel Mosche ben Abraham – il demande à être enterré parmi les Juifs. Le docteur Jentzer tente l'impossible mais Stefan Lux succombe le soir même à neuf heures. Il repose au cimetière israélite de Veyrier (canton de Genève).

Et si un jour vous allez au cimetiere de Veyrier n'oubiez pas de rendre Hommage a Stefan Lux pour que justement il ne soit pas mort pour rien.

Je remercie la Communauté Israélite de Genève, sise 21 avenue Dumas, 1206 Geneve, Suisse. Ainsi que M. Jean Plançon pour leur aide .

On pourra consulter les liens suivants se rapportant a l'ouvrage de Jean Plançon:
Extraits de l'ouvrage :
"Histoire de la communauté juive de Carouge et de Genève »
Jean Plançon Histoire des Juifs de Carouge et de Genève
Notices biographiques: Rabbins de Genève depuis 1789
Notice biographique sur l'architecte Julien Flegenheimer.

MAX REINHARDT


BIOGRAPHIE
THEATRE
DATE
PORTRAIT
INFLUENCE
CONFERENCE
FESTIVAL

"La foi en l'Europe est le ciment de nos existences, notre fondement à tous. Nous croyons en la paix par l'esprit. Nous ferons que Salzbourg serve l'héritage classique du monde"

Le premier festival de Salzbourg ne voit cependant le jour qu'en 1920 grâce à un quintette de choc constitué par Max Reinhardt, l'écrivain poète Hugo von Hofmannsthal, le compositeur Richard Strauss et le chef d'orchestre Franz Schalk qui partageaient alors la direction de l'Opéra de Vienne, et le peintre et décorateur Alfred Roller. C'est sur le parvis de la Cathédrale que s'ouvrit le premier festival, le 22 août 1920, avec la représentation en plein air de Jedermann de Hofmannsthal dirigé par Richard Strauss. Avec cette représentation du grand jeu de la pauvreté de l'homme fortuné, Salzbourg renouait avec sa tradition des jeux et des mystères qui animaient jadis ses rues et ses marchés, tant d''uvres conservées aujourd'hui à la bibliothèque de la ville.



On doit à Max Reinhardt la primauté de la mise en scène au théâtre. D'origine autrichienne, la famille juive de cet artiste changea son nom – Goldmann – pour échapper à l'antisémitisme. Élève au Conservatoire de Vienne, Reinhardt interprète ses premiers rôles à dix-sept ans et par la suite, œuvre principalement en Allemagne. À la direction du Deutsches Theatre en 1905, il en fait le point névralgique de la vie artistique à Berlin. Après la Première guerre mondiale, il initie un courant de réforme et développe toutes les possibilités de la mise en scène. Influencé par Craig et Appia, il intègre au théâtre la lumière, la musique, la danse et une gestuelle alors inédite : la pantomime. Il engage les plus grands acteurs et enrichit ses scénographies de plateaux tournants, d'escaliers roulants, de praticables transparents ou d'effets d'optique. Il a porté à la scène les grands classiques – Sophocle, Molière, Goethe – et des auteurs aussi différents que Georg Büchner ou Bertolt Brecht. Il est contraint de quitter l'Allemagne pour l'Amérique où son parcours glorieux se termine dans la pauvreté d'une chambre d'hôtel new-yorkaise. L'influence considérable de Reinhardt sur le théâtre allemand et européen repose sur la variété de son répertoire, sa grande imagination scénique et son impressionnante productivité : en vingt-cinq ans, ce titan réalise cent-soixante-dix mises en scènes et donne 23,374 représentations de 452 pièces.(1873-1943)

GEORGE TABORI


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"Le rire est la seule chose qui reste après la catastrophe. L'adéquation entre sainteté et humour est peut-être la plus grande contribution juive à la civilisation."


Auteur de théâtre, scénariste, romancier, nouvelliste, metteur en scène, chef de troupe, directeur de théâtre, acteur à l'occasion, George Tabori incarne la figure idéale de l'artiste complet. Né juif hongrois, détenteur d'un passeport britannique, écrivant en américain, parlant l'allemand avec un accent anglo-hongrois, il a passé sa vie aux quatre coins du monde, perpétuel exilé, mais jamais déraciné, sa seule "patrie" étant, de son propre aveu, le théâtre. George Tabori est né à Budapest le 24 mai 1914 dans une famille d'intellectuels juifs.
Le 30 janvier 1933, il est à Berlin, où il assiste, au milieu de la foule, à la première gesticulation de Hitler au balcon de la Chancellerie. Le jeune homme de dix-huit ans ne mesure pas, alors, la portée de l'événement : "La plupart des gens, moi y compris, ne savaient pas ce que ça pouvait vraiment signifier." Beaucoup plus tard, il dira, comme pour exorciser par l'humour noir ce manque de clairvoyance : "Berlin était devenu trop petit pour nous deux", faisant du Führer son improbable alter ego, comme il le refera à travers la relation désespérée et comique du couple Shlomo-Hitler dans Mein Kampf (farce).
En 1935, il gagne Londres, où il vit comme traducteur puis s’engage dans l’armée britannique. Il passe ensuite plus de vingt-cinq ans aux Etats-Unis. Il y devient scénariste à Hollywood, travaillant pour Alfred Hitchcock (la Loi du silence) ou Joseph Losey (Cérémonie secrète), et fréquentant Greta Garbo, Marilyn Monroe et Charlie Chaplin, mais aussi les écrivains allemands exilés Bertolt Brecht et Thomas Mann.
A New York,en 1945 il fréquente assidûment l'Actor's Studio animé par Lee Strasberg, où il apprend, selon ses propres dires, l'art de la composition théâtrale. En 1952, Elia Kazan crée à Broadway une de ses pièces, Flight into Egypt, dans le climat empoisonné de la "chasse aux sorcières" initiée par le sénateur McCarthy. Tabori lui-même sera brièvement inscrit sur la sinistre "liste noire". A la fin des années cinquante, il passe à la mise en scène en montant Mademoiselle Julie de Strindberg avec sa seconde épouse, l'actrice suédoise Viveca Lindfors, dans le rôle-titre. En 1968, il crée à New York avec son beau-frère Martin Fried sa pièce The Cannibals, qui se déroule à Auschwitz et contient en germes la formulation dramatique de toute son oeuvre à venir, en particulier la saisie de la "question juive" à travers la figure emblématique de Shylock, dont il ne cessera de décliner les avatars dans ses pièces ultérieures. Le public américain ne se montre guère enthousiaste, mais une éditrice allemande, Maria Sommer, invite Tabori à venir monter la pièce au Schiller-Theater de Berlin. Contre toute attente, celui-ci, qui s'était juré de ne jamais retourner en Allemagne, accepte : "J'ai pris une attitude qui m'avait aidé à survivre à toutes ces années de fascisme et de guerre, à savoir celle de la curiosité". La première passe à deux doigts du scandale, mais la pièce connaît finalement un immense succès. Un an plus tard, en 1970, Tabori réalise sa dernière mise en scène aux Etats-Unis en créant sa pièce Pinkville, impitoyable réquisitoire contre les horreurs de la guerre du Vietnam, qui provoque un tollé de protestations. De nouveau invité par les Allemands à monter la pièce chez eux, il quitte définitivement les Etats-Unis pour l'Allemagne.
Reconnu comme un des plus importants créateurs d'aujourd'hui, George Tabori a été distingué par de nombreux prix,pour son travail au théâtre et ses créations à la radio et à la télévision .Theatre
George Tabori est décédé le 25/07/07 à Berlin, à l'âge de 93 ans.

HUGO VON HOFMANNSTHAL



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"Où que j’approche, où que j’aborde
Ici dans l’ombre, là sur le sable,
Ils viendront près de moi s’asseoir,
Et moi, je les divertirai,
Je les lierai de mon lien d’ombre."


Poète, auteur dramatique autrichien né à Vienne dans une famille d’origine juive, convertie au catholicisme. À 17 ans, il publie ses premiers poèmes et rencontre aussitôt la célébrité avec un premier drame en vers, Hier.

Hugo von Hofmannsthal (1874-1929), poète, romancier, essayiste, homme de théâtre et librettiste de Richard Strauss, compte parmi les figures majeures de la littérature autrichienne du début du siècle. Andreas, La Lettre de Lord Chandos, Le Livre des amis et La Femme sans ombre, reflètent les enjeux décisifs de notre modernité.

Il a d’abord été un poète à la trajectoire fulgurante : l’essentiel de son œuvre poétique a été écrite entre seize et vingt-cinq ans. C’est à ce titre qu’il figure dans toutes les anthologies de la poésie de langue allemande.
Dans la Vienne de la fin XIXe, partant d'une esthétique décadente, voire parfois morbide, et souffrant de la mélancolie d'un anachronique no future, Hofmannsthal s'efforça d'atteindre à une écriture ciselée, à un style assagi qui se dévouerait entièrement à endiguer la chute de ce qui lui était le plus cher: la monarchie Habsbourgeoise, cette Austria felix à la fois avangardiste et conservatrice qui reste une référence d'équilibre dans l'histoire de la culture occidentale.
Il fonde en 1922 le Festival de Salzbourg en collaboration avec le metteur en scène Max Reinhardt

YASMINA REZA


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ART
INTERVIEW
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"Ecrire est un acte éminemment sauvage"

"Le réel, au fond, n'existe qu'en soi. Il est foisonnant mais il foisonne pour rien si vous n'allez pas vous frotter à lui de la manière la plus violente ou la plus amoureuse, ce qui revient au même."

"Rien ne fait plus souffrir que d'aimer. Rien. Il faudrait ne pas aimer pour ne pas souffrir."

Fille d'une violoniste hongroise installée à Paris depuis l'établissement du 'rideau de fer', et d'un homme d'affaires d'origine juive et russe, Yasmina Reza évolue dès son enfance dans une atmosphère aussi artistique que cosmopolite. Nourrie par le théâtre de Nathalie Sarraute, elle se met elle aussi à écrire des pièces, actuellement traduites en trente-cinq langues et jouées dans le monde entier. 'Art', spécialement écrit pour Vaneck, Luchini et Arditi, rencontre un franc succès. Dialogues savoureux servis par des acteurs en grande forme : c'est une véritable réussite. Son premier roman paraît en 1999, 'Une désolation' revêt la forme d'un monologue. L'année suivante, elle rédige le scénario du 'Pique-nique de Lulu Kreutz', le film de son compagnon, Didier Martiny, mettant en scène des 'paumés' fiers et joyeux, conscients d'une Histoire qui les dépasse, mais dont ils tiennent à rester les témoins sarcastiques. Des personnages que Yasmina Reza affectionne particulièrement, et qui déambulent le long de son oeuvre.

RACHEL


FELIX










" Rachel joue la tragédie comme si elle l’inventait " - Stendhal


Elisa Rachel Félix naît le 21 février 1821 dans l’auberge du petit village de Mumf, en Suisse. Fille cadette de Jacques et Esther Félix – sa sœur Sarah est née en 1818- elle sera suivie de quatre autres enfants : Raphaël en 1826, Adélaïde en 1828, Rébecca en 1829 et la benjamine en 1836. Les Félix sont de pauvres colporteurs, acteurs et chanteurs juifs originaires d’Alsace-Moselle. Jusqu’en 1827, ils poursuivent leurs déplacements de ville en ville, de marché en marché, à travers l’Allemagne, la Suisse, puis la France. Leur subsistance dépend des maigres recettes du colporteur.

En 1827, après une courte halte à Saint Etienne, les Félix s’établissent à Lyon, dans le quartier des Célestins, où ils tiennent une petite boutique de mercerie et de brocante. Le père donne aussi des leçons d’allemand. Il n’hésite pas non plus pour nourrir la famille grandissante à mettre à contribution ses deux filles aînées dont il exploite le talent. Il enseigne ainsi le chant à l’aînée, la diction à la cadette. A neuf ans, fillette maigrichonne aux beaux cheveux noirs et à la voix âpre et voilée, Rachel se produit dans les rues avec sa blonde sœur Sarah, récitant des fables et chantant des airs parfois grivois. Durant trois ans, elles vont ainsi dans les cafés chantants de la place des Célestins, Le Café d’Apollon, Le Café de Paris, Le Messager des Dieux, mais aussi dans les établissements plus modestes, tels que Le Loup et l’Agneau où la patronne n’hésite pas à leur donner les quelques pièces qui leur manquent pour rapporter la somme minimum exigée quotidiennement par leur père.

C’est au hasard de l’une de ses « représentations » que la jeune Rachel est remarquée un jour de 1831 par Choron, chanteur et musicien qui dirige alors à Paris une école de chant. Impressionné par sa voix, Choron souhaite qu’elle l’accompagne dans la capitale. La famille suit et s’installe dans le quartier juif proche de la place de Grève, rue des Mauvais Garçons, puis place du Marché Neuf. Rapidement, Choron remarque chez Rachel de véritables dons pour le théâtre. Il l’adresse alors à Saint-Aulaire, acteur au Théâtre Français qui dirige un petit conservatoire, l’école dramatique du passage Molière, où il donne des cours de déclamation. Rachel commence à y apprendre le métier, ainsi qu’à lire et à écrire. Là, elle est distinguée par un riche amateur de théâtre, M. Ancelin, qui l’aide à répéter ses rôles et à révéler ses dons. Mais sa famille a toujours autant de peine à joindre les deux bouts, et le 7 janvier 1837 son père signe pour elle un engagement au Théâtre du Gymnase, avec 4 000 francs d’appointements par an. Rachel y joue essentiellement du mauvais vaudeville.



Cependant, grâce à Saint-Aulaire, la jeune fille qui a alors 16 ans, est présentée au grand acteur Samson, sociétaire du Théâtre Français. Celui-ci la prend sous son aile ; c’est lui qui « va donner du talent au génie instinctif de Rachel » en la contraignant à une stricte discipline. Le 6 février 1838, Samson obtient du directeur du Théâtre Français, M. Vedel, l’engagement de son élève. En mars 1838, Rachel débute au Français dans le rôle de Camille d’Horace, avant de jouer Emilie dans Cinna et de triompher pour la première fois à l’automne en jouant Hermione dans Andromaque, puis Eriphile dans Iphigénie et Aménaïde dans Tancrède. La petite jeune fille maigre et inculte a tout juste dix-sept ans. Samson jubile : " Je vois tous ces regards dirigés sur elle, toutes ces oreilles tendues pour mieux jouir de cette diction qui semblait si nouvelle et dont l’originalité consistait à être à la fois naturelle et grandiose ". Les critiques sont unanimes : Une nouvelle grande comédienne est née. Musset, lui-même séduit, écrit à son propos dans un article en date du 1er janvier 1839 : "« Sa voix est pénétrante et, dans les moments de passion, extrêmement énergique. Où a-t-elle appris le secret d’une émotion si forte et si juste ? Il faut reconnaître là une faculté divinatrice, inexplicable et qui ressemble à ce qu’on appelle une révélation. Tel est le caractère du génie ". La jeune comédienne renouvelle la tragédie classique et lui rend toute sa vigueur.

Devant son succès, le directeur du Français décide de s’attacher la jeune fille comme sociétaire. Cela se fait non sans difficulté. Fille de nulle part, Rachel ne peut alors produire d’acte de naissance prouvant son identité, les actes civils concernant les Juifs n’étant pas alors inscrits sur les registres d’Etat civil helvétiques. Cependant, grâce à l’intervention du consul de la Confédération, la sage-femme et la veuve de l’aubergiste de Mumf témoignent de l’accouchement de Mme Félix. Rédigé en allemand, un certificat de notoriété est transmis aux autorités françaises. A 20 ans, Rachel devient officiellement sociétaire du Théâtre Français. La tragédienne se produit aussi en province. Au cours de sa carrière, Rachel joue tous les grands rôles. Et ne fait qu’une concession aux romantiques, en jouant Marie Stuart dans la pièce adaptée de Schiller. Pour ce rôle, Juliette Récamier qu’elle a rencontrée à l’époque du Théâtre du Gymnase et qui est devenue son amie, lui fait réaliser par le décorateur Jolivet une robe de velours noire brodée de perles et de diamants.

En décembre 1842, c’est la consécration pour la jeune artiste : Elle triomphe dans le rôle de Phèdre, ce que raconte Théophile Gautier : " Il nous a semblé voir non Mlle Rachel, mais Phèdre elle-même… Pendant deux heures, elle nous a représenté Phèdre sans que l’illusion cessât une minute. En rentrant dans la coulisse, elle semblait emporter toute la tragédie avec elle ". Louis-Philippe en personne, pourtant peu amateur de théâtre, vient l’applaudir en compagnie de sa fille Louise et de son gendre le roi des Belges. Très vite, la carrière de Rachel prend une tournure internationale. En 1841, elle remporte un grand succès à Londres au Théâtre de la Reine. La reine Victoria, qui note dans son journal : " Rachel nous a ravis, son jeu a été parfait ", la reçoit comme une invitée de marque. De 1843 à 1854, la tragédienne fait le tour d’Europe, joue en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Hollande et en Russie. Le succès est partout au rendez-vous. Elle rencontre successivement le roi de Prusse à Berlin, l’empereur d’Autriche à Vienne et le tsar à Saint-Pétersbourg. En 1850, le roi de Prusse fait dresser une statue en son honneur dans le parc du château de l’île des Paons, près de Potsdam. A Moscou, ses admirateurs peuvent acheter des bustes à son effigie. Dans la capitale française, la tragédienne est devenue dès ses premiers succès la favorite du Faubourg Saint-Germain, elle est accueillie dans les salons et fréquente en habituée celui de Madame Récamier. Là, elle côtoie, et charme, Stendhal, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Dumas Père et Dumas Fils. Rachel est courtisée par tous. Même Sainte Beuve la complimente. Parmi les fréquentations de la comédienne se trouve un grand nombre de gens de la noblesse, aristocrates d’ancienne lignée ou nobles d’Empire. A la veille de la proclamation du Second Empire, Rachel déclame au Théâtre Français le 22 octobre 1852 les vers écrits par Arsène Houssaye en l’honneur du futur Napoléon III et à la suite de la représentation de Cinna, elle chante Partant pour la Syrie avec l’assistance.



Sa vie privée est particulièrement agitée. A 17 ans, elle devient la maîtresse du docteur Véron, un médecin et homme d’affaires de quanrante ans. Les liaisons se succèdent ensuite. Ses relations avec les hommes sont très libres. Ce ne sont parfois que des amants d’un soir. Elle écrit ainsi au comte Walewski, l’un des bâtards de Napoléon, qu’elle trouve trop envahissant : « Je suis comme ça, je veux bien des locataires, mais pas de propriétaires ». La tragédienne aura deux enfants : Alexandre, fils naturel du comte Walewski, le 5 novembre 1844, et Gabriel-Victor dit Zozo, fils d’Arthur Bertrand, petit-fils du général Bertrand, né le 26 janvier 1848. Au cours des trois dernières années de sa vie, la comédienne s’assagit ou plutôt s’enflamme pour Henri Mure, un jeune homme de dix ans son cadet. Toutes ses péripéties amoureuses font le bonheur des gazettes.

Jusqu’au terme de sa vie, la tragédienne reste sous la dépendance de sa famille qui profite, souvent avant elle, des effets de son fabuleux succès. Rachel est l’une des actrices les mieux payées de sa génération et n’hésite pas à négocier elle-même le montant de ses mirifiques cachets. Profondément marquée par la misère de son enfance, la comédienne a pris goût à l’argent. Ses premiers gains importants sont utilisés par son père pour acquérir un appartement près du Palais Royal. Pour la première fois, Rachel y possède une chambre pour elle seule. Comme l’écrit Dussane : " le père Félix, heureux propriétaire du phénomène, se rappelait qu’il était le chef de la tribu, le maître de la baraque, le grand prêtre de la caisse ". Quant à son frère Raphaël, il est son impresario lors de ses tournées ; et ses quatre sœurs qui se sont toutes lancées dans la carrière théâtrale et qu’elle a fait admettre à la Comédie Française utilisent sa renommée pour réclamer des salaires royaux. Cette attitude de clan nuit quelque peu à la réputation de Rachel et lui vaut d’être régulièrement attaquée par la presse, surtout par les journaux antisémites, pour sa cupidité. Mais l’ancienne petite bohémienne sait aussi être dépensière et généreuse, comme en témoigne les nombreuses représentations qu’elle donne au bénéfice d’œuvres de charité.

Mais cette vie trépidante l’épuise. Rachel est atteinte par la phtisie. Son long séjour russe, d’octobre 1853 à mars 1854, altère sa santé. Elle ressent les premiers symptômes de la tuberculose. Affaiblie, également éprouvée par la mort de sa jeune sœur Rébecca, la tragédienne démissionne du Théâtre Français lors de son retour à Paris. Elle est nommée professeur au Conservatoire, mais n’occupera jamais son poste. Pourtant, en dépit de la maladie, elle part en 1855 pour les Etats-Unis où elle donne quarante représentations consécutives à New York, Boston et Philadelphie. L’accueil du public américain est mitigé, et l’aggravation de sa tuberculose la contraint à mettre un terme à sa tournée. De retour en Europe, exténuée, espérant contre toute raison une guérison improbable, Rachel s’embarque le 2 octobre 1856 pour l’Egypte. Elle est accueillie au Caire par Soliman Pacha. Rachel sait que ses jours sont comptés. A son ami Arsène Houssaye, elle écrit : " J’ai voulu vivre en gourmande. J’ai dévoré en quelques années mes jours et mes nuits : après tout, c’est autant de fait […] Faites-moi vite faire un trou au Père Lachaise et creusez-moi un trou dans votre souvenir ".



De retour en France, après un court séjour à Paris, elle s’installe au Cannet, chez son ami Jean-Jacques Sardou, où elle est soignée par sa sœur Sarah. Mourante, après avoir renvoyé à ses anciens amants leur correspondance, elle règle les détails de ses obsèques. Mademoiselle Rachel décède le 3 janvier 1858 à 11 heures du soir, entourée de dix Juifs de la communauté de Nice venus à sa demande former le mynian. Elle allait avoir trente-sept ans. Le grand rabbin de Marseille célèbre un service dans la gare avant le transport sa dépouille à Paris. Selon ses dernières volontés, le convoi funèbre s’arrête à Lyon, où elle est saluée par de nombreux artistes. Ses obsèques sont célébrées le 11 janvier par le grand rabbin Isidor de Paris en présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle est inhumée dans le carré juif du cimetière du Père Lachaise.



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