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RABBI DAVID BEN AARON HASSINE


FAMILY
MAROC


Un XVIIIe siècle poétique
Le XVIIIe siècle est une période de prospérité intellectuelle et spirituelle pour les juifs au Maroc.
A cette époque, de nombreux piyyoutim insérés dans la liturgie séfarade locale se diffusent dans tout le bassin méditerranéen.



Le siècle des lumières n’a pas encore atteint son apogée en Europe et la renaissance de la langue hébraïque patientera encore un siècle avant que des œuvres inspirées du mouvement de la Haskala ne voient le jour. Pourtant, au Maroc, un poète juif du XVIIIème siècle, David Hassine (né à Meknès en 1722 et mort en 1792) plongeant ses racines dans les profondeurs de la Torah et de l’exégèse biblique héritier de la tradition culturelle et cultuelle de l’âge d’or espagnol, compose ses contemporains, et surtout, pour son Créateur des piyyutim, poèmes liturgiques chantés, dans un hébreu vivant, riche et mélodieux.
David Hassine est une des figures les plus connus de la poésie liturgique juive marocaine et ses piyyutim ont été diffusés à travers le monde sépharade. Il a en effet voué sa vie au piyyut. Il y chante, prenant à témoin, les petites et les grandes joies, les solennités, les douleurs et les drames d’une communauté dont il fait l’écho harmonieux et passionné, écho de cet espoir bimillénaire du retour à Sion
centrecomparis


Originaire de Meknès, ce rabbin contemporain de Rabbi Chélomo Halioua est considéré comme le plus grands des poètes juifs du Maroc. Il est notamment l’auteur de Téhila Ledavid (Hymne à David), un recueil de poèmes liturgiques et élégiaques qui inspira de nombreux chants marocains et de Mékoman chèl zébahim (La place des sacrifices), une versification des rituels de l’abattage.akadem

Les grands poètes juifs marocains

Rabbi Ya’acov Abensour, dit Yabetz (1673-1753)
De Fès à Tétouan, en passant par Meknès, Rabbi Ya’acov Abensour accumule les titres et devient le premier rabbin à rouvrir un tribunal rabbinique à Fès : successivement kabbaliste, grammairien,astronome et poète, il est l’auteur de nombreux recueils de chants et de poésies liturgiques ; pour n’en citer qu’un seul : H’et Lékhol Héfétz (Un temps pour toute chose). Ses recueils de commentaires et de responsa sont restés célèbres sous le nom de Michpat outsdakah béya’akov (Loi et charité de Jacob).

Rabbi Chélomo Halioua (XVIIIe s.)
Originaire de Meknès, ce rabbin, resté célèbre pour sa qualité de poète, est l’auteur de lamentations sur les persécutions des communautés juives du Maroc, particulièrement féroces sous le règne de Moulay Yazîd (1790-1792).


Les journées du judaïsme marocain
Poésie et éxégèse biblique judéo-marocaines
Moshé Bar-Asher, Professeur d'hébreu à l'Université de Jérusalem

L'Education d'un Poete et Talmid Hakham a Meknes au debut du 18e sciecle David Ben Hassine
Andre E. Elbaz
Carleton University Departement d'Etudes francaise

HEINRICH HEINE


H. HEINE
ALLEMAND
POETE
LORELEY
ECRIVAIN
SITE
PAGE
Là ou l'on brule les livres ,
on finira par bruler les hommes



"Lore Ley" - 1824


Mon Cœur, pourquoi ces noirs présages?
Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon Souvenir.

Déjà l'air fraîchit, le soir tombe,
Sur le Rhin, flot grondant;
Seul, un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.

Là-haut, des nymphes la plus belle,
Assise, rêve encore;
Sa main, où la bague étincelle,
Peigne ses cheveux d'or.

Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez fuyez! la voix touchante
Ensorcelle le cœur.

Dans sa barque, l'homme qui passe,
Pris d'un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l´espace,
Vient sur l'écueil de mort.

L'écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voila le mal que peut faire
Loreley sur son rocher




Henri Heine, célèbre poète et écrivain, né à Dusseldorf, de parents juifs sans fortune, le 13 décembre 1797, mort à Paris , le 17 février 1856. Ses premières et ses plus importantes impressions politiques datent du temps où le pays rhénan se trouvait sous la domination anti-féodale de Napoléon (1806-1813). Il fréquenta le lycée de 1808 à 1814, pour entrer ensuite dans le commerce. Après des essais malheureux dans cette carrière (à Hambourg de 1816 à 1819), il se consacra, avec l’appui de son oncle, le riche Salomon Heine, de Hambourg, à l’étude du droit, dans les universités de Bonn, de Goettingue et de Berlin, où il suivit en même temps les cours de philologie germanique et de philosophie avec assiduité. Il se convertit au christianisme le 28 juin 1825, et passa son doctorat le 20 juillet de la même année à Goettingue. Il eut alors l’idée de s’établir avocat à Hambourg, mais des raisons demeurées inconnues la lui ayant fait abandonner, il vécut tour à tour à Londres, à Munich (1828, en qualité de rédacteur aux Annales politiques de Cotta), dans l’Italie septentrionale, particulièrement à Berlin et à Hambourg, jusqu’au jour où, en 1831, à la suite de contrariétés et de déceptions, il se rendit à Paris, qui était alors la Mecque du libéralisme. Les souffrances de cœur que, dans cette première période de sa vie, lui fit éprouver un amour malheureux pour sa cousine Amélie et, plus tard, pour Thérèse, sœur de cette dernière, eurent une influence profonde sur son développement poétique, et c’est sur ces expériences sentimentales que reposent la plupart de ses confessions lyriques. Malgré la nostalgie qui s’emparait de lui à Paris de fois à autres, il ne lui fut plus possible de revenir en Allemagne que pour un temps court, à l’automne 1843 et à l’automne 1844, à chacune de ces deux époques n’arrivant que pour repartir.

La Diète germanique, par un décret daté de décembre 1835, ayant condamné tous les écrits de la «Jeune Allemagne», dont Heine faisait partie, la situation pécuniaire de ce dernier se trouva fort compromise. Son principal revenu consistait en une pension de 4000 francs que lui servait annuellement son oncle Salomon, père d’Amélie et de Thérèse. En octobre 1834, Henri Heine avait fait la connaissance d’une Française, belle et bonne, sans instruction aucune mais d’humeur enjouée, Eugénie Mirat (2) (morte le 19 février 1883, à Passy), qu’il épousa le 31 août 1841, mariage qui fut consacré religieusement. Se trouvant dans une grande pénurie d’argent, il accomplit, en 1836 ou 1837, la démarche la plus grave de sa vie en sollicitant du gouvernement français une pension sur les fonds secrets, pension s’élevant à 4800 francs, qui lui fut servie jusqu’à la chute de la Monarchie de juillet, c’est-à-dire jusqu’en 1848.

En 1845, il fut atteint d’une affection de la moelle épinière qui, de 1848 à sa mort, le cloua sur son lit, son Matratzengruft . Malgré son état physique des plus misérables, il conserva une admirable fraîcheur d’esprit, et c’est alors qu’ont pris naissance certaines de ses plus importantes productions en prose. Son tour d’esprit malicieux ne le quitta point et son concept du monde devint plus profond, sous la discipline de la souffrance.

Heine débuta dans la vie littéraire par ses Gedichte (Berlin, 1822), que suivirent bientôt les Tragoedien mit einem lyrischen Intermezzo (1823). Ses Gedichte rencontrèrent le plus chaud accueil auprès des critiques éminents d’alors, tels que Varnhagen et Immermann, mais les deux premiers volumes des Reiserbilder (1826), augmentés, en 1830-1831, de deux autres volumes, eurent plus de succès encore…

Les poésies qu’il y avait fait entrer, Heine les redonna, jointes à d’autres antérieurement parues et à de plus récentes, dans le Buch der Lieder (Hambourg, 1827) qui, réimprimé sans cesse, a toujours été considéré comme un des plus rares trésors de la littérature allemande.

Une fois fixé à Paris, Heine entreprit d’être le médiateur intellectuel entre Allemands et Français. C’est ainsi que furent écrits : Beitraege zur Geschichte der neuen schoenen Litteratur in Deutschland (8) (Hambourg, 1833, 2 vol.) qui, à une nouvelle édition, prirent pour titre : Die romantische Schule (Hambourg, 1836); Franzoesische Zustaende (10) (Hambourg, 1833), collection d’articles écrits à Paris pour l’Allgemeine Zeitung d’Augsbourg, qu’il orna d’une préface des plus violentes contre la Réaction en Prusse; Der Salon (Hambourg, 1835-1840, 4 vol.), où il exposait d’une façon originale d’histoire de la religion et de la philosophie allemandes et, avec humour, la vie, la politique, le théâtre et l’art français , et où il publia des nouvelles humoristiques comme les Memoiren des Herrn von Schnabelewopski et Florentinische Nachte . Heine connut aussi, à Paris, les commencements du socialisme dans Saint-Simon et Enfantin, s’éprit de leurs doctrines qu’il fit aboutir étrangement à un sensualisme païen tout aux joies de la vie, opposé au spiritualisme judéo-chrétien. On remarque particulièrement des traces de cette théorie dans les écrits sur la littérature et la philosophie allemandes cités ci-dessus. Après un travail de moindre valeur intitulé Shakespeares Maedchen und Frauen (Paris et Leipzig, 1839), Heine publia un mémoire sur Ludwig Boerne (Hambourg, 1840) qui fit grand scandale et où, d’une façon des plus acerbes, il se déclarait l’adversaire absolu du « Nazaréen spiritualiste » qu’était Boerne. En dépit de tout son libéralisme, Heine était plutôt intellectuellement un aristocrate et ne pouvait avoir la moindre compréhension des convictions exubérantes de Boerne. À cette même époque il côtoya la politique dans ses Neue Gedichte (17) (Hambourg, 1844), dont les exquises romances sont parmi ses meilleurs productions. Dans son épopée satirique : Deutschland, ein Wintermaerchen (Hambourg, 1844), il se montra un nouvel Aristophane en même temps que dépourvu de tout sentiment patriotique, cependant que, dans son Atta Troll (Hambourg, 1847), il est tout à fait remarquable par ses descriptions resplendissantes et ses tendances saines et vraiment poétiques.

De sa chambre de patient, émana encore : Romanzero (Hambourg, 1851), qui contient ses plus belles ballades et ses plaintes les plus pénétrantes et où, dans un court épilogue, le poète confesse son retour au théisme; un ballet fantastique : Der Doktor Faust (Hambourg, 1851), et Vermischte Schriften (Hambourg, 1854, 2 vol.). De ses œuvres posthumes il n’a été publié que : Latzte Gedichte und Gedunken (Hambourg, 1869), et nombre d’années après sa mort, un fragment de ses Memoiren (Hambourg, 1884) se rapportant à ses jeunes années. On ne sait rien de certain sur le sort des autres parties de ce dernier ouvrage.agora

ELIA LEVITA



BIO
HISTOIRE
IMPRIMERIE
SAVOIRS


Une page du dictionnaire yiddish-hébreu-latin-allemand de Lévita






Élie Lévita (13 février 1469 - 28 janvier 1549), (en hébreu: אליהו בן אשר בחור), connu aussi avec les prénoms Elija; Elias; Elia et surnommé Eliahu Bakhur ("Eliahu le Bachelier"), est un des premiers écrivains en langue yiddish, un grammairien hébraïsant et un poète de la Renaissance. Il est l'auteur du "Bove-Bukh" (écrit en 1507-1508), le roman de chevalerie le plus populaire écrit en yiddish, qui selon Sol Liptzin est « généralement considéré comme l'œuvre poétique la plus importante en vieux yiddish.
En 1509, la ville de Padoue est conquise par les troupes de la Ligue de Cambrai, et Lévita s'échappe pour Rome où il trouve un bienfaiteur en l'humaniste Petrus Egidius (1471-1532) de Viterbe, qui est élevé en 1517 au rang de cardinal. Il séjournera treize ans chez le cardinal Petrus Egidius, avec toute sa famille. Lévita lui apprend l'hébreu et copie des manuscrits en hébreu, principalement concernant la Kabbale, pour la bibliothèque du cardinal[3]. Il dédie au cardinal sa grammaire hébraïque "Bachur" qu'il publie en 1518. La même année, il publie aussi le "Sefer Haharkavah", qui répertorie les mots étrangers et composés de la Bible (Ancien Testament). Le sac de Rome (1527), renvoie Lévita à Venise, où il travaille comme correcteur chez l'éditeur Daniel Bomberg et comme professeur d'hébreu[3]. Lévita y publie un traité sur les accents en hébreu, intitulé "Sefer Tub Ta'am".wiki


Histoire du Yiddish

Dovid Katz
Directeur de l'Institut des Etudes yiddish d'Oxford
St Antony's College, Université d'Oxford

...
Cette nouvelle civilisation s'est développée à l'Ouest, sur les rives du Rhin et, plus ou moins simultanément, sur celles du Danube, à l'Est. Sa destinée devait la conduire à s'étendre dans toutes les directions et, surtout, vers l'Est. On commença à la connaître sous l'appellation d'Ashkenaze. Dans les textes du Haut Moyen Age, "Ashkenaz" désigne les territoires germanophones du centre de l'Europe mais, avec le temps, ce terme se référa à la "zone yiddish" de toute l'Europe. Le défunt Max Weinreich, le plus éminent historien du yiddish, a appelé les berceaux du yiddish "Ashkenaze I", pour le centre, et "Ashkenaze II", pour l'Est de l'Europe (au cours des derniers siècles).

Cette civilisation européenne - Ashkenaze - a donné au monde des hommes tels que Einstein, Freud et Chagall. Les ancêtres de chacun d'entre eux parlaient la langue traditionnelle de la communauté juive ashkenaze, le yiddish. Ce courant d'innovation littéraire sans fin remonte à plusieurs siècles. Au début du 16e siècle, Eli Levita, né en Allemagne mais vivant en Italie, a associé le système complexe des rimes italiennes, connu sous le nom d'ottava rima, aux vers yiddish. Ce fut le parfait exemple du mariage entre le roman et le germanique, exprimé à travers une poésie magistrale. Au 19e siècle, l'humour de Sholem Aleichem, surtout connu aujourd'hui à l'Ouest grâce à son oeuvre "Le violon sur le toit" avait mèlé des saveurs slaves à l'humour yiddish. Le yiddish avait alors ajouté sur sa toile de fond sémitique et germanique une touche permanente de slave. Il s'agit, là encore, du parfait exemple de ce qu'est l'altération pour les puristes mais qui représente, pour la véritable culture, la croissance exponentielle des possibilités de créativité et d'avancement. Finalement, en 1978, le Prix Nobel de littérature revint à Isaac Bashevis Singer, dont l'oeuvre s'inspire largement de la conjugaison des formes européennes de la Kabbale, mysticisme juif, et de notions glanées dans la psychologie et la philosophie modernes. Pour en revenir aux débuts connus de la littérature yiddish, le premier ouvrage daté est le Cambridge Codex de 1382, découvert au Caire, où résidait une communauté d'émigrés Ashkenazes au 14e siècle. En plus d'une version yiddish du Dukus Horant allemand, le manuscrit contient une traduction en yiddish du Serment d'Isaac, écrit sous la forme d'une épopée médiévale d'Europe centrale. La création de nouveaux genres culturels à partir du fusionnement libre de l'Est et l'Ouest, de l'Europe en général et de l'Europe juive, constitue l'originalité du yiddish.


Dov-Ber KERLER
Institut des Etudes de Yiddish d'Oxford


La culture juive a servi de base à la langue et plus tard à la littérature yiddish. L'interaction entre les Juifs et un environnement européen qui était le leur depuis mille ans est un phénomène important pour l'Europe centrale, et la littérature yiddish a connu son apogée au cours des huit cents dernières années.

La littérature yiddish, tout comme la langue, sont apparues au cours du premier millénaire. Le linguiste s'efforce de reconstruire l'histoire d'une langue à partir des dialectes qui l'ont constituée, et l'historien de la littérature concentre son attention sur les documents écrits les plus anciens. La première poésie yiddish dont on ait connaissance remonte à 1272. Malgré ses insuffisances sur les plans littéraire et chronologique, ce document est exceptionnel car il est l'exemple le plus précoce d'une activité littéraire et esthétique consciente. Les 110 ans qui séparent cette poésie et le manuscrit le plus ancien déjà cité, en date de 1382, ont évidemment beaucoup apporté; les œuvres qui figurent dans le manuscrit de la fin du XIVe siècle proviennent de sources écrites antérieures.

Très peu de manuscrits yiddish anciens ont été préservés car des lois cruelles et des déportations obligeaient les Juifs à concentrer leurs efforts sur la protection de la Torah et des livres saints écrits en hébreu. Le premier livre yiddish a été publié à Cracovie, en Pologne, en 1530. On dispose d'un choix plus large de livres que de manuscrits, si l'on tient compte des divers livres qui s'inspiraient de textes écrits antérieurs. L'histoire des œuvres écrites hébraïques et yiddish est une page fascinante de l'histoire des Juifs européens. Il importe d'indiquer que le premier journal yiddish a été publié à Amsterdam en 1686.

La littérature yiddish relève schématiquement de trois grandes périodes: la littérature yiddish primitive (des origines jusqu'à 1660), la littérature ancienne (jusqu'à 1862) et la plus récente ou actuelle. Comme beaucoup de langues européennes, dont la forme littéraire a pris naissance dans un environnement où la langue savante était le latin, le yiddish dans ses variantes très anciennes a dû mûrir dans le cadre d'une langue hébraïque déjà développée. C'est pourquoi la capacité de lire et d'écrire se dit ivredikait, du mot hébreu ivrit. Il serait inexact d'affirmer que dans chacune des deux premières périodes, nous trouvons des exemples qui s'inscrivent dans la tradition de la littérature juive locale. On les dénomme midrash, hagadot, et musar, ce dernier mot désignant la littérature populaire ou morale. Ils empruntent des éléments de la période de la chevalerie en Europe, en les adaptant au genre et à une synthèse thématique juifs traditionnels.

Parmi les adaptations yiddish les plus notables, on peut citer les deux longs romans «Bovo d'Antono» et «Paris e Vienne» tous deux écrits en parfaites strophes «ottava rima» (chaque strophe a huit lignes et onze syllabes). L'auteur de ces romans était le poète juif Elijahu Bochur (Elija Levita 1469-1549). Il a doté la poésie yiddish d'un mètre naturel: grâce à ses efforts, la prosodie yiddish s'est rapprochée d'harmonies poétiques uniques de l'hébreu du Moyen-Age, dont le rythme s'inspirait de la poésie européenne, en l'occurrence italienne, de l'époque. Bochur a créé le mètre yiddish plus d'un siècle avant que Martin Opitz ne trouve une mesure pour la poésie allemande.

AEMILIA BASSANO LANIER


Aemilia Bassano lanier
THEORIE
Dark Lady
SITE
MISTERY
shakespeares darklady
POEME
Jews in the Cour


"In the old age black was not counted fair,
Or if it were it bore not beauty's name;
But now is black beauty's successive heir,
And beauty slandered with a bastard shame"
Shakespeare


1569 - 1645
Aemilia a été la premiere Anglaise a se faire connaitre comme poète professionnelle grâce à son unique volume de poèmes, Salve Deus Rex Judaeorum (1611). Né Aemilia Bassano ,fille illégitime de Baptiste Bassano, un juif vénitien christianisé et un des premiers musiciens de la cour du Roi Henry VIII, Emilia a été laissée sans moyens apres la mort de son père . Elle a été éduquée à la maison de Susan Bertie, la comtesse douairière de Kent. Et pendant plusieurs années,fut la maîtresse de Henry Carey, 1er Baron Hunsdon, cousin germain de Elizabeth I d'Angleterre. Elle s'est mariée à un musicien Alfonso Lanier en 1592 .

Feministe active comme on peut le lire dans ce poeme :
"Forgetting they were born of woman, nourished of women, and that if it were not by the means of women they would be quite extinguished out of the world, and a final end of them all, do like vipers deface the wombes wherein they were bred "

*

Mais elle fut en outre identifiee comme etant la ' Dark Lady ' des sonnets du 'Barde'
C'est du moins la these de John Hudson qui est persuade que son heroine est bien le celebre dramaturge Shakespeare !
Tout d'abord les pieces de Shakespeare contiennent presque 2000 references et 300 termes musicaux differents et se referent a un manuscrit du Vieme siecle . Or Shakespeare n'avait aucune connaissance musicale ce qui n'etait pas le cas d'Aemilia.
( quinze de ses proches etaient des musiciens )
Dans l'Angleterre du XVIeme seuls quelques dizaines d'erudits non juifs etudiaient l'hebreu. Comment expliquer que le Barde fasse des jeux de mots bases sur cette langue ,cite des references du Talmud et a Maimonide ou integre meme des exemples d'hebreu.
John Hudson signale en outre que nombre de pieces de theatre de Shakespeare font allusion a la guerre qui opposa Juifs et Romains en terre d'Israel . Dans l'une d'entre elles le conquerant romain est identifie a Satan ,une prise de position qui requiert de faire le rapprochement avec les poemes d'Aemilia.
pour rester dans le domaine des langues rien n'expliquerait comment le 'vrai Shakespeare'- qui selon John Hudson avait ete choisi par Aemilia Bassano pour lui servir de couverture - aurait appris l'italien dans sa ville natale, or ses pieces montrent une veritable familiarite avec cette langue. Ce qui n'aurait rien d'etonnant dans cette these puisque la famille d'Aemilia etait originaire de Venise .
Les autres preuves que J. Hudson avance concernent avant tout la personnalite de la poetesse qui avait ete eduquee a la Cour mais surtout chez l'une des premieres feministes, la duchesse de Suffolk et sa fille. Cela expliquerait pourquoi dans la 'Megere Apprivoisee'figurent des references a un livre qui etait le manuel de base des dames de la cour.
Et dans d'autres oeuvres des allusions a ' l'Heptameron' ecrit par Margueritte de Navarre et tres populaire chez les dames nobles.
Poetesse reconnue Aemilia Bassano Lanier publia entre autres, un poeme de cent soixante lignes ressemblant enormement a un morceau de la piece 'La Tempete'.

Enfin J. Hudson note que dans les pieces de Shakespeare l'un des noms les plus employes est Emilia ou des variantes et que dans 'Titus Andronicus' deux personnages se nomment Emilius et Bassianus....
Un hasard?
D'apres Catherine Garson - actuj

FERNANDO PESSOA


BIBLIOGRAPHIE
PORTRAIT
SITE
BIO 1 - 2 - 3
ASSOCIATION
POEME 1 - 2
LIVRE
CASA

crypto juif par son ancetre sancho Pessoa condamne par l'inquisition a Coimbra en 1706



Fernando Pessoa est assurément le grand génie des lettres portugaises

"Feindre, c'est se connaître." - Ode maritime

“Les poètes n’ont pas de biographie. C’est leur œuvre qui est leur biographie. Pessoa, qui douta toujours de la réalité de ce monde, accepterait sans hésiter d’appartenir directement à ses poèmes, en oubliant les incidents et les accidents de son existence terrestre. Rien de surprenant dans sa vie – rien, sauf ses poèmes. (…) Son secret, en outre, est inscrit dans son nom (…). Masque, personnage de fiction, personne : Pessoa. Son histoire pourrait se résumer par le passage entre l’irréalité de sa vie quotidienne et la réalité de ses fictions.”
Octavio Paz , Un inconnu de lui-même : Fernando Pessoa, in La fleur saxifrage




Autopsychographie :

« Feindre est le propre du poète.
Car il feint si complètement
Qu’il feint pour finir qu’est douleur
La douleur qu’il ressent vraiment.

Et ceux qui lisent ses écrits
Ressentent sous la douleur lue
Non pas les deux qu’ila connues,
Mais bien la seule qu’ils n’ont pas.

Ainsi, sur ses rails circulaires
Tourne, captivant la raison,
Ce tout petit train à ressorts
Qui a reçu le nom de cœur »


Génération Pessoa.

par Inês Oseki


Si la grandeur d'un poète peut se mesurer au nombre de questions qu'il ne cesse de susciter de son vivant et après sa mort, on peut dire que l'immensité de l'oeuvre de Fernando Pessoa se confirme chaque jour . Et s'il est vrai qu' une partie des travaux, dont certains remarquables, qui lui sont consacrés semble avoir établi un certain nombre de points concernant son oeuvre et sa vie, chaque jour qui passe voit ces points se déplacer en vertu d'un nouveau texte récemment publié, d'une nouvelle interprétation qui modifie notre lecture de son oeuvre multiple, d'un nouveau regroupement de ses textes.
La question la plus impressionnante posée par l'oeuvre de Fernando Pessoa, on le sait, est la question de son hétéronymie. Présentée soit comme nécessité d'un dédoublement (d'une multiplication) de(s) la personnalité(s) qui constitue(nt) le poète; rattachée à l'étymologie du nom Pessoa (persona, du latin, masque de l'acteur dramatique,); reflet d'un trop-plein de créativité manifestation d'un jeu, comme le propose Octavio Paz, mais d'un jeu vital qui rend vraie la poésie; supercherie ou maladie, lui-même s'en explique à plusieurs reprises, dont la plus connue est la lettre adressée à Adolfo Casais Monteiro en 1935, l'année de sa mort . Dans cette longue lettre, le poète explique la genèse de l'hétéronymie (qui est datée de 1914, l'année de ses 26 ans, époque d'intense créativité):
"Enfant, j'avais déjà tendance à créer autour de moi un monde fictif, à m'entourer d'amis et de connaissances qui n'avaient jamais existé (...) D'aussi loin que j'ai connaissance d'être ce que j'appelle moi, je me souviens d'avoir construit mentalement - apparence extérieure, comportement, caractère et histoire- plusieurs personnages imaginaires qui étaient pour moi aussi visibles et qui m'appartenaient autant que les choses nées de ce que nous appelons, parfois abusivement, la vie réelle."
Dans cette même lettre, Pessoa narre le processus d'engendrement de ses "créatures" poétiques, qui sont avant tout des oeuvres . D'abord, il lui "vient l'envie" d'écrire des poèmes païens... en vers irréguliers" ("Il était né, sans que je le sache, le poète Ricardo Reis"). Un an et demi plus tard, il a l'idée d'inventer un "poète bucolique, d'une espèce compliquée ". Quelques jours plus tard, alors qu'il y avait renoncé - le 8 mars 1914 exactement, il s'approcha d'un meuble haut et, debout, comme d'habitude, il s'est mis à écrire.
"Et j'ai écrit d'une traite trente et quelques poèmes... dans une sorte d'extase dont je ne pourrai définir la nature. C'est Le Gardeur de Troupeaux"... "Il était apparu en moi mon maître, Alberto Caeiro". "Tout de suite après, j'ai pris une autre feuille et j'ai écrit, d'une traite aussi, les six poèmes qui constituent Pluie Oblique, de Fernando Pessoa". A la suite de l'apparition d'Alberto Caeiro, Pessoa s'empresse de lui trouver d'autres disciples, Ricardo Reis, après quoi, "en dérivation opposée", "il me surgit impétueusement un nouvel individu, l'auteur de l'Ode Triomphale, Alvaro de Campos", qui sera publiée dans Orpheu, revue manifestément futuriste, en 1915.
Dans un texte, antérieur à cette lettre et qui constitue la Préface projettée de ses oeuvres futures (1930, environ), il présente son Oeuvre complète, dont le premier volume "est de substance dramatique"... de "forme variée, (faite)... d'extraits de prose, et d'autres livres, de poèmes ou de philosophies"... Il ajoute ne pas savoir si par" privilège" ou par" maladie", il n'a jamais eu une unique personnalité.
"A chaque personnalité plus persistente que l'auteur de ces livres a réussi à vivre à l'intérieur de lui, il a donné un caractère expressif et a fait de cette personnalité un auteur, avec un livre ou des livres, avec les idées, les émotions et l'art dont lui, l'auteur réel (ou tout au plus apparent, parce que nous ne savons pas ce qu'est la réalité), n'a rien à voir, sauf à l'avoir été, en les écrivant, le médium de figures qu'il a créées lui-même. (...)
L'auteur humain de ces livres ne se connaît pas de personnalité (...) Que cette qualité chez l'écrivain soit une forme d'hystérie ou de la dite dissociation de la personnalité, l'auteur de ces livres ni ne le conteste ni ne le soutient. A rien ne lui servirait, esclave qu'il est de sa propre multiplicité, qu'il soit d'accord avec celle-ci ou celle-là de théorie sur les résultats écrits de cette multiplicité(...)"
Suit l'énumération des oeuvres (incomplètes) et de leurs auteurs, Livro do Desassossego, écrit par Vicente Guedes-Bernardo Soares; le recueil de poèmes Le Gardeur de Troupeaux, de "feu" Alberto Caeiro - le maître de Fernando Pessoa et de Ricardo Reis (ce dernier, auteur des Odes) -, l'Oeuvre philosophique de Antonio Mora. A propos de Alvaro de Campos, un seul commentaire: " aucun d'entre eux ne m'a connu personnellement, à l'exception d'Alvaro de Campos "...
Artifice nécessaire donc à une production plurielle, il n'en demeure pas moins que ce qui a causé le plus de problèmes (et d'émerveillement) à la critique, cela a été, plus encore que la multiplicité de ses poètes-oeuvres, l'autonomie de toutes ces poétiques, Pessoa constituant à lui seul une génération formée d'au moins cinq poètes de génie. Car, à en croire Octavio Paz, la multiplicité en tant que telle caractérise ipso facto l'état poétique par définition. Dans L'arc et la lyre, le poète mexicain, en reprenant Breton le dit bien: Cet état... "c'est l'homme voulant être tous les contraires qui le constituent. Et il peut y parvenir, parce qu'en naissant, déjà il les porte en soi, déjà il est eux. Etant lui-même, il est autre. Il est autres . Manifester ces contraires, les réaliser, est la tâche de l'homme et du poète..." Par conséquent, c'est en tant que phénomène littéraire, que l'oeuvre de Pessoa a soulevé plus d'une interprétation qu'elle fût herménéutique ou phénoménologique, métaphysique, psychanalytique, poétique, tout un appareil qui est loin de l'avoir épuisée.
Ailleurs, le même Octavio Paz propose une topologie pour situer quatre de ces cinq auteurs. Sur un axe se trouveraient ainsi à un pôle, Alberto Caeiro, le poète existentiel, atemporel, proche de la Nature et, à l'autre pôle, le futuriste - dandy Alvaro de Campos. Sur un deuxième axe, Ricardo Reis poète néoclassique, auteur d'odes, d'élégies, et à l'autre extrême, Fernando Pessoa lui-même. Au centre, on pourrait ajouter Bernardo Soares, auteur d'une prose poétique confessionnelle (ou comme le dit Pessoa :"en prose, il est plus difficile de s'autrefier").
Pessoa va s'appliquer à décrire ses hétéronymes, à leur prêter consistance, à leur attribuer un signe du Zodiaque (on se rappelle son intention de s'établir astrologue, en 1916). Alvaro de Campos est ingénieur, cosmopolite, homme contemporain du progrès et de l'avenir; Caeiro est un homme de la nature, qui croit en l'unité des éléments; Reis, un hermite philosophe qui a fait ses études chez les Jésuïtes, oscillant entre stoïcisme et épicurisme. Les deux premiers, quoique vivant dans des temps différents (le premier dans le présent atemporel des enfants et de la nature, le second dans l'instant, dandy, dont les amis sont les prostituées, les clochards), cultivent le vers libre; tous deux malmènent la langue portugaise et pratiquent le prosaïsme.
Si Pessoa et Reis utilisent des mètres et des formes fixes, ils appartiennent à différentes traditions. Campos, auteur du Bureau de Tabac, " écrit de longs monologues, de plus en plus proches de l'instrospection" tandis que "Reis polit de petites odes sur le plaisir, la fuite du temps, les roses de Lydie, la liberté illusoire de l'homme, la vanité des dieux."
Mais, à leur tour, chacune de ces poétiques est marquée du sceau de la multiplicité, et de la contradiction. Chaque hétéronyme porte dans son oeuvre cette nécessité contrapunctistique, Caeiro est le "gardeur de troupeaux " n'ayant jamais gardé de troupeau " et voulant être " un agneau (ou tout le troupeau / pour s'en aller dispersé sur toute la colline/ et être bien des choses heureuses en même temps)"... Parmi les quelques textes publiés du temps du vivant de Fernando Pessoa, il se trouve Mensagem, fameux poème-recueil signé de Pessoa, qui a reçu un "prix de consolation " en 1934, un poème héraldico-épique sur l'histoire du Portugal, où il est question d'Ulysse, le fondateur mythique de Lisbonne (Ulyssiponne), et qui illustre bien la poétique à la fois disséminatrice et constructive du poète.
On pourrait multiplier les exemples à l'infini sans épuiser, dans les limites d'une présentation, la portée de la polyphonie pessoenne. Mais on pourrait caractériser la tonalité de cette polyphonie par la permanence d'une interrogation esssentielle. On peut dire d'ores et déjà que ce qui fait le lien entre ces oeuvres protéïques dont chacune a sa propre thématique, son rythme différenciel, sa forme spécifique, c'est donc la présence d'une voix qui n'est là que pour mieux faire entendre l'absence de celui qui la prononce, une voix plurielle, de celui qui se dit né pour être "l'interprète de son siècle", qui annonce l'avènement d'un Supra-Camoëns.
Du point de vue poétique, ce lien pourrait se figurer par l'oxymore. Le premier vers du poème Mensagem,"Le mythe est le rien qui est tout", est un oxymore, figure première de la contradiction et, chez Pessoa, le fondement de ce que nous avons reperé comme un double mouvement, déconstruction / construction, point et contrepoint, parallèlement à la création d'une oeuvre à la fois pleine et disséminatrice, où le centre éclaté est la condition d'apparition non pas d'un mais de multiples sujets, masques (personnae), de la figure du poète universel.
"Celui-ci qui débarqua ici. Fut, puisqu'il n'a jamais existé. / Sans avoir existé, il nous combla. / Puisqu'il n'arriva jamais, toujours il fut l'arrivant. / Et il nous créa." Le poète crée les mythes. Les mythes seuls permettent d'exister à travers la seule réalité, le langage écrit.
Jakobson fait remarquer que tout le poème est rigoureusement structuré sur cette contradiction. "Le poète proclame la nullité de l'existence phénomènale en faveur de l'être nouménal". Ulysse n'est pas nommé dans le poème, figure paternelle reprise par le "Il". C'est parce qu'il n'a pas existé qu'il nous a créés, devenant ainsi "tout".
Ainsi, les différentes poétiques de Pessoa correspondent à une multitude de lieux, à une diversité d' époques, elles proviennent du passé vers l'avenir ("ma patrie est la langue portugaise "), elles s'annulent en se complétant. La pluralité est là pour figurer l'impossibilité de dire une vérité provenant du Logos, la seule vérité étant que Pessoa "ne sait pas ce qu'est exister, ni lequel, Hamlet ou Shakespeare, est plus réel ou réel dans la vérité" (Préface projettée) . Ou encore, comme le dit Bernardo Soares :
" Créer à l'intérieur de moi un Etat avec une politique, avec des partis et des révolutions, et que tout cela, ce soit moi, que je sois Dieu dans le panthéïsme réel de ce peuple-moi" (fragment 27 du Livre de l'Inquiétude), affirmer l'anéantissement d'un sujet : " Vivre, c'est être un autre". Si "la vie est moitié de rien", si "le mythe est un rien qui est tout" pour Pessoa, pour Ricardo Reis: "Si je me souviens de qui je fus, je me vois autre / Et le passé est le présent dans le souvenir. / Qui je fus est quelqu'un que j'aime / Mais seulement en rêve. (...)
Rien, sinon l'instant, ne me connaît. / Mon propre souvenir n'est rien, et je sens / Que qui je suis et qui je fus / Sont des rêves différents."
Ailleurs, plus tard, le Pessoa du Cancioneiro dira: "Le poète est un simulateur. / Simulant si complètement / Qu'il en vient à simuler qu'est douleur / La douleur qu'il ressent vraiment."
Ainsi, si Octavio Paz voit en la "création" du "maître" Caeiro la nécessité pour Pessoa "d'inventer un poète innocent pour justifier sa propre poésie", on peut dire que Caeiro représente aussi ce moment heureux où l'homme ne se voit pas, mais vit et, comme la nature, est voué à mourir:
"Soyons simples et calmes / Comme les ruisseaux et les arbres/ Et Dieu nous aimera, nous rendant / Beaux comme les arbres et les ruisseaux, / Et il nous donnera la verdeur de son printemps / Et un fleuve où nous jeter lorsque viendra la fin!... "
Déjà Ricardo Reis: "Rien ne reste de rien. Nous ne sommes rien. / Un peu au soleil et à l'air nous différons / L'irrespirable ténèbre qui nous pèse / De l'humble terre imposée, / Cadavres ajournés qui procréent."
Et Campos, le technicien futuriste, celui dont Ophélie se méfie (à juste titre), le jugeant sans doute responsable de leur rupture ("Me vouliez-vous marié, futile, quotidien et imposable? " in Lisbon revisited ) celui qui est le plus hardi, le plus visionnaire, le plus simulateur de tous :
"Nous avons tous deux vies: / La vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, / Et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard; / La fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres, / Qui est la pratique, l'utile, / Celle où l'on finit par nous mettre au cercueil." (Dactylographie).
La contradiction est patente. La poésie, mais on pourrait dire l'écrit (si l'on songe aux nombreux textes théoriques, journaux, essais, préfaces, traductions, publicités) est l'espace infini de toutes les propositions, le lieu mythique de toutes les possibilités. La vie, en revanche, est "moitié de rien" . Ce sont de lui aussi les très beaux vers du Bureau de Tabac: "Mange des chocolats, petite, / Mange des chocolats! / (...) / Ah, pouvoir manger des chocolats avec la même vérité que toi! / Mais je pense, et quand je retire le papier d'argent, qui d'ailleurs est d'étain, / Je flanque tout par terre, comme j'y ai flanqué la vie".
A propos de Fernando Pessoa, on cite souvent l'affirmation de Paz selon laquelle " les poètes n'ont pas de biographie, leur oeuvre est leur biographie". Il est vrai que la critique est unanime pour présenter l'homme Pessoa comme étant très proche du personnage de Bernardo Soares, un "employé de commerce" timide et discret, dont la vie ne présente pas d'éclats ou de faits sensationnels, préoccupé uniquement à parfaire son oeuvre monumentale. Au point de soulever l'indignation d'Antonio Mega Ferreira, préfacier de l'oeuvre de Fernando Pessoa, O Comércio e a Publicidade (Ed. Cinevoz/Lusomédia, 1986) qui voit dans l'existence non- aventurière du poète un choix volontaire: "il est inacceptable qu'un grand poète ait vécu à 5%, comme le prétendait Eugenio Montale, voire en dessous de cette cote, comme l'a dit suggestivement Antonio Tabucchi".
Mais s'il est vrai que tout ce que nous connaissons de la vie de Pessoa, nous le connaissons à partir de quelques données répertoriées et par ses écrits, la critique a connu plus d'une surprise à la publication tardive, - le poète n'ayant laissé publié de son vivant qu'une partie minime de son oeuvre (27.535 manuscrits à décrouvrir après 1935) -, de certains de ses textes. Ainsi, Les Lettres d'Amour, en 1978, le Livre de l'Inquiétude, en 1982, ou encore ses textes sur le Commerce et la Publicité (1985), domaines qu'il connaissait fort bien.
Et, sans que notre propos consiste à revenir aux vieilles tendances académiques dont le but serait d'établir une corrélation entre la vie et l'oeuvre d'un poète, la parole d'Octavio Paz nous paraissant valoir pour toute oeuvre poétique, on est tenté de faire deux remarques à propos de Pessoa. La première consiste dans la similitude entre l'enfance de Pessoa et celle d'un Baudelaire, par exemple, sur lequel la critique biographique n'est pas prête de se tarir.
En effet, Pessoa est né à Lisbonne un 13 juin 1888. Or, comme Baudelaire, il a perdu son père (critique musical) très tôt, à l'age de cinq ans. Contrairement à Baudelaire, il n'a pas été envoyé en pension, mais en revanche, il a dû suivre sa mère remariée, à Durban, en Afrique du Sud, où il a appris parfaitement l'anglais. Comme Baudelaire, l'enfant Pessoa était un garçon intelligent qui aimait lire, qui a eu quelques prix scolaires, et qui a été reçu aux examens mais, contrairement au premier, Pessoa à six ans a connu la perte de son unique frère, bien que parmi tous ses demi-frères et soeurs (cinq), il en ait perdu d'autres (ce qui l'aurait peut-être encouragé sur sa voie "dramatique"?) . Mais surtout, contrairement à Baudelaire, Pessoa n'a pas fait part de ses sentiments à quiconque, à ceci près qu'on peut lire dans son journal, en 1905: " Dans ma famille, personne ne comprend mon état mental - non, personne. Ils se moquent de moi, me raillent, ne me croient pas.. Ils ne font rien pour analyser le désir qui mène quelqu'un à vouloir être extraordinaire. Ils ne peuvent pas comprendre qu'entre être et désirer être extraordinaire il n' y a que la différence de conscience qui s'ajoute au fait de vouloir être soi-même extraordinaire".
C'est peut-être cette conscience précoce à la fois de ne pas pouvoir être entendu, contrairement à Baudelaire, qui s'adresse obstinément à sa mère jusqu'à la fin de sa vie, et d'être extraordinaire, ce qui était aussi le cas de Baudelaire, qui l'a poussé à agir dans un sens, celui de la constitution d'une oeuvre extraordinaire dans laquelle tout puisse être dit, y compris ses "états d'âme"... Il est très frappant de noter comment, de façon quasiment méticuleuse, bon gré mal gré, dans les moments les plus difficiles de son existence, des moments où il est gagné par un sentiment de solitude et d'ennui, mais conscient de sa singularité, Pessoa a bâti son "immortalité".
Si l'on analyse la chronologie établie par Gérard de Cortanze, on peut voir que très tôt, Pessoa manifeste le désir de publier. Dans des revues d'abord, ce qu'il va faire toute sa vie durant, ayant laissé très peu d'oeuvres publiées. On sait que sa première revue, O Palrador (en 1903, il a 15 ans) compte déjà sur la collaboration d'écrivains anglais et portugais tous inventés par lui. Ses premiers textes critiques apparaissent dans A Aguia (1912): La Nouvelle Poésie Portugaise sociologiquement considérée; Reincidindo ("Récidivant"), et provoquent de vives réactions du public. Ces articles seront suivis d'un troisième, La poésie portugaise sous son aspect psychologique. Par la suite, il collaborera à l'hebdomadaire Teatro, 1913, puis à Orpheu, dans laquelle il publie O Marinheiro et Alvaro de Campos, Opiario et Ode triunfal, un de ses poèmes magistraux, en 1915. Cette revue rassemble d'autres grands artistes, tels que le poète Mario de Sa-Carneiro, un de ses amis les plus proches et qui se suicidera à Paris en l916, le peintre et poète José de Almada Negreiros, Luis de Montalvor, Ronald de Carvalho. Cette publication suscite un nouveau scandale, en raison de son ton irrévérentieux. Pessoa, par ailleurs, ne craint ni la polémique ni la satire (son sens de l'humour est notoire), donne des entretiens originaux à des journaux et des revues dans lesquels, par exemple, il fait le parallèle entre les monarchistes et le syndicat des chauffeurs de Lisbonne.
La revue Exilio accueille, en 1916, le poème de Pessoa Hora absurda ainsi qu'un nouveau texte critique Mouvement sensationniste. En 1917, Alvaro de Campos participe au seul numéro de la revue futuriste Portugal futurista. En 1918, à compte d'auteur, il publie ses poèmes anglais Antinous et Trente-cinq sonnets, attirant l'attention de critiques anglais. Il est à noter que, outre des articles critiques ou programmatiques, Pessoa écrit des articles politiques et économiques.
Ainsi, ses articles Comment organiser le Portugal et L'opinion publique sont publiés en 1919, dans la revue Acçao, favorable à Sidonio Paes, représentant de la Droite au pouvoir, assassiné en 1918.
Des photos le montrent souvent seul, mais en réalité, si Pessoa n'est pas un homme expansif, il aime la discussion, le dialogue. Les cafés de Lisbonne qu'il fréquente assidûment sont le lieu de vives discussions avec les artistes de son époque. Il est difficile de ne pas voir dans le poète un homme profondément impliqué par son temps, par les réalités sociales, politiques et esthétiques du pays . Il publie également des articles en anglais (dans la revue The Athenauem), il collabore à la revue Ressureiçao et dans la revue Contemporanea, lancée en 1922, il fait apparaître, à côté de son poème Le Banquier Anarchiste, un article qui lui vaudra encore un scandale: Antonio Botto et l'idéal esthétique au Portugal et même si la priorité est accordée à des sujets d'intérêt général, il fait connaître au public également son travail poétique, quelquefois réalisé en langue étrangère. C'est le cas des Trois chansons mortes, poèmes français, publiés dans Contemporanea, où il publiera, en 1926 O Menino da sua mae et Rubayat..
Un autre aspect de la personnalité du poète est le fait de prendre fait et cause pour les idées qu'il pense devoir défendre. C'est sans doute pourquoi il a toujours été difficile pour la critique de défendre ses idées "pour l'esclavage" ou "pour la dictature". Le fait est qu'à les lire, on se voit devant la contradiction utilisée comme arme, Pessoa ne défend pas vraiment l'esclavage ou la dictature, il attaque les idées reçues, "C'est avec des mensonges qu'on mène le monde; quiconque veut l'éveiller ou le conduire doit lui mentir démesurément, et il y réussira d'autant mieux qu'il se mentira à lui-même et qu'il se persuadera de la vérité du mensonge qu'il a inventé". C'est ainsi qu'en 1929 il publie L'interrègne. Défense et jusfication de la Dictature militaire au Portugal, dont il dit ne pas s'agir d' un article pour la défense de la dictature existante.
Son désir de participer à la vie intellectuelle du pays allant au-delà de la collaboration dans les revues, il envisage plusieurs fois d'avoir sa propre maison d'édition. Cela se manifeste déjà en 1907 lorsque, deux ans après son retour définitif à Lisbonne, et grâce à un petit héritage reçu à la mort de sa grand-mère (la folle Dyonisia), il fonde l'imprimerie Ibis, Empresa Ibis- Tipografica e Editora, qui fait très rapidement faillite, sans pour autant que cela ne le décourage. Ainsi, en 192l, avec ses amis Augusto Ferreira Gomes et Geraldo Coelho de Jesus, il fonde la maison d'édition librairie Olisipo, dans laquelle il fera publier ses propres textes (English Poems I,II,III), mais aussi ceux de Almada Negreiro, Raul Leal (Sodoma Divinizada) et les Cançoes de Botto, suscitant à nouveau de vives réactions. En plus de l'Edition, Pessoa s'intéresse aux revues et c'est ainsi qu'en 1924, il fonde avec le peintre Ruy Vaz la revue Athena où il publie vingt Odes de Ricardo Reis. Les numéros suivants voient apparaître des essais de Alvaro de Campos, Qu'est-ce que la métaphysique, Notes pour une esthétique non-aristotélicienne, des poèmes et des traductions de Pessoa lui-même, des poèmes de Alberto Caeiro: Le Gardeur de troupeaux et Os Poemas Inconjuntos.
De par sa spécialité en "traduction commerciale", Pessoa domine assez bien les questions relatives au Commerce. En 1926 il fonde avec son beau-frère, le colonel Francisco Caetano Dias, le magazine Revista do Comércio e Contabilidade.
En 1927, lorsqu'une nouvelle revue - Presença - fait son apparition sur la scène littéraire portugaise, on peut y lire, sous la plume de José Régio, la consécration de Pessoa comme le "maître de la génération modernista". Il y collabore régulièrement, publie des poèmes orthonymes (Marinha ), ou hétéronymes, de Alvaro de Campos et de Ricardo Reis. En 1930, dans la même revue apparaît la première publication d'un fragment du Livre de l'Inquiétude, suivie de traductions, d'autres poèmes, dont le fameux: Autopsicografia ("Le poète est un simulateur... "), Iniciaçao, et peut-être de son plus beau poème, Tabacaria, "Bureau de Tabac".
Jusqu'à sa mort, en 1935, on verra apparaître des contributions dans d'autres revues et journaux, Fama (1932, Le cas mental portugais); Fradique (l934, L'homme de Porlock ); Diario de Lisboa (l935, Sociétés secrètes, en défense de la Maçonnerie); Sudoeste (dirigée par Almada Negreiros, 1935, des textes de Alvaro de Campos et de lui-même, (Conselho). C'est dans cette dernière année de sa vie qu'il publie également un poème sarcastique contre Salazar (Représentant de l'Etat Nouveau, inauguré en 1933).
Ainsi, si, comme le rappelle Antonio Mega Ferreira, on ne trouve pas dans la vie de Pessoa "fascination et aventure", sa "bibliographie " est le témoignage d'une grande aventure personnelle, au sens moderne du terme. Pessoa a renoncé à une vie tumultueuse sur le plan de l'expérience (ne fût-ce qu'amoureuse, ou même sur le plan des voyages) au nom d'une "loi supérieure"(cf. Lettre de rupture dirigée à Ophélia de Queiroz), d'une "mission" ("La supériorité ne se déguise pas en clown; elle est vêtue de renoncement et de silence... "(1914)), qu'il a accomplie de façon infatigable, avec un engagement total . En tant qu'"être supérieur", il ne s'est pas contenté de projeter son oeuvre dans la postérité (rappelons le désir de Baudelaire, comme de tant d'autres, de devenir un "poète classique"), mais il a occupé tous les domaines d'intérêt général et national. Son ambition était à la hauteur de son génie, il fallait bâtir les bases pour l'avénement du "Cinquième Empire" lusitanien tout en acceptant que "peut-être la gloire a-t-elle un goût de mort et d'inutilité, et le triomphe une odeur de pourriture" (Lettre à sa mère, 1914).

La Republique des Lettres


Fernando Pessoa
Message

Voici le songe: voir les formes invisibles
De la distance vague, et, par de fort sensibles
Elans de l’espérance et de la volonté,
Aller quérir sur la froide ligne de l’horizon
L’arbre, la plage, la fleur, l’oiseau, la source –
Les baisers mérités de la Vérité.

ADAM MICKIEWICZ

PORTRAIT
POEME
BIO
POLONAIS
MEMOIRE

Adam Mickiewicz



Mickiewicz est pour le Polonais ce que Dante est pour l'Italien : l'altissimo poeta

Chef de file des romantiques polonais, guide inspiré de ses contemporains, il a soutenu par son patriotisme visant l’universel l’unité culturelle.


"Plus malheureux que tous est celui qui n'aime plus et ne peut oublié qu'il a aimé." - Résignation

"Qu'est la vie humaine en ce monde inconstant ? Rien qu'un instant." - Les aïeux

"Soyez indulgents pour les autres et sévères pour vous."





Adam Mickiewicz et Yankiel

Personne, en Pologne, ne peut être comparé à Adam Mickiewicz. Ce poète, à la fois symbole culturel et héros national, est si intimement lié à la littérature et à l’histoire de son pays qu’il fait partie intégrante de son inconscient collectif. Démocrate et anticlérical, il fut pour les Juifs un défenseur fidèle, chose rare dans l’Europe post-napoléonienne en proie à la contre-révolution et à la fièvre antisémite. Pendant son exil à Paris, il prononça des sermons fraternels dans les synagogues et on le vit même proclamer, du haut de sa chaire au Collège de France, que les trois peuples élus, les Polonais, les Français et les Juifs, devaient préparer ensemble l’avènement du Royaume de Dieu sur terre !
Hanté par son projet de libérer la Pologne de l’oppression tsariste, il se rendit en 1853 à Constantinople, en pleine guerre de Crimée, pour rencontrer les volontaires de sa Légion polonaise. Il s’aperçut alors que bon nombre de ses recrues étaient juifs. Déclarant : « J’attends le jour où la bannière des Macchabées se déploiera de nouveau ! », il les rassembla dans une Légion juive et proposa aux Rothschild de racheter la région de Jérusalem pour en faire un territoire juif dont sa Légion garantirait les frontières ! Sa mort brutale, en 1855, mit fin à cet ambitieux programme.
Pendant plus d’un siècle, le philosémitisme de Mickiewicz resta un sujet tabou et les historiens n’eurent accès qu’à des textes tronqués et à des biographies incomplètes. Mais nous savons aujourd’hui que sa mère était née dans une famille frankiste, cette secte juive messianique fondée en 1755 dont sa femme, elle-même demi-juive, était également adepte. Ainsi élevé dans l’ésotérisme et la kabbale, Mickiewicz était parfaitement conscient de ses origines : « Je suis né de mère étrangère », écrit-il dans Dziady. « Mon père venait de la tribu des Mazurs, ma mère a été convertie dans l’enfance, si bien que je suis moitié Polonais moitié Juif, et j’en suis fier ». Dans Pan Tadeusz, sa grande fresque lyrique, il met en scène Yankiel, un musicien juif patriote et virtuose du cymbalum, instrument alors très en vogue chez les klezmorim. Tous les enfants polonais connaissent le Koncert Jankiela (le Concerto de Yankiel), et si vous croisez un cymbalum à Varsovie, il se trouvera toujours un quidam pour réciter : « Bylo w Polsce cymbalistów wielu, ale zaden nie smial zagrac przy Jankielu » («Il y a eu beaucoup de joueurs de cymbalum en Pologne, mais aucun de comparable à Yankiel »).
On voit Yankiel sur un des timbres émis par la Pologne le 30 juin 2000, interprétant la Marche de Dombrowski pour un auditoire admiratif, tandis qu’un de ses élèves à kippa et papillotes, agenouillé à ses côtés, le contemple avec émerveillement. Avec sa centaine de cordes fortement tendues, le cymbalum était quasiment impossible à accorder, mais malgré ce défaut il animait joyeusement noces et banquets et nos aïeux adoraient sa musique. S’il a disparu des orchestres klezmer d’aujourd’hui, est-ce parce que notre oreille est devenue plus exigeante ou parce qu’on ne sait plus boire comme des Polonais ’ « Dans ses mains, les baguettes s’éveillent, tourbillonnent au-dessus des cordes, vrombissent… Elles battent fièrement une marche victorieuse, puis l’instant d’après elles s’anéantissent, c’est comme un bruissement, un clapotis, une petite pluie… et l’assistance, bouleversée, retient son souffle. »
CLAUDE WAINSTAIN arche mag


Né le 24 décembre 1798 à Zaocie, près de la ville de Nowogródek en Pologne-Lituanie, il fut baptisé Adam Bernard, le 12 février de l’année suivante. Il était d’une petite famille bourgeoise, ce que lui permit de rentrer en1807, à l’école de Nowogródekles où des Dominicains commencèrent son éducation . Son premier poème date de cette période. Après la mort de son père Mikolaj le 16 mai 1812, la situation financière de la famille se détériora, alors que l’été de la même année, les troupes napoléoniennes traversaient le pays, en direction de Moscou. C’est sa mère Barbara (née Majewska), qui se chargera seule de financer l’éducation de son fils.

En 1815, il entra à la faculté de Physique et Mathématiques à Vilnius. En 1818, il publiait son premier poème imprimé, Zima Miejska, alors qu’il rentrait dans une société secrète qui luttait contre l’occupation russe du pays. En 1822, il publiait son premier recueil de poèmes à Vilnius, Poezyje, dédié à ses amis de l’université.

En juillet 1823, la répression contre la résistance devint plus dure et Mickiewicz fut arrêté le 4 novembre de la même année. Il fut emprisonné dans la basilique d’un monastère jusqu’en 1824 pour avoir « incité les habitants des provinces polonaises à se rebeler contre l’autorité russe ». Il dut ensuite, s’exiler en Russie où il demeura 5 ans en voyageant entre Saint Petersbourg, Odessa et la Crimée. Il publia en 1825 Sonety krymskie. De décembre 1825 à avril 1928, il vécut à Moscou où il entra comme employé dans les bureaux du Gouvernement Général. Ce poste lui permit d’avoir des contacts avec l’élite de Moscou et de Saint Petersbourg. Il devint amis avec plusieurs Décembristes, comme Rylejew et Biestuzew. Il publia deux œuvres en 1826 et 1828, à Saint Petersbourg. Pour services rendus à la Russie, il reçu en mai 1829 un passeport, ce qu’il lui permit de quitter le pays à bord d’un bateau anglais à destination de Hambourg.
Il voyagea ensuite à travers l’Europe : Berlin, Bonn, la Suisse, l’Italie. En 1830 il se rendit à Varsovie avec un faux passeport. Puis en mars 1832, on le retrouve à Dresde où il écrit une partie de Dziady qui sera publié en France. En juillet 1832, il décide de s’installer à Paris où il compte passer le reste de sa vie. Au début de son installation en France, il reste éloigné du milieux de ses compatriotes, puis il devint volontaire pour un groupe d’émigrés. Plus tard encore, il devint membre de la Société Littéraire et de la Société des Citoyens Lithuaniens et Russes. En 1833, il est l’éditeur et le journaliste le plus important de "Pielgrzym Polski" (Pérégrinations Polonaises).

En 1834, il se marie avec Celina Szymanowska, dont il eut six enfants entre 1835 et 1850. En 1839, il devint lecteur de littérature latine à l’Université de Lausanne, jusqu’à l’automne 1840 où il entra à la Chaire de Littérature slave au Collège de France.
En juillet 1841, il fait connaissance avec Towianski, et adhère rapidement à ses idées sociales, mais accusé de propagande par les autorités, sa chaire, lui est retirée en mai 1844.

En 1849, il fonde à Paris, avec un groupe d’émigrés de différentes nationalités, "La Tribune des Peuples", journal qui propagera des idées sociales très radicales. Le journal fut interdit en 1852, après l’intervention de l’ambassade russe auprès des autorités françaises.

En 1855 durant la guerre de Crimée, Mickiewicz se rend dans l’Empire ottoman afin d’encourager et d’organiser la Légion polonaise auprès des Ottomans, contre la Russie. Il rencontre à Istamboul, une communauté importante de réfugiés polonais, installés dans la capitale ottomane et dans la région (Adampol / Polonezköy).
Il meurt le 26 novembre 1855 dans sa maison de Péra, probablement du choléra. Son corps sera transporté en France et enterré au cimetière de Montmorency. En 1890, les restes seront transférés en la cathédrale de Cracovie.istanbulguide


Les aïeux. Poème

Pour comprendre l'importance des Aïeux d'Adam Mickiewicz, cette œuvre hybride et grandiose où le génie du poète exprime toute son inspiration exceptionnelle, il suffit de rappeler le rôle que ce drame joue dans la culture polonaise depuis plus de cent cinquante ans. Quintessence de la problématique nationale, Les Aïeux donnent naissance à une longue tradition littéraire. Avec sa vision du peuple dépossédé de son autonomie, en lutte permanente pour préserver son identité, sa définition du rôle de l'artiste, guide et porte-parole de la nation opprimée, le drame de Mickiewicz ouvre un débat esthétique et éthique dont les résonances n'ont jamais cessé dans l'histoire de la Pologne. De Wyspianski à Gombrowicz, de Kantor à Wajda, les créateurs polonais ont entrepris un dialogue, si ce n'est une polémique, avec ce texte fondateur. N'oublions pas que le printemps de 1968 en Pologne, la contestation étudiante et les troubles politiques du fameux " mois de mars " furent déclenchés lors de la première des Aïeux dans le Théâtre national de Varsovie : la ferveur des applaudissements qui saluèrent les répliques visant l'oppression tsariste provoqua le départ de l'ambassadeur de l'URSS de la salle et la suspension de la pièce dès le lendemain. Les manifestations de rue et la grève des étudiants furent une riposte immédiate, avec le nom de Mickiewicz en étendard, au nom de la liberté et de la démocratie. Fascinants et inspirés, véhiculant l'éternel défi à l'oppression, à la médiocrité et à l'opportunisme, Les Aïeux permettent de mieux appréhender la Pologne d'aujourd'hui, ses contradictions et ses ambitions. La traduction en vers rimés de ce poème célèbre le rend plus proche de sa grandeur originale et révèle l'universalité de son propos et de sa performance littéraire. slavika


"La langue ment à la parole et la parole à la pensée."

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    JORGE DE MONTEMAYOR

  • POESIE
    ORPHEE



    La Diana de Montemayor



    "O mémoire, ennemie de mon repos, ne t'occuperas-tu pas mieux à me faire oublier les maux présents qu'à me rappeler les joies d'autrefois!" Diane




    Montemayor, Jorge de (v. 1520-1561), poète, romancier et chanteur espagnol d’origine portugaise, qui, avec la Diane (1559), est à l’origine d’un genre nouveau, le roman pastoral.

    Poète à la Cour

    Originaire de Montemor-o-Velho, près de Coimbra, Jorge de Montemayor est le fils d’un orfèvre. Il quitte le Portugal et s’installe en Castille. Pendant l’Inquisition, il est accusé de s’être converti au christianisme pour cacher sa judaïté, bien qu’il ait toujours déclaré que la Bible était sa lecture favorite. Il serait entré, comme chanteur à la Cour, au service de l’infante Marie de Portugal qu’il aurait accompagnée en Castille lors du mariage de cette dernière avec le roi Philippe II d’Espagne, en 1543. En 1552, il suit au Portugal la Princesse Jeanne, épouse de l’héritier du trône du Portugal, puis revient en Castille lorsqu’elle se retrouve veuve.

    Montemayor l’Européen

    Il n’existe aucune source historique fiable quant à un possible voyage en Angleterre pendant lequel il aurait été au service de Philippe II, cependant un mot en anglais dans son Cancionero permet de poser cette hypothèse. Il est, en revanche, certain qu’il s’est rendu à Séville (qu’il pose comme le décor de sa Diane), dans les Flandres (où il publie les deux volets de ses chansons (Cancionero, en 1554 et 1558), à Valence (où il publie Diane en 1558-1559) et à Cordoue. Il passe les dernières années de sa vie en Italie et meurt dans le Piémont, très probablement au cours d’un duel provoqué par un défi amoureux.

    La poésie amoureuse

    Auteur d’une poésie que l’on situe à mi-chemin de l’école italianisante et de la tradition castillane, Montemayor a publié un Chansonnier (Cancionero, 1554), recueil de poèmes d’amour, trois Autos de Navidad (v. 1548, « Mystères de Noël », drames religieux espagnols) et traduit librement en castillan une partie des Cantos (« chants ») De amore (« De l’amour ») du poète catalan Auziás March (1397-1459).

    La Diane : roman pastoral

    C’est cependant à la Diane (los Siete Libros de la Diana), écrit en castillan et publié en 1559, que Montemayor doit sa célébrité. Il a été publié en France sous le titre la Diane de Montemayor ou Aventures secrètes de plusieurs grands d’Espagne. Inspiré pour partie des Dialogues d’amour (Diálogos de amor, 1535) du poète espagnol Léon l’Hébreu (v. 1465-av. 1535) et de la tradition courtoise (voir courtois, courtoisie), la Diane narre les péripéties et chassés-croisés sentimentaux de jeunes bergères — parmi lesquelles la Diane du titre, « dont la beauté n’a pas d’égale parmi ses contemporaines » — et de leurs prétendants, bergers eux aussi. La confusion amoureuse qui s’ensuit est l’occasion, pour le narrateur, de concevoir et de peindre, en prose ou en vers, une palette très étendue de sentiments, qui vont de la fidélité à la jalousie, en passant par le dépit amoureux. La Diane est aussi et surtout un roman à la gloire de l’amour ; un amour pur, séparé de l’action, par lequel l’âme s’élève à la beauté et à la contemplation et dans lequel Montemayor voit l’essence même de l’homme. Face à un tel amour, qui ignore les excès de la passion, la raison ne peut opposer la moindre résistance.

    Certains critiques estiment que cette fiction pastorale, comme tant d’autres, dissimule en fait des personnalités connues et que Montemayor se serait inspiré d’un personnage réel pour créer sa Diane. S’il est effectivement fort probable que derrière le bucolique se cache un roman de cour, un roman à clefs, il ne faut pourtant pas perdre de vue la tradition, ancienne, à laquelle cette œuvre se rattache. On retrouve en effet dans la Diane, outre une inspiration courtoise, l’influence de modèles classiques, comme Théocrite et Virgile, mais aussi celle d’auteurs italiens plus récents comme Pétrarque et Sannazaro. Enfin, le roman de Montemayor est à son tour à l’origine d’un genre que cultiveront plus tard Cervantès avec la Galatée (1585), Lope de Vega avec Arcadie (1598), l’Anglais sir Philip Sidney avec Arcadie (1590), ou bien encore le Français Honoré d’Urfé, avec l’Astrée (1607-1628).
    encarta

    DOUNASH BEN LABRAT

    piyut
    BIO 1 - 2
    POETE
    LITTERATURE



    Fès la juive
    Ville impériale au IXe siècle, Fès devient, à partir de 817, un nouveau centre culturel et cultuel de la communauté juive marocaine.
    Sous la protection du Sultan, la tradition talmudique s’y développe et gagne un réel essor.



    (920-990)
    Né à Fès, Dounash ha-Lévi ibn Labrat
    l’âge d’or de la culture juive séfarade.Etudiant du rabbi Saadia Gaon (882/892-942), dernier des Guéonim, Dunash est un poète et un grammairien reconnu. Premier à fait entrer le mètre arabe dans la poésie hébraïque – en cherchant l’alternance entre voyelles longues et voyelles courtes – il renouvelle considérablement la manière de chanter les louanges au Divin. En grammaire, il crée les groupes verbaux et établit une distinction entre les racines ternaires et les racines quaternaires.Son oeuvre grammaticale, toujours d’actualité, fait de lui l’un des plus grands grammairiens de son temps.akadem


    « L’adoption de la métrique arabe dans la poésie religieuse… «
    A l’égal des mythes fondateurs, c’est dans l’exil que se délite l’hébreu, le judéen, et que se forge la nouvelle identité juive. Regroupés en communautés, les fils de Moïse organisent leur existence en la ritualisant. La Synagogue, et le culte qui s’y déroule, sont au cœur de leur vie. De par son pouvoir émotionnel et fédérateur, la musique unit les hommes dans la prière… Rappelons qu’à ses débuts, l’office synagogal comportait principalement des prières de base comme le Shema, le Halel, la Tefilah (ou Amidah) et la récitation des psaumes. A cela s’ajoutait la lecture de la Torah les lundis, jeudis et samedis. Jusqu’à la destruction du Second Temple (70 après J.C.) différents rituels de prières coexistaient au sein du culte synagogal. C’est sous l’impulsion de Gamaliel II (milieu du 1er siècle de l’ère chrétienne - avant 132) que fut adopté un nouveau rituel unifié appelé Avodah shebalev (« culte du cœur ») qui se développa dans toutes les synagogues et fut appliqué sans grands changements jusqu’à la fin de l’époque talmudique.

    C’est d’ailleurs en partie pour apporter un peu de variété à cet office quelque peu sclérosé que naquirent les piyutim vers le V° siècle de l’ère chrétienne. A l’origine, le piyut est une poésie religieuse destinée à remplacer les prières obligatoires, notamment lors des offices de shabbat et des fêtes. Cette évolution fut probablement liée à la restriction de la liberté d’enseignement et de prières sous Justinien 1er (décret de 553). Malgré de sévères critiques, notamment de la part des membres des grandes Académies de Babylone, la poésie religieuse, forte de son succès populaire, se répandit dans toutes les communautés juives. Et au fil des siècles, certains piyutim furent intégrés aux prières selon un choix propre à chaque communauté.

    Sur le plan musical, la floraison de la poésie religieuse eut un impact considérable. La création de nouveaux textes entraîna le recours à une musique d’un genre nouveau. Dans un premier temps, les Piyutim furent chantés dans un style psalmodié ou dans un rythme libre déterminé par la place des accents dans la phrase. Mais le X° siècle, à l’instar de la poésie arabe, Dounash ben Labrat (c.920- c.980 ?) introduisit dans son œuvre la notion de mètre, soit l’existence d’un rapport de proportionnalité entre les différentes valeurs de durée. Cette innovation, loin d’être anodine, dénote l’influence de la civilisation arabe sur les communautés juives séfarades. Sur un plan linguistique, l’hébreu n’établit pas de différenciations entre syllabes longues et courtes. Lui appliquer un cadre métrique revenait à lui imposer une déclamation qui n’existe pas naturellement dans la langue hébraïque…ce qui n’empêcha pas l’initiative de Dounash ben Labrat de remporter un vif succès et d’être rapidement imitée par bon nombre de ses confrères.

    L’adoption de la métrique arabe entraîna fréquemment le recours à une poésie de forme strophique. Chaque couplet était habituellement chanté sur une mélodie plus ou moins identique, l’assimilation du texte par le fidèle s’en trouvant ainsi grandement facilitée. La musique n’était ainsi plus un simple véhicule du texte, sans réelle existence . Bien au contraire, le texte devait se plier à une musique préétablie judaicultures

    Le Piyut D'ror Yikra : L'acrostiche épelle "Dunash," du nom de l'auteur Dounash ben Labrat

    OSSIP MANDELSTAM

    BIO
    TEXTE
    ACMEISME
    ARTICLE
    LETTRE
    PORTRAIT
    POEME
    PAGE
    EPIGRAM

    "Les fleurs sont immortelles, le ciel d’un seul tenant
    Et ce qui adviendra : simple promesse…"
    O. Mandelstam


    Né le 15 janvier 1891 à Varsovie (Pologne) décédé le 27 décembre 1938 au goulag Archipelago près de Vladivostock (Russie)


    Poète et essayiste russe, considéré au même titre que Boris Pasternak comme une des grandes voix de la poésie russe du XXe siècle. La plupart des œuvres de Mandelstam restèrent inconnues en dehors de son pays et ne furent pas éditées pendant l’ère stalinienne (1929-1953). Mandelstam fut un des membres les plus en vue de l’école Akméiste de poésie, ainsi que Anna Akhmatova, ce qui l’éloigna de la veine principale de la poésie soviétique.
    Ossip Mandelstam naît à Varsovie et grandit à Saint-Pétersbourg. Son père est un commerçant en maroquinerie et sa mère enseigne le piano. Les parents de Mandelstam sont juifs, mais peu pratiquants. A la maison, il est éduqué par des tuteurs et des gouvernantes. Il suit les cours de la prestigieuse école Tenishev (1900-1907), puis se rend à Paris (1907-1908) et en Allemagne (1908-1910), où il étudie la littérature française ancienne à l’Université de Heidelberg (1909-1910). De 1911 à 1917 il étudie la philosophie à l’Université de Saint-Pétersbourg. Mandelstam est membre de la Guilde des poètes à partir de 1911. ses premiers poèmes paraissent en 1910 dans la revue Apollon.

    Comme poète, Mandelstam obtient la reconnaissance publique avec son recueil KAREM ("Pierre"). Les sujets traitent de la musique aux triomphes de la culture, tels l’architecture classique romane et la cathédrale byzantine de Sainte-Sophie à Constantinople. Suivent TRISTIA (1922), qui confirme son statut de poète et STIKHOTVORENIA 1921-25 (1928). Dans Tristia, Mandelstam fait le lien entre le monde classique et la Russie contemporaine, comme dans Karen, mais le nouveau thème de l’exil apparaît. Le ton est triste ; le poète fait ses adieux.

    Mandelstam est favorable à la révolution de Février 1917, mais est d’abord hostile à Octobre 1917. En 1918 il travaille brièvement pour Anatoly Lunacharskii au ministère de l’éducation à Moscou. Avec ses fréquentes visites au Sud, Mandelstam n’est pas confronté aux troubles compliquant la vie quotidienne pendant la guerre civile. Après la Révolution, la poésie contemporaine ne trouve pas grâce à ses yeux. La poésie des jeunes lui paraît un cri infantile. Il n’accepte que Pasternak et admire également Akhmatova.

    En 1922 Mandelstam épouse Madezhda Iokovlevna Khazin, qui l’accompagnera pendant ses années d’exil et d’emprisonnement. Dans les années 1920, Mandelstam pourvoit à ses besoins en écrivant des livres pour enfants et en traduisant des oeuvres d’Upton Sinclai, Jules Romains,Charles de Costers, entre autres Il ne compose plus de poèmes de 1920 à 1925, et se tourne vers la prose. En 1930 il fait un voyage en Arménie. Mandelstam se voit comme un outsider et établit un parallèle entre son sort et celui de Pouchkine. La préservation de la culture traditionnelle prend pour lui un rôle central, et les autorités soviétiques mettent en doute – à raison – sa loyauté vis-à-vis du régime bolchevique. Pour échapper à ses puissants ennemis, Mandelstam voyage comme journaliste dans les provinces éloignées. Son "Voyage en Arménie" (publié en 1933) est la dernière de ses œuvres de valeur parues de son vivant.

    "Nous vivons, sourds au pays en dessous de nous,
    Dix marches plus bas personne n’entend nos paroles,
    Mais si nous tentons la moindre conversation
    Le montagnard du Kremlin y prend part."
    (de "Staline" - 1934)

    Mandelstam fut arrêté pour la première fois en 1934 pour une épigramme écrite à propos de Staline. "Et chaque massacre réjouit/L’Ogre Ossète". Staline prit un intérêt particulier à Mandelstam et demanda par téléphone à Pasternak s’il était présent lorsque Mandelstam avait lu son pamphlet. Mandelstam fut exilé à Cherdyn. Après une tentative de suicide ; la sentance fut commuée en exil à Voronez, jusqu’en 1937. Dans son Carnet de Voronezh (1935-1937), Mandelstam écrit «"Il pense en os et ressent avec ses sourcils/Et tente de reprendre forme humaine" - le poète va jusqu’à s’identifier à Staline, son tourmenteur coupé de toute humanité

    Mandelstam est arrêté pour activités contre-révolutionnaires en mai 1938, et condamné à 5 ans de travaux forcés. Dans le camp de transit, Mandelstam est si faible qu’il ne peut se tenir debout. Il meurt au goulag Archipelago, près de Vladivostok. Son corps est jeté dans une fosse commune.

    La reconnaissance internationale vient à Mandelstam dans les années 1970, quand ses œuvres sont publiées en Occident et en Union soviétique. Sa veuve Nadezhda Mandelstam publie ses propres mémoires, "Espoir contre espoir" (1970) et "Fin de l’espoir" (1974), qui décrivent leur vie et l’ère stalinienne. Les poèmes de Mandelstam à Voronez, publiés en 1990, sont proches de ce que le poète allait écrire s’il avait survécu.
    acam france


    "En me privant des mers, de l’élan, de l’envol,
    Pour donner à mon pied l’appui forcé du sol,
    Quel brillant résultat avez-vous obtenu,
    Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent."

    Mandelstam, Cahiers de Voronèj


    Si nous avons oublié que la poésie, c’était avant tout le vers, nous savons néanmoins que tout ce qui est versifié n’est pas poétique et que, depuis Baudelaire, l’écrivain est poète lorsqu’il réalise le vœu d’«une prose […] musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter au mouvement de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience» (C. Baudelaire, «A Arsène Houssaye», Petits Poèmes en prose).

    Ainsi l’écrivain russe Ossip Emilievitch Mandelstam, dans son œuvre où la prose abonde, ne cessa jamais d’être poète, lui qui fonda l’acméisme en compagnie de Anna Akhmatova et Nikolaï Goumilev, courant littéraire qu’il définissait comme «la nostalgie de la culture universelle». On peut d’ailleurs considérer que ses nombreux textes en prose gravitent autour des trois recueils qu’il a composés : Pierre, paru en 1912 ; Tristia en 1923, dont les poèmes annoncent ironiquement, par la référence à Ovide, l’exil au cours duquel il écrira en 1935 et 1937 les Cahiers de Voronèj, œuvre ultime et acmé. Révolté contre le symbolisme russe, Mandelstam accorde une place centrale au mot non plus seulement considéré comme phénomène acoustique, mais aussi comme réalité architecturale : les mots sont des pierres, «voix de la matière» autant que matière de la voix parutions


    Le piéton

    Face aux hauteurs et face à leur mystère
    Je sens toujours un invincible effroi;
    J’aime l’hirondelle élancée dans l’air
    Et le clocher dont le vol se déploie.

    Et pareil au piéton d’autrefois,
    Sur la passerelle de l’abîme grand ouvert
    J’écoute la neige qui roule et croît,
    Et l’éternité sonne à l’horloge de pierre.

    Hélas ! je ne suis pas ce voyageur
    Qui apparaît sur les feuilles déteintes,
    Et la tristesse en moi chante sans feinte.

    Non, l’avalanche en montagne n’est pas un leurre,
    Et au son des cloches toute mon âme s’ouvre…
    Mais la musique ne peut pas sauver du gouffre !

    Ossip Mandelstam, (La) Pierre, les premières poésies, (1906-1915)



    "En me persécutant, Monde, que retires-tu ?
    Où est l’offense puisque j’essaie seulement
    De mettre des beautés dans mon intelligence
    Plutôt que mon intelligence dans les beautés. "

    Philippe Jaccottet nous rapporte ceci :

    On raconte que Mandelstam, dans le camp, le goulag, de Sibérie où il a passé ses dernières années, aurait récité des poèmes de Pétrarque aux autres prisonniers. Malgré la faim, le froid, ils écoutaient, les oiseaux noirs aussi, qui s'arrêtaient un instant de tourner autour de la mort, seule libération des déportés. Dieu sait qu'il n'ait rien de plus éloigné du lumineux Pétrarque que ces hommes en haillons. Mais ajoute-t-il , la poésie dans ce cas, c'était un peu comme la goutte d'eau pour un homme qui marche dans le désert, quelque chose qui tout à coup prend un poids d'infini et vous aide à traverser le pire.
    Des récits de la Kolyma, l'enfer des camps russes, nous disent que la poésie aura été parfois la forteresse, et non pas du tout une échappatoire. La poésie parle toujours au nom de la vie.

    Parmi les nombreux poètes juifs assassinés par Staline, Mandelstam demeure la figure de proue, le symbole de cette barbarie, car il était en son temps considéré comme l'un des plus grands poètes en langue russe avec Akhmatova et Pasternak. On l'imagine toujours émacié s'appuyant au sol vide de sa vie. Ce ne fut que vers la fin dans les cercles infernaux de la Kolyma.espritsnomades

    HANNA SENESH

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    Les lignes suivantes ont été trouvées dans la cellule d’Hannah après son exécution

    Un - deux - trois... huit pieds de long
    Deux enjambées, le repos est sombre...
    La vie est un point d'interrogation éphémère
    Un - deux - trois... peut-être une autre semaine.
    Ou le mois prochain pourra me trouver encore ici,
    Mais la mort, je la sens proche.
    J’aurais eu 23 ans en juillet prochain.
    J'ai joué à ce qui importait le plus, les dés ont roulé. J'ai perdu

    Olivia Cattan-TJ

    On oublie parfois que les femmes ont eu un grand rôle dans la Résistance. Hanna Senesh fut l’une d’elles. Hongroise émigrée en Palestine, elle s’engagea dans l’armée britannique pour secourir les Juifs de son pays.


    Hanna Senesh est née à Budapest le 17 juillet 1921. Issue d’une famille d’intellectuels, elle se destine à une carrière d’écrivain et montre un talent précoce pour l’écriture. Son père, Bela, journaliste et dramaturge reconnu, décède alors que Hanna n’a que 6 ans. Elle vivra alors une enfance difficile, entourée de sa mère Katherine et de son frère Giora. Tandis qu’elle suit ses études dans une école protestante, où elle subit l’antisémitisme de ses professeurs et des autres élèves, Hanna s’intéresse peu à peu au judaïsme et au mouvement sioniste grâce au grand rabbin de Budapest, Imre Benoschofsky. Elle affirme de plus en plus son identité et intègre l’organisation sioniste hongroise, Maccabea. Avec les lois antijuives, elle prend conscience que les Juifs n’ont plus aucun avenir dans son pays et décide d’émigrer en Palestine. Elle intègre l’école d’agriculture réservée aux filles de Nahalal. Elle écrit à sa mère : « Je suis à la maison. (…) Ici presque chaque vie est la réalisation d’une mission. »

    Torturée et exécutée
    En 1941, elle fonde le kibboutz Sedot Yam, proche de Césarée, et rejoint la Haganah. Deux années plus tard, apprenant ce que subissent les Juifs en Europe, elle s’enrôle comme volontaire dans l’armée britannique pour une mission de sauvetage des Juifs hongrois. Après un entraînement de haut niveau en Égypte, elle est parachutée en Yougoslavie le 15 mars 1944 avec deux de ses camarades, Joël Palgi et Peretz Goldstein, pour rejoindre un groupe de résistants. Mais ceux-ci abandonnent, car les Allemands ont envahi la Hongrie, et elle se retrouve seule à continuer cette mission. Elle est arrêtée à la frontière hongroise et incarcérée à la prison de Budapest. Accusée d’espionnage et de trahison, elle attend son jugement. Torturée, Hanna Senesh refusera de trahir ses camarades et ne dévoilera rien, même lorsque les nazis amèneront sa mère dans la cellule afin de la torturer, elle aussi, sous ses yeux. Avant de mourir, elle demande au capitaine Simon, venu lui faire part d’un verdict sans appel, l’autorisation de pouvoir écrire deux lettres, l’une pour ses compagnons résistants, l’autre pour sa mère. Elle y explique ses choix, elle parle de son sionisme et s’excuse auprès de sa mère de n’avoir pu la sauver. Elle sera fusillée le 7 novembre 1944, alors que les Russes sont aux portes de Budapest. En 1950, son corps est ramené en Israël. Elle repose au cimetière militaire du mont Herzl. Elle est l’auteur du chant Eli, Eli (« Mon Dieu, Mon Dieu »), repris dans La Liste de Schindler, de Steven Spielberg. Après sa mort, son journal intime, qu’elle avait commencé à l’âge de 13 ans, a été publié en hébreu en 1946, ainsi que dixneuf poésies, écrites en hébreu et en hongrois1. Le kibboutz Sedot Yam abrite sa maison et un musée, fait à son effigie, retrace son parcours de poétesse et d’écrivain. Un Centre de documentation et d’études Hanna Senesh a été créé à la mémoire de la jeune parachutiste israélienne. Son dossier personnel, relatant son arrestation et sa mise à mort, a été rapporté en Israël, en 2003, par le ministre israélien de la Justice Yossef Lapid, de retour d’un voyage officiel en Hongrie, et a été remis à Yad Vashem. Hanna Senesh fait partie de ces femmes, comme Haviva Reik, Marianne Cohn, Mila Racine, qui figurent aujourd’hui parmi les héroïnes de l’État d’Israël.

    YEHUDA AMICHAI


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    Yehuda Amichai (1924-2000; né à Wurtzbourg, Allemagne), est né dans une famille religieuse, et fut un des premiers auteurs contemporains d'Israël. Il a été élevé en parlant deux langues, l'hébreu et l'allemand.
    Amichai immigra avec ses parents en Eretz Israël en 1935. Il a fini ses études secondaires dans un lycée religieux et servi avec la brigade juive de l'armée britannique pendant la deuxième guerre mondiale. Il a aussi servi avec l'unité d'élite du Palmach dans la guerre d'indépendance.de 1948
    Amichai a étudié la littérature et les études bibliques à l'université hébraïque. Il s'est exercé en tant que professeur et a enseigné dans de nombreux établissements scolaires en Israël et à l'étranger
    Amichai était plus connu pour sa poésie, qui a été traduite en 33 langues.Il a également publié deux romans, un recueil d'histoires courtes et un certain nombre de pièces qui ont été mises en scène en Israël. Amichai a reçu le prix Bialik et le prix Israel.1982hebreunet

    Il a reçu en 1986 le prestigieux Grand Prix d’Israël de la poésie et ses oeuvres ont été traduites dans 33 langues. Il est en avril 1994 l’un des poètes invités par “Les Belles Étrangères” consacrées à Israël.
    Engagé très tôt dans la lutte pour l’indépendance et la défense de son pays, il participe à tous les combats d’Israël,tout en maintenant une profonde aspiration à la paix.
    C’est là l’un des thèmes majeurs d’une oeuvre nourrie d’images simples
    et en même temps universelles. Participant dans les années 50 avec d’autres poètes du Groupe “Likrat” ( Nathan Zach et David Avidan) à une véritable révolution poétique, on lui doit, entre autres, l’immense popularité de la poésie en Israël. Beaucoup de poèmes sont devenus des chansons à succès qui par leurs thèmes scandent les événements de la vie culturelle et publique israélienne.

    Bruit du tiroir qui se ferme : voix de Dieu
    bruit du tiroir qui s’ouvre : voix de l’amour
    mais ce peut être aussi le contraire.
    Pas qui se rapprochent : voix de l’amour
    pas qui s’éloignent : la voix de Dieu
    qui a soudain quitté la terre, un instant, pour l’éternité.
    Livre resté ouvert sur la table à côté de lunettes :
    Dieu, un livre fermé et une lumière encore allumée :
    Amour. Une clé tourne dans la porte sans bruit :
    Dieu, une clé hésite : amour et espoir.
    Mais ce peut être aussi le contraire.
    victime du doux parfum de Dieu,
    victime des autres sens de l’amour :
    victime du toucher et de la caresse, de la vue et de l’ouïe
    et victime du goût.
    Mais ce peut être aussi le contraire.

    Il est un jour où personne n’est lui-même dans cette ville,
    mais le fils de quelqu’un. Tout le monde s’appelle Ibn, Ben
    Son. On n’est pas soi, vous n’êtes pas vous
    ni moi moi, mais Ben Ani, le fils de moi, Ibn Ezra ou Ibn Moussa,
    Ben Avraham ou Ibn Allah, le fils d’Allah, le fils de Dieu.
    Et tous annoncent ce qui sera et même ceux
    qui ne se souviennent de rien se rappellent aux autres,
    même l’amour s’abrite dans les ruines du Temple.
    Le balancement du corps dans la prière et l’amour ne font qu’un.
    Il est un jour où tous sont pères de quelqu’un,
    ils s’appellent Abou par-ci, Abou par-là.
    Pères de leurs semences, pères d’orphelins, pères des douleurs
    père de miséricorde, notre père à tous. Notre père, notre roi.

    yehuda amichai



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