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HAIM ZAFRANI


LIVRE
MUSEE
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IUEJ


Historien, spécialiste du monde sépharade

1922-2004
Né à Mogador (Essaouira) au Maroc, Haïm Zafrani a gravi tous les échelons du système scolaire de l’Alliance israélite universelle dans son pays natal avant d’entamer une brillante carrière universitaire en France où il se spécialisa, sous la direction de Georges Vajda, dans l’histoire intellectuelle et religieuse des Juifs du Maroc. Professeur à l’université Paris 8 et membre correspondant de l’Académie royale du Maroc, il joua un rôle majeur dans le renouvellement des études séfarades dans le monde au cours de ces dernières années. Parmi ses ouvrages les plus importants, citons le premier d’entre eux, Les Juifs du Maroc, vie sociale, économique et sociale (1972). Ses autres livres portant sur la mystique, les traditions orales ou la poésie liturgique des Juifs du Maroc sont non moins novateurs. Haïm Zafrani a laissé également une excellente synthèse historique des Juifs du Maroc intitulée Deux mille ans d’histoire juive au Maroc (1982), traduite aussi bien en arabe qu’en hébreu.cairn

Dialogues inter-religieux en Andalousie
C'est bien évidemment, l'essor de la philosophie juive en Terre d'Islam qui a retenu davantage l'attention et on en arrive au modèle dit philosophique, un modèle qu'il n'est, du reste, pas facile de dissocier des autres modèles, des autres démarches, des autres modes d'expression, de la pensée, des composantes théologique, mystique, éthique, poétique voire juridique et politique, toutes intimement associées à doses variables selon les dominantes de l'oeuvre. A cet égard, sont exemplaires les figures et les oeuvres de Saadya, d'Ibn Gabirol, de Bahya Ibn Paquda, de Maimonide, de Juda Halévi, et de leurs homologues musulmans, Al-Kindi, Al-Farabi, Ibn Sina, Al-Ghazali, Ibn Baja, Ibn Taufayl, Ibn Rushd, etc.

En matière de philosophie, l'un des phénomènes les plus frappants de la symbiose judéo-arabe est "l'hellénisation de la pensée juive par l'intermédaire de l'islam". Les relations d'un grand nombre de Juifs de la Diaspora avec le monde gréco-latin, bien qu'illustrées par Philon, n'avaient eu qu'une influence superficielle. Mais, de même que les traducteurs juifs avaient transmis au monde chrétien les sciences et la philosophie arabes, c'est par le truchement de la littérature arabe que la science et les méthodes de pensées grecques ont fait irruption dans l'univers juif.

La pensée philosophique juive suivit le même itinéraire intellectuel que la pensée musulmane, adoptant les données les plus avancées des nouvelles sciences, amis conservant une attitude d'indépendance sur les questions fondamentales de la religion. Ce qui permit aux grandes oeuvres des théologiens et philosophes des Xe, XIe et XIIe siècles de demeurer des classiques du judaïsme orthodoxe, malgré les controverses soulevées par certaines, le "Guide des Perplexes" (Maïmonide) notamment. A titre d'exemple, une figure, parmi bien d'autres philosophes et savants : Samwal al Maghribi, un juif islamisé sur le tard, savant, intellectuel de grand renom, créateur des mathématiques nouvelles, auteur de "l'Algèbre al-Bahir". Il avait pour maître un penseur juif du XIIe siècle, Abn-Al-Barakat al-Baghdadi, surnommé Awhad al-Zamam, "l'Unique de sa génération", dont la critique de la Physique d'Aristote préfigurait la science moderne. Converti très tard à l'islam, il fut considéré comme l'un des plus grands philosophes musulmans de tous les temps.


Décès de Haïm Zafrani : Condoléances Royales
(Maghreb Arabe Presse 2/4/2004)

SM le Roi Mohammed VI a adressé un message de condoléances à la famille de Haïm Zafrani, dont les obsèques ont eu lieu jeudi, au cimetière parisien de Montparnasse, au milieu d'une foule d'amis, d'universitaires, d'écrivains et d'intellectuels.

Le message royal a été lu par le conseiller de SM le Roi, M.André Azoulay, en présence notamment de M. Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc en France, Abdellatif Berbiche, secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume, et Mme Leila Chahid, ambassadeur de Palestine en France ainsi que du grand rabbin Serfati.
Dans le message royal adressé à l'épouse du défunt, Mme Célia Zafrani, SM le Roi Mohammed VI a souligné que "la disparition du Professeur Haïm Zafrani prive la communauté scientifique et culturelle, d'un homme d'exception digne de Notre Haute considération, dont le savoir encyclopédique, les écrits fondamentaux ont été et resteront décisifs pour la connaissance de la singularité de notre patrimoine et identité marocaine, riche de tous ses affluents spirituels et pluriels".
Dans son hommage, M.Azoulay, qui s'exprimait en sa qualité de président-fondateur de l'Association Essaouira-Mogador, ville natale du professeur Zafrani, a rappelé la contribution historique du défunt à la connaissance et à la promotion de toutes les composantes du patrimoine national.
"Qu'il s'agisse d'histoire, de sociologie, de littérature, de poésie ou de musique, Haïm Zafrani nous a appris en permanence à explorer les facettes les plus inédites de notre patrimoine", a relevé M. Azoulay, en mettant en relief l'approche scientifique du professeur Zafrani qui a été "décisive pour que nous prenions la juste mesure du rôle spécifique et fondateur du Judaïsme marocain au fil des siècles dans l'épanouissement de l'identité marocaine, dans sa diversité et dans la synthèse qu'elle a su exprimer et imposer au regard des autres".
Pour sa part, l'écrivain Marocain Tahar Benjelloun a exalté les messages et les valeurs de tolérance véhiculés dans les écrits du défunt et salué "la richesse spirituelle, la générosité, l'humilité et la rigueur" de l'historien qui "a enrichi notre patrimoine jusqu'aux dernières heures de sa vie".
Haïm Zafrani, membre de l'Académie du Royaume du Maroc et professeur émérite d'université en France, a été décoré en mars dernier, du Ouissam Al Kafaâ à l'occasion de la visite de SM le Roi Mohammed VI à Essaouira.
Haïm Zafrani, né en 1922 à Essaouira, était connu pour son attachement à sa double culture juive et marocaine. Professeur émérite de l'université de Paris VIII, il avait dirigé le département de langue hébraïque et de civilisation juive.
Grand historien, feu Zafrani était titulaire du doctorat de recherche en études orientales, licencié en droit et sciences économiques et diplômé d'arabe classique à l'université de Rabat où il avait créé une chaire en hébreu.
Il était notamment membre de l'Institut des Hautes études sémitiques (Collège de France), membre du Conseil de coopération (Collège de France-universités) et membre du comité de parrainage de la revue "Horizons maghrébins".
Haïm Zafrani est par ailleurs l'auteur de quinze ouvrages et de plus de cent cinquante articles portant sur la pensée, les littératures et les langues juives en occident musulman. L'un de ses derniers ouvrages, "2000 ans de vie juive au Maroc", constitue un précieux document de travail sur l'histoire de la présence juive dans le Royaume.
Cet ouvrage, qui a reçu le prix "Grand Atlas de la création" en 1999, évoque notamment la mémoire de ce qui est toujours considéré comme la plus importante communauté juive dans le monde arabe. Il restitue, en 300 pages, l'essentiel des composantes de la vie juive marocaine et maghrébine au cours des deux derniers millénaires.
Le défunt a toujours estimé que son travail consistait à rassembler les travaux qui mettent en relation les musulmans et les juifs en occident musulman. "Ma recherche concerne des espaces de rencontres, des espaces de dialogue et mes livres sont dédiés à ces populations, juives et musulmanes, qui ont vécu ensemble, pendant presque un millénaire et demi", avait-il souligné dans l'une de ses dernières déclarations.
Il avait toujours exprimé une admiration sans limites pour l'Andalousie musulmane "une période presque mythique de l'âge d'or médiéval pendant laquelle les élites musulmanes et juives se rencontraient dans des espaces culturels de très haut niveau : philosophie, mystique, médecine et autres sciences dans lesquelles les juifs ont apporté une contribution extraordinaire".


Judaïsme marocain: Haïm Zafrani disparu, c'est une bibliothèque qui brûle
Hommage à Haïm Zafrani : ce judaïsme de langue et de civilisation arabe

Le Matin du Sahara 08.04.2004

Ne dites pas : «Mystique sans intérêt ! ». Ni erreur, plus grande encore, «Culture juive, connais pas». Si vous faites preuve de curiosité, vous ne perdriez rien à la lecture de « Kabbale, vie mystique et Magie » de Haïm Zafrani. Et si vous n'avez de complaisance ni pour la tolérance molle et abstraite, ni pour l'orgueilleux renfermement de donquichottisme bornés, alors vous seriez acquis à l'esprit d'une tolérance vraie, et vous liriez ce beau livre avec profit.

Peut-être seriez-vous stimulé et liriez-vous encore les autres ouvrages de H. Zafrani, Mille ans de vie juive au Maroc par exemple. Vous en apprécierez la méthode, mais vous serez peut-être sensible à cette autre question : l'importance de la culture juive pour la culture de notre pays dans sa signification la plus haute.

Pour la méthode d'abord : vous éprouverez combien une approche compréhensive parvient à donner chair et vie à des gestes quotidiens. La quotidienneté est digne d'attention ethnologique depuis que l'ethnologie, libérée de l'emprise coloniale, est devenue scientifique.

Cette lecture vous fera sentir la densité de la vie marocaine, toute la vie marocaine, dont la vie juive est part inaliénable, vivace encore dans les pays lointains, Sud et Nord de l'Amérique, où des juifs marocains sont allés vivre. Nous devons, nous musulmans, connaître cette culture sortie des mêmes entrailles que nous-mêmes, toujours palpitante, toujours indispensable à l'intelligence de nos coutumes et à l'appréciation de notre langue de tous les jours.

Lisez, à la fin du volume la «Qessa de Tingir » (page 425 et suivantes) pour vous rendre compte de la marocanité profonde du judéo-arabe, dans ses aspects religieux aussi bien que dans ses expressions populaires. Le livre sur la Kabbale est évidemment un livre savant, mais l'érudition y a pour but la restitution du quotidien, de la religion au jour le jour.

Elle montre, a contrario, combien nous avons tort d'avoir délaissé les sciences sociales, au sens non pas d'attention au folklore de Jama'al fna, mais en tant que sciences, aujourd'hui, partout reconnues par leur présence dans toutes les questions qui nous préoccupent, qu'il s'agisse des problèmes de l'agriculture, de l'impact de l'informatique, ou des transformations du quotidien.

Comme on le sait, toutes ces questions , interdisciplinaires par nature, exigent dans leur analyse la coopération de plusieurs disciplines et de chercheurs venus d'horizons différents.

Par sa signification, ensuite, ce travail nous révèle que le champ des choses que nous savons sans savoir est vaste et mérite d'être précisé. Vous saurez donc, en lisant ce travail, le détail de cette vérité que la culture marocaine juive est une interculture, à l'intersection de traditions bibliques et de réalités culturelles et linguistiques déterminées amplement par l'Islam occidental, notre Islam. Cette réalité conduit nos juifs de la halakhah à la légende, comme nous, il n'y a pas longtemps encore, du fiqh au fantastique.

On pourra, avec cette lecture, mesurer toute la portée des modèles étiques et musicaux arabes, le travail, sur leur base, accompli par la culture juive. Enfin, last not least, vous verrez que la mystique juive, sur plus d'un point, a été une simple version juive de la tradition mystique de l'Islam. Contrairement à une prétention courante, justifiée parfois sans être toujours vraie, beaucoup de grands parmi les juifs ont reconnu leur dette vis-à-vis de leurs maîtres arabes, ont même glorifié leurs emprunts, loué les qualités de leurs modèles.

Parmi eux, Abraham Maïmonide, fils de Moïse Maïmonide, dont le mysticisme est entièrement soufi. Lisons plutôt ce qu'en écrit Haïm Zafrani (Page 32) : «Abraham Maïmonide a de la mystique musulmane non seulement une connaissance livresque, mais une certaine expérience concrète.

Les confréries de sufis occupaient une place en vue dans la société égyptienne, de son temps ; il les connaissait et les regardait vivre avec beaucoup de sympathie, cherchant, avec un petit nombre de coreligionnaires qui pensaient comme lui, à réaliser, en s'inspirant de leur exemple, une modeste réforme de la vie religieuse de son entourage.

C'est lui qui écrit , dans son Kifâyat al – ‘abidîn, vade-mecum destiné aux serviteurs de Dieu, que «ce sont les ascètes musulmans, de son temps qui incarnent l'idéal religieux des bene-ha-nebi'îm « disciples des prophètes» des temps bibliques », affirmant que les sufis se sont, à certains égards, maintenus plus fidèlement dans la voie prophétique, plus que les juifs eux-mêmes.

Il essaya d'introduire, dans le rituel juif, un certain nombre de pratiques religieuses musulmanes parce que ces pratiques, disait-il, originellement juives, étaient tombées en désuétude au cours des siècles.

Il en est ainsi de la prosternation, un geste du rituel qu'attestent de nombreux passages bibliques et que pratiquaient volontiers R. Akiba et d'autres maîtres anciens dont il invoquait l'autorité. Ces réformes rencontrèrent une forte opposition dans le judaïsme traditionnel égyptien et sa tentative échoua à peu près totalement.

Incompréhensions et malentendus ne furent jamais que surface. Espérons que l'histoire fera son juste retour aux sources. Car, en y grattant, on va jusqu'à découvrir liberté et amitié. Sans quoi on n'écrit que l'apparence de l'histoire, où les démons jouent, ce contre quoi le Maroc, par son expérience, met en garde, en rappelant que la compréhension mutuelle, si bien illustrée par l'islam occidental , est le principe , le fondement et le modèle de l'avenir.

Mohamed Allal Sinaceur de l'Académie du Royaume

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