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JOSEPH HAIM SITRUK


LES AMIS DU RABBI
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"Je suis un rescapé de la prière"



Joseph Haïm Sitruk ne a Tunis en Tunisie, le 16 octobre 1944 est le grand-rabbin de France de juin 1987 à 2008
Suivant une tradition juive, le prénom Haïm (signifiant vivant) a officiellement été ajouté à son nom en 2001 pour l'aider à guérir après l'attaque cérébrale dont il a été victime.


Homme de contact et d'idéologie, il organise et dynamise la communauté française. Une grande partie des juifs de l'Hexagone se réconcilie avec ses valeurs propres :La trilogie Torah / Peuple / Terre prend toute sa dimension. Beaucoup décideront alors de vivre leur judaïsme en Israël. Depuis l'influence de l'instigateur de ce renouveau ne cesse de se poursuivre par-delà la Méditerranée ...

Régulièrement ,le Grand Rabbin de France vient en Israël à la rencontre de ses anciens fidèles , à l'occasion de veillées d'étude comme Hoshana Raba , ou de rassemblements populaires chaque été à Netanya .

L'idée d'officialiser ces rendez-vous et d'étoffer les actions , en direction de la population francophone israélienne , s'impose d'elle-même .En 1998 , à l'initiative du Grand Rabbin de France , l'association ALEF LEDOROTH YEROUSHALAYIM est créée . Son but est de contribuer à la diffusion de la Torah auprès des Israéliens d'expression française.

Chaque visite du Grand Rabbin de France en Israël donne lieu à des rassemblements importants . Depuis plusieurs annees, des rendez-vous réguliers sont pris entre le Rav Yossef Sitruk et la communauté francophone israélienne ,veillées d'étude de Hoshana Raba , rassemblements d'été à Netanya , délégations de soutien en Israël ou cérémonies au Kotel attirent plusieurs milliers de personnes .chiourim


«RIEN NE VAUT LA VIE»

Joseph Haïm Sitruk

Tunis, le sel de l’enfance

D’entrée de jeu, je me dois de faire une confidence : il n’y a pas d’érosion dans le temps. Les jours, les semaines, les mois puis les années passent mais cela ne change rien. Bien sûr, chacun vaque à ses occupations, et tous, imperturbables, l’air solide et sûr de soi, nous aimons, travaillons, nous sommes émus, tristes ou joyeux, mais nous gardons toujours, enfouis en nous, comme un trésor secret, les souvenirs de l’enfance. Cela ne veut pas dire, évidemment, que nous sommes prisonniers d’un hier magnifié ni esclaves d’un temps jadis idéalisé. Dans le domaine de l’esprit, le temps ne change rien. Avant d’écrire les lignes qui vont suivre, j’ai fait repasser dans mon cerveau, l’espace d’un court instant, les différentes étapes de mon itinéraire. J’ai revu Tunis, mes parents, ma grand-mère, je suis retourné à Nice et j’ai eu, de nouveau, un coup de foudre pour celle qui allait partager ma vie. J’ai participé aux activités des Éclaireurs israélites, j’ai suivi les cours du séminaire rabbinique, j’ai marché, à l’aube, dans les rues désertes de Bnei Brak pour m’initier à la Kabbale, j’ai été un rabbin tunisien heureux sur la terre ashkénaze de Strasbourg et j’ai revu – je revois – la lumière crue sur les pierres blanches de Marseille. Enfin, en 1988, je suis devenu Grand Rabbin de France, tentant, à la juste mesure de mes moyens, de mobiliser ma communauté autour des valeurs fédératrices de la Torah. C’est certain, le temps ne change rien, il n’y a pas d’érosion dans le temps et en revisitant les étapes de mon parcours, j’ai l’impression non pas, mettons, de faire le tour du monde mais, plutôt, curieusement, un tour de pâté de maisons.
Ce que m’évoque la Tunisie, c’est le bonheur immense d’une communauté paisible. Un long fleuve tranquille. Un lieu pacifié où toutes les communautés, quelle que soit leur religion, vivaient en harmonie. Oui, comme dans un arc-en-ciel où chaque couleur est nécessaire sans, à elle seule, être suffisante, là-bas, chacun était la partie d’un tout, chaque communauté, un élément d’une famille plus vaste dans un environnement sécurisant et serein. Il se dégage de Tunis une grande sérénité. Sérénité, c’est le mot juste. Ce judaïsme que je n’ai pas connu mais dont, malgré tout, je fus l’héritier et le dépositaire, c’est exactement cela : un sentiment de paix, un bonheur intérieur, de bonnes relations avec les voisins arabes, une grande amitié avec les copains juifs. Tunis, c’était des familles qui se fréquentaient, qui vivaient, au sens littéral, ensemble. J’ai parlé de ma grand-mère maternelle, je dois préciser que mes autres grands-parents sont décédés avant ma naissance. Mon grand-père paternel, Sion Sitruk, est mort à l’âge de 48 ans, sans doute victime d’une attaque cérébrale puisque, lors de mon voyage en décembre 2004, j’ai pu lire l’épitaphe qui recouvre sa tombe, écrite, comme c’est la coutume, en judéo-arabe :« La mort m’a cueilli alors que je marchais dans la rue avec mes amis. » J’ai toujours été fasciné par ce grand-père que je n’ai pas connu. C’est sans doute de cet homme, qui avait une barque de pêcheur avec laquelle il se rendait dans la baie de Tunis, que j’ai hérité ma passion pour la voile. Je sais de lui qu’il était extrêmement distingué, élégant et digne – cette dignité que mon père portait si bien. De mon grand-père paternel, j’ai récupéré quelques livres de Torah, notamment un livre du Zohar, tradition de la Kabbale, et un livre de selihot, les prières qu’on récite avant Roch Hachana et Kippour. Je les ai reliés, conservés, et je m’en sers toujours aujourd’hui avec beaucoup d’émotion. De mon grand-père et de mon père, il me reste, oui, un livre dont je me sers et que je garde avec précaution parce qu’il transporte avec lui des bribes essentielles de mon monde d’hier. Non, le temps ne change rien.
J’ai découvert Israël par la mer, à l’allure d’un bateau qui va de Gènes à Haïfa. Quand j’ai vu de loin le port de Haïfa, j’ai ressenti cette émotion qu’ont dû ressentir, avant moi, tous les immigrants qui sont arrivés vers la Terre promise depuis la création de l’État juif. Même si le voyage a duré trois nuits et quatre jours, la traversée s’est avérée très agréable et l’arrivée en Israël, une fois passée la mer Méditerranée orientale, reste pour moi un moment d’une intensité inoubliable. Les formalités accomplies, je ne sais pas encore que je me dirige vers un lieu, des gens, une ambiance que je ne retrouverai nulle part ailleurs. Nousallons retrouver, là-bas, la famille Hassan, des francophones originaires du Maroc qui nous initieront à ce milieu qu’on qualifie d’ultra-orthodoxe et qui, derrière ce qualificatif rapide, cache un univers à part, merveilleux, où chaque être recèle des trésors cachés, une connaissance personnelle des Textes, un rapport au Temps et à son identité calqué sur trois mille ans d’Histoire.
Bnei Brak, c’est bien sûr la ville de Rabbi Akiva, à mi-chemin du Ier et IIe siècle. Mais c’est aussi la ville qu’a reconstruite le Rav Kahanman, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cet homme, ce sage, véritable tsaddik, avait tout perdu, sa famille, ses élèves, sa ville natale durant la guerre. Il va réinstaller, là, sur une colline, tout ce que, dans la tragédie, le silence, les cendres et les larmes, il venait de perdre. Sur un terrain vierge, un terrain de dunes, de sable, il va, guidé par sa passion de la Torah et la main de l’Éternel, reconstruire son monde disparu. Fidèle au message juif, qui permet à la fois l’espérance et le désespoir, la confiance en l’avenir et la mélancolie due au passé, il va redonner là, sur une colline, un souffle à ce lieu qu’il avait connu et aimé et que les nazis, dans leur folie meurtrière, avaient décidé de rayer de la carte, effacer de la surface du globe, extraire de l’humanité. Peine perdue, parce que cette ville, Poniewicz, du nom de sa ville natale, ne va pas être un espace funèbre où on viendra se recueillir sur les dernières traces d’un monde englouti, éparpillé en cendres, un univers qu’on ne reverra plus jamais, anéanti, disparu à jamais, relégué pour toujours dans le souvenir imparfait d’une littérature belle et riche d’enseignements, comme on dit d’une langue morte. Non, Poniewicz va être un lieu vivant, dynamique, un espace d’études, qui affirme, envers et contre tout et tous, la continuité du message juif. Ce n’est pas seulement un pied de nez à l’Histoire, c’est la ville de Lituanie qui revoit ses enfants retourner à l’école, ses Juifs réétudier la Torah, son petit monde ressusciter.tribune juive


Lire dans tribune juive : Interview de Rabbi Joseph Haim Sitruk

*

Aujourd’hui, dimanche 22 juin 2008,Le Grand Rabbin Gilles Bernheim a été élu Grand Rabbin de France

JOSE ABOULKER


PORTRAIT



José Aboulker,
compagnon de
la Libération





La résistance juive à l’honneur - L’opération Torch
Le 8 novembre 1942 marque le premier succès allié de la Seconde guerre mondiale.
Aidés par la résistance locale, les américains débarquent en Afrique du Nord et libèrent Alger.

Les préparatifs
La Grande Bretagne a manqué de peu d’être envahie, et le front russe est prêt de céder lorsque les américains décident, au printemps 1942, d’ouvrir un second front pour soulager les forces soviétiques qui combattent les Nazis à l’Est. L’Afrika Korps, sous les ordres du général Rommel,est par ailleurs sur le point d’atteindre le canal de Suez comme le redoute Churchill, conscient de la puissance que gagnerait l’Axe en s’emparant de cette nouvelle voie navigable qui débouche sur l’Océan indien. L’opération Torch prend ainsi naissance au plus fort de la domination allemande.Le gouvernement de Vichy, particulièrement bien implanté en Afrique du Nord, laisse craindre un échec d’un débarquement américain. Ce sont deux groupes de patriotes français favorables à la cause alliée qui, prenant contact avec des diplomates de l’O.S.S. (actuelle C.I.A.), permettent de rendre viable le projet. A leur tête, deux cousins, des pied-noirs d’origine juive: Roger Carcassonne à Oran et José Aboulker à Alger.

Le débarquement proprement dit
Le 8 novembre 1942, 107 000 hommes placés sous le commandement du général Eisenhower,
débarquent en Afrique du Nord, assistés par la résistance locale à Alger d’un côté, et accueilli sous le feu de la mitraille vichyste, au Maroc, de l’autre.
Véritable putsch militaire, le renversement du gouvernement de Vichy à Alger par 400 résistants a des conséquences immédiates : en premier lieu le succès de l’opération Torch ; en second, le retournement de l’armée d’Afrique qui, après trois jours de combats sanglants contre les Américains,termine finalement la guerre dans le camp allié.
Les 2/3 de ces patriotes sont juifs. A leur tête, José Aboulker, un jeune étudiant en médecine de 22 ans. Le 8 novembre, il se lance, accompagnée d’une poignée de camarade, à l’assaut du Commissariat central. Cet événement marque le début de la libération d’Alger par la résistance locale et la première victoire des forces alliées contre les puissances de l’Axe.akadem


Né le 5 mars 1920 à Alger, jeune médecin des hôpitaux de Paris, José Aboulker entre dans la Résistance en février 1941. D'août 1941 à novembre 1942, il est l'un des principaux animateurs de la Résistance en Algérie et prépare le débarquement allié. Dans la nuit du 8 novembre 1942, il dirige l'occupation d'Alger, ralliant une partie de la police et évacuant la préfecture assiégée. Arrêté, il rejoint Londres en avril 1943 et s'engage dans les Forces françaises libres. Délégué à l'organisation du service de santé des maquis et des FFL, il est envoyé en mission en octobre 1943, puis de Londres et d'Alger dirige les opérations de parachutage d'équipements chirurgicaux sur la France. Après la guerre, José Aboulker entre au parti communiste et devient un spécialiste en neuro-chirurgie, connu dans le monde entier. Il s'engage pour l'indépendance de l'Algérie et s'oppose au retour du général de Gaulle en 1958. Mais, fidèle au chef de guerre, il vote en sa faveur en 1965. Il appartient au service médical d'urgence constitué pour le président de la République après l'attentat du Petit-Clamart. charles de gaulle


Ecouter sur akadem :
Le difficile choix des juifs d'Algérie: 1948-1962
Des juifs plus Français que les Français

Albert Bensoussan, Professeur agrégé d'espagnol


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On pourra lire Les Biographies des Compagnons de la Liberation
dont celles de Jean Pierre Levy ou celle de Max Guedj

THOMAS ELEK


COMBATTANT
REVOLTE
MEMOIRE
MEMORIAL


Thomas Elek. Résistant FTP MOI du groupe des 23 condamnés à mort, 19 ans, Hongrois, étudiant.



Thomas Elek est né le 7 décembre 1924 à Budapest (Hongrie). Résistant FTP-MOI, il attaque à la grenade le premier juin 1943 un groupe d'Allemands au métro Jaurès. Il est désigné ensuite chef d'un groupe de dérailleurs de trains. Arrêté, il est condamné à mort par la cour Martiale le 17 février 1944 et fusillé le 21 février 1944 au Mont Valérien avec vingt et un de ses camarades. Son nom figure sur « l'affiche rouge » éditée par les Allemands : « Elek, juif hongrois, 8 déraillements ».
plaques commemoratives



"Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans "
Aragon


Thomas Elek, dit ‘Tommy', est né le 7 décembre 1924 à Budapest, dans une famille juive hongroise. Sa famille, communiste, immigre à Paris alors qu'il n'a que 6 ans, fuyant le gouvernement fasciste au pouvoir.
En 1940, Hélène, sa mère, tient un restaurant, Le cheval de fer, qu'elle a ouvert en 1933, rue de la Montagne sainte Geneviève à Paris où se réunissent des étudiants de la Sorbonne, membres du réseau de Résistance du Musée de l'Homme.

Thomas adhère aux jeunesses communistes et prend ses premiers contacts avec la résistance en 1941 : il a alors 16 ans et entraîne, de nuit, son petit frère Béla de 12 ans, à coller des papillons dont ils confectionnent les textes.
Thomas quitte le lycée Louis-le-Grand en août 1942 et devient membre des FTP-MOÏ. Il participe à de nombreux attentats.
Thomas Elek est arrêté le 21 novembre 1943 par des policiers français de la 2ème brigade spéciale. Son portrait figure sur la sinistre Affiche rouge.
Il est fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944, il est alors à peine âgé de 20 ans.

Les corps des fusillés du groupe Manouchian reposent
au cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine, 39ème division.
itinerairesdecitoyennete


L'affiche rouge , qui inspira à Aragon son célèbre poème, présente, dans sa partie supérieure, les visages des dix partisans. Les traces de trois mois de tortures n'arrivaient pas à effacer l'expression de fierté dans leurs yeux.
Voici les noms des partisans figurant sur l'affiche et les « légendes »
accompagnant la photo de chacun d'eux :
Fingercwajg, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements ; Boczow, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats; Witchitz, juif polonais, 15 attentats; Wajsbrot, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements, Elek, juif hongrois, 8 déraillements, Grzywacz, juif polonais, 2 attentats, Fontanot, communiste italien, 12 attentats; Rayman, juif polonais, 13 attentats; Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats; Manouchian. Arménien, chef de la bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés.(A Manouchian on attribua toutes les actions de son détachement.)



Lire le Dossier : L'Affiche rouge
Outre la campagne de presse chargée de discréditer la Résistance, la propagande nazie produit des brochures spécifiques comme " L'Armée du crime " ou l'un des pires brûlots antisémites intitulé " Je vous hais " .Entre le 10 et le 15 février 1944,l'Affiche rouge est largement placardée sur les murs des villes et des villages français.Sur fond rouge sang, se détachent en médaillon les visages des résistants du groupe Manouchian. Sous les portraits,un grand titre : " La libération par l'armée du crime ! ". Réalisée par les autorités d'occupation, cette affiche vise à discréditer la Résistance, assimilant ses acteurs à des assassins. La presse collaborationniste poursuit les mêmes visées de dénigrement au travers d'une vaste campagne. L'objectif de la propagande nazie n'est pas atteint. Au contraire. Elle se retourne contre ses auteurs. À partir de ce moment-là, les Français de plus en plus favorables à la Résistance, sont majoritairement acquis à la cause des FTP-MOI. Aujourd'hui encore, l'Affiche rouge est présente dans l'esprit de beaucoup. Les résistants qui y figurent,sont inscrits dans notre mémoire collective. " Ces etrangers d'ici, qui choisirent le feu, Leurs portraits, sur les murs,sont vivants pour toujours Un soleil de mémoire éclaire leur beauté " (Paul Éluard,extrait de " Légion ", un poème écrit en hommage aux FTP-MOI).

SARAH MOON


PHOTO 1 - 2
EXPO
ACTU
PHOTOMAG




Sarah Moon, alchimiste photographe, pictorialiste, est loin, immensément loin des photographes de sa génération qui nous offrent des images d’une lucidité et d’une froideur au service d’une idée ou d’un concept


"Depuis 20 ans, écrit-elle, je fais presque toujours la même photo. Une photo de mode. Une robe, une femme, ou plutôt une femme, une robe. Dedans - dehors - debout - assise - plus près - plus loin - à l'ombre ou au soleil l'été - l'hiver - peu importe. Je photographie le privilège - l'évanescence - l'improbable ou la beauté - j'y cherche l'émotion et la quête en est d'autant plus désespérante. Souvent j'envie ceux qui savent photographier la vie. Moi je la fuis - je pars de rien - je ne témoigne de rien - j'invente une histoire que je ne raconte pas, j'imagine une situation qui n'existe pas - je crée un lieu ou j'en efface un autre, je déplace la lumière - je déréalise et puis j'essaie... Je guette ce que je n'ai pas prévu, j'attends de reconnaître ce que j'ai oublié - je défais ce que je construis - j'espère le hasard et je souhaite plus que tout être touchée en même temps que je vise..."photographiz



Née en 1941, dans une famille juive qui doit fuir la France occupée, Sarah Moon ne dit rien de son enfance, de ses années passées en Angleterre, de son père ingénieur, des ses quatre frères et sœurs...

Pourtant l’analyse de ses oeuvres amène à penser que son enfance a été déterminante pour un art dont le style est très arrêté.

Des constantes se retrouvent en effet dans ses photographies :

- le rapport à une nature inaccessible. La nature est conjuguée au passé ; on y trouve des pyramides, des rhinocéros, des mythes, au moins de la nostalgie, parfois de la tristesse

- pas de vrai blanc dans ses images, tout est en low key, pas d’échappées claires dans les ciels

- du flou, du vignettage

- de l’exotisme : animaux ou monuments lointains, avec une tonalité coloniale

- souvent du mouvement, comme effacement des premiers plans

- des yeux fermés, ou des visages effacés ou baissés

- des références aux années 30, à la modernité (dans le vêtement, dans la représentation de la femme)

- une grande importance des mains (qui sont la partie du corps des adultes à la hauteur du visage d’un enfant…)

- la martyrisation (par le corset, par les griffures, par le grattage du négatif)

- l’allusion au cauchemar d’enfant

- des personnages sans tête, sans bras, sans mains ou avec des bras en bois, ou amputés, une assimilation des êtres à des poupées

- un espace confiné auquel on n’échappe pas

- des signes, du graphisme contrasté augmentant le confinement par des impératifs autoritaires

- le silence, dont la suggestion dans l’image est renforcé dans le procédé par l’interposition de matières, de gestes, de cadres, de grattages entre le sujet et le spectateur.

Ces éléments nous semblent directement mener à une interprétation autour du souvenir de la prime enfance dans une Grande-Bretagne en guerre, un pays obligé d’appeler à l’aide les forces vives de ses colonies... d’où une atmosphère pleine d’inquiétude, de violence et de mutilation conjuguée au passé, avec la guerre en creux, une atmosphère où l’ailleurs colonial dans sa vision enfantine déborde de partout. Où le cadre familial confiné n’empêche pas l’arrivée des monstres et des mutilations probablement liées à l'omniprésence de la guerre. L’ailleurs est ainsi toujours présenté entre rêve, menace et souvenir dans une décor qui tient de la nature empaillée du musée d’histoire naturelle et de la violence du cirque. galerie photo

BENJAMIN GROSS


ETUDE
COURS


L’un des représentants les plus importants de la pensée juive contemporaine


"Il faut repenser la situation de l’homme dans le monde ; il faut définir ce qu’est l’homme afin de répondre à la crise et au vide des sociétés occidentales"


Doyen de l'Université de Bar-Ilan
Le professeur Benjamin Gross est né à Strasbourg en 1925.

En 1945, il entame des études de philosophie générale à l'Université de Lyon puis à l'Université de Strasbourg.

En 1948, il fonde l'Ecole Akiba qu'il dirigera pendant de longues années.

En 1967, il obtient un Doctorat de philosophie de l'Université de Strasbourg.

En 1969, il monte en Israël avec sa femme et leurs cinq enfants. Il dirigera alors à Jérusalem, un lycée de tendance sioniste-religieuse.

Il devient professeur de philosophie juive à l'Université Bar-Ilan. Plus tard, il dirigera le Département de philosophie juive avant de devenir en 1988, le Doyen de la faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université de Bar-Ilan. Il est également professeur invité aux Universités de Genève, Melbourne et Harvard.


Un Monde inachevé. Pour une liberté responsable

Par Benjamin Gross


Chaque nouvelle publication de Benjamin Gross est un événement. Ce véritable maître en spiritualité puise aux sources les plus diverses les éléments de son enseignement d’où la richesse et la profondeur de ses propos. « Un monde inachevé » se présente comme une juxtaposition de textes qui, au premier abord, peuvent sembler disparates, mais qui, en fin de lecture, témoigne d’une grande unité.

Benjamin Gross, qui se réfère, dans ses brillantes démonstrations, aux auteurs les plus divers, remontant aux périodes les plus lointaines de l’histoire humaine et aux traditions orientales comme occidentales, manifeste une préférence avouée pour le célèbre Maharal, le haut rabbin Loew de Prague, dont la pensée et les commentaires sont omniprésents dans les commentaires de Gross.

Le fond de la pensée de l’auteur est basé sur une constatation que d’aucuns partagent volontiers : le monde moderne est en crise. Une crise qui n’en finit pas de perdurer et qui risque de nous conduire à la catastrophe. « Les événements qui ont marqué le XXème siècle et continuent à influencer dramatiquement le début du XXIème ne sauraient se comprendre sans référence à une certaine idée de l’homme et des menaces qui pèsent sur son « humanité ». Car l’homme, désormais, fort de son savoir et du développement exponentiel de ses capacités techniques, revendique la capacité d’être le sujet de son être ». « Il se veut autonome, et refuse de recevoir ses normes de la nature des choses ou de Dieu ». Et c’est là tout le danger : cette prétention à la souveraineté absolue du sujet, cette tentation prométhéenne de l’homme moderne à prendre la place de Dieu, conduit immanquablement au désenchantement, au nivellement, au désarroi, à la stérilité et à l’assèchement de la pensée. En un mot, à la perte des repères. Il ne faut pas se faire d’illusions : « L’annonce de la mort de Dieu conduit immanquablement vers la mort de l’homme »
Face à ce danger pour l’avenir de l’homme, comment se situe le judaïsme et que peut-il proposer ? Car « ce n’est pas un hasard si la crise a touché de plein front d’abord les Juifs ». Pour Benno Gross, il semble acquis que le judaïsme sera amené à reformuler ses propres valeurs. Tout en demeurant lui-même. En effet, « La conception paradoxale du judaïsme, qui affirme, d’une part, la nature créaturielle de l’homme et, d’autre part, son absolue liberté et sa totale responsabilité nous est apparue, à la lumière de l’approfondissement des textes, comme le seul système spirituel de l’humanité à donner à l’action humaine, en union avec l’action divine, une place centrale dans le cours des événements ».

L’ouvrage comporte trois parties. Dans la première, l’ « universel humain » est analysé. Et si Spinoza, Kant, Hegel, Levinas ou Sartre, sont appelés, parmi des dizaines d’autres, à s’exprimer le Maharal, on l’a dit, est fortement sollicité pour tenter de répondre à des questions simples, mais aussi très profondes : qu’est-ce que la honte, quelle est sa valeur morale, que penser de l’effronterie, de l’intégrité, de la droiture, de la vérité, des vêtements du corps et de l’âme et, bien sûr, de cette voie médiane, chère à l’auteur, la emtsa. Ou encore quel est le sens de la mort et pourquoi a-t-on imaginé l’idée de sépultures pour les défunts ? Cité par le Maharal, le Talmud (Traité Yebamot 79a) nous dit, à propos du peuple juif : « Trois signes caractérisent cette nation : ils sont miséricordieux, sensibles à la honte, généreux. Tous ceux qui partagent ces qualité méritent de se joindre à eux, et tous ceux qui en sont dépourvus ne peuvent s’unir à eux ». Et, comme en écho, cette analyse qui se base notamment sur la lecture des Psaumes : « Quatre types d’homme ne voient point la face de Dieu : les moqueurs, les menteurs, les flatteurs et les médisants ».

Dans la seconde partie, l’auteur se penche sur les problèmes d’éducation. Gross s’étonne, à juste titre, de l’absence d’une doctrine philosophique de l’éducation dans les sources traditionnelles juives. Et il propose cette réponse : « Si le judaïsme n’a pas élaboré une philosophie de l’éducation, c’est qu’il est en lui-même éducation ». Qui plus est, l’éducation juive comporte une finalité supplémentaire, la dimension historique. Certes, mais l’auteur se contente d’aborder l’éducation religieuse et morale. A part une vague référence aux ordinateurs, tout le pan des études profanes, littéraires, linguistiques, scientifiques, techniques, ce qu’on appelle le khol en opposition au kodesh, dans nos écoles juives est délaissé. Or il sera, à l’avenir, l’outil de base du progrès.

Dans la troisième partie, enfin, « Le peuple juif et le judaïsme dans la tourmente », l’apport du monothéisme hébraïque est analysé dans un contexte actuel face à la création de l’Europe dont l’idée, selon Gross, remonte à 1492, à la mondialisation, à l’émergence d’un « impérialisme islamique » avec, en toile de fond, le miracle de la renaissance d’un Etat juif.

« Y a-t-il une période de transition plus évidente que la nôtre, après Auschwitz et la renaissance de l’Etat d’Israël ? Nous sommes à la charnière d’une mutation d’identité qui porte peut-être en elle, si nous savons, dans le passage, renouveler l’héritage tout en lui restant fidèles, des promesses inouïes pour l’avenir d’Israël et de l’humanité ».

Pour Benjamin Gross, « le judaïsme, tout en confirmant sa présence active dans le monde et sa participation à l’avènement d’une ère de liberté pour l’homme, ne peut se couper de tout souci de transcendance sans prendre le risque de disparaître ».
Intéressant et enrichissant.

Jean-Pierre Allali


"L'humanité et l'homme sont aujourd'hui, malgré les déclarations formelles es "Droits de l'homme", en proie à une crise spirituelle et menacés par une barbarie qui ne cesse de s'étendre. J'ai tenté de répondre à la question comment définir et comment défendre, dans le monde post-moderne,ce qui fait l'humanité de l'homme. Mon argumentation prend appui sur certains textes de la Tradition, en vue d'établir de quelle manière le judaïsme, le peuple juif, et plus spécialement l'État d'Israël se doivent et sont en mesure de répondre à ce défi.Réponse dont dépendent l'avenir de la civilisation et sans doute notre existence ellemême."
consistoire lire page 17 l'interview de Benjamin Gross


Sur akadem : L'alliance entre Dieu et Israël
Be'houkotaï: droits de l'homme et droits de la société

Benjamin Gross, Doyen de l'Université de Bar-Ilan

HENRI BARUK

BARUK
PSY
BIO
INA


Un Prophete du XXe siecle




Le tsedek : Terme hébreu désignant la justice et l’amour intimement lié. Non pas simplement cette justice aveugle qui fait peur, s’impose par l’autoritarisme et un mise en place d’un cadre éducatif inflexible et souvent inhumain. Pour mettre évidence la notion de tsedek, qui dans la racine hébraique met en évidence une justice faite et nourrie de bon sens. La capacité à intégrer celle-ci dans un contexte particulier, dans un parcours tant individuel que social.

Le test tsedek : Test psychologique mis en place par l’équipe de Baruch ayant pour but de définir le type de justice qui anime un individu educh ch


Saint-Avé (Morbihan) 15 août 1897 / Saint-Maurice (Val-de-Marne) 14-6-1999

Neuropsychiatre ayant marqué son époque par son oeuvre scientifique, son érudition et l’acuité de son esprit, l’originalité de ses positions à l’égard de la législation psychiatrique et de la thérapeutique, remarquable enfin par sa longévité.
Henri Baruk est né à Saint-Avé, où son père psychiatre Jacques Baruk était médecin en chef de l’asile (Lesvellec), et passe son enfance à l’asile de Sainte-Gemmes (Maine-et-Loire). Médecin auxiliaire au 12ème régiment d’Infanterie pendant la guerre de 1914-1918, il est décoré de la Croix de Guerre pour ses actes de bravoure. Interne, puis chef de clinique d’Henri Claude à Sainte-Anne, il devient en 1932 médecin-directeur de l’Établissement national de Saint-Maurice, c’est-à-dire de la Maison de Charenton.
Baruk fut aussi professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris (on lui doit un Précis de Psychiatrie, paru en 1950, dont le succès dépassa les frontières), et membre de nombreuses sociétés savantes, dont l’Académie de médecine (1965) et la Société Française d’Histoire de la Médecine.
Apôtre de la "psychiatrie morale" (qui se réfère directement aux valeurs morales et philosophico-religieuses), mais aussi très intéressé par la physiopathologie et la psychiatrie biologique (il fonde la "Société Moreau de Tours", du nom de celui qu’il considérait comme le fondateur de la psychopharmacologie, et mène de longs travaux sur la catatonie expérimentale), il affirma son opposition à la psychanalyse freudienne, pour des raisons doctrinales et religieuses (montrant en particulier l’opposition entre la théorie freudienne et les principes moraux du judaïsme), et plus encore aux méthodes psychochirurgicales (lobotomie), "mutilations irréversibles du cerveau" sans aucune preuve d’efficacité thérapeutique, aux méthodes de choc (cure de sakel, convulsivothérapies), et aux abus chimiothérapiques (neuroleptiques, antidépresseurs). Il fut également nettement opposé à la réforme de la protection des incapables majeurs, estimant les mesures de tutelle
Baruk est l’auteur d’innombrables publications, parmi lesquelles plusieurs articles et ouvrages biographiques ayant aujourd’hui valeur de document historique, et d’ouvrages historiques sur la psychiatrie française et la médecine hébraïque, dont il fut un grand spécialiste: La psychiatrie française de Pinel à nos jours (1967), Des hommes comme nous (1975), ouvrage analysé dans l’un des chapitres de la thèse de doctorat en psychologie de Adeline Fride (1983) psychiatrie.histoire.free.fr

Durant la Seconde Guerre mondiale, il est contraint de porter l'étoile jaune. Cette période le conduit à s'interroger sur la transmission, sur les valeurs de la religion hébraïque qu'il commence alors à étudier et qui vont peu à peu prendre une place importante dans son œuvre. Baruk est nommé Professeur à la faculté de Médecine de Paris, puis membre de l'Académie de médecine en 1965.

"Mais la guerre la plus acharnée que j'ai menée concerne la lobotomie. Mon hostilité date même d'une époque où cette méthode n'était pas inventée (…) La bataille des électrochocs et de la lobotomie s'est étendue sur de nombreuses années et j'ai eu le bonheur de voir les thèses que je soutenais avec d'autres l'emporter enfin à peu près partout dans le monde (…) je me suis toujours rangé parmi les adversaires de cette technique que je considère comme barbare et dangereuse. J'ai été ainsi fidèle à la ligne de conduite qui a toujours été la mienne : joindre les données scientifiques aux sentiments d'humanité".wiki

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Henri Baruk


Le Tsedek - Introduction du livre: Tsedek, droit hebraique et science de la paix (editions Zikarone)


Notre époque est incontestablement marquée par le déclin de la religion, du moins des grandes religions traditionnelles monothéistes issues de la Bible hébraïque. A vrai dire, ce déclin ne correspond pas a un vide, mais a un remplacement des religions monothéistes par d'autres religions. Comme l'a souligne Moore (de Cambridge), un athée ou un incroyant des périodes antérieures a la notre, même du début du xx. siècle, était bien différent de beaucoup d'hommes modernes actuels. Tout en niant le Principe divin, ces athées restaient néanmoins imprègnes de principes moraux introduits par le monothéisme. S'ils n'étaient pas croyants, ils restaient humanistes. Ce fait a été bien illustré par le mouvement de laïcité qui s'est développé en France sous la troisième République, mouvement qui visait plus a combattre le cléricalisme que les principes moraux fondamentaux du monothéisme.


Actuellement, les principes moraux fondamentaux: sont non seulement combattus mais parfois complètement annihiles. La vie en société nécessite des sacrifices réciproques. Les désirs des uns ne peuvent être satisfaits que s'ils ne nuisent pas aux autres. On doit donc être capable de refréner certains désirs pour ne pas faire du mal aux autres. Le refus de tout frein entraîne évidemment une guerre généralisée car il entraîne des ripostes.


Cette conception de l'absence de frein est issue en partie de l'interprétation de la psychanalyse qui a introduit l'idée de la maladie par refoulement.


De cette idée, on est passé a la notion du danger de tout frein, dans une sorte d'attitude de libération absolue. On croit' ainsi que la libération absolue entraîne automatiquement le bonheur. C'est la conception développée notamment par le philosophe Marcuse. Une. telle orientation a naturellement beaucoup de succès auprès notamment de la jeunesse, mais déjà les résultats se sont avèrés tout a fait différents de ce qu'on en attendait.. Un certain nombre de jeunes gens, mettant a exécution cette orientation, ont proclamé et exigé la satisfaction intégrale de leurs moindres désirs. Les parents influencés aussi par ce même courant se sont inclines et ont renoncé a toute éducation. Les jeunes gens ainsi orientes échouent naturellement a leurs examens et dans; leur formation professionnelle. Ils se livrent sans retenue à la satisfaction illimitée de leurs instincts, notamment de leur instinct sexuel. Apres un nombre considérable d'aventures, ils deviennent blasés, dégoûtés de tout, indifférents a leurs proches, d'un égocentrisme extrême et de plus en plus mécontents et revendicateurs. Ils forment alors une masse utilisable pour les meneurs de révolutions et ils sont pratiquement exploités en vue de subversions violentes.


Cette attitude d'esprit entraîne, outre les revendications a outrance, un affaiblissement ou une disparition des sentiments affectifs et moraux et parfois des lames de fonds impulsives qui, dans certains cas, peuvent aboutir a ce que nous avons décrit sous le nom de «schizophrénie morale ». Il s'agit donc d'une maladie mentale consécutive, non au refoulement, mais a l'inverse, c' est-à-dire a l'absence de frein.


Par ailleurs, la notion du complexe d'Oedipe de la psychanalyse a introduit des interprétations familiales et sociales graves. Ce complexe, qui aurait été emprunté a tort ou a raison par Freud, a certains usages attribués a des peuples sauvages de l'Afrique, consiste dans la haine du fils pour le père, dans le meurtre du père par le fils et dans l'inceste du fils avec sa mère. Une telle notion a entraîne par des développements successifs, non seulement le mépris du père, mais le mépris du maître, le mépris de toute autorité et le mépris de D...


C'est la devise «ni Dieu, ni maître» ou encore celle de « ni foi ni loi ». Il en résulte bien entendu une modification considérable du comportement : les sujets imprégnés d'une telle doctrine, tout en méprisant leurs parents ou leurs maîtres, exigent cependant d'être aidés par eux tant qu'ils en ont besoin, quitte a les piétiner ensuite. C'est une sorte de «muflerie organisée », qui s'accompagne de menace et de chantage grandissant et qui, diffusée dans les masses, entraîne des entreprises redoutables de subversion. Il s'agit la d'un développement d'attitudes psychologiques rappelant celle des paranoïaques avec leurs redoutables conséquences. La libération totale des instincts entraîne, non seulement la ruine de la famille et de la société mais encore l'extension des perversions sexuelles notamment celle de l'homosexualité. Cette perversion ne touche habituellement qu'un nombre limité de sujets. L'attitude classique consiste ales considérer comme des sortes de malades et a viser a les soigner en vue de les ramener a la normale.


La psychanalyse a changé cette orientation en établissant la primauté absolue du désir normal ou anormal. Elle renonce donc d'avance a traiter les homosexuels et, par la même, les encourage plutôt a persévérer. Mais cet encouragement entraîne ensuite un développement considérable de l'homosexualité car elle favorise la propagande des homosexuels auprès de sujets sains qui sont en quelque sorte contaminés. Il peut en résulter des transformations graves de la société car l'extension de l'homosexualité peut entraîner des réactions agressives. En tout cas, une telle évolution jointe "aux phénomènes que nous avons étudiés plus haut, tendrait si elle se développait a ramener l'esprit des sociétés qui en seraient atteintes, a celui de Sodome et Gomorrhe.


Enfin, la conception qui consiste a tout centrer exclusivement sur l'instinct, non seulement tend a ramener l'homme a l'animalité, mais encore a tout interpréter dans le sens exclusif de la satisfaction d'un désir. Il en résulte une perturbation grave du jugement du juste et de l'injuste. Imbus d'un tel fil directeur, les partisans d'une certaine philosophie dérivée de la psychanalyse tendent a expliquer le chagrin de quelqu'un qui a perdu un Cire dIer par le désir inconscient de la mort de cet être cher, les souffrances d'individus, de peuples victimes de l'oppression, par le désir inconscient d'être victimes, ce qui aboutirait a l'idée d'imaginer une sorte de consentement, de lien entre les victimes et leurs bourreaux. Une telle interprétation, d'ailleurs gratuite et sans preuves, revient en définitive a accuser les victimes et a justifier les bourreaux. Cette orientation a inspire en partie la doctrine de la victimologie de Mendelsohn et celle d'Ellenberger.


La psychanalyse est partie de recherches médicales et visait au début au traitement des névroses, mais elle a quitté ce terrain pour aborder la philosophie de la vie, de la société, de l'éducation, de l'art et, comme l'a souligne le Pr. Percival Bailey (de Chicago), elle est devenue un mysticisme et une religion. De notre cote, les recherches que nous avons faites sur Freud, a la suite notamment du remarquable livre de Dorion et des lettres de Freud écrites a la fin de sa vie a Dorion , nous ont fait comprendre pourquoi Freud s'est attaqué a Moise et au monothéisme.


Nous avons retrouve dans certains termes utilisés par Freud les termes mêmes des adeptes du Veau d'or révoltées contre Moise et cela nous a permis de classer la religion freudienne dans le cadre d'une résurrection du paganisme et de l'idolâtrie en vue de la destruction du monothéisme hébreu et par conséquent également des religions qui en sont issues (Christianisme, Islamisme). La religion issue de la psychanalyse révère comme dieu l'instinct de plaisir, notamment l'instinct sexuel, et par la se rapproche des anciennes idolâtries d'Astarté, etc... Elle comporte un dogme et des rites qui donnent une place a l'occultisme et aux mystères caches. Elle dépossède l'homme de sa responsabilité, et de son jugement du bien et du mal pour en faire le jouet de ses désirs inconscients . Sans doute Freud lui-même a-t-il au début voulu libérer l'être humain de désirs inconscients néfastes et a-t-il essayé de sublimer, c'est-à-dire de spiritualiser, ces désirs refoules hypocritement par une société trop répressive. Cette voie était utile jusqu'a un certain point, mais elle devait être utilisée avec prudence et de grandes précautions. Si certaines psychanalyses au début soulagent le névropathe en lui permettant d'extérioriser ses conflits, la prolongation de la psychanalyse l'aggrave en créant de nouveaux conflits et en minant sa volonté et la force de sa personnalité.


En le repliant indéfiniment sur lui-même, elle lui confère un tour égocentrique, pessimiste et parfois désespéré, et surtout une attitude continuelle de suspicion et d'interprétation donnant aux hypothèses interprétatives non vérifiées force de loi comme nous y avons insisté (3). En tout cas la voie ouverte par Freud a été encore agrandie et déformée par ses successeurs avec les conséquences que nous avons rappelées plus haut.


1l n'est pas étonnant que Freud ait été opposé a !'évolution religieuse de l'humanité et qu'il ait qualifie la religion de névrose et la célèbre formule de Moise " Tu aimeras ton prochain comme toi-même" de " credo quia absurdum" .


La doctrine psychanalytique fait d'ailleurs partie d'un ensemble de conceptions modernes inspirées du pessimisme et du désespoir. On peut rappeler a ce sujet la doctrine du fatum qui marque l'existentialisme, doctrine qui s'exprime encore dans l'oeuvre de Binswanger, en revenant a la tragique fatalité des Atrides. D'ailleurs Freud lui-même a invoqué dans son oeuvre beaucoup de souvenirs de la mythologie grecque. Les guerres successives qui ont désolé l'humanité ont déterminé des courants philosophiques de désespoir exprimes notamment en Allemagne dans l'oeuvre de Klages qui, parlant de la caractérologie, exaltait la destruction du monde comme Néron vibrant a l'incendie de Rome. Les guerres ont abouti a des luttes de générations et a une crise générale de la civilisation occidentale, crise qui s' est répercutée sur le monde entier et dont le symptôme le plus grave a été l'hitlérisme avec la profusion de crimes qui en est résulte, le génocide et le racisme qui a allume ensuite des révoltes et des guerres raciales dans le monde entier.


Ce désespoir, générateur de crimes, de guerres et d' horreurs de toutes sortes, a sa source dans la carence d'une foi réelle et d'un but élevé. Une telle carence entraîne le déchaînement sans limites des instincts, non seulement de l'instinct sexuel mais encore de l'instinct de puissance et de la revendication systématique.


Il importe maintenant d' envisager les causes de cette carence et ceci nous amène a étudier le problème de la religion dans le monde moderne.


Précisément, le rôle de la religion est de donner a l'humanité ce but, cet idéal, et d'humaniser l'homme. La religion a-t-elle atteint ce but?


Il faut, pour le comprendre, rappeler quelques données historiques. Tout d'abord, c'est une grande erreur comme on le fait trop souvent, d'envisager la religion comme un tout, car il y a aux moins deux grands types de religion complètement opposés. Cette opposition se traduit dans la conception du sacré. Pour les religions païennes anciennes, le sacré traduit le sacrifice d'êtres humains offerts en holocaustes, et en boucs émissaires pour payer les fautes des autres. Les innocents dans cette optique sont sacrifiés pour les coupables. C'est donc d' abord une monstrueuse injustice. Ensuite ces sacrifices donnaient lieu a des meurtres horribles décrits par Frazer, meurtres qui ont eu lieu dans toute l'Antiquité païenne et ont persisté même longtemps après.


Ce courant du paganisme et des sacrifices humains a été brise par Abraham l'Hébreu, qui a été l'initiateur du monothéisme hébreu. Ce monothéisme a d'abord supprimé les sacrifices humains pour les remplacer par des sacrifices d'animaux. L'animal remplace l'homme pour le sacrifice. Cette notion bien que très ancienne reste d'une puissante actualité a notre époque. En effet, après la médecine criminelle des nazis et le retour a l'expérimentation sur des hommes sacrifies a la science, le corps médical dans tous les pays a discuté la notion de cette expérimentation. Les uns, revenant a l'ancien paganisme, n'hésitaient pas a proclamer la nécessité de sacrifier des êtres humains sains au progrès de la science. Les autres, restant fidèles a Abraham, étaient indignés par cette conception et estimaient que seul l'animal pouvait être utilisé pour l'expérimentation avec encore des précautions et des ménagements pour eviter la souffrance. C'est la une ligne de clivage essentielle entre le monothéisme et le néo paganisme moderne. La révolution opérée par Abraham, Isaac et Jacob, complotée ensuite par Moise renversait complètement la notion du sacré. Le D... d'Abraham, d'Isaac et de Jacob protége l'innocent et ne peut admettre qu'un innocent soit sacrifié pour un coupable. Une telle action violerait un principe essentiel, fondement du monothéisme hébreu, le tsedek et la tsedakah, c' est à dire la justice- charité, laquelle repose sur l'identification de l'homme a. son prochain et qui prescrit de considérer les autres comme soi-même. C'est le fondement d'un monde juste, (tsadik) opposé ci un monde méchant (racha). Toutefois, ce monde juste suppose des sanctions pour éviter que les justes, les innocents soient sacrifiés aux méchants. Le D... d'Abraham, d'Isaac et de Jacob a pour fonction de faire payer les méchants après qu'ils ont cru réussir dans leurs mauvaises actions. lis doivent se retrouver un jour, s'ils restent insensibles aux avertissements répétés et a. toute adjuration, dans la situation ou ils avaient placé leurs victimes. C'est la loi "Midah kenegued midah ". "mesure contre mesure" en un mot la célèbre loi du Talion, conçue comme une défense de l'amour de l'homme.


Ces notions supposent une organisation rigoureuse de la justice, l'interdiction du présent corrupteur (cho'had) l'intégrité des juges qui doivent être courageux, incorruptibles, et qui doivent vénérer la vérité car la justice se fait devant D... et la paix est liée a. la justice.


Sans entrer ici dans tous les détails de la Loi de Moise, de la Torah, nous rappelons l'esprit qui ['anime et ce qu' on peut appeler le "Sacré" hébreu: non seulement la vie de l'homme est sacrée, mais encore D... protége particulièrement la veuve, l'orphelin, l'étranger, tous ceux qui sont dans une situation d'infériorité.


C'est exactement l'inverse de certaines lois d'animalité étudiées par les vétérinaires et reprises par les hitlériens qui consistent a exterminer les faibles, les malades, etc...


Ainsi l'humanité s'oppose a l'animalité féroce, le respect de la vie au mépris de la vie.


Une telle loi aurait pu conduire l'humanité a la paix. Malheureusement son application s'oppose a la méchanceté et a l'animalité puissante dans l'homme. Les fauteurs d'injustice et les bourreaux se soulèvent bien entendu contre une loi juste et ne peuvent la supporter. Les gouvernements sont trop souvent pusillanimes devant la force et la menace, et c'est ainsi qu'a la justice-charité, au tsedek, on a substitue une bonté faible qui côtoie facilement la lâcheté. Dans cette optique, au lieu de considérer différemment, suivant la Voie d'Abraham, les justes et les méchants afin, sans se venger de ces derniers, de les empêcher de se livrer a leurs mauvais desseins et de condamner des le début avec franchise et courage ces mauvais desseins, on considère de la même façon les justes et les méchants, les victimes et les bourreaux et on demande aux premiers de faire les sacrifices pour apaiser les seconds. Cette étrange façon de pratiquer la charité, renverse l'ordre du monde et, sous couvert de la charité, introduit la pire injustice qui consiste a sacrifier les victimes pour les livrer a leurs bourreaux. Ceux-ci sont naturellement momentanément apaisés mais aussi encouragés a renouveler et a développer leurs forfaits, jusqu'au jour ou les victimes s'organisent a leur tour pour se venger de leurs bourreaux et se transformer a leur tour en bourreaux. Ainsi ['on passe de l'injustice par faiblesse a l'injustice par violence et a la subversion.


Le cercle des vengeances est ouvert alors et se renouvelle sans cesse.


Les organisations internationales comme les gouvernements prennent alors l'habitude de refuser d'écouter les plaintes justes et ne veulent pas se laisser émouvoir par les cris des victimes mais s'inclinent devant toute menace, préférant se couvrir d'un pseudo-pacifisme lO.cheet hypocrite qui entraine ensuite la succession .tes revendications et des revolutions.


Tout est alors subordonné a l'action de la force seule, indépendamment de ce qui est juste. C'est exactement l'antipode du tsedek. Devant les effroyables résultats de cette méthode, les hommes perdent toute foi dans la morale et dans la justice, et prennent une attitude cynique sans foi ni loi comme celle que nous avons étudiée au début de ce travail. Il en résulte un désespoir profond avec le développement de cette idée que la morale ne sert a rien et que le champ est libre pour toutes les violences, les menaces, le chantage et le mépris de l'homme. De plus, les progrès énormes réalisés dans le domaine de la technique qui augmentent la puissance de I'homme, donnent a ce dernier un sentiment agressif d' orgueil, sentiment qui s' était déjà développé au XVI" siècle après les Grandes Découvertes dans la période du culte de la "Virtu" et qui se développe de façon encore plus grave dans notre époque. Ainsi s'explique le déclin de la religion, déclin favorisé également par les abus de !'intolérance et du fanatisme, les souvenirs de l'Inquisition et des guerres de religion.


Au moment ou tous ces abus sont pratiques, on ne pense pas a leurs suites. Par contre I'étude objective de l'histoire des peuples, comme celle d'ailleurs de l'histoire des individus, montre que si les abus paraissent au début réussir ils sont ensuite sanctionnés, ce qui montre qu'il existe en fin de compte, une justice qui rémunère les actions. Les actions injustes sont alors suivies de catastrophes, mais ceux qui ne veulent pas remonter aux causes voient dans l'histoire une suite de catastrophes sans causes et par conséquent estiment qu'il n'y a pas de lois, ni de justice, et qu'il n'y a qu'a se laisser aller a tous ses désirs et a agir de façon cynique et sans scrupules. L'homme est alors divinisé et D... oublie ou supprime. Telle est l'histoire de la crise de notre époque.


Il faut maintenant envisager les remèdes a cette situation. Pour subsister et pour reprendre l'action moralisatrice indispensable a la vie de l'humanité, les grandes religions doivent être repensées et réorganisées.


Tout d'abord les grandes religions monothéistes issues de la Bible se trouvent maintenant en face d'un néo paganisme moderne qui ne vise a rien de moins qu'a leur destruction. D'autre part, le monothéisme, pour reprendre sa place, doit se modifier et se transformer. Dans quel sens doit s'opérer cette transformation ? Certains pensent que cette transformation doit Se faire par des concessions, des mixtures et des compromis. Or les mélanges et les compromis ne font qu'accentuer les processus de décomposition. La vraie voie est donc d'approfondir sa propre doctrine, de la purifier des scories qui l'ont altérée, mais surtout d'en perfectionner l'application afin d'en montrer les résultats. Or "le monothéisme hébreu suppose avant tout l'exemple par les actes et par la droiture de la conduite. De plus la législation sociale Biblique permet seule de combiner les avantages du socialisme et du capitalisme tandis que le premier seul tarit les sources de la richesse et que le second seul, aboutit a l'exploitation de l'homme.


Mais il faut a notre époque franchir une étape de plus sur laquelle nous avons insisté dans nos deux ouvrages l'un sur la psychiatrie morale , l'autre sur la Civilisation hébraïque dans notre rapport au Congres d'Edimbourg ainsi que dans notre livre. «Le monothéisme devant la science» et dans notre ouvrage sur la «civilisation hébraïque et la science de l'homme ainsi que dans l'ouvrage «Confrontations with judaïsme» . Cette étape c'est la transformation de la religion en science et en science expérimentale. C'est la formation d'un monothéisme scientifique expérimental. Ce monothéisme scientifique expérimental commence par étudier dans la vie pratique et en sociologie les relations qui existent entre une conduite tsedek et la paix. Nous avons rapporté aussi bien dans la vie civile que dans la vie militaire des pacifications étonnantes, d'allure parfois miraculeuse, opérées par cette méthode. Mais la méthode nécessite une grande expérience, une inlassable patience, et une foi suffisante pour persévérer. Elle présente aussi des techniques spéciales que nous avons mises au point d'une part par notre test tsedek (6), d'autre part par nos études sur la critique et la vérification des témoignages, vérifications que nous considérons comme le fondement essentiel des sciences de l'homme, ainsi que par nos études sur la fusion du droit et de la morale, en confrontant notamment notre expérience avec les études déjà très avancées de la Michnah.


Le passage de la religion a la science élimine automatiquement toute intolérance, toute concurrence entre les religions, toute pression de propagande par le devoir de se soumettre au contrôle et a la vérification des faits et de se plier au contrôle de la vérité. Toutefois le fait d'accepter de se soumettre a la vérité, fondement essentiel de toute science, suppose une croyance dans l'existence même et dans la force de la vérité. C'est ce qu'exprimait le grand neurologiste et le rigoureux homme de science qu' était Babinski lorsqu'il disait "Nous sommes tous au service de la vérité" .


Dans cet état d'esprit, on devrait voir cesser les pressions des propagandes qui se figurent naïvement que la force crée le droit et que la conquête de nombreux adhérents aboutit au succès et créerait la vérité. Ceux qui pensent ainsi oublient que si le faux parait triompher au début, il finit ensuite par s'effondrer et par disparaître "comme le foin coupé" comme dit le Psalmiste "Un homme borné et un imbécile ne peut comprendre que les méchants foisonnent comme de l'herbe pour disparaître a tout jamais".


L' enseignement de la jeunesse consiste a former les élèves et les étudiants a l'honnêteté dans la recherche, a la citation des sources, a la soumission au contrôle et a la vérification,a la soumission a la vérité et a la modestie au lieu de s'entraîner dans la récrimination et dans la revendication sans fin appuyée au besoin par la menace. Quant au devoir des pouvoirs publics, il est aussi de s'entraîner a la soumission a la vérité, de s'incliner devant ce qui est juste mais de ne pas se soumettre devant la menace du grand nombre pour des fins injustifiées en se rappelant le verset « tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal ~, faute de quoi les sociétés sont corrompues par la démagogie et sont irrévocablement menacées de destruction.


En conclusion, la Science du tsedek représentera non seulement la science de l'homme de l'avenir mais encore la religion de l'avenir. Dans ce temps ou la religion, au lieu d' être un idéal et parfois une évasion de la réalité, sera la science du juste, science vérifiée par ses applications pratiques et par l'expérience. La religion identifiée a la science sera alors l'objet non d'une simple foi aveugle, affirmée, ou intolérante, mais d'une certitude scientifique indiscutable. En ce temps la, les hommes au lieu de s'obstiner a tourner et a violer les principes qui commandent les relations interpersonnelles et a cultiver la mauvaise foi, le mensonge et l'oppression, respecteront la science du Juste et cette science appliquée constituera la science de la Paix. C'est alors que le D... d'Abraham, d'Isaac et de Jacob au lieu d'être rejeté au ciel descendra sur terre pour y faire régner la vraie paix, but final de l'évolution de l'humanité. C'est la la réalisation de la période messianique prévue par les Prophètes d'Israel .


Lisez ce texte et ecoutez la tres belle musique de Yoel Taieb sur son site nigun
une pure merveille...

JACOB RODRIGUE PEREIRE

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Les Pereire



Jacob Rodrigue Péreire



Figure emblématique de l’oralisme. D’origines portugaise et espagnole, la famille Pereire s’établit en France, où Jacob Rodrigues devint précepteur de sourds. Ses présentations dans les instances académiques lui assurèrent la renommée. Ses procédés tenus secrets reposaient sur l’usage d’un alphabet manuel phonétique plus expéditif que les alphabets traditionnels. Ces alphabets permettaient de visualiser les langues orales. Ils furent dénommés « dactylologies« . Pereire se fit connaître pour différents travaux savants, dont une machine à calculer. Interprète du roi, il obtint la reconnaissance de certains droits jusqu’alors interdits à la communauté israélite française dont le droit d’inhumer de jour. Pereire ne pratiquait pas d’éducation auditive. Ses élèves présentaient pour la plupart des reliquats auditifs importants. Soutenue par une dactylologie phonétique, leur parole nécessitait cependant un exercice incessant pour maintenir une articulation typiquement syllabique. La lecture sur les lèvres était l’une des particularités de sa méthode.cis gouv


Péreire, le pionnier oublié


En célébrant l'abbé de l'Epée, pionnier de l'éducation des sourds-muets, la France méconnaît son contemporain et précurseur. Triste destin pour Jacob Rodrigues Péreire, bordelais d'adoption.

Du côté de Saint-Seurin, deux rues à peu près parallèles portent les noms de l'abbé de l'Epée et de Rodrigues Péreire. Si le premier est passé à la postérité pour avoir été un des pionniers de l'éducation des sourds-muets, le second, son contemporain, qui fut dans ce domaine son précurseur, est méconnu. Cet effacement d'un éducateur devant un autre se double de l'ombre faite à Jacob Rodrigues Péreire (1715-1780) par deux de ses petits-enfants, Emile (1800-1875) et Isaac (1806-1880), banquiers disciples de Saint-Simon, qui prirent une part décisive au développement des grands travaux du Second Empire.

Un savant vaudrait-il moins qu'un financier ? Un juif portugais moins qu'un prêtre catholique ? Né à Berlanga, en Espagne, le 11 avril 1715, puis installé au Portugal, Jacob Péreire rejoint la communauté juive de Bordeaux en 1741. Sa vie et son oeuvre sont exemplaires de l'existence d'un savant du siècle des Lumières. Pourquoi s'intéressa-t-il à l'éducation des sourds-muets ? Ses biographes sont incertains. Les uns avancent qu'il avait été sensibilisé à cette question par son lieu de naissance, où avait vécu, au xvie siècle, un père dominicain, Pedro Ponce de Léon, qui avait inventé un procédé pour apprendre à lire et à écrire aux enfants sourds. Se fiant à une confidence de Péreire, les autres évoquent l'existence d'une « personne » sourde et muette dans son entourage, dont nul n'a su (Péreire ne l'a jamais précisé) s'il s'agissait d'une soeur, d'une fille, d'une nièce. Peu importe.

Un alphabet manuel

A Bordeaux, Péreire aurait dirigé une petite pension pour sourds-muets, rue des Augustins, quartier où il habitait. Son premier élève est un jeune garçon de treize ans, originaire de La Rochelle, Aaron de Baumarin. « Sourd et muet de naissance, écrira le Journal des Savants de juillet 1747, [...] il lui apprit en une centaine de leçons [...] à connaître et à nommer à certains signes la plus grande partie des lettres consonnes et voyelles, et même à articuler plusieurs mots. » Les résultats enregistrés avec ce premier élève, et avec un second, fils d'un fermier général de La Rochelle, Péreire les exposera d'abord devant l'Académie royale des Belles-Lettres de Caen, puis devant l'Académie royale des Sciences de Paris, en juin 1749.

L'attention portée à éduquer les jeunes sourds va l'amener à créer un alphabet spécial, qu'un de ses premiers bénéficiaires, le jeune Saboureux de Fontenay, décrira en ces termes : « C'est une espèce d'Alphabet manuel à l'Espagnole, contenu dans les doigts d'une seule main ; il est composé de vingt-cinq signes des lettres de l'écriture courante, sans y comprendre les lettres K et W qui ne sont point en usage dans la langue française, et des signes que M. Péreire a inventés dans la seule vue de faire conformer exactement cet Alphabet manuel aux lois de la prononciation et de l'orthographe française. Ainsi il y a autant de sons de la prononciation, qui sont au nombre de 33 à 34, et autant de liaisons de lettres de l'écriture ordinaire, qui se montent à 32 et plus (chaque liaison faisant un seul son dans la prononciation), qu'il y a de signes dans l'Alphabet manuel que je nomme pour cette raison Dactylologie, mot adopté par M. Péreire. [...] La Dactylologie est aussi commode, aussi prompte, aussi rapide que la prononciation même, et aussi expressive que l'écriture bien faite. »

Outre cette technique d'apprentissage, Péreire utilisait le toucher afin que l'élève, en fonction de ses capacités auditives et phonatoires, préalablement testées, distingue les différentes sonorités émises. Il invitait également à la lecture labiale. Par-dessus tout, ce pionnier poussait ses élèves à se mêler au monde des entendants et encourageait leur curiosité. Cette stimulante démarche d'ouverture explique probablement, autant que les techniques qu'il a mises au point, ses succès. C'est la modernité de cette démarche qu'a notamment saluée Diderot, qui évoque Péreire dans sa Lettre sur les sourds et muets (1751).

Des quatre coins de l'Europe

A partir de 1756, Péreire s'installe à Paris où, reconnu par de nombreux savants, il jouit d'une notoriété nationale et internationale. Après avoir épuisé tout ce que le continent comptait de médecins habiles et d'éducateurs bien intentionnés, c'est des quatre coins de l'Europe qu'on vient le consulter sur l'éducation des jeunes sourds. Son vieil âge est assombri par des malheurs personnels - mort de plusieurs jeunes enfants -, et par l'espèce de reconnaissance officielle dont bénéficie un de ses « concurrents », l'abbé de l'Épée. Il meurt le 15 septembre 1780.

Deux raisons principales semblent expliquer que cette figure séduisante soit tombée dans un oubli relatif. La première est médiocre, la deuxième stupide. Il y a d'abord une raison confessionnelle. « [il] est le premier qui ait fait voir, à l'Académie des Sciences et à la Cour de Versailles, le phénomène, aujourd'hui si vanté, de faire parler les sourds-muets. Tous les journaux du temps retentirent des différents essais qu'il fit dans cet art et des progrès de ses élèves. Il a donc été le précurseur des prétendues découvertes des abbés de l'Épée et Sicard ; cependant sa méthode est presque oubliée. C'est que, par l'empire que les prêtres ont sur l'opinion, ils savent exciter un enthousiasme permanent, tandis qu'un pauvre juif, qui n'a ni prôneurs ni intrigues, se perd bientôt dans la foule. » (Palissot, Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature depuis François 1er, 1803). La personnalité, édifiante, de l'abbé de l'Épée, tenu par l'opinion pour l'inventeur du langage des sourds-muets - alors que des alphabets pour instruire ces infirmes existent depuis le xvie siècle -, a occulté celle, austère et effacée, du savant bordelais.

La deuxième raison qui explique le relatif oubli de Jacob Rodrigues Péreire tient à de sombres rivalités entre les tenants des diverses méthodes d'éducation des sourds-muets. Le public en ignore tout, mais entre « oralistes » et adeptes de la langue des gestes (devenue langue des signes française), les querelles furent parfois passionnelles, à base d'anathèmes, de caricatures et d'exclusions.

Péreire, qui avait placé ses travaux sous le signe des Lumières et de la raison, qui avait tenu à ce que la moindre de ses recherches - et de ses trouvailles - fût publique, aurait certainement été peiné de ces querelles auxquelles il n'aurait rien compris.

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Dès 1734, Péreire fonde un institut spécialisé à Lisbonne et se documente sur les méthodes d’éducation des sourds-muets . Il privilégie la démutisation, la lecture sur les lèvres, l'apprentissage précoce de la lecture et utilise une dactylologie adaptée à la langue française. Quittant le Portugal en 1741, il apporte son savoir à Bordeaux. Son premier élève est Aaron Beaumarin, né vers 1732. Il est présenté à l’Académie de La Rochelle, début 1745, afin de faire constater l’efficacité de la méthode pédagogique qu'il promeut. Un autre élève, le fils de la famille d’Azy d’Etavigny, fait l’objet d’un Mémoire présenté à Paris, à l’Académie des Sciences, lors de la séance du 11 juin 1749.



Jacob Rodrigue Péreire

Éducateur des sourds et savant renommé,précurseur du siècle des Lumières

Né en Espagne, à Berlanga, en 1715, d’une famille marrane, il est baptisé sous le nom de Francisco-Antonio Rodriguez. Sa mère s’appelait Abigaïl Rivka Rodriguès. Le père, Abraham Rodriguès Péreyra, était commerçant. Il est né à Chacim, au Portugal, et y a vécu assez longtemps avec sa femme: c’est une localité proche de Bragance, un des grands centres du crypto-judaïsme. En 1698, il passe en Espagne. Ses filles (deux au moins) ainsi que deux fils : Jacob et son frère cadet David, viennent se fixer en France avec leur mère. La communauté juive de Bordeaux est à l’époque déjà suffisamment structurée pour attirer les Marranes qui veulent fuir le Portugal et faire retour au Judaïsme. Jacob Rodrigue Péreire est circoncis à l’âge de vingt-six ans le 8 novembre 1741. Dès 1734, donc dès l’âge de dix-neuf ans,Péreire se documente sur les méthodes d’éducation des sourds-muets. C’est sans doute pendant sa période bordelaise (de 1741 à 1746) que Péreire apprend l’hébreu.Il quitte Bordeaux en 1746 pour suivre au Collège de Beaumont en Auge, près de Caen, le second élève sourd-muet dont on lui confie la rééducation, le jeune d’Etavigny (il avait auparavant pris en charge avec succès un autre rochelais : Aaron Beaumarin). Il s’y installe en Juillet 1746, et y restera trois années, coupées par plusieurs séjours à Paris. C’est en avril 1749 qu’il se fixe définitivement à Paris avec son élève d’Etavigny. Son domicile n’est donc pas un quelconque logement privé, mais sert de pension pour le jeune d’Étavigny et pour les autres élèves sourds-muets qui lui seront confiés dans les années suivantes. Son frère David et sa sœur sont ses adjoints,et habitent très probablement avec lui. Péreire habite dès lors la capitale de manière ininterrompue jusqu’à sa mort en 1780. C’est le 5 novembre 1766 qu’il épouse à Bordeaux unejeune fille portugaise de trente ans plus jeune que lui, et d’origine bayonnaise. Ils eurent six enfants dont quatre moururent en bas âge. Il décède le 15 septembre 1780. Mort dans la nuit, il est enterré vers 4 h. de l’après-midi au cimetière de la Villette (fondé par lui) où une inscription en Espagnol, rappelant ses mérites, est gravée sur sa tombe.

Un savant polyglotte reconnu par la communauté scientifique
L’œuvre de Péreire ne se limite pas à l’éducation des sourds-muets.Ses connaissances en physique et en mathématiques lui valent des honneurs et l’amitié des plus grands savants deson temps : Buffon qui le cite dans son Histoire Naturelle, Réaumur et La Condamine. Ses connaissances linguistiques sont remarquables et lui valent l’estime de Bougainville qui lui confiera l’observation et la description de la langue du Tahitien Aotourou. Il manie parfaite-ment le portugais, le français, l’italien et l’hébreu. Il traduit en français plusieurs prières composées par le rabbin de Bordeaux pour des circonstances concernant la famille royale : maladie du roi, de la reine ou du dauphin. Les qualités de Péreire comme traducteur sont remarquées, et en 1765, il reçoit officiellement de Louis XV le titre de : « Interprète de sa majesté pour les langues espagnole et portugaise ». On lui doit l’édition, en 1765 et 1776, de toutes les lettres patentes qui, depuis Henri Il jusqu’à Louis XVI, ont concerné et protégé les juifs portugais.Péreire, dont la renommée s’étendit à toute l’Europe des monarques éclairés, fut, selon la formule de Buffon « l’homme unique, l’homme nécessaire de cet art inconnu consistant à faireparler les sourds ». La « méthode » de Péreire reste « étonnante », pour un orthophoniste du XXIe siècle, par la modernité de l’approche clinique et technique de la démutisation des sourds décrite. Novateur et moderne, Péreire le fut dans sa démarche intellectuelle pour résoudre ce problème complexe : revue de question de ses prédécesseurs, établissement dudiagnostic par approche différentielle, prise en compte du niveau de surdité, distinction entreparole, articulation, voix, intonation et accent, utilisation de la dactylologie dans une démarche rappelant pour partie le Langage Parlé Complété, optimisation de la lecture labiale,importance accordée à l’apprentissage de la lecture, etc. Certains chercheurs ont suggéré de possibles études préalables en anatomie et physiologie des organes vocaux et de l’oreille,phonétique et mathématiques à l’Université de Séville pour expliquer une telle précision technique et des résultats aussi remarquables, qui incitèrent certains savants influents à sug-gérer la création d’une chaire d’enseignement pour Péreire au Collège de France.

Les deux premiers patients présentés par Péreire :Aaron Beaumarin et M. d’Azy d’Etavigny
Le premier « élève », Aaron Beaumarin, sourd-muet de naissance, né vers 1732, fut présentéà l’Académie de La Rochelle, début 1745, par Jacob Rodrigue Péreire, qui lui avait enseigné à communiquer.Afin de faire constater l’efficacité de sa méthode, il fit dresser devant des notaires rochelais un acte constatant l’infirmité de naissance de son élève.Le second fit l’objet d’un Mémoire présenté à Paris, à l’Académie des Sciences à la séance le11 juin 1749 : (…) je viens vous supplier, Messieurs, d’examiner les effets que mes soins ont jusqu’ici produits sur M. d’Azy d’Etavigny, sourd et muet de naissance, que j’ai l’honneur de vous présenter.Ses progrès actuels fourniront à votre pénétration admirable assez de matière pour porter un jugement décisif sur tous les avantages que les sourds et muets devront attendre de mon art. (…).« Ce jeune sourd et muet prononce distinctement, quoique très lentement encore, les lettres,les syllabes,les mots,soit qu’on les lui écrive,soit qu’on les lui indique par signes.Il répond de son chef, verbalement ou par écrit aux questions familières qu’on lui fait ; il en forme lui-même très souvent, il agit en conséquence de ce qu’on lui propose de faire, soit qu’on luiparle par écrit ou par l’alphabet manuel dont son maître se sert avec lui, sans qu’il soit besoin d’y ajouter aucun autre signe qui indique ce qu’on veut qu’il fasse. Il demande, par le moyen de quatre langues, les choses dont il a besoin journellement. Il récite par cœur le Décalogue,le Pater et quelques autres prières, et répond avec intelligence à plusieurs questions du Catéchisme. En grammaire, il donne l’article convenable à chaque nom (rarement il s’ytrompe), il en connaît un peu la valeur des cas ; il a une médiocre connaissance, principalement dans la pratique des pronoms dont on se sert le plus communément.À l'égard des verbes, non seulement il les sait conjuguer dès qu’ils sont réguliers, mais il en dit encore la per-sonne quand on la lui demande séparément, de quelque nombre, temps et mode qu’elle soit(son plus fort cependant est sur l’indicatif). Sur les autres parties du discours ainsi que sur lasyntaxe, il connaît, à quelque chose près, ce qu’il y a de plus nécessaire dans les expressionsles plus communes et les plus familières ; il ne donne pas, par exemple, un adjectif féminin àun substantif masculin, ni un pluriel à un singulier, il ne se trompe que rarement sur les temps,les nombres et les personnes des verbes qu’il fait entrer dans ses expressions, surtout si c’est au mode indicatif qu’il doit les employer ; il évite déjà bien des répétitions par le moyen des pronoms et particules relatifs qu’il emploie le plus souvent fort à propos. Finalement il observe quelques règles d’orthographe passablement bien.Il est de plus à remarquer : 1° que si on lui fait des fautes en lui écrivant, il s’en aperçoit pour l’ordinaire et même les corrige, dès qu’on lui permet de le faire ; 2° il change sa prononciation en différentes façons, il parle haut ou bas suivant qu’on l’exige de lui ; il imite par le ton de sa voix, mais pas encore bien exactement, les différences qu’on fait sentir lorsqu’on interroge,qu’on récite,qu’on prie,qu’on commande,etc. ;3° quoique les lettres,et principalement les voyelles, soient, dans le français, susceptibles de différentes prononciations, n’y en ayant aucune qui n’en admette plusieurs et qui ne devienne muette dans quelques rencontres,néanmoins, M. d’Azy d’Etavigny ne manque point à leur donner la valeur convenable. S’il s’y trompe quelquefois, ce n’est que dans des mots qui lui sont inconnus ; (…). Il a encore quelques autres connaissances qu’on pourrait rapporter à la chronologie, comme la division qu’il fait de l’année, du mois, de la semaine ; à l’histoire, comme la création du monde, et même àdes sciences plus abstraites, mais il serait difficile d’en donner par écrit une juste idée.On observe, outre la lenteur, une certaine rudesse dans la prononciation de ce jeune homme ; elle provient en partie des vices contractés pendant les dix mois d’interruption qu’ila eus, mais principalement de la roideur de ses organes, lesquels avaient beaucoup perdu de leur flexibilité lorsque Pereire a commencé à les faire agir,son élève ayant déjà,dans ce temps-là, seize ans.On juge bien, au reste, que ces défauts diminueront considérablement chez lui à proportion qu’il continuera, sous les soins de son maître, à faire usage de la parole ; car il n’est point douteux que les parties qui la forment n’acquièrent par l’usage plus de souplesse et d’agilité, et ne lui rendent par conséquent l’articulation plus facile et plus régulière (…).On voit, par le contenu de ce mémoire, que les vues de Pereire sur l’instruction des sourds et muets s’étendent, non seulement à prononcer tous les mots de la langue française, mais encore, ce qui est plus essentiel, à comprendre le sens de ces mots et à produire d’eux-mêmes, tant verbalement que par écrit, toutes leurs pensées comme les autres hommes ; ce qui par conséquent les rendra capables d’apprendre et de pratiquer quelque art ou quelque science que ce soit, si l’on en excepte seulement, à l’égard de la pratique, les choses pour lesquelles l’ouïe est indispensablement nécessaire.On pense bien que pour parler aux élèves de Pereire il faudra se servir de l’écriture. Outre ce moyen, on en emploie un autre bien plus séant que les signes ordinaires que l’on fait aux muets, c’est un alphabet manuel qu’il a appris en Espagne, mais, qu’il lui a fallu augmenter et perfectionner considérablement pour le rendre propre à parler exactement le français. Il s’ensert avec une brièveté qui approche plus de la promptitude de la langue que de la lenteur de la plume. Cet alphabet est contenu dans les doigts d’une seule main, laquelle suffit encore à Pereire pour exprimer en chiffres toutes sortes de sommes, (…).Mais, ce ne sont pas là les seules ressources qui pourront adoucir le malheur de la surdité dans les élèves de Pereire : ils auront encore la facilité d’entendre, au mouvement naturel des lèvres, des yeux, de la tête, des mains des personnes qui les fréquenteront, ce qu’elles voudront leur dire. (…) ».orthedition


Lire : Les Juifs de France
« La France est notre Palestine, ses montagnes sont notre Sion, ses fleuves notre Jourdain. Buvons l’eau vive de ses sources ; c’est l’eau de la liberté »
Un juif parisien en 1791

BERNARD HENRI LEVY


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" Je suis l’enfant naturel d’un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme "

"L'Etat totalitaire ce n'est pas la force déchaînée, c'est la vérité enchaînée." - La barbarie à visage humain

"Il n’y a pas d’heure pour la littérature ; la littérature n’est jamais à l’heure."

"Le marxisme est le soupir de la créature accablée, l'âme du monde sans âme, de même qu'il est l'esprit d'un monde sans esprit. Il est l'opium du peuple." - La Barbarie à visage humain

"La raison du truqueur est généralement la meilleure." - L'Idéologie française

"On écrit avec son intelligence et son inconscient." Libération - 8 Octobre 2007


Né à Béni-Saf, Algérie le 05 novembre 1949
Né de l'autre côté de la Méditerranée, Bernard-Henri Lévy arrive en France quelques jours après sa naissance. Après des études au lycée Louis-le-Grand, le jeune homme, ceinture noire de judo, entre en 1968 à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm où il est l'élève de Jacques Derrida et de Louis Althusser. En 1971, il entreprend un long séjour dans le sous-continent indien, notamment au Bangladesh pendant la guerre de libération contre le Pakistan. Ce voyage va fournir la matière de son premier livre, 'Bangla-Desh, nationalisme dans la révolution', publié en 1973. De retour en France, il enseigne l'épistémologie à l'université de Strasbourg et la philosophie à l'Ecole normale supérieure. Il devient le chef de file du courant des 'Nouveaux Philosophes'. La Nouvelle Philosophie connaît alors un grand succès médiatique et provoque un vif intérêt sur la scène publique. Mais c'est la parution, en 1977, de 'La Barbarie à visage humain' chez Grasset qui crée le phénomène 'BHL'. Cet essai soulève des débats passionnés en faisant le procès du fascisme aussi bien que celui du marxisme. Editorialiste pour de nombreux journaux, écrivain prolifique et engagé, Bernard-Henri Lévy est accusé d'être trop médiatique, ainsi on lui reproche son mariage avec l'actrice Arielle Dombasle. Pourtant son engagement et sa persévérance sont reconnus. En 2002, Jacques Chirac lui confie notamment la mission de se rendre en Afghanistan pour contribuer à la reconstruction culturelle. En 2006, il publie 'American Vertigo' ouvrage où il rassemble ses impressions, ses observations et ses pensées lors d'un périple de plusieurs mois effectué aux USA. Descendu en flammes par la presse française, le livre est pourtant un succès, y compris auprès des intellectuels américains qui voient en lui des réflexions pertinentes sur leur pays.evene

Bernard-Henri Lévy est de tous les combats pour la dignité de l'être humain.
Il maintient la tradition des écrivains engagés dans l'action et les idées, tels Malraux, Sartre et Camus.
Depuis ses premiers reportages au Bangla-Desh pour le quotidien « Combat » jusqu’à son enquête, au Pakistan, sur la mort de Daniel Pearl en passant par ses multiples voyages à Sarajevo encerclée par les milices serbes, ou par la plongée dans les « guerres oubliées » d’Afrique et d’ailleurs, il n’a cessé de mettre son talent, son énergie, son courage, au service des causes qu'il estimait justes


L’Université Hébraïque de Jérusalem remet un Doctorat Honoris Causa à Monsieur Bernard-Henri Lévy, philosophe, écrivain et ami d’Israël

Dans le cadre de la prochaine Assemblée des Gouverneurs, l’Université Hébraïque de Jérusalem aura la fierté de remettre un Doctorat Honoris Causa à Monsieur Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe et ami d’Israël, au cours d’une cérémonie qui se déroulera le dimanche 1er juin 2008, à Jérusalem. Bernard-Henri Lévy sera accompagné de ses proches, notamment de ses enfants Antonin Lévy et Justine Lévy, romancière, et de Mademoiselle Arielle Dombasle, artiste lyrique et actrice.

Bernard-Henri Lévy a accepté cette distinction en raison de son attachement aux valeurs de l’Université Hébraïque de Jérusalem, mais aussi en hommage à Jean-Paul Sartre, qui fut récipiendaire d’un Doctorat Honoris Causa de l’Université Hébraïque de Jérusalem en 1976, seul honneur qu’il ait jamais accepté. Ce fut sous l’égide et dans la revue de Jean-Paul Sartre, « Les Temps Modernes », que Bernard-Henri Lévy publia son tout premier texte.hunews


Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy - À Jérusalem, pour les 60 ans de l'état d'Israël
Bernard-Henri Lévy


Avec moi, Henry Kissinger décrivant le péril nouveau que représente un Iran doté de l’arme nucléaire.

Avec moi aussi, l’écrivain Amos Oz, conscience morale d’Israël, trouvant les justes mots pour dire la souffrance palestinienne et la part de responsabilité qu’y a son pays.

Plutôt que de redire ce que je ne saurais mieux dire, plutôt que de répéter, comme je l’ai si souvent fait, que la seule solution c’est deux Etats vivant en paix, côte à côte, dans la reconnaissance et le respect mutuels, je choisis d’insister sur le message positif, les valeurs, l’expérience politique, morale, spirituelle, que l’Etat des juifs-et les juifs-ont à transmettre au monde d’aujourd’hui.

Politique ? L’exemplarité d’Israël. Eh oui ! Tout n’est pas parfait, naturellement, en Israël. Et la question palestinienne, notamment, y est une blessure ouverte, une plaie. Mais, cette question mise à part, je ne sache pas qu’il y ait d’autres Etats, issus de la décomposition des empires, qui aient su bâtir, comme Israël, une prospérité durable, une démocratie digne de ce nom ainsi qu’une relation à la violence qui ne s’affranchit jamais d’un souci et de considérations éthiques. Et, par-delà même ce contexte, par-delà le seul cas des pays issus de ce que l’on appela, naguère, du beau nom de révolution anticolonialiste, j’observe cet Israël accueillant indifféremment Russes et Yéménites, Français et Ethiopiens, Maghrébins et Polonais (sans parler, bien entendu, des 20 % d’Arabes palestiniens) : qu’on le veuille ou non, l’une des sociétés les plus ouvertes au monde ; que cela plaise ou pas, une multiethnicité combinée, comme nulle part ailleurs, avec une appartenance nationale, un patriotisme, une exigence citoyenne étonnamment solides ; une leçon, autrement dit, une vraie grande leçon, dont feraient bien de s’inspirer nombre de puissantes nations confrontées à la même impossible équation-France et Etats-Unis compris.

Morale ? Je pense à l’épreuve sans pareille qu’eut à traverser le judaïsme d’Europe. Je sais que d’aucuns, ici, trouvent qu’on parle trop de cette épreuve. La vérité, dis-je aux 2 000 délégués présents, c’est que si j’essaie de repenser aux endroits du monde où j’ai, dans ma vie, le plus entendu parler de la Shoah, ce n’est ni Israël ni l’Europe. C’est Sarajevo, où un président musulman me confia, pour François Mitterrand, au plus fort des bombardements, le fameux message où il adjurait : « Ne nous laissez pas devenir le prochain ghetto de Varsovie. » Ce sont les Tutsis du Rwanda et du Burundi : « Nous sommes les juifs de l’Afrique ; vous nous avez abandonnés à nos nazis comme vous avez, autrefois, abandonné les juifs d’Europe. » Ce sont les commandants de l’unité de guérilla qui, voilà juste un an, m’escorta au coeur du Darfour dévasté et qui, eux aussi, répétaient : « Ce qui nous terrifie et qui, en même temps, nous donne espoir, c’est le souvenir, certes, de la Shoah, mais c’est aussi la façon dont le peuple juif a pu surmonter l’épreuve. » Je ne dis pas que les meurtres du Darfour soient l’équivalent de l’extermination des juifs. Je dis juste que c’est ainsi que parlent toutes les victimes innommées, sans nombre ni visage, sans sépultures, des guerres oubliées contemporaines. J’en déduis que le peuple juif a, de ce fait, une responsabilité particulière vis-à-vis de ces damnés. Et je dis la fierté qui est la mienne chaque fois que je vérifie comment, dans tous ces cas, les premiers à se mobiliser-et à combattre, au passage, la criminelle idiotie de la compétition des victimes-sont le plus souvent des hommes, des femmes, qui ont la Shoah au coeur.

Expérience spirituelle, enfin ? Nous savons depuis Levinas que le peuple juif n’est pas seulement le peuple du Livre mais le peuple du commentaire du Livre. Et nous savons qu’il a inventé ce protocole de lecture unique au monde qui s’appelle le Talmud et d’où il ressort qu’il n’y a pas de parole sainte qui ne soit justiciable d’un commentaire infini, intarissable, inlassable-Rachi répondant à Rabbenou Hananel de Kairouan, qui répondait lui-même à Rabbenou Gershom de Mayence qui, lui-même, démentait, contredisait ou prolongeait un commentaire de Yohanan Ben Zakkaï ou de Hillel... Imaginez, alors, d’autres Talmud que juifs... Imaginez que les juifs transmettent à leurs frères musulmans, par exemple, ce goût d’une lettre qui reste une lettre ouverte et à la signification indécidée. Imaginez que à l’instar du judaïsme mais en renouant, aussi, le fil que tira jadis Avicenne avant que ne le laissent choir ses successeurs, les imams d’aujourd’hui consentent à cette idée d’une interprétation jamais aboutie. Ce serait la fin du dogmatisme. L’antidote au fanatisme. Ce serait le vrai remède à cette maladie de l’islam diagnostiquée, entre autres, par mon ami Abdelwahab Meddeb.

Voilà, oui, ce que les juifs ont à dire, non seulement aux juifs, mais aux non-juifs. Voilà la triple expérience que leur histoire leur a donné la charge de transmettre. Qu’ils le fassent, qu’ils s’y attellent, qu’ils s’essaient, pour de bon, à ce partage métaphysique et alors, oui, Israël sera cette région, non seulement du monde, mais de l’être dont le 60e anniversaire sera une bonne nouvelle pour tous les peuples de la terre.le point


Qu'il séduise ou qu'il agace, Bernard-Henri Lévy ne laisse pas indifférent. Qu'on les loue ou qu'on les critique, ses livres, souvent, font date. Pas tous? Certes. BHL a parfois cédé à certaines facilités médiatiques. Mais La Barbarie à visage humain (1977), L'Idéologie française (1981), Les Aventures de la liberté (1991), Le Jugement dernier (1992) ont compté. Comme devrait compter son nouvel essai, La Pureté dangereuse (1). L'auteur part d'un constat: entre le drame algérien, les horreurs de Kigali, l'insupportable tragédie bosniaque et les convulsions qui agitent la Russie postcommuniste, il trouve un point commun, un «fil rouge», qui caractérise l'intégrisme: la «pureté» - originelle, rédemptrice, biologique, linguistique, politique - que revendiquent, y compris par les armes, un nombre croissant d'ayatollahs, de doctrinaires et de prophètes aux filiations indistinctes. Attention! la pureté est «dangereuse», lance Bernard-Henri Lévy. Comme on lance un SOS.livres lexpress

Le seul et unique
Son départ pour le Bangladesh en 1971 répond, en fait, à l'appel lancé par Malraux pour la constitution d'une brigade internationale. Il est, paraît-il, le seul Français à se porter volontaire. La brigade internationale ne se constituant pas, il se 'contente' d'être correspondant de guerre pour le quotidien 'Combat'.


Ecouter sur akadem : Hommage à Benny Lévy - Hanouka 5767
La guerre métaphysique entre juifs et grecs

Bernard-Henri Lévy, Philosophe et écrivain



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