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ANTONIO DE NEBRIJA


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CASTILLAN


" Elio Antonio de Nebrija donnant un cours " , enluminure illustrant le frontispice d’un manuscrit espagnol de la Gramática catellana d’Antonio de Nebrija, xvie siècle. Vélin. Bibliothèque nationale, Madrid (Espagne).


"La langue accompagne l’Empire"




Issue d'une famille de converso , descendant de juifs convertis, Antonio Martinez de la Cala avait décidé à dix-neuf ans que le latin, au moins sur la Péninsule Ibérique, était devenu si corrompu que l'on pouvait dire qu'il était mort de négligence. Ainsi l'Espagne était laissée sans une langue (Una lengua) digne de ce nom. Les langues de l'Ecriture Sainte - le grec, le latin, l'hébreu - étaient clairement d'une nature différentes du parler populaire. Nebrija se rendit alors en Italie où, à son avis, le latin était le moins corrompu. Quand il rentra en Espagne, son contemporain Herñan Nunez écrivit que c'était comme Orphée ramenant Euridice des Enfers. Pendant les vingt ans qui suivirent, Nebrija se consacra au renouveau de la grammaire et de la rhétorique classiques. Le premier livre complet imprimé à Salamanque fut sa grammaire latine (1482).

Quand il atteignit la quarantaine et commença à vieillir - comme il l'écrit - il découvrit qu'il pouvait fabriquer une langue à partir des formes vocales qu'il rencontrait quotidiennement en Espagne - construire, synthétiser chimiquement, une langue. Il écrivit alors sa grammaire espagnole, la première de toutes les langues européennes modernes. Le converso utilise sa formation classique pour étendre la catégorie juridique de consuetudo hispaniae au royaume des langues. Partout dans la Péninsule Ibérique, des foules parlant des langues diverses se réunissent en pogroms contre l'étranger juif au moment même où le converso cosmopolite offre ses services à la Couronne - la création d'un langage unique utilisable partout où l'épée pourrait le porter.

Nebrija créa deux livres de règles, tous deux au service du régime de la reine. D'abord, il a écrit une grammaire. Bien sûr les grammaires n'étaient pas nouvelles. La plus parfait d'entre elles, inconnue de Nebrija, avait déjà deux mille ans - la grammaire de Panini du Sanscrit. C'était une tentative de description d'une langue morte, à apprendre seulement à quelques-uns. C'est le but poursuivi par les grammairiens du Prakrit en Inde et les grammairiens du Latin ou du Grec en Occident. Le travail de Nebrija, cependant, était écrit comme un outil pour la conquête à l'étranger et une arme pour supprimer le discours spontanée à la maison.

Tandis qu'il travaillait à sa grammaire, Nebrija écrivit aussi un dictionnaire qui, à ce jour, reste la seule meilleure source sur le Vieil Espagnol. Les deux tentatives faites à notre époque pour le remplacer ont toutes deux échoué. Le Tesauro Lexicográfico de Gili Gaya, commencé en 1947, sombra à la lettre E et R.S. Boggs (Ebauche de Dictionnaire d'Espagnol Médiéval) reste, depuis 1946, un projet souvent copié. Le dictionnaire de Nebrija est apparu l'année après sa grammaire et contenait déjà l'évidence du Nouveau Monde - le premier américanisme, canoa (le canoë), apparut.lanredec


Grand humaniste espagnol dont les ouvrages comptent parmi les plus importants de la fin du xve siècle, Antonio de Nebrija — ou Elio Antonio de Nebrija, alias Antonio Matinez de Cala (1444-1522) — est l’auteur de la première grammaire castillane (Gramática catellana, 1492), qui est également la première grammaire d’une langue moderne. Il a aussi donné des éditions d’auteurs latins (Prudence, Virgile…), des ouvrages lexicographiques comme le Vocabulario español-latín, latín-español (1492), ainsi qu’un grand nombre d’autres travaux scripturaires.encarta

il publia la fameuse Grammaire castillanne en 1492. Ce fut la première grammaire d'une langue populaire écrite en Europe. Il dédia ce livre à la reine Isabelle Ire de Castille...


ANTONIO DE NEBRIJA ET LE CASTILLAN (1492) : UNE DESCRIPTION ENTRE HÉRITAGE ET INNOVATIONS

A. de Nebrija s'est fait connaître de ses contemporains comme grammairien. Riche, mais apparemment opaque, le métalexique descriptif de sa grammaire du castillan reste d'une étude délicate, en dépit des tentatives d'élucidation dont il a déjà bénéficié à partir des textes des grammairiens latins qui l'ont inspiré. L'homme du XVe siècle qui se penchait sur un vernaculaire érigé en objet d'étude était d'emblée confronté au problème de savoir quels services il pouvait attendre de la tradition. Il faut donc vérifier si Nebrija a réussi à l'adapter au castillan, et si oui, de quelle façon. Dans le cas contraire, il reste à voir comment il évoque les réalités linguistiques dont les Anciens n'avaient pas eu à rendre compte.
L'étude strictement inteme de ce traité semble être la seule qui permette d'observer comment ce legs commun a été utilisé, et d'en évaluer l'économie d'ensemble — sa cohésion et sa cohérence propres. Dans la Gramàtica, la rigueur peut certainement être prise en défaut. Cependant, expliquer sa possible opacité par l'indécision conceptuelle de son auteur doit être la dernière des solutions à envisager. Justement, l'observation exhaustive du texte lui-même permet déjà de comprendre de manière acceptable l'utilisation référentielle des termes les plus « techniques ».
Néanmoins, Nebrija n'a pas hésité à innover dans son analyse et dans le métavocabulaire qu'elle réclamait, et, en cas de besoin, à proposer des néologismes. Mais toujours il le fait en parfaite connaissance de cause, avec prudence et mesure.
Société de Linguistique de Paris

1492 est-elle l’année qui vit basculer le destin du monde ? On pourrait répondre par l’affirmative. L’« année admirable (!) » voit s’amorcer la future prééminence culturelle, économique, politique et sociale de l’Occident, sous la forme de quatre événements simultanés ayant pour théâtre l’Espagne :
• Le 2 janvier disparaît, avec la reddition de Grenade, le dernier État musulman d’Espagne.
• Le 31 mars, les Juifs sont expulsés de la péninsule ibérique.
• Le 17 avril, Christophe Colomb signe avec les souverains Isabelle et Ferdinand un accord définissant les objectifs de son expédition et les modalités de l’exploitation des terres à découvrir. Il atteindra l’île de San Salvador le 12 octobre.
• Le 18 août, l’humaniste Antonio de Nebrija publie sa Grammaire castillane, première grammaire de langue vernaculaire éditée en Europe. Il signe ce faisant l’acte de décès du latin comme langue du gouvernement et des élites.

Cette conjonction si merveilleusement orchestrée d’événements a longtemps poussé à une interprétation déterministe de l’histoire. 1492 s’est vue promue comme la date-clé de la naissance de notre modernité. L’Occident affirme sa suprématie culturelle, la systématise, s’apprête à explorer le monde afin d’imposer ses visions civilisationnelles, et exclut en point d’orgue les points de vue alternatifs. Il y a là une dynamique d’ensemble qui trouve ses racines dans l’histoire médiévale, comme le rappelle Jérôme Baschet en citant le chroniqueur López de Gómara, qui écrit en 1552 : « Dès que fut achevée la conquête des Maures (…) commença la conquête des Indes, de sorte que les Espagnols furent toujours en lutte contre les infidèles . »
scienceshumaines


Lire : Vie ou mort des langues dans l’intégration américaine?
Delicia Villagra-Batoux
Professeure de linguistique (Université catholique d’Asunción)

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