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LEON POLIAKOV


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HISTOIRE







Ne le 25 novembre 1910 à Saint-Pétersbourg
décédé à Orsay le 8 décembre 1997
Historien français dont les travaux ont largement porté sur la Shoah et sur l'antisémitisme.

Historien mondialement reconnu de l’antisémitisme, Léon Poliakov s’est efforcé de penser la « haine la plus longue », en posant la double question de ses origines et des raisons de sa persistance. Sa monumentale « Histoire de l’antisémitisme » montre comment les thèmes d’accusation antijuifs, une fois mis en place, fonctionnent comme des invariants, et combien la judéophobie est susceptible de prendre des formes multiples, selon les contextes historiques et culturels. Après ses travaux pionniers sur la « solution finale », il s’engage dans une vaste enquête sur les mythes modernes, pointant l’importance des théories du complot dans les manières de concevoir l’histoire, pour établir l’inséparabilité des totalitarismes du XXème siècle et de la « vision policière de l’histoire ».Pierre Andre Taguieff



Léon Poliakov sur les traces du crime nazi.

Paul Giniewsky




Après la Deuxième guerre mondiale, l'historien Jules Isaac s'était posé la question : "Pourquoi a-t-on assassiné ma famille ?". Il avait consacré le reste de sa vie à chercher la réponse et avait ressourcé la genèse de l'antisémitisme en remontant à "l'enseignement du mépris" des Juifs véhiculé par l'ancienne théologie. Il avait milité pour la mise en chantier d'un "enseignement de l'estime" et fut l'un des artisans de la réforme théologique opérée au concile Vatican II.

Léon Poliakov, à la même épo-que, s'est posé la même question que Jules Isaac; " Pourquoi a-t-on voulu me tuer ?". Et il avait, lui aussi, consacré toutes ses forces à explorer toutes les pistes conduisant à l'origine de l'antisémitisme, depuis l'anti-judaïsme religieux, les variantes anti-juives du racisme, jusqu'à l'anti-sionisme arabo-occidental, la version contemporaine de la haine des Juifs .

Le titre du recueil d'articles et d'essais qui paraît aujourd'hui, sur les traces du crime , résume bien ce qu'a été la méthode de Poliakov. Son génie intuitif aussi, qui le distingue de certains historiens et essayistes qui racontent les découvertes d'autrui. Poliakov n'hésite pas à ouvrir de nouvelles pistes, même ésotériques, lorsqu'il explore même les démonologies, les théories des complots, les fantasmes du 18e siècle sur l'hybridation des races, où ils pressent autant d'affluents du fleuve antisémite.

Poliakov sait aussi explorer à fond et faire parler un détail qui passe inaperçu aux yeux d'autres chercheurs et limiers, devenant précurseur de courants qui se sont développés après lui. Il consulte, par exemple, un document sur la déportation des Juifs de Bordeaux. Un train "n'est pas parti faute de Juifs". Aussitôt, Serlin menace son antenne bordelaise : "Si cela continue ainsi, nous laisserons tomber la France comme pays de déportation". Détail hyper-signifiant. On dirait un fabriquant réprimandant son vendeur ou son sous-traitant. Pour les nazis, le Juif n'est pas un être humain. "C'est une denrée". Malheur à qui met en danger le rythme de la production d'Auschwitz.

Les Alliés savaient tout

L'intérêt des articles republiés en 2003 est leur date. La plupart remontent à plus de cinquante ans. On voit quelles pistes Poliakov a frayées, quelles veine il a ouvertes, qu'il a d'emblée su exploiter à fond.

Dès 1949, il est établi que les Alliés savaient tout sur la shoah, absolument tout, et qu'ils refusaient obstinément de sauver des Juifs. Le 17 décembre 1942 déjà, les Nations unies en guerre contre les nazis, publiaient une déclaration officielle décrivant le détail de l'extermination des Juifs sur les arrières de la Wehrmacht et dans les camps de la mort de Pologne. Mais en même temps, les ennemis du Reich feront échouer toutes les tentatives d'échanger des Juifs contre des marchandises, de l'argent ou contre des Allemands captifs.

Toutes les querelles ultérieures autour de l'attitude de Pie XII étaient déjà clarifiées, avant même l'exploration des archives, par quelques mots de François Mauriac. En 1951: l'affreux devoir" de ceux qui ont laissé la bride au cou des nazis "sur le chapitre de ces pestiférés" (les Juifs), croyant "pouvoir soulager d'autres misères". Et dans l'exploration de la psychologie des tueurs et des témoins, Poliakov établit, sur la base de documents, que "le plus grand crime organisé de l'histoire" a pu s'accomplir par une petite minorité de fanatique, grâce à l'indifférence de la majorité, parce que les nazis et leurs complices avaient su massacrer "de manière à ne pas choquer la sensibilité", de manière "discrète, silencieuse, inconnue".

En quoi la lecture de Poliakov aujourd'hui, est-elle ou reste-t-elle une clef permettant de comprendre le crime nazi, comme elle l'a été hier ? Le fil qui relie entre elles toutes les formes de haine des Juifs, dont Poliakov montre la permanence à travers les avatars de cette haine, nous fait comprendre encore mieux la nature et les effets du même crime collectif qui est en train de se commettre contre l'Etat juif, au nom de l'anti-sionisme.

Le sionisme, ce "nouveau nazisme"

Poliakov cite un document de 1949 diffusé par l'agence de presse romaine Fides et reproduit par la Documentation catholique française. (Nous l'avons, pour notre part, cité à la même époque que Poliakov) (4). Fides y part en guerre contre l'Etat d'Israël naissant, avec une hargne qui rappelle les vitupérations toutes récentes de la "Greuel propaganda" – la propagande de l'horreur – des nazis"… dans les kibboutzim (…) on procède à 'l'élevage ' à la chaîne et à l'éducation de la nouvelle race. Dans le débraillé sémite et dans l'exaltation orgueilleuse d'une vengeance triomphante, se forment les troupes de choc et les tueurs sans scrupules (…) Nous ne pouvons que souscrire à la pensée déjà maintes fois exprimée : "Le sionisme est un nouveau nazisme". (…) Seul un obstacle ferme et déterminé peut réveiller Israël de son délire et (…) ligoter le fou dans sa crise".

Ce texte; et d'autres à l'avenant, annoncent et font déjà le pont avec un autre déluge de vitupérations, celles de l'OLP, du Hamas et de leurs complices occidentaux. C'est déjà la résolution infâme de l'ONU sur le "sionisme-racisme". C'est déjà tout l'appel de l'ONU (qui n'est plus celle des Alliés en 1942, mais celle des majorités automatiques arabo-soviéto-tiers-mondistes et des chancelleries européennes) pour ramener Israël; à la raison et lui imposer la capitulation.

On connaît le truisme: ignorer l'histoire conduit à re-commettre sans cesse les erreurs passées.

La lecture de Poliakov, ses visites guidées à travers les documents de l'histoire, permettent aujourd'hui d'éviter de nous égarer sur l'écueil où les puissances, les médias, les fantasmes et délires de la palestinolâtrie veulent entraîner les Juifs et l'Etat juif s'y fracasser.

Prolongement
À l’antisémitisme, font pendant certaines thèses que Léon Poliakov analyse. Le Mythe aryen, publié en 1971, fait la généalogie du racisme fantasmatique. La Causalité diabolique (deux volumes, 1980 et 1986) déconstruit les « théories du complot » sur lesquelles reposent les idéologies meurtrières. Ces idéologies sont celles des Totalitarismes du xxe siècle (1987), que Poliakov étudie dans le sillage d’une problématique inaugurée par Hannah Arendt et poursuivie par Raymond Aron. Léon Poliakov regarde volontiers ce dernier comme l’un de ses maîtres.

L’analyse de l’antisémitisme s’étaye aussi d’une importante pensée de la minorité : l’Impossible choix (1994) porte un regard sur les juifs comme minorité et sur les ambiguïtés de l’assimilation. Léon Poliakov a également contribué à l’étude de minorités non-juives (l’Épopée des vieux croyants, 1991) ou juives elles-mêmes au sein du judaïsme (les Samaritains, 1991).

Les actes des Colloques de Cerisy-la-Salle que Léon Poliakov a organisés en 1975, 1978 et 1980 rendent compte de l’orientation de ses travaux et de leurs implications dans le monde intellectuel contemporain. Léon Poliakov a retracé son parcours et sa vie dans l’Auberge des musiciens (1981).

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