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BENNY LEVY

B. LEVY
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" Je me souviens d'un été où, en vacances avec Sartre (j'ai souvent raconté cet épisode), je lisais un passage en français du Séfer Yetzira (“le Livre de la Formation”) : le monde, disait ce texte, était créé avec des lettres. Sartre regardait mon visage en feu : la vérité parlait, j'en étais sûr, et je ne comprenais pas un mot. La grande voix, qui ne s'arrête pas, immédiatement révélante : en l'absence du Maître qui articule les paroles, la révélation tourne à l'incompréhension. Surconscient virant à quelque inconscience. La question - la seule question juive que je connaisse - comment la hokhma (la science) advient-elle seulement à qui sait ? Où se brise le cercle vicieux de l'ignorance ? "

Etre juif, Verdier,2003, p. 13


Benny Lévy est né le 28 août 1945 au Caire (Égypte). Il a suivi les cours de l'École Normale Supérieure d'Ulm de 1965 à 1970. Il a été le secrétaire de Jean-Paul Sartre de l'automne 1974 jusqu'à la mort de l'écrivain en 1980.

Chargé de cours à l'Université Paris VII de 1975 à 1980. Assistant associé à l'Université Paris VII de 1980 à 1989. Il a obtenu un doctorat de 3e cycle en histoire de la philosophie à la Sorbonne en novembre 1985. Contractuel en philosophie à l'Université François Rabelais de Tours de 1989 à 1993. Maître de conférences à l'Université Paris VII de 1993 à 1997.

Il est conseiller de direction de la collection " Les Dix Paroles " aux éditions Verdier depuis 1979.

Parler de Benny Lévy, c'est nécessairement en parler à partir d'une conjoncture. Parce qu'il est essentiellement œuvre d'existence, on ne le croise qu'à partir d'une autre existence, à partir d'une rencontre imprévisible, du pur hasard de la conjoncture, celle-là même qui porte la marque du divin. En ce sens, il est le vrai fils de l'existentialisme, et en ce sens encore, l'existentialisme n'est pas un athéisme.

Je suis de ceux qui ont croisé par hasard Benny Lévy, alors j'écris.

Pierre Victor, Benny Lévy. Le passage de l'un à l'autre est l'œuvre de Sartre. Mais ce n'était encore qu'une amorce. L'autre, véritablement, est l'œuvre de Lévinas. Il aura pourtant fallu que les choses se réveillent à partir de soi. C'est du sein de la pensée occidentale que pouvait naître le trouble : l'être est-il structuré par la pensée ? N'est-il pas possible que les pensées divergent à partir d'un fondement solide dans l'être ? L'écart entre l'être-structuré et l'être-fondement, c'est justement le non-juif que Sartre a su lire dans le blanc du nom de Pierre Victor. C'était sans doute une nouvelle et plus profonde lecture des Réflexions sur la question juive. Là est toute la grandeur de Sartre, au dire de Benny lui-même. Revenir en ce point de divergence, c'est le principe juif de la techouva, c'est le retour à soi à travers l'expérience existentielle de l'être. Là est la grande découverte de Benny et peut-être son enseignement. Il n'y a donc pas de rupture. L'esprit fougueux des années soixante-huit ne change fondamentalement pas. La fougue devient cette soif intarissable de la connaissance de l'Arbre de vie. Dans la poussière qui s'élève sous les pas de la révolution, se trouve déjà en puissance une volonté d'arracher au monde son horizon eschatologique. Prophétie dans l'inconscience, rêve d'une éternité heureuse où, comme dirait Lévinas, l'achèvement du temps n'est pas la mort, mais le triomphe messianique où le perpétuel se convertit en éternel.

Mais cette inconscience a révélé que l'attente d'un avenir meilleur n'est pas toute résignation. Elle est pleine de vitalité, parce qu'un avenir sans racines dans les entrailles du présent, n'est qu'un pur imaginaire. Revenir en ce point de divergence, c'est comprendre qu'aucune totalité ne peut contenir les excès de l'exigence humaine. Seul un cadre où la détermination des lettres dévoile et conditionne une ouverture vers l'infini - et cela en vertu de l'origine même de ces lettres - pouvait satisfaire cette surabondance. Ce cadre, cette satisfaction, cette farouche opposition de Lévinas à la totalité hégélienne, sont toutes autant de conditions où se détermine l'horizon nouveau de Benny dans sa conscience juive. Désormais, l'apparent conflit entre le logos et la lettre se traduira dans les termes d'universel et singularité d'Israël. Singularité refusant à l'universel son image de religion naturelle, qui trahit plutôt un point d'équilibre au milieu d'une extension sans fin. Merveille de l'harmonie qui n'occupe la moindre place, où Aristote n'y retrouverait nullement son juste milieu. Là est le secret du rapport intime entre la Révélation et les sept lois noahides. Benny, mieux que quiconque, est en mesure d'orienter sur ces questions si difficiles. Il achève, d'une certaine manière, une voie encore mal comprise et mal explorée, celle de Rozensweig.
Benny Lévy est mort chez lui, à Jérusalem, le 15 octobre 2003, à l’âge de 58 ans.

Eric Ayoun, Corbières matin, août 1996

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Benny Lévy Pouvoir et liberté Texte établi, présenté et annoté par Gilles Hanus. Verdier

La dissolution fut le destin du maoïsme français, et peut-être sa vérité, sa structure intime. Quand il dirige la Gauche prolétarienne (la GP), au tout début des années 70, Benny Lévy s’appelle encore Pierre Victor (PV). Ancien élève d’Althusser, il prépare la révolution, par les armes s’il le faut. Mais la sanglante prise en otage des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 amène la GP à renoncer à toute action violente. Peu après éclate l’affaire Lip, et la GP découvre que les salariés de l’usine occupée n’ont pas eu besoin d’elle pour se mobiliser. Fin 1973, la GP décide sa dissolution, et Benny Lévy reprend son vrai nom. Trois ans plus tard, dans ses cahiers, il note : «Dissolution de la GP ; dissolution de P.V. ; dissolution de l’idée de révolution.» Et, en accolade : «Conversions».

De Mao à Moïse. Pouvoir et liberté était le titre d’un livre que Jean-Paul Sartre et Benny Lévy projetèrent d’écrire ensemble. Benny Lévy devient le secrétaire de Sartre en 1973, et les deux hommes s’engagent dans un dialogue qui donna naissance, en mars 1980, à un entretien fameux dans le Nouvel Observateur, puis plus tard un livre : l’Espoir maintenant. C’était quelques mois avant la mort du philosophe, et l’entourage de Sartre y vit la tentative d’un ex-gauchiste passé de Mao à Moïse d’attirer le penseur de la liberté sur le terrain glissant du religieux. Un Sartre manipulé, un faux Sartre en somme, thèse que seule l’éventuelle publication des enregistrements de ce dialogue - qui devra être soumise à l’autorisation d’Arlette Elkaïm, la fille de Jean-Paul Sartre - permettra un jour d’invalider ou d’entériner. En attendant, sous le même titre de Pouvoir et liberté, les éditions Verdier publient les notes prises par Benny Lévy entre 1975 et 1980 à propos de ces entretiens. Si, d’un point de vue purement sartrien, le document reste soumis à caution, il présente un intérêt exceptionnel pour qui cherche à comprendre la figure si déroutante de Lévy et, à travers lui, ce maoïsme français dont le tonitruant sabordage continue de peser sur la pensée politique française.

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