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VASSILI GROSSMAN


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Vasily Grossman
in Germany, 1945. A writer with a "literary awareness "


"L'homme, condamné à l'esclavage, est esclave par destin et non par nature "


encarta
Grossman, Vassili (1905-1964), écrivain russe, auteur de Vie et Destin, où sont dénoncés et apparentés les totalitarismes nazi et stalinien.

Né à Berditchev (Ukraine) au sein d’une famille juive, Vassili Semionovitch Grossman fait des études de chimie à l’université de Moscou puis, à partir de 1929, travaille comme mineur dans la région du Donbass. De retour à Moscou en 1933, il est employé dans un institut de recherche. Il s’inspire de son expérience de la mine pour écrire son premier récit, Glückauf (1934). Il compose ensuite une nouvelle sur la guerre civile, Dans la ville de Berditchev (1934), saluée par Gorki qui l’introduit dans les milieux littéraires, puis Stépan Koltchouguine (inachevé, 1937-1940), sur le bolchevisme. Il est alors un écrivain plein d’avenir, talentueux et d’une orthodoxie absolue.

La découverte du génocide juif

Durant la Seconde Guerre mondiale, Grossman est correspondant du journal de l’Armée rouge ; il participe à la bataille de Stalingrad (Le peuple est immortel, 1942 ; Années de guerre, 1945) et découvre l’horreur des camps d’extermination (l’Enfer de Treblinka, 1944). À la fin du conflit, il est chargé, avec d’autres membres du Comité juif antifasciste, de l’élaboration d’un Livre noir sur le génocide juif dans les territoires soviétiques occupés par les Allemands. Mais, victimes de la campagne antisémite de 1949-1953 (répression du complot des « blouses blanches »), la plupart des écrivains responsables du projet sont arrêtés et exécutés sur ordre de Staline, et l’ouvrage est interdit avant même sa publication.

D’un totalitarisme à l’autre

Solidaire du peuple juif dans cette nouvelle persécution, Grossman remet alors violemment en question l’idéologie à laquelle il a longtemps adhéré. Il publie une série d’ouvrages qui le mettent dans une situation extrêmement délicate vis-à-vis du régime : c’est d’abord, en 1952, la publication d’un roman bâti sur ses souvenirs de guerre, Pour une juste cause ; puis la rédaction de son chef-d’œuvre, Vie et Destin (posthume, 1980), vaste fresque « tolstoïenne » où le récit de guerre côtoie une réflexion sur la société russe et son anéantissement par le totalitarisme (ouvrage achevé en 1960 mais aussitôt confisqué par le KGB) ; enfin, celle de Tout passe, entre les années 1956 et 1963 (posthume, 1970), et de La paix soit avec vous (posthume, 1965). Dans ces textes, dont peu échappent à la censure, Grossman condamne en bloc nazisme et communisme, soulignant la convergence dans l’entreprise concentrationnaire de systèmes politiques pourtant opposés. Menant une réflexion sur l’histoire de son pays, il y prône la liberté comme valeur suprême.

D’un grand courage intellectuel, Vassili Grossman reste dans l’histoire de la littérature russe un dénonciateur implacable de toute forme d’oppression politique.


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Grossman, correspondant spécial pour le compte du journal de l'Armée rouge, Krasnaïa Zvezda, autrement dit L'Étoile rouge, s'est avéré le témoin oculaire le plus fin et le plus honnête des lignes de front soviétiques entre 1941 et 1945. Il a passé plus d'un millier de jours au front, soit près de trois des quatre années de la guerre.
L'acuité de son regard et l'humanité dont il fait preuve dans sa manière d'appréhender les choses sont une leçon sans prix pour tout écrivain et historien.

Vassili Grossman est né le 12 décembre 1905 dans la ville ukrainienne de Berditchev, qui possédait l'une des plus importantes populations juives d'Europe centrale, et les Grossman appartenaient à son élite cultivée. Vassili avait reçu le nom de Iossif, mais, comme beaucoup de familles assimilées, les Grossman avaient russifié leurs noms. Son père, né Solomon Iossifovitch, avait changé son nom en Semion Ossipovitch.
Les parents de Grossman s'étaient séparés et, petit garçon, il vécut deux ans en Suisse avec sa mère, avant la Première Guerre mondiale. En 1918, immédiatement après la révolution, il étaitde retour à Berditchev. L'Ukraine et son agriculture riche avaient été mises à mal d'abord par l'occupation allemande du feld-maréchal von Eichhorn, qui avait pillé les campagnes1. Puis, lorsque les troupes allemandes s'étaient retirées en novembre, au moment où la révolution avait éclaté en Allemagne, la guerre civile russe avait commencé pour de bon avec des affrontements entre l'Armée blanche et l'Armée rouge, tandis que les nationalistes et les
anarchistes ukrainiens résistaient des deux côtés. Les Blancs et les nationalistes, et parfois les gardes rouges, donnaient libre cours à leur haine aveugle en se livrant à des pogroms partout en Ukraine. On dit que quelque cent cinquante mille Juifs, soit environ un tiers de la population juive, furent massacrés pendant la guerre civile. Puis, de 1920 à 1922, ce fut la famine, avec des centaines de milliers de morts pour la seule Ukraine.
Grossman partit en 1923 faire des études de chimie à l'université de Moscou. Même à ce stade précoce, lui qui n'avait rien d'un soldat manifesta une sorte de fascination pour l'armée. « À première vue, Père était quelqu'un d'aussi peu militaire que possible », rapporte sa fille unique, Ekaterina Korotkova-Grossman.
« On le voyait immédiatement à sa manière d'être voûté et de porter ses lunettes. Et il était très maladroit de ses mains. [Pourtant] il a commencé à marquer de l'intérêt pour l'armée dès ses années d'études. Dans l'une de ses lettres, il écrivait que s'il n'était pas appelé, il se porterait volontaire. »
En 1928, alors qu'il n'avait que vingt-trois ans et était encore étudiant, il épousa sa fiancée de Kiev, Anna Petrovna Matsouk, qu'on appelait Galia. De leur union naquit une fille en janvier 1930. Ils lui donnèrent le nom d'Ekaterina, ou Katia, comme la mère de Grossman. En 1932, dix ans après la guerre civile, une famine pire encore que la première – et qui n'avait rien de naturel, puisque provoquée par la campagne de Staline contre les koulaks et la collectivisation forcée de l'agriculture – fit plus de sept millions de victimes2. Des parents
rendus fous par la faim mangeaient leurs propres enfants. Ce fut la parfaite incarnation de ce que, dans un poème mémorable, Ossip Mandelstam décrivait comme « le siècle chien-loup ».
Si Grossman n'a pas été témoin des pires horreurs de la famine, il en a certainement entendu parler ou vu les conséquences, car des fantômes squelettiques mendiaient le long des voies de chemin de fer dans l'espoir qu'un voyageur généreux leur jetât un croûton de pain. Il a décrit cette famine ukrainienne dans son dernier roman, Tout passe, y compris l'exécution d'une femme accusée d'avoir mangé ses deux enfants.
La conséquence de la façon cruelle dont Staline avait ainsi traité la région fut, comme Grossman lui-même devait le découvrir, l'accueil à bras ouverts, partout en Ukraine, des forces d'invasion allemandes une décennie plus tard. On dit que des agents de Staline avaient répandu la rumeur selon laquelle les Juifs étaient responsables de la famine. Cela pourrait bien avoir eu un rôle par la suite dans l'aide enthousiaste que les Ukrainiens apportèrent aux Allemands qui massacraient les Juifs.


Vie et Destin
"Le brouillard recouvrait la terre”… c’est par cette phrase que commence le roman-fresque Vie et destin dont l’ambition affichée était d’être le Guerre et Paix du XXe siècle. Son auteur, Vassili Grossman écrivain soviétique de renom, y faisait revivre l’URSS en guerre à travers la saga d’une famille dont les membres se retrouvaient plongés dans la vie quotidienne du peuple russe depuis Stalingrad assiégée jusqu’à Treblinka derrière l’offensive de l’Armée rouge.

Épopée que Vassili Grossman a vécue en tant que correspondant de guerre de l’Armée rouge. Mais, audace stupéfiante, il s’interrogeait aussi sur la terrifiante convergence du communisme de Joseph Staline et du nazisme d’Adolf Hitler : “le grincement combiné des fils de fer barbelés de la taïga sibérienne et du camp d’Auschwitz”. Pour aggraver son cas, Vassili Grossman, co-auteur avec Ilya Ehrenburg du Livre noir sur l’extermination des juifs par les nazis sur les territoires de l’URSS (qui sera immédiatement interdit en URSS) y revendiquait sa judaïté à travers l’évocation de sa mère assassinée par les Einsatzgruppen.

On ne s’étonnera donc pas qu’envoyé en 1960 à la rédaction d’une des plus prestigieuses revues soviétiques de l’époque pour être publié, le roman atterrit directement au KGB qui confisqua aussitôt le manuscrit, des brouillons jusqu’aux carbones. Indigné, Vassili Grossman envoya une lettre de protestation à Nikita Krouchtchev qui le fit recevoir par son préposé à l’idéologie. On lui confirma que son roman ne serait jamais publié, “pas avant 200 ou 300 ans”. À quoi on ajouta que Vie et destin était “un texte infiniment plus nocif et dangereux pour le pouvoir soviétique que le Docteur Jivago”.

Publié en Occident vingt ans après sa mort, à partir de copies cachées chez des amis, Vie et destin reste une œuvre majeure où Vassili Grossman, grand lecteur de textes philosophiques, dépeint la lutte éternelle du bien et du mal. Avec en dépit de tout une lueur d’espoir : “Il n’y eut pas de temps plus dur que le nôtre, mais nous n’avons pas laissé mourir ce qu’il y a d’humain dans l’homme”.

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