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JACOB FRANK


HISTOIRE
ZVI
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La mort du faux messie Sabbataï Tsvi ne mit pas fin à sa légende. Nombreux furent ceux de ses adeptes qui persévérèrent à perpétuer son aura messianique, en dépit de son apostasie humiliante, en le suivant dans la même voie, ce qui leur valut l'appellation de dönmé (convertis). Bannis par le rabbinat comme "meshummadim " (rené-gats) et rigoureusement interdits de tout contact avec la communauté, ils se constituèrent en secte, demeurant toujours méprisés aussi bien par les musulmans que par leurs anciens coreligionnaires. Eparpillés en Turquie et dans les Balkans, ils se sont graduellement assimilés à leur entourage autochtone et ont quasiment fini par disparaître.

Une branche ayant persisté à Salonique se réorganisa et donna naissance à un mouvement messianique en Pologne, sous l'impulsion d'un aventurier nommé Jacob Frank (alias Leibowicz). Bien qu'analphabète, il put, par ses contacts suivis avec des dönmés au cours de ses voyages aux Balkans, se familiariser avec les idées farfelues qui alimentèrent la campagne sabbatéenne et attirer les masses populaires ignorantes. En très peu de temps, de bouche à oreille, il acquit la réputation de visionnaire ; on répandit même le bruit qu'il était la réincarnation de Sabbétaï

En 1751, Jacob Frank se proclama messie en Pologne parmi un nombre important d'adeptes, pour la plupart analphabètes comme lui. En peu de temps, le mouvement dégénéra et amena le rabbinat à exclure tous les adhérents comme hérétiques. Malgré leurs mœurs dissolues et leur débauche souvent orgiaque, les " Frankistes " furent protégés par le clergé catholique, qui trouva dans ce mouvement une occasion propice de convertir tous les adeptes. A cet effet, Jacob Frank fit un pas décisif en se faisant lui-même baptiser sous le parrainage du roi Auguste III et en engageant ses adeptes à faire de même.

Forts du soutien clérical, les Frankistes pouvaient désormais manifester ouvertement hostilité envers la communauté juive. Ils allaient jusqu'à défier les rabbins à des débats publics, en déclarant publiquement le Talmud comme blasphématoire à l'égard du christianisme. Parmi de nombreux sujets de diffamation, ils remettaient en question les calomnies de meurtre rituel, bien que souvent démenties par des prélats catholiques, et la fable de l'emploi de sang chrétien dans la préparation du pain azyme pour les Pâques juives.

Cependant, en dépit de son soutien initial, le clergé catholique ne put s'empêcher de condamner à son tour les mœurs scandaleuses des Frankistes, ce qui amena l'Inquisition à faire emprisonner Jacob Frank dans la forteresse de Czestochova en 1760. Après sa mort en 1791, sa secte, entraînée par la dépravation et privée de dirigeants crédibles, était désormais vouée à la dispersion, d'autant plus que les descendants des premiers adeptes, même ceux qui n'avaient pas abjuré le judaïsme, disparaissaient dans l'assimilation à la population catholique.

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Après de nombreux siècles pendant lesquels le judaïsme dut, dans une large Sabbataï Tsvi en Turquie, et surtout l'issue grotesque de celle de Jacob Frank en Europe mesure, sa survivance à l'espoir messianique, l'épilogue humiliant de l'aventure de Centrale, donnèrent lieu à une atmosphère d'amertume et de profond désenchantement parmi toutes les communautés juives d'Europe et du Proche-Orient. Parallèlement, on peut croire que ces deux événements dramatiques ont contribué à un réveil et à une prise de conscience, justement au moment où on voyait pointer à l'horizon un vague espoir d'émancipation du peuple juif parmi son entourage chrétien ou musulman.

Ce n'est que la recrudescence de l'antisémitisme en Europe de l'Est, et surtout des pogroms dans l'empire des tsars, qui suscitèrent une volonté de réagir, non plus par des lamentations, mais enfin par la manifestation d'une volonté de retour à la terre promise. Un premier pas intervenait par la création d'une organisation dénommée Hovévé Zion, qui mena aussitôt campagne pour l'engagement de volontaires à se rendre en Palestine pour la création de colonies agricoles sur des terres vouées à l'abandon et à la désolation depuis des siècles. Ce fut le coup d'envoi qui incita Théodor Herzl, outré par la vague violente d'antisémitisme qui secouait la France à l'occasion de l'Affaire Dreyfus, à fonder le sionisme politique sous l'encou-ragement de nombreux chefs d'état qui l'accueillirent avec bienveillance et une large compréhension. Ainsi germait en Europe l'idée de la création d'un foyer national pour servir de refuge à tous les Juifs désirant échapper enfin aux affres de l'antisémitisme.

En dépit de la réalité israélienne, qui s'est consolidée au cours d'un demi-siècle, le rêve messianique d'intervention divine reste vivant parmi les Juifs intégristes. Et on a vu encore en 1994 des adeptes d'un mouvement hassidique proclamer l'avènement du messie en la personne du rabbin qui le présidait à New York. A leur grande déception, il mourut peu après sans avoir matérialisé le rôle qu'on lui avait attribué.
Léon Alhadeff


L'antinomisme de Sabbataï fut repris par des esprits bien plus radicaux que lui, tels Néhémiyah Hiyya Hayon mais aussi par des homms qui ne voulurent plus rien conserver du judaïsme dans leur spéculations et leurs pratiques. Jacob Frank (1726-1796) donnera naissance à la secte portant son nom, les Frankistes. Dans ses Mémoires Jacob Emden raconte que les adeptes de la secte se livraient à des déparavations sexuelles et organisaient des orgies auxquelles ils conféraient un sens religieux. Frank se convertira au christianisme tout en considérant que toute religion ne pouvait être qu'un moyen pour parvenir à des fins supérieures. On peut distinguer, en se fondant sur l'enseignement de Frank, cinq grands points que tout partisan de l'antinomisme devait préserver et observer: le Messie avait pour vocation de plonger dans le monde des écorces (kelippot); l'adepte de la secte ne devait pas montrer à l'extérieur ce qu'il est en réalité au fond de lui-même; la Tora supérieure, celle du monde de l'émanation (Tora de atsilut) ne pouvait être observée qu'en violant celle de la création (Tora de béria); le Dieu d'Israêl et la Cause des causes sont des divinités différentes; les trois hyspostases de la divinité s'incarneront un jour dans une forme humaine.
Dans son Erotique de la kabbale (Solin, 1990) Langer (1894-1943) cite des passages de Frank qui ne laissent pas d'étonner par leur tonalité christianisante et par leur antinomisme prononcé:

«Vous n'avez pas compris lorsque je vous disais que je vous montrerai Dieu. Car vous devez au préalable contempler la Vierge qui est le vestibule menant vers Dieu. Si vous étiez dignes de toucher cette vierge, véritable fondement de la force de l'univers, vous pourriez parvenir au but; mais vous n'êtes pas dignes de la toucher...Tout ce qui était jusqu'ici n'a eu lieu qu'en vue de préserver la semence d'Israël et d'empêcher que son nom disparaisse. Mais, à présent, nous ne requérons ni lois ni prières: nous ne devrons obéir que pour le temps nécessaire de parvenir à un lieu occulte.» (Langer, p 72-73)

Paradoxalement, c'est la secte des hassidim qui a, en quelque sorte, “décontaminé” l'arbre du sabbataïsme et du frankisme pour redonner au judaïsme force et vitalité. L'antinomisme des frankistes a provoqué leur disparition dans la société catholique polonaise au siècle dernier. Quant à une autre secte judéo-musulmane appelée les Dönmeh, ses membres se convertirent à l'islam vers 1683 en Turquie.
mrhayoun

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