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DAVID GROSSMAN


D. GROSSMAN
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Un franc-tireur pacifiste
Entretien - l'Express

Timidité ou coquetterie? Dans ce salon de thé de Jérusalem, le romancier et essayiste israélien David Grossman consent à contrecœur à se livrer, le temps d'un portrait, au photographe. Le lendemain de l'entretien, il rappelle, soucieux de préciser un propos qu'il croit imprécis. Pas plus que son allure fluette, ces scrupules-là ne sauraient masquer la vigueur d'un pacifiste engagé mais lucide, pionnier du dialogue avec les pairs palestiniens et auteur, à ses heures, de récits pour enfants. Natif, en 1954, de la Ville sainte, David choisit, à 13 ans, et au désespoir de sa mère, d'apprendre l'arabe, quand ses compagnons s'initient au français. Plus tard, la quête des racines juives l'incite à étudier le Talmud, à contre-courant. Qu'il consacre une longue enquête aux Arabes d'Israël ou qu'il explore les mystères de l'amour fou, Grossman se plaît à passer la plume dans la plaie.


" Le fait que les juifs aient réussi à fonder leur Etat, riche d'une nouvelle culture, avec son langage, l'hébreu, tout à la fois nouveau et ancestral, est un miracle. Maints éléments factuels se liguaient contre cet accomplissement. Pour 80 générations, la vie quotidienne que nous menons ici ne fut qu'un rêve. Nos aînés ont vécu en diaspora, contraints à l'exil, exposés à l'arbitraire. Jusqu'alors, les juifs ont toujours été perçus en termes symboliques: des démons, des saints, acteurs d'une destinée plus vaste que la vie, trop pesante pour eux. Ce n'est pas facile. Chacun des épisodes de notre expérience renvoie à l'un des premiers chapitres de la Bible. L'exode, l'errance, l'ancrage des déracinés sur une autre terre. Nous sommes «accros» au mythe de Massada, à la Shoah, à la résurrection d'Israël, ce qui est destructeur. L'Israélien n'a pas de rapports naturels avec la réalité, avec ce quotidien fait de compromis et de concessions. Nous vivons l'Histoire, pas la vraie vie. Nous vivrons la vraie vie le jour où nous cesserons de nous sentir menacés."


"En Israel, il est vain de fuir la réalité. Dans l'écriture ou ailleurs. C'est un acide, qui transperce toutes les armures. D'ailleurs, le réel m'intéresse, je n'ai aucune envie de m'y soustraire. Dans l'un de mes romans j'explore l'impact de la Shoah sur la vie des rescapés. Comment vivre l'anxiété, peut-on aimer, croire en Dieu, après une telle épreuve? Lorsque la survie est si âpre, quand il faut en permanence rester en alerte, le champ de nos sentiments s'élargit. L'écrivain ne peut accepter que l'intensité ou la pesanteur du réel confisquent sa sensibilité, sa tendresse. Je refuse de voir ma vie intérieure comme une zone de guerre. Ce serait un quasi-suicide. Ecrire, c'est récuser le statut de victime des circonstances. Reprendre possession de son destin. Mais en ce moment, je suis incapable de travailler dans la fiction. J'ai entrepris la rédaction d'une nouvelle. Impossible de la terminer."

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