
BIO
HISTOIRE
Obadia ben Yaakov Sforno naquit à Ceséna (Italie) vers 1470. Il est l'un des derniers grands exégètes classiques séfarades, héritier de l'école judéo-ibérique, avant le déclin de cette forme d'étude au profit de l'analyse talmudique choyée par les écoles d'Europe de l'Est. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que ce type de commentaire retrouve ses lettres de noblesse avec Méir Leib ben Yehiel Mikaël le Malbim (1809-1879) ou le maître de la néo-orthodoxie allemande Samson Raphaël Hirsch (1808-1888).
Obadia Sforno, fut un esprit juste et fin, plein de bon sens et de mesure, tant sur le plan religieux que sur celui des sciences et de la philosophie. Médecin distingué (avir arofim), philologue et théologien, il commenta tout le Pentateuque, ainsi que les Pirkey Avoth (Traité des Pères), et écrivit un traité de pensée juive, Or Amim (Lumière des Nations) en hébreu et en latin. Son système exégétique est fondé, en général, sur l'interprétation littérale et rationnelle.
Sensible à l'Humanisme de la Renaissance, et partageant la conviction que le christianisme, coupé de sa dimension antisémite, participe de l'histoire du salut aux côtés d'Israël, il accepte de compter parmi ses disciples celui qui deviendra l'un des promoteurs des études hébraïques et grecques, le chrétien Johann Reuchlin (1455-1522), qui mérite l'éternelle reconnaissance des juifs, puisqu'il permit par ses efforts inlassables, de sauver du bûcher la littérature rabbinique, menacée à la fois par les médisances de Pfefferkorn, un juif apostat, par les manœuvres de l'Empereur Maximilien 1er, et par la haine fanatique des universités de France et d'Allemagne. Sforno mourut à Bologne en 1550.
LA CRÉATION DU MONDE DANS L'EXÉGÈSE DE RABBI OBADIA SFORNO
Elohim, traduit généralement par Dieu , renvoie ici à l'éternité. S'appuyant sur Deutéronome XXXII, 7, qui affirme que les démons ne sont point Elohim, Sforno refuse que ce verset soit venu révéler une information aussi évidente pour la pensée monothéiste, à savoir que des mauvais anges ne sont pas Dieu. Ce verset du Deutéronome veut surtout enseigner que seul le Créateur possède la vie éternelle et nul autre. Afin de renforcer cette idée, le terme Elohim est au pluriel , soulignant qu'Il est l'éternité de toutes les éternités possibles . Par analogie, les juges en recherchant la justice et la vérité, seront désignés par le même terme. Car par leur jugement, ils transcendent la matière finie et la réalité limitée en introduisant les valeurs révélées. Le même terme sera utilisé pour désigner les métaphysiciens.
L'originalité de Sforno réside ici dans l'inversion de lecture proposée. D'habitude en effet, le Tétragramme est entendu comme l'Etre pour Lui-même, et Elohim comme le maître de la nature . A la lumière de son analyse, il faut traduire Elohim par " l'Eternel " et YHWH par " le Miséricordieux " ou " le Charitable. "
Première information : le temps précède l'espace . Ce temps de l'origine, ce réchith est insécable, indivisible, il est premier, et aucune réalité même conceptuelle n'existait avant lui. C'est dans ce mouvement radicalement transcendant, radicalement nouveau, que la création ex nihilo va se réaliser, et que les cieux et la terre vont prendre place.
Notons donc sa traduction du premier verset : "Dans le temps originel, Celui qui est de toute éternité créa ex nihilo les cieux et le terre".
monde depuis les minéraux jusqu'à l'homme. La mort est l'arrêt d'une complexion de cellules, mais la vie court à la vie. Les générations se succèdent mues par un même souffle originel. Non seulement nous ne sommes pas loin de l'idée du Big-Bang de la physique moderne, mais nous retrouvons là sous la plume alerte du maître italien, des idées qui seront développées plus tard par Henri Bergson . Le philosophe avait-il lu Sforno ? À moins que le génie, (comme la vie), ne connaisse pas de frontières ?
Le verbe BaRoH est utilisé trois fois, car Dieu ajoute en quelque sorte de l'énergie à l'énergie. Ainsi, après la création de la matière, Dieu fait jaillir dans toute sa puissance la vie (les serpents de mer), avant de créer Adam (être de conscience.) Dès lors, il serait plus judicieux de parler de trois étapes dans la création ou d'une " évolution créatrice " pour reprendre Bergson. Le miracle est dans la nature, car la nature est miracle.
Finalement, Sforno dit dans son langage, ce que la science moderne nous dit dans le sien. La matière s'est composée pendant les premiers milliards d'années (la molécule, la macro molécule, la molécule géante), puis les premiers êtres vivants sont apparus, il y a trois milliards d'années, suivis de la constitution des organes, puis du système nerveux et de l'élaboration du vieux cerveau, du paléo-cortex et du néo-cortex, enfin l'être le plus complexe a été créé pourvu d'un cerveau de deux cents milliards de neurones, contenant chacun des milliards de réseaux, ce qui a permis de créer la conscience du bien et du mal. Rupture et continuité telle est l'équation de cette bériah. Entre chaque étape, le Créateur ordonne, organise l'univers (c'est le sens du "Il fit" (vayaass), dans le chapitre I .) jusqu'à la nouvelle création
Le frottement de l'air sur la périphérie extérieure engendre le feu, alors que la partie inférieure se refroidit au contact de l'eau.
Durant la période de la création de l'espace, le monde est plongé dans une obscurité totale. Dieu va appeler la lumière à l'existence.
En fait, la nature à travers la photosynthèse a gardé la mémoire de cette relation à la lumière. Quand Adam est invité à consommer les fruits, il est invité à se nourrir de a lumière au second degré. Dans le monde à venir, les justes seront d'une certaine manière réduits à cet état " végétatif ", puisqu'ils jouiront directement de la lumière divine.
Dieu ajoute aussi le principe d'incompatibilité de croisement génétique, chaque semence ne pouvant reproduire qu'elle-même.
Pour Sforno, les oiseaux ont une action précise : nettoyer par leurs vols, l'atmosphère des déchets en suspension dans l'air. L'écologie passe par le respect des espèces.
Après l'élément aquatique, c'est la terre qui va faire jaillir les animaux. A ce stade, il n'y a plus de bériah, mais une simple organisation, car la terre possède à présent une énergie suffisante. Tous ces êtres, marins ou terrestres, sont nommés de termes génériques "souffles vivants" ou "vivants", car Dieu leur ajoute, par rapport aux végétaux, la capacité du déplacement et un système respiratoire plus élaboré. À l'inverse d'Adam qui sera créé unique, Sforno met bien évidence que le monde animal est marqué du sceau de la multiplicité, la valeur de l'individualité humaine étant ainsi mise en exergue.
En opposition à Rachi, qui entend dans l'expression " souffle vivant " la capacité de savoir et de communication de l'être humain , Sforno affirme que l'homme est d'abord un être de nature , c'est-à-dire " une espèce parmi les espèces ", un animal parmi les animaux créés le même sixième jour. Tel est l'homme préhistorique de Sforno.
Mais ce "sauvage" par une grâce divine infinie, va recevoir des capacités intellectuelles qui le distingueront radicalement de l'animal, l'Adam devient intelligent. Cette intelligence est désignée dans la Genèse par le terme générique de tselem. Ce tselem est la capacité de conceptualiser et de saisir les essences séparées, c'est-à-dire les vérités transcendantes.
Dans son long développement de Gn.I,27, Sforno en profite pour donner une preuve de l'existence d'une transcendance et de l'immortalité de l'âme. Toute réalité, dit-il en substance, va vers sa perte, vers sa corruption et sa mort (tel le second principe de la thermodynamique), mais l'intelligence, le savoir, la connaissance agissent de manière inversée, selon le principe de conservation de l'énergie et du développement des capacités cognitives. Le monde ne peut donc être limité à la seule matière, et la partie la plus subtile de l'homme se maintiendra éternellement après la désagrégation du corps.
Ainsi le terme "Elohim", par analogie , est-il attribué à toute essence intellective, totalement en acte, séparée de la matière, donc nécessairement éternelle, …Il n'en reste pas moins vrai, qu'avant que l'homme ne se réalise pour devenir totalement parfait selon sa capacité intrinsèque, il n'est pas nommé "Elohim", mais seulement"tselem Elohim", image d'Eternel, jusqu'à ce qu'il atteigne sa perfection. Et ceci sera possible grâce à la sagesse qui lui apportera l'amour et la crainte de Dieu, car alors l'essence intellective sera en acte, complète, séparée de la matière, et par-là elle deviendra nécessairement éternelle et permanente, même après la mort du corps".
Commentons. Cette connaissance métaphysique n'est pas naturelle, elle appelle l'effort de l'homme et l'utilisation à bon escient de sa liberté. Par cette "image" apposée en son esprit, le sujet pensant se coupe radicalement de son animalité première et de sa matérialité limitée pour se relier à l'éternité divine.
Pour notre auteur, la création d'Adam n'est pas terminée au sixième jour. Car fort de sa liberté et de son intelligence, l'homme est en devenir permanent. Il achève ce que Dieu a commencé. L'Adam peut devenir Elohim, non pas Dieu, mais éternel comme Lui, sinon, il restera un sauvage, ressemblant "aux animaux réduits au silence".
"Et celui qui est de toute éternité constata qu'il en était pour le bonheur (de l'homme)".













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