Plan general : famous jews

Affichage des articles dont le libellé est Autriche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Autriche. Afficher tous les articles

ALFRED FRIED

PRIX NOBEL 1911
BIO
HISTOIRE


Journaliste, fondateur de 'Die Friedenswarte' (une publication pour la paix)
Il reçoit avec Tobias Asser le Prix Nobel de la Paix en 1911.

Alfred Hermann Fried (né en 1864 - mort en 1921 à Vienne)



Autodidacte, Alfred Fried quitte l'école à 15 ans et devient libraire à Vienne et à Berlin. Après avoir lu l'ouvrage Die Waffen nieder de la Baronne von Suttner, il décide de se consacrer à la propagande en faveur la paix. Il crée la revue Die Waffen nieder (A bas les armes) en 1892 et participe également à la création de la Deutsche Friedensgesellschaft (Société de la paix allemande). Il ne cesse de publier des milliers d'articles sur la paix et de rédiger Die Friedens-Warte (La gardienne de la paix), (1899-1921). Exilé en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, il poursuit ses activités pacifistes et parvient à maintenir la publication de Die Friedens-Warte. Après la guerre, épuisé par la maladie, il termine ses jours de façon misérable et meurt dans un hôpital de Vienne nobel paix






Messianisme et américanisation du monde. Les Etats-unis et les organisations pacifistes de France et d’Allemagne à la veille de la Première Guerre mondiale (1911-1914)

Philippe Alexandre

Les organisations pacifistes bourgeoises, qui constituent à la veille de la Première Guerre mondiale une tendance réformiste active mais minoritaire, croient à la possibilité de mener une action efficace en faveur de l’instauration d’une paix durable. Elles rassemblent des éléments très divers agissant au nom d’éthiques dont les principes s’ancrent le plus souvent dans des sentiments humanitaires, dans une foi rationaliste ou dans un christianisme se comprenant comme religion de la paix. Ces pacifistes ne méconnaissent pas les dangers qui menacent le monde. Certaines formes d’internationalisme caractéristiques du monde moderne, comme les expositions universelles, les conférences de La Haye, l’Union inter­parlementaire ou les congrès internationaux, leur apparaissent toutefois comme porteuses d’espoir. Instaurer un ordre mondial reposant sur les principes de conci­liation et d’arbitrage est pour eux un but prioritaire. Il s’agit d’abord de créer sur cette base une paix durable, puis d’organiser le monde en une sorte de société des nations, dont la forme est depuis longtemps discutée. Dès les années 1850, on a parlé des « Etats-Unis d’Europe »[1] ; l’idée déjà ancienne d’Union panaméricaine, qui se concrétise en 1910, est également considérée par certains comme un modèle possible. Pour atteindre ce but, il paraît nécessaire non seulement d’éclairer les masses, d’éduquer l’opinion qui, dans chaque pays, sera un jour en mesure d’exercer une influence sur les gouvernements, mais aussi de développer les échanges internationaux en vue de favoriser la compréhension mutuelle entre les peuples.

Telles sont les grandes lignes de la réflexion et de l’action que les organisa­tions pacifistes modernes mènent durant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale. En France, trois associations jouent un rôle de premier plan dans ce mouvement international : la Société Française pour l’Arbitrage entre Nations (Paris), fondée en 1867, présidée par Frédéric Passy, membre de l’Institut, en qui les pacifistes français reconnaissent leur « maître » ; l’Association La Paix par le Droit, créée en 1887, présidée par Théodore Ruyssen, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, puis par Charles Richet, profes­seur à la Faculté de Médecine de Paris, rassemble des universitaires, des juristes et des hommes politiques. Elle édite le mensuel La Paix par le Droit, conçu comme une « revue d’études indépendantes et de libre discussion ». La Conciliation inter­nationale, présidée par le baron d’Estournelles de Constant, sénateur de la Sarthe, se propose d’œuvrer en vue « de développer la prospérité nationale à la faveur de bonnes relations internationales et d’organiser ces bonnes relations sur une base permanente et durable ».

Ce programme est aussi dans une large mesure celui de la Société de la paix allemande (Deutsche Friedensgesellschaft) fondée en 1892 à Berlin sous l’impulsion des Autrichiens Alfred Hermann Fried et Bertha von Suttner. Cette société, dont le siège a été installé à Stuttgart en 1900, est présidée par l’industriel de Pforzheim, Adolf Richter. Le pasteur de Stuttgart, Otto Umfrid, y joue un rôle important notamment en tant que rédacteur de sa revue qui, depuis 1909, a pour titre Völker-Friede. En 1899, dans le contexte de la première conférence de La Haye, Alfred Hermann Fried a créé la revue Die Friedens-Warte, forum de dis­cussion ouvert à tous ceux qui réfléchissent aux questions relatives à la paix. En 1911 se constitue une branche allemande de la Conciliation internationale, l’Association pour la conciliation internationale (Verband für internationale Verständigung), qui vient renforcer l’action de celles qui existent déjà à Paris, à New-York, à Bruxelles, à Londres, à Tokyo, à Odessa et à Vienne. C’est en s’appuyant sur ces réseaux de coopération que les pacifistes espèrent pouvoir accroître leur influence sur l’opinion et donc sur les gouvernements. Fait révéla­teur de la situation des pacifistes en Allemagne, l’Association pour la conciliation internationale du Reich tient à se démarquer de la Société de la paix allemande qui reste considérée comme une « secte » de gens dont les idées sont jugées par beau­coup comme non conciliables avec les intérêts de la patrie.

Le Nouveau Monde et la « Vieille Europe »
L’un des défis auxquels les pacifistes européens de cette époque se voient confrontés est l’émergence des Etats-Unis comme nouvelle puissance mondiale à un moment où l’Europe est affectée par une crise liée à des contentieux comme la question d’Alsace-Lorraine ou à des questions nationales comme dans les Balkans, à l’impérialisme des puissances européennes, à la paix armée et à son corollaire, la course aux armements, qui ne font qu’accroître la méfiance réciproque entre les nations, attisée par les bellicistes et les agents d’un chauvinisme exa­cerbé. Les Etats-Unis sont perçus en Europe non seulement comme un facteur de la vie internationale dont l’influence grandit, mais aussi comme un concurrent, voire comme un danger, face auquel il importe d’être vigilant. En 1904, Alfred Hermann Fried écrivait à ce sujet : « L’évolution des Etats-Unis d’Amérique du Nord est depuis longtemps au centre de l’intérêt des pacifistes européens. Dans leurs rangs, on a très clairement compris que l’évolution économique de la jeune république transatlantique exercera nécessairement une influence qui provoquera une révolution pour les vieux Etats civilisés de l’Europe qui persévèrent dans leur antagonisme. C’est à tort que nous appelons ce qui nous menace de l’autre côté de l’Atlantique le ‘danger américain’ ; nous devrions plutôt dire de l’influence ac­quise par les Etats-Unis sur l’économie européenne qu’elle est un espoir, car les mesures que cette influence nous amènera à prendre, hâterons la réalisation de l’idéal que défendent les amis de la paix, elles contribueront à faire naître une union économique et de ce fait aussi une union politique des Etats européens. »

Mais les questions économiques ne sont pas l’unique objet des préoccupations des Européens. Ils voient en effet qu’aux Etats-Unis des forces contraires s’affrontent. Les présidents Taft et Wilson, poursuivant les efforts de Roosevelt, tentent de faire accepter l’idée d’une politique d’arbitrage et de conciliation dans les conflits qui les opposent à d’autres pays, dans le domaine économique notam­ment. Ils se montrent désireux de créer les conditions de la paix. Wilson et son secrétaire d’Etat W. J. Bryan soutenus – comme nous le verrons – par le mouve­ment pacifiste américain moderne, doivent faire face à la montée d’un nationa­lisme à travers lequel se manifeste la tentation de l’impérialisme et du militarisme. Ils se heurtent à des résistances au Sénat, à la critique dans certaines parties de l’opinion américaine. En 1904, Anna B. Eckstein, correspondante américaine de revues pacifistes françaises et allemandes, attirait l’attention des lecteurs de la Friedens-Warte sur ce fait. La conférence de Lake-Mohonk, expliquait-elle, montre « à quel point est vivant ici aux Etats-Unis d’Amérique du Nord ce patrio­tisme véritable, qui est le fondement du mouvement pacifiste international et qui n’est rien d’autre qu’un humanisme véritable ; elle montre qu’il résiste, en dépit de tout un tapage impérialiste très préoccupant lié au militarisme, qu’il a rendu sa position de plus en plus imprenable et qu’il progresse dans la bataille menée contre le jingoïsme qui, prenant le visage d’un saint et d’un patriote, multiplie les mises en garde contre un ennemi aux aguets de l’autre côté de l’océan, un ennemi qu’il s’agit de tenir en respect grâce à une flotte militaire de premier ordre, afin que l’on puisse se remplir soi-même les poches de dollars payés cash, grâce à l’acquisition continuelle de nouveaux navires et d’un important matériel de guerre tant pour la défense que pour l’attaque ».

En manifestant leur soutien à Taft puis à Wilson, les pacifistes français et alle­mands défendent une certaine conception du rôle que, selon eux, les Etats-Unis pourraient jouer dans le monde. Leur statut de puissance nouvelle n’est toutefois pas sans poser de problèmes. Va-t-il faire d’eux une puissance impéria­liste ou les amener à jouer un rôle particulier, d’un type nouveau, par rapport aux Etats de la vieille Europe ? En Allemagne, cette question suscite des polémiques entre les pacifistes et les tenants de la Realpolitik. En 1911, par exemple, A. H. Fried affirme que « certains historiens allemands » – c’est à Hans Delbrück, le directeur des Preußische Jahrbücher, qu’il s’adresse indirectement – utilisaient une vieille recette consistant à mettre l’accent sur l’impérialisme américain « pour excuser la politique mondiale de puissance menée par l’Allemagne et ses consé­quences désastreuses ». L’historien Hermann Oncken répond que leur histoire a développé chez les Américains une « prédisposition :particulière à l’expansion » et qu’elle a fait naître chez eux le mythe d’un Etat de type tout à fait nouveau, d’un royaume de la paix sur la terre. La même année, dans la même revue, Emil Daniels dénonce, à propos des tensions entre le Mexique et les Etats-Unis, l’ « hypocrisie » de la politique américaine. Et il écrit non sans ironie : « Rien n’a plus étonné le monde civilisé que le mouvement opéré en direction de la frontière de leur faible voisin mexicain par les troupes de ces Yankees, ces partisans exubé­rants du pacifisme et de l’arbitrage. […] Les dirigeants politiques américains aiment la paix en théorie jusqu’au sentimentalisme, mais dans la pratique, ils manient l’épée avec la même absence de scrupules que les empereurs et les rois ambitieux d’autrefois ».

Devenus une puissance mondiale, les Etats-Unis se trouvent confrontés à un dilemme : Doivent-ils rester fidèles à la doctrine Monroe ou, au contraire, sortir de leur isolement pour s’engager et assumer les responsabilités liées à ce nouveau statut ? Pour les pacifistes français et allemands, la réponse semble évidente. En 1913, à propos du centenaire de la Paix entre les Etats-Unis et l’Angleterre, La Paix par le Droit écrit : « Et tandis que la race anglo-saxonne, sur tous les points du globe, déclarera fièrement la paix au monde, les vieux gouvernements militai­res de l’Europe, – la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Russie –, s’épiant, s’injuriant et se menaçant, se ruineront en armements absurdes, impose­ront à leurs fils plusieurs années d’inertie et de servitude, et finiront, après des années de misère et de détresse, par sombrer dans une révolte générale des masses exaspérées. Mais tout espoir n’est pas encore perdu. La solidarité des nations est un fait qui commence seulement à déployer sous nos yeux ses conséquences : Qui sait s’il ne viendra pas un jour où l’Amérique, l’Australie et l’Asie elle-même, au nom des intérêts du globe dont elles prendront la charge, imposeront à l’Europe en démence la paix indispensable à la marche en avant de l’humanité ? ». A une époque où le président Taft propose aux Etats européens de signer des traités offrant une formule nouvelle de conciliation et d’arbitrage, des traités sans réserve ni restriction (commission d’enquête, temporisation, recours à une cour arbitrale), le juriste Jacques Dumas, dans La Paix par le Droit, conjure la vieille Europe de répondre à l’appel des Etats-Unis.

Les relations entre les pacifistes français, allemands et américains
Les pacifistes français et allemands répondent à cet appel en cherchant, iso­lément ou dans un cadre trilatéral, voire plus large, à développer leurs relations avec les Etats-Unis, tant avec leurs dirigeants politiques qu’avec le mouvement pacifiste moderne américain. On voit bien toutefois que, de part et d’autre du Rhin, l’idéalisme se conjugue à cette préoccupation constante : la paix doit servir les intérêts nationaux.

En France, est créé en 1912 le Comité France-Amérique, au sein duquel un certain nombre de pacifistes français, entre autres, le baron d’Estournelles de Constant, vont se montrer très actifs.Ce Comité est d’abord présidé par l’académicien Gabriel Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères, qui s’appuiera sur l’ambassadeur David Jayne Hill et sur son successeur Myron T. Herrick. Pour les Français, des enjeux économiques importants sont liés aux relations franco-américaines. Si le Comité France-Amérique apporte son soutien au président démocrate Wilson, nouvellement élu, c’est aussi parce qu’il est parti­san d’un abaissement des tarifs douaniers. James H. Hyde, déclare que pour arri­ver à un accord dans ce domaine, il faut éclairer l’opinion publique, éviter les heurts, faire en sorte qu’un « point de vue moyen », qu’une « opinion moyenne et de juste mesure se crée entre les deux nations ». Le Comité France-Amérique met en avant le fait que, depuis l’époque de la colonisation française et depuis La Fayette, règne une atmosphère de paix entre les deux pays, mais cette situation est en vérité liée au fait que, jusque-là, jamais des conflits touchant à leurs intérêts vitaux ne les ont encore opposés. Certes, les Américains « n’oublient pas ce que leur présent doit au passé des Français », mais dans leur action au sein du Comi­té France-Amérique, ils montrent bien qu’ils ont des vues plus générales : il s’agit pour eux, selon le mot de l’ambassadeur David. J. Hill, d’organiser le monde en une « grande famille » ayant des intérêts communs. Leurs relations avec la France ne sont qu’un élément de leur politique mondiale.

Pour les pacifistes allemands, la tâche semble plus difficile, car la puissance croissante de l’Allemagne, le développement de sa flotte notamment, est perçue aux Etats-Unis comme une concurrence et le gouvernement du Reich se montre réticent dans la question de l’arbitrage. Ils peuvent toutefois s’appuyer sur la Ligue nationale des Allemands d’Amérique, le Deutschamerikanischer National­bund, qui compte 2,5 millions de membres. Le Congrès de cette ligue, son Bun­destag, a mis en place une commission d’action pacifiste, dans laquelle siège le très actif vice-président de la Société de la paix de New York, H. Feldmann. En 1911, cette Commission soumet au Congrès de la ligue une motion lui demandant de la soutenir dans l’action qu’elle mène en faveur de l’arbitrage, de traités entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Cette motion est adoptée par les délégations de 44 Etats. Dans son discours de clôture du Congrès, Charles Hexamer, président-fondateur de la Ligue, déclare avec un idéalisme auquel la fierté nationale allemande ne le cède en rien : « Aujourd’hui, nous com­battons les trusts, et, déjà, ils commencent à se plier à la volonté du peuple. Vien­dra aussi le temps où, grâce à une éducation éthique des nations, les aspirations bellicistes faibliront et où les querelles se régleront de façon pacifique. Ce serait à l’Allemagne, le pays des philosophes et des penseurs, de faire le premier pas, dans cette question également ».

C’est en 1911, à partir du congrès organisé à Baltimore par la Société de la paix américaine (American Peace Society), que le mouvement pacifiste moderne prend aux Etats-Unis une ampleur particulière. Une synergie va se développer entre les sociétés de la paix – qui constituent une fédération –, les universités, les organisations féministes, les Eglises, qui se mobilisent en faveur de la conciliation et de l’arbitrage et apportent leur soutien aux présidents Taft et Wilson. Le 1er mai 1911, la Société de la paix installe son siège à Washington, c’est-à-dire dans l’environnement immédiat de la sphère gouvernementale, afin d’y renforcer son lobbying. Mais ce mouvement reste surtout limité à l’Est des Etats-Unis, qui entretient des relations particulières avec l’Europe, et, loin de toucher les masses, toutes les classes de la société américaine, il est surtout le fait d’une élite intel­lectuelle.

La fédération formée par les sociétés de la paix américaines a pour but de ren­forcer leur action et d’apporter un soutien plus efficace à la campagne menée par le président Taft qui tente de faire passer au Sénat les traités d’arbitrage signés avec la Grande-Bretagne et la France. Les pacifistes français et allemands accor­dent la plus grande attention à cette entreprise. Tandis que Otto Umfrid se félicite de voir le président américain défendre ainsi ses idées, la revue La Paix par le Droit salue l’enthousiasme et le réalisme avec lequel l’élite américaine sert la cause de la paix, tout en espérant voir ce mouvement gagner l’ensemble du pays. La résistance du Sénat américain provoquera une certaine désillusion. Et pourtant, toutes les forces du mouvement pacifiste se sont mobilisées : les sociétés pacifis­tes, la Société pour le règlement arbitral des conflits internationaux, des person­nalités comme l’éditeur de Boston Edwin Ginn ou l’industriel Andrew Carnegie, président de la Société de la paix de New York, les universités, dont les prési­dents, comme Nicholas Murray Butler (président de Columbia University) ou David Starr Jordan (président de Leland University), l’élite intellectuelle, les Eglises les femmes, les conférences de Lake Mohonk.

C’est dans ce contexte que les pacifistes européens effectuent aux Etats-Unis des voyages auxquels est faite la plus grande publicité. Le but est d’apporter un soutien à l’action des Américains, de délivrer un message à l’opinion américaine et de témoigner en Europe sur l’action du mouvement en Amérique. L’un des voyages marquants de cette période est celui du Comte Apponyi qui a été invité par le Civic Forum et la Société de la paix de New York, mais qui est aussi l’hôte du gouvernement fédéral et de la Chambre des députés. Il déclare devant les élus du peuple que les Américains ont emporté en quittant l’Europe ce que celle-ci avait de meilleur pour le développer en l’adaptant aux conditions du Nouveau Monde, mais que leur « situation heureuse » leur impose une « grande responsa­bilité ». Ainsi les invite-t-il à aider l’Ancien Monde à surmonter ses divisions.

La même année, d’Estournelles de Constant se rend, lui aussi, aux Etats-Unis. En 1902 déjà, il a, à titre personnel, fait une démarche auprès du président Roosevelt afin qu’il use de son influence pour faire avancer la question de la cour d’arbitrage de La Haye ; en 1902, son deuxième voyage en Amérique avait pour but de fonder, avec ses amis Andrew Carnegie et Nicholas Murray Butler, la branche américaine de la Conciliation internationale dont l’activité allait connaître un succès inespéré. D’Estournelles de Constant consignera les résultats de ses trois voyages dans un livre volumineux intitulé Les Etats-Unis d’Amérique (1913), avec l’espoir qu’il pourra « contribuer à diminuer la profondeur de l’ignorance qui sépare, autant que l’océan, l’Europe du Nouveau Monde ».L’idée de l’interdépendance des deux continents lui fait depuis longtemps mettre en avant la nécessité dans laquelle ils se trouvent de coopérer.En 1912, Bertha von Suttner répond à une invitation de la branche américaine de la Conciliation internationale, de la Société américaine de la paix, de la Dota­tion Carnegie, de la World Peace Foundation et de la Société des Féministes. Si, à un âge déjà avancé, elle entreprend un long périple outre-Atlantique, c’est parce qu’elle aussi constate qu’une méconnaissance et une incompréhension réciproques séparent l’Ancien et le Nouveau Monde.

Ces voyages n’ont pas été les seules initiatives prises par les pacifistes en vue de multiplier les contacts entre l’Europe et les Etats-Unis. Les sociétés de la paix invitent des orateurs, les universités des professeurs ; les rencontres organisées par l’association internationale d’étudiants Corda Fratres sont soutenues par des orga­nisations pacifistes, de même que celles des chambres de Commerce, car on est bien conscient du rôle que peut jouer le développement des relations commercia­les dans le rapprochement entre les deux continents. « Nous sommes dans l’ère des ententes et de la diplomatie commerciale, lit-on en août 1911 dans The Advo­cate of Peace, le commerce moderne repose sur de larges et équitables principes de réciprocité. Plus il est actif, plus une guerre est néfaste et plus on a intérêt à l’éviter ». Ainsi, la chambre de Commerce de Boston, soucieuse d’aller de l’avant, se prépare-t-elle à envoyer une centaine de commerçants américains en Europe dans le cadre d’un voyage d’études. « Les Etats-Unis sont, de tous les pays, celui qui a le plus intérêt à entretenir de bonnes relations commerciales, écrit encore l’organe de la Société de la paix américaine ; la prospérité du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne est une garantie de leur propre prospérité […]. L’Amérique a conscience que son commerce a un rôle à jouer dans la paix du monde ».

EDWARD BERNAYS

PROPAGANDA
BIO
VIDEO


" Ce qu’il faut retenir c’est d’abord que la propagande revient à enrégimenter l’opinion publique exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats "
Edward Bernays, 1928

"Il n'en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande "



Edward Bernays est considéré comme le père de la science des relations publiques.
La propagande politique au XXe siècle n'est pas née dans les régimes totalitaires, mais au coeur même de la démocratie libérale américaine


22 novembre 1891 – 9 mars 1995

Edward Bernays, neveu de Freud, influencé par les théories de Le Bon et de Trotter sur le fonctionnement des foules, est considéré comme le père de la propagande. Assez peu connu, il a pourtant joué un rôle majeur dans l’évolution des techniques de propagande et de marketing (qui ne portait pas encore ce nom à l’époque). A une époque où l’on ne cesse de pousser les psychologues, chômage oblige, à travailler dans les services de “ressources humaines”, il est toujours intéressant de revenir sur le parcours d’un homme qui fut un des premiers à rapprocher la psychologie et les intérêts privés paradoxa

Conseiller pour de grandes compagnies américaines, dont General Electric, Procter & Gamble et l'American Tobacco Company, Bernays a mis au point les techniques publicitaires modernes. Au début des années 1950, il orchestre des campagnes de déstabilisation politique en Amérique latine, qui aboutissent notamment au renversement du gouvernement du Guatemala, main dans la main avec la CIA.fluctuat


Edward Bernays, neveu de Freud et Machiavel de la propagande
Louis Cornellier


Bernays définit la Propagande comme « un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe ». Selon lui, cette technique est, par essence, amorale. Aussi, pour déterminer si son usage est un bien ou un mal, « il faut d’abord se prononcer, et sur le mérite de la cause qu’elle sert, et sur la justesse de l’information publiée ». Quand il apprendra, par exemple, que Goebbels se servait d’un de ses ouvrages pour orchestrer sa propagande contre les juifs, Bernays en sera scandalisé. Pour lui, la propagande est une réalité incontournable du monde moderne, mais elle doit être mise au service de l’intérêt commun...

Bernays adhère à l’idée que la mentalité collective n’est pas guidée par la pensée mais « par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion ». Selon lui, « la vapeur qui fait tourner la machine sociale, ce sont les désirs humains » et, pour cette raison, « ce n’est qu’en s’attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne ».

Bernays multiplie les professions de foi démocratique, mais sa conception de la démocratie s’apparente plutôt, en fait, à du despotisme éclairé. Ainsi, avec une rare impudeur, il affirme que, le monde moderne étant complexe et traversé par une foule d’influences et d’intérêts divers, la démocratie a besoin d’un « gouvernement invisible », composé « d’une minorité d’individus intelligents », dont le mandat est « de passer les informations au crible pour mettre en lumière le problème principal, afin de ramener le choix à des proportions réalistes ». Ces « chefs invisibles » doivent donc, grâce à la propagande, « organiser le chaos » pour éviter « que la confusion ne s’installe ».

La démocratie à la Bernays, on le voit, a de forts relents de Big Brother. Ce qui, au fond, la distingue de la dictature, c’est son souci d’imposer des comportements non par la force et la répression, mais par la fabrication du consentement. Bernays, qui ne s’en cache pas, l’écrit noir sur blanc. Nous pourrions, suggère-t-il, procéder par la nomination d’un comité de sages qui nous dicterait nos comportements, mais mieux vaut « la concurrence ouverte ». Appréciez la définition de son idéal démocratique : « Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer. »

Ne pas être dupe

On peut, bien sûr, on doit, même, se scandaliser d’un tel programme. C’est d’ailleurs ce que fait Normand Baillargeon dans sa solide présentation de cet ouvrage en rappelant que les propositions de Bernays contredisent l’idéal démocratique moderne. À l’éthique de la discussion rationnelle, elles opposent « une persuasion a-rationnelle » ; à la vertu de l’honnêteté et au droit à l’information, elles opposent la manipulation et « l’occultation de données pertinentes » ; à la participation du plus grand nombre et à l’intérêt vraiment commun, elles opposent le privilège de la « minorité intelligente » de définir l’intérêt commun en fonction des siens. Bernays a beau multiplier les appels en faveur de l’honnêteté et contre l’usage d’arguments fallacieux dans la propagande, on découvre toutefois rapidement qu’il souffle le chaud et le froid quand on lit, sous sa plume, qu’il importe de faire éprouver à l’opinion « l’impression voulue, le plus souvent à son insu », et que notre démocratie « doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider ». Comme disait l’autre, ils veulent notre bien et ils vont l’avoir.

On peut, donc, se scandaliser, mais il faut néanmoins reconnaître que, quoi qu’en dise la propagande, justement, c’est souvent ainsi que nos démocraties fonctionnent. Bernays, sur un point, a raison : la propagande est là pour de bon. Il s’agit de n’en être pas dupe et, pour cela, de développer inlassablement deux outils dignes de l’idéal démocratique non détourné : une école gratuite qui enseigne de solides rudiments d’esprit critique et un journalisme indépendant de qualité. Cela a l’air peu, mais ce peut être beaucoup.


Propaganda - Comment manipuler l'opinion en démocratie, Edward Bernays

1. Organiser le chaos.
La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.
(...) Les techniques servant à enregimenter l'opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente."

2. La nouvelle propagande.
Il n'en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l'interêt égoïste avec l'interêt public est le ressort du progrès et du développement des Etats-Unis. Seule l'énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population toute entière à prendre connaissances des idées nouvelles et à les appliquer. Des petits groupes sont ainsi en mesure de nous faire penser ce qu'ils veulent sur un sujet donné. En règle générale, cependant, toute propagande a ses partisans et ses détracteurs, aussi acharnés les uns que les autres à convaincre la majorité."

3. Les nouveaux propagandistes.
Si l'on entreprenait de dresser la liste des hommes et des femmes qui, de par leur position, sont ce qu'il faut bien appeler des "faiseurs d'opinion", on se retrouverait vite devant la longue kyrielle des noms recensés dans le Who's Who. (...)
Et si, selon la formule consacrée, tel candidat à la présidentielle a été "désigné" pour répondre à "une immense attente populaire", nul n'ignore qu'en réalité son nom a été choisi par une dizaine de messieurs réunis en petit comité. (...)
Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d'êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leurs sont dictées par d'habiles personnages agissant en coulisse.
Plus important encore, nous ne réalisons pas non plus à quel point ces autorités façonnent à leur guise nos pensées et nos comportements. (...)
L'apparition de formes d'activité jusqu'alors inconnues appellent un renouvellement de la terminologie. Le propagandiste spécialisé qui se fait l'interprête des projets et des idées auprès de l'opinion, et des réactions de l'opinion auprès des architectes de ces projets et de ces idées est ce qu'il est convenu d'appeler un "conseiller en relations publiques".


Lire sur agoravox : la fabrique du consentement ou comment passer du citoyen au consommateur

ROBERT BARANY

PRIX NOBEL 1914
BIO
PORTRAIT


Robert Bárány (1876-1936),
Prix Nobel de physiologie-médecine en 1914 pour «ses travaux relatifs à la physiologie et à la pathologie de l’appareil vestibulaire (organe de l’équilibration) ».

Robert Bárány a poursuivi ses études médicales à l’Université de Vienne. Il s’est spécialisé en maladies internes et en neuropsychiatrie à des universités allemandes avant d’entamer une carrière de praticien dans une clinique d’otologie viennoise. Ce sont ses examens cliniques et expérimentaux commencés là-bas qui ont servi de base à ses recherches ultérieures lui valant finalement le prix Nobel.
Une simple expérience clinique a, en effet, attiré son attention sur l’organe d’équilibration logé dans l’oreille interne. Lorsqu’il effectuait des rinçages d’oreilles, ses patients étaient souvent pris de vertige. Il est apparu que le vertige était en relation avec la température de l’eau utilisée. Tiède, elle ne provoquait pas de vertige, tandis que froide ou trop chaude elle pouvait le faire. C’est la température moyenne de 37 oC de la lymphe circulant dans les canaux de l’oreille interne qui expliquait ce phénomène. Sous l’effet d’un quelconque changement de température,plus froide ou plus chaude, ce liquide remplit des canaux différents et provoque ainsi une sensation de vertige. En fait c’est notre perception relative à la position de notre corps qui est troublée et ce trouble se signale par la vibration des globes oculaires (nystagmus).
Ce phénomène correspond à un mécanisme de réflexe physiologique,appelé réaction calorique de Bárány. Son absence est pathologique, car elle indique la propagation des processus maladifs (surtout les inflammations) de l’oreille vers les canaux semi-circulaires.Le processus physiologique est également en lien avec les symptoˆmes du mal de mer.
Toute l’activité de Bárány s’est en fait déroulée à la lisière de l’otologie et de la neurologie. Il y avait plusieurs médecins parmi ses descendants. L’un de ses petits-fils,Anders Bárány, a choisi la carrière de physicien et, en tant que secrétaire du Comité Nobel de physique, il a participé à l’attribution de nombreuses
distinctions.
mfa gov hu

Il a servi comme chirurgien civil dans l'armée autrichienne pendant la Première Guerre mondiale et fut capturé par les Russes. Lorsqu'on lui attribua son Prix Nobel de médecine en 1914, il était prisonnier de guerre. Il fut libéré en 1916 après des négociations diplomatiques menées par le Prince Carl de Suède et la Croix-Rouge. Il put alors participer à la cérémonie de remise du prix Nobel en 1916. De 1917 à sa mort, il fut professeur à l'université d'Uppsala

Dans les dernières années de sa vie, il s’intéresse beaucoup au problème de la Palestine et il lègue sa bibliothèque à la Librairie Nationale de Jérusalem.

ARTHUR SCHNITZLER


VIDEO
PORTRAIT
CITATION
BIO


"Dans le tragique, l'esprit humain, aussi loin qu'il descende, finit toujours par toucher le fond ; dans l'humour jamais."

"Il est bien à plaindre celui qui ne vit pas sa vie, mais son autobiographie."

"Il est tellement facile d'écrire ses souvenirs quand on a une mauvaise mémoire."



Ecrivain et critique, Arthur Schnitzler suit très tôt les traces de son père, grand médecin juif, et étudie la médecine et la psychiatrie à l'université de Vienne. Sigmund Freud devient l'un de ses amis et, sensible à sa plume, le pousse à écrire
En 1933, Goebbels organise des autodafés à Berlin et dans d'autres villes. Les ouvrages de l'artiste autrichien, comme ceux de nombreux intellectuels juifs, partent en fumée. Les oeuvres d'Arthur Schnitzler ont suscité beaucoup de controverses, principalement à cause de la description qu'il y fait de la sexualité. Il a, longtemps après sa mort, été qualifié de pornographe evene

Né à Vienne le 15 mai 1862
Décédé à Vienne le 21 octobre 1931

lunch.free
Comme Maupassant, Schnitzler me semble sous-évalué. Plus précisément, on le reconnaît généralement comme un grand écrivain, mais on le cantonne au rayon des écrivains « psychologisants » ou « psychanalytiques »: quelque part entre Zweig, Maugham et Saki. Or malgré toute la sympathie qu'on peut éprouver pour ceux-ci, il me paraît évident que Schnitzler est d'une autre trempe littéraire : celle d'un Musil ou d'un Broch, pour rester en Autriche.

Certes, Schnitzler sait raconter la folie d'une façon particulièrement convaincante : l'hystérie (Mademoiselle Else) ou la paranoïa (L'appel des ténèbres) par exemple. Impossible de ne pas frissonner en lisant ces récits qui se penchent sur la folie aussi loin que peut le faire un homme sain. Schnitzler, je ne le nie pas, est un des grands écrivains de la folie, comme Poe, Maupassant, ou Dostoïevski.

Freud dans une lettre à Schnitzler : « Si je vous ai toujours évité, c'est par une sorte de crainte de rencontrer mon double. » Cette présentation de Schnitzler comme un « explorateur de l'âme humaine », on la connaît par coeur. Elle n'est pas fausse, mais elle est terriblement réductrice. Dans les années 1970, une telle citation était un véritable laissez-passer, un passeport pour la gloire : vous pensez, le double de Freud ! J'ai bien peur qu'aujourd'hui, et de plus en plus à l'avenir, cette citation ne fasse plus de tort que de bien à Schnitzler...

Der Weg ins Freie : littéralement, Le chemin à découvert ou Le chemin vers le plein air. Traduction de D. Auclères : Vienne au crépuscule. Flucht in die Finsternis : Fuite vers les ténèbres. Traduction de D. Auclères : L'appel des ténèbres. Spiel in Morgengrauen : Jeu au petit matin. Traduction : Les dernières cartes. Traumnovelle : La nouvelle du rêve, ou La nouvelle rêvée (c'est d'ailleurs le titre de la nouvelle édition). Edition de D. Auclères : Rien qu'un rêve. Mon commentaire : Dominique Auclères prend pas mal de liberté avec les titres de Schnitzler. On ne peut pas dire que ses titres français soient des contresens, ou qu'ils ne soient pas bien trouvés (sauf pour Vienne au crépuscule). Mais pourquoi diable inventer un autre titre alors que Schnitzler en a donné un ? Du coup, je me demande ce que vaut vraiment la traduction. Je ne suis pas compétent pour juger par moi-même, mais j'ai l'impression que les germanistes feraient bien de mettre un peu leur nez sur le problème. Schnitzler mériterait une nouvelle traduction. Je suis d'ailleurs étonné de voir un texte (Docteur Graelser) traduit par deux personnes différentes dans mon édition (Le livre de poche, Biblio).

Der Weg ins Freie : dans ce roman on suit les hésitations d'un jeune pianiste brillant et paresseux. Roman formidable où le héros est à la fois irrésistiblement sympathique et insupportable. A un moment du récit, le héros se remet à jouer du piano après avoir arrêté pendant longtemps : il a l'impression que pendant cette interruption, son jeu s'est amélioré de lui-même, de façon souterraine en quelque sorte. Cette observation, tout pianiste amateur l'aura déjà faite ; tout pianiste amateur sait aussi que cette observation est une illusion : le sentiment de facilité est totalement superficiel. Cela résume bien à mon sens le mensonge dont se nourrit le héros : il se contente de l'impression de facilité que lui donne sa vie. En filigrane, on sent le vide qui envahit cette vie, le vide de la solitude et de la futilité.

Je n'arrive pas vraiment à comprendre ce que pouvait être la vie à Vienne en 1900 : l'avant-gardisme, les audaces intellectuelles d'une part, et le déclin de l'Empire, l'anti-sémitisme montant d'autre part. Vienne est la ville des scandales : Kokoschka, Klimt, Schönberg, Freud, tout le monde y fait scandale. Schnitzler aussi, bien entendu. Mais quand on lit La Ronde, cette piècette un peu niaise, on n'arrive pas à comprendre ce qui a pu tellement choquer la société viennoise de l'époque. En 1900, à Paris, on lisait Les Fleurs du Mal dans une version non censurée ! De même le scandale du Lieutenant Gustl est incompréhensible : qu'est-ce qui pouvait donc gêner l'Armée autrichienne ? Que Gustl ne se batte pas en duel ? Qu'il ne suicide pas ? Je finis par me demander si Schnitzler aurait autant fait scandale s'il n'avait pas été juif...

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvait être la vie au niveau le plus bas de la société ? Moi oui, souvent. Je ne suis pas membre du Jockey Club, mais j'arrive assez bien à m'imaginer la vie dans ces cercles-là. De ce côté-là, Proust ne m'apprend pas grand-chose. La vie d'une bonne d'enfants au début du siècle, voilà quelque chose de plus intriguant. C'est ce que raconte Therese. Une vie qui se déroule comme un long tunnel, éclairé, de loin en loin, par des petites lucarnes de bonheur. Un long tunnel de solitude et d'humiliation, de monotonie, d'inutilité. Schnitzler décrit ça sans aucun sentimentalisme, sans aucun misérabilisme. Il sait que dans la société dans laquelle il vit les femmes sont sacrifiées. C'est l'implacable répétition d'épisodes semblables, gris, informes. Malgré tout on est pris par cette lecture : on veut rester avec Therese, car on sent que dans son destin se joue un peu le sien. Le seul reproche que je ferais à ce roman est sa fin : elle n'est pas inintéressante, loin de là, mais elle est beaucoup trop lourde, elle déséquilibre tout le roman.

Mademoiselle Else et Lieutenant Gustl sont deux longues nouvelles qui utilisent la technique dite du monologue intérieur (stream of consciouness en anglais). Schnitzler a été l'un des premiers à utiliser cette technique1. Technique reprise ensuite par Joyce, notamment dans le fameux dernier chapitre de Ulysses, le monologue intérieur de Molly Bloom-Pénélope, dans son lit. Mais il est évident que l'utilisation qu'en fait Schnitzler est totalement différente de celle de Joyce. Moins novatrice, certainement, mais incontestablement plus spectaculaire. Le monologue de Molly Bloom achève une journée tout à fait ordinaire de sa vie. Molly Bloom est une dublinoise tout à fait ordinaire (quoiqu'un peu portée sur la chose, il faut avouer). C'est exactement le propos de Joyce : faire un roman épique sur des gens ordinaires. Il utilise le monologue intérieur pour opposer la force de la langue, de la parole, de la pensée, aux trivialités du monde. Mademoiselle Else et le Lieutenant Gustl ne vivent pas, eux, une journée ordinaire, bien au contraire. Ils vont se trouver face à face avec la mort, avec eux-mêmes. Schnitzler voit dans le monologue intérieur un moyen de dramatiser une situation déjà dramatique, de la rendre plus angoissante et poignante.

Le lieutenant Gustl est bousculé par un homme, un boulanger, à la sortie de l'opéra (miracle du monologue intérieur : on sait que Gustl s'est copieusement ennuyé pendant cette représentation, chose qu'il ne pourrait bien sûr jamais avouer publiquement). Cette bousculade est pour Gustl une terrible humiliation. Il doit donc se battre en duel pour sauver son honneur. Mais, on ne peut pas se battre avec un boulanger. Donc, Gustl doit se suicider. Gustl s'enferme dans ce syllogisme effrayant, absurde du début à la fin, et ne semble pas pouvoir en sortir. Ce qui est intéressant, c'est ce que ça montre de la confusion dans lequel ce jeune homme est perdu. Je suppose qu'à cette époque, même dans l'armée, le code de l'honneur, les duels, tout cela était déjà fossilisé et archaïque. Gustl n'a aucun sens de l'honneur, il essaie de se conformer à ce qu'il pense être le code de l'honneur, comme un étranger à un rituel qu'il ne comprend pas. On peut penser que Gustl en fait cherchait surtout un prétexte pour se suicider. Ce qui le désespère, ce n'est pas vraiment la perte de son honneur mais la prise de conscience qu'il n'aurait jamais le courage de se battre en duel. Ce qui, pour un militaire, est tout de même gênant. La fin (je me retiens de la donner) soulève encore plus d'interrogations : Gustl pense constamment au suicide, mais aurait-il réellement le courage de se suicider ?

La sexualité, chez Schnitzler, occupe une place importante. Surtout, il me semble que Schnitzler a été l'un des premiers à comprendre l'autonomie de la sexualité. La sexualité a sa logique propre, qui bien souvent vient se heurter aux autres logiques dans lesquelles l'individu se débat. Les pensées sexuelles surgissent à tout moment de la journée, hors de propos. La plupart du temps, elles restent enfouies dans notre intimité (je dis bien intimité et non inconscient), mais elles peuvent aussi nous amener à trahir ce que nous essayons d'être. Ainsi, Casanova s'abaisse à un stratagème indigne de lui pour posséder la fascinante Marcolina (Le retour de Casanova). Là encore, c'est à Ulysses de Joyce que je pense en lisant Schnitzler, plutôt qu'à Freud.

Je ne voudrais pas donner l'impression que toute l'oeuvre de Schnitzler est formidable. Comme je le disais plus haut, je n'aime pas tellement sa pièce La ronde. Je ne connais pas du tout le reste de son théâtre, qui est une part importante de son oeuvre. Parmi ses nouvelles, certaines sont écrites à la va-vite et sans subtilité. Malgré tout, rien que parmi les livres que je connais, j'ai trouvé assez de bonnes raisons pour faire de Schnitzler un de mes écrivains favoris

kuiv
Schnitzler, qui ose parler librement des femmes, de la sexualité,de l'antisémitisme, de l'honneur de l'armée et de son hypocrisie, des fantasmes de l'inconscient,de la pénombre des âmes, et cela avec une telle lucidité, déroute une société viennoise brillante,légère, frivole, qui dissimulait adroitement misère et mensonges sous les strass et les rires,parce qu'il lui renvoie sa propre image.

Mieux qu'aucun autre, il a su décrire, avec une grande lucidité, la matrice sociale dans laquelle prirent forme nombre des composantes de la subjectivité du XXème siècle : la culture morale et esthétique moribonde de la Vienne fin de siècle.
Schnitzler est l'auteur par excellence du passage d'un monde à l'autre, de celui du XIXème, qu'il décrit de façon satyrique avec ses hypocrisies et ses masques, à celui du XXème, qu'il annonce avec toute sa modernité, le monde où les instincts et
l'inconscient trouveront leur place.

STEFAN ZWEIG


PORTRAIT 1 - 2
SITE
DATE
CITATION
ECRIVAIN
BIO
SENAT
Le Joueur d'Echecs
AKADEM

Stefan Zweig (28 novembre 1881 à Vienne en Autriche - 23 février 1942, à Petrópolis au Brésil) écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.


STEFAN ZWEIG

OU LE COSMOPOLITISME HUMANISTE

par Karim Emile BITAR


"Toute ombre, en dernier lieu, est fille de la lumière et seul celui qui a éprouvé la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence, a vraiment vecu " Stefan Zweig


"C’est en Stefan Zweig que s’est incarnée, aux jours les plus sombres de la tourmente européenne, quand tout semblait détruit, la foi inaltérable en la communauté intellectuelle de l’Europe, la grande Amitié de l’Esprit, qui ne connaît pas de frontières." Romain Rolland


"Le monde ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède." Stefan Zweig


"La mort de Zweig pèse sur notre temps, précisément parce qu’elle a été non celle d’un romantique exalté ou d’un aigri, mais d’un sage. De même un stoïcien s’ouvrait les veines dans sa baignoire, parce qu’il ne voyait pas plus éloquente façon de protester contre les crimes du mauvais empereur." Jules Romains



Plus de soixante ans après sa mort, Stefan Zweig demeure l’un des écrivains les plus lus de par le monde. Certains sondages disent même qu’il serait le romancier le plus apprécié des 16-34 ans. Le succès populaire est conforté par l’estime que lui portent les critiques littéraires, ce qui est assez rare pour être souligné. Pourtant, certains clichés perdurent : un mondain superficiel, un écrivain de salon au sentimentalisme exacerbé, un grand dandy voyageur, un séducteur bourgeois, dernier représentant d’un monde aujourd’hui disparu, le Monde d’hier, celui de la Vienne des années 10, capitale des Arts et Lettres, du cosmopolitisme et de la légèreté : voilà ce que retiennent de Zweig les critiques pressés, soucieux de ranger définitivement dans une de leurs catégories poussiéreuses et préétablies un homme insaisissable. Sans doute les clichés ci-dessus mentionnés contiennent-ils une part de vérité, mais ils sont loin d’être suffisants pour comprendre un homme aux multiples facettes, un homme qui après avoir épuisé ses dernières forces et ses ultimes réserves pour faire passer son message de paix et d’humanisme, a décidé, le 21 Février 1942, dans la ville brésilienne de Pétropolis, de mettre fin à son existence, de rejoindre ceux qui ont refusé de vivre au temps de la barbarie et des ténèbres et qui ont choisi la nuit. Nous ne pouvons que nous incliner avec respect devant le choix qui fut le sien de mettre fin à ses jours. Il a payé de sa vie son allergie viscérale à toutes les formes de totalitarismes.



Essayer de comprendre Zweig, c’est certes se plonger dans les tréfonds de l’âme humaine, c’est revenir sur la page la plus noire du XXème siècle et de l’histoire des hommes, celle de la montée et des triomphes du totalitarisme hitlérien. Mais au-delà du fait que l’itinéraire de Zweig est emblématique de la situation d’une certaine élite intellectuelle européenne face au totalitarisme, si Zweig peut indéniablement nous aider à trouver des repères dans le monde embrumé dans lequel nous vivons aujourd’hui, c’est parce qu’il fut le plus brillant représentant d’un cosmopolitisme humaniste qui a aujourd’hui mauvaise presse, alors que ressurgissent les nationalismes de toutes sortes qui se plaisent à fustiger les « élites mondialisées », et aussi à l’heure où certains penseurs « post-modernes » ne cachent plus leur hostilité à la notion même d’humanisme. Revenir sur la jeunesse de Zweig, c’est tenter de faire revivre un monde où l’émotion, l’intelligence, la finesse, le désir d’harmonie auraient leur place.



Issu d’une famille d’industriels Juifs aisée, habitant les quartiers chics, Zweig a une jeunesse de dilettante. Intellectuel, mélancolique, rêveur, esthète, sa fortune familiale lui permet de vaguer et de consacrer son temps aux nourritures spirituelles, à s’enivrer des mélodies de Johan Strauss et d’Arnold Schönberg, à lire Goethe, Schiller, Rainer Maria Rilke et les romantiques germanophones. Millionnaire, le père de Zweig n’est par pour autant un arriviste prétentieux. Distingué, modeste et discret, il apprécie la sensibilité et les penchants littéraires de Stefan. L’enfant rappelle curieusement le Marcel Proust de La Recherche, attendant dans sa chambre, un livre à la main, le baiser maternel. L’adolescent viennois passe des après-midi entières dans les cafés à la mode, comme le Beethoven ou le Griensteidl, où l’on tenait à la disposition des clients la presse nationale et internationale, que Zweig dévore quotidiennement, en buvant un chocolat chaud et avant de faire sa partie d’échecs. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger, même s’il conserve un certain recul que d’aucuns qualifieront de cynisme, mais qui n’était sans doute qu’une façon de se protéger, à la fois du monde extérieur et de sa propre sensibilité. Dans une Vienne multi-ethnique et multi-culturelle, mosaïque de communautés, il suit les cours de philosophie de l’Université locale, sans toutefois se poser de questions sur son identité. Juif, il n’a pas pour autant reçu d’éducation religieuse. Le problème de l’intégration ne se pose pas pour celui qui se considère comme un citoyen du monde, un homme libre, ouvert et tolérant, pur produit de la société viennoise de l’époque de François-Joseph.



Très vite atteint par la fièvre de l’écriture, il écrit des courtes nouvelles, dont les premières ne trouveront pas d’éditeur. Stefan n’a pourtant que 19 ans lorsqu’il publie Dans la neige, texte concis et fulgurant publié par le philosophe Martin Buber dans un journal dirigé par Theodore Herzl. Dans la neige retrace l’histoire d’une petite communauté juive du Moyen-Âge en lutte contre le fanatisme et l’intolérance, poursuivie par les « flagellants ». Cette nouvelle apparaîtra, un demi-siècle plus tard, comme une métaphore a posteriori, une préfiguration du nazisme. Ce n’est pas toutefois pas Dans la neige qui rendra Zweig célèbre, mais un petit recueil au titre évocateur Les Cordes d’argent. Le jeune dandy est encensé par les plus grands, dont Rilke, il révèle une sensibilité débridée et une maîtrise peu commune. Herzl lui ouvre alors les colonnes du plus prestigieux des quotidiens viennois, Neue Freie Press, dans lequel Zweig publie un feuilleton en première page qui consacre le jeune homme de 20 ans dans les milieux intellectuels de l’Empire.



Riche, célèbre, Zweig ne se départira jamais d’une certaine simplicité qui fait sa grandeur. Modeste, tolérant, il considère chaque être humain qu’il rencontre comme une fin en soi, le juge sur ses qualités profondes et non sur sa condition sociale. Sa sympathie naturelle, instinctive va à ceux qui souffrent, dans leur chair ou dans leurs âmes, ceux qui, pour une raison ou pour une autre, se retrouvent désespérés, cassés par la vie. Pour lui, ce qui compte le plus dans l’ordre humain, c’est précisément ce qui ne se compte pas, ce qui est invisible à l’œil nu, inquantifiable, hors de portée des statisticiens, ce qu’on ne voit qu’avec le cœur. Son insatiable curiosité amènera Zweig à consacrer sa vie entière au voyage et à la découverte. Non pas uniquement la découverte des Pays, villes et paysages, titre donné au recueil contenant ses carnets de voyage, mais d’abord et surtout à la découverte et l’âme humaine et de ses insondables mystères. Ses « années d’errance », comme il les appellera plus tard, le conduiront notamment à Paris et à Bruxelles. A Paris, il effectue une sorte de pèlerinage sur le chemin du poète qui l’a profondément ému, Paul Verlaine le torturé, l’écorché vif, l’homme des Romances sans paroles. Avec Verlaine, Zweig a en commun d’être un éternel flâneur, un esthète, un homme ayant toujours refusé de se départir de sa part de féminité. En Belgique, Zweig rencontrera Emile Verhaeren, dont il deviendra le biographe. Verhaeren est le prototype du poète au grand cœur, de l’écrivain débordant de chaleur humaine, exalté par les valeurs cardinales que sont l’amitié, la complicité, la fraternité. Le poète flamand est celui qui a transposé en poésie les mutations, les drames et les souffrances de la révolution industrielle. Zweig découvrira à travers lui la grandeur et la décadence de la modernité. Bien mieux que les volumineux ouvrages de Karl Marx ou de Kautsky, les poèmes d’Emile Verhaeren permettent de comprendre l’aliénation de l’homme moderne face aux nouvelles formes de travail et aux Villes tentaculaires.

Parmi les maîtres à penser, les maîtres à sentir, les maîtres de vie rencontrés par Zweig durant sa jeunesse et qui l’ont profondément marqué, il faut également citer Romain Rolland. A l’immense talent d’écrivain de l’auteur de Jean-Christophe vient s’ajouter un idéalisme que Zweig fera le sien. Au fil d’une correspondance qui durera plus de trente ans et dépassera les 800 lettres, Rolland transmet à son admirateur autrichien la conviction que l’Europe est en danger, qu’elle est condamnée à la déchéance si elle ne parvient pas à rassembler ses fils et ses filles, à les unir autour d’une vision d’avenir et d’une compréhension du passé. C’est l’Europe des Lettres, l’Europe de la Musique, l’Europe de la Culture qui doit venir à bout et terrasser l’Europe des nationalismes, des haines ancestrales, des clivages artificiels savamment maintenus en place par des gouvernants incultes et avides de pouvoir. A ces affinités intellectuelles avec Romain Rolland viennent s’ajouter de frappantes similitudes dans la personnalité. Les deux hommes ont en commun d’être de très grands sensibles, de croire aux forces de l’esprit, d’être des lecteurs boulimiques de livres et de revues. Et surtout d’être tout deux de grand rêveurs. « L’homme qui pense est un nain ; l’homme qui rêve est un géant », écrivait Hölderlin.



Pour ces européistes de cœur et d’esprit qu’étaient Zweig et Rolland, la première guerre mondiale est une épreuve éminemment douloureuse. Zweig s’était également imprégné au début des années 1910, des idées de nombre d’intellectuels pacifistes et antimilitaristes, notamment sa compatriote Bertha von Suttner, l’irlandais cosmopolite James Joyce ou encore Heinrich Mann, à qui nous devons L’Ange bleu. Lorsque la guerre éclate en Août 1914, Zweig est indigné par l’attitude de la bourgeoisie viennoise, qui continue de vaquer à ses occupations et témoigne d’une insouciance affligeante. Il tente de soulager autant qu’il peut les souffrances engendrées par la guerre en s’engageant dans une association caritative, la Croix Jaune et Noire. Contrairement à son ami Verhaeren qui, par dépit, verse dans le nationalisme, Zweig reste fidèle à ses idéaux. Il se plonge dans le travail et l’écriture. Il retrouve une lueur d’espoir lorsqu’il découvre Au dessus de la mêlée, superbe texte empreint d’idéalisme que son ami Romain Rolland lui envoie depuis la Suisse, exil helvétique qu’il emploie, sans grand succès, à mobiliser les écrivains et intellectuels européens pour que ceux-ci s’unissent et réclament ensemble l’arrêt des hostilités. Mais rares sont ceux qui, durant cette première guerre mondiale iront jusqu’au bout de leurs idées, rares sont ceux qui pour affirmer leur message d’humanisme et d’universalisme prendront le risque de se faire accuser de traîtrise et de défaitisme par les prétendus « patriotes » de leurs nations respectives. Et c’est précisément durant cette guerre que Zweig, celui que l’on accuse d’être un naïf, un doux rêveur inapte à comprendre les soi-disant vrais enjeux, ceux de la realpolitik et des rapports de force, témoignera de son extraordinaire lucidité et de sa clairvoyance. Il est le premier à réaliser et à écrire que la guerre de 14-18, loin d’être une de ces récurrentes et sempiternelles querelles entre voisins, allait bel et bien tourner une page dans l’histoire mondiale, en mettant un terme à ce que les historiens appelleront plus tard « l’apogée de l’Europe ». Dix-huit mois à peine à peine après le début de la guerre, Zweig pronostique que celle-ci, en tout état de cause, s’achèvera par une défaite de l’Europe toute entière, qui devra céder la place à ces nouvelles grandes puissances internationales que sont les Etats-Unis et le Japon. Zweig signale également les dangers du pangermanisme, notamment le risque pour l’Autriche de perdre sa spécificité et ses caractéristiques propres.

En 1917, Zweig quitte Vienne pour Zurich afin d’assurer la promotion de sa dernière œuvre, Jérémie, une belle parabole dont l’objectif était de souligner que si la guerre, dans toute son absurdité, peut tuer des hommes, elle ne pourra jamais venir à bout de l’esprit d’un peuple. Jérémie fut un énorme succès de librairie. Souhaitant l’adapter à la scène, il s’installe pour quelque temps en Suisse, où il retrouve une certaine joie de vivre, participe à la vie sociale et culturelle. Il rencontre à Zurich un bon nombre de révolutionnaires russes, qu’il s’échine à vouloir convaincre que le bolchévisme est une solution fallacieuse et ne pourra redonner sa liberté aux populations opprimées par le tsarisme. Il retrouve son ami Hermann Hesse, donne plusieurs conférences au cours desquelles il martèle inlassablement son message de paix. Après cet intermède helvétique, Zweig décide de faire un retour aux sources, de retrouver sa ville de Salzbourg, au charme inégalé.

Une fois la guerre terminée, Zweig s’éloigne quelque peu du registre de la Nouvelle et rédige une série d’essais biographiques, dans lesquels il s’efforce de rendre hommage à quelques hommes qui l’ont marqué, sur lesquels il s’est appuyé dans les moments difficiles. Ses talents de biographes se révéleront aussi impressionnants que l’art du nouvelliste. Il s’attaque aux plus grands, à ceux qui comme lui ont cherché à peindre par la plume la société de leur époque, à pénétrer un univers obscur et psychologique. De Balzac, il retiendra l’appétit débordant, appétit de vivre, appétit d’écrire, appétit de comprendre, de dépeindre, de démasquer les hypocrisies d’une société bourgeoise menée par l’ambition, le sexe, l’argent, une société pleine de mesquineries et de petitesses, empêtrée jusqu’au cou dans une implacable et affligeante médiocrité. Chez Dostoïevski, Zweig admirera non seulement le conteur, mais aussi et surtout celui qui a réussi à traduire en écrits l’abîme psychologique dans lequel peuvent s’enfoncer les hommes. Les frères Karamazov ne représentent-ils pas, chacun à sa manière, les grands courants de pensée qui au XIXème siècle mèneront l’humanité vers des gouffres ou des sommets ? Dans son texte sur le docteur Freud, Stefan Zweig révélera beaucoup plus de lui-même que de son célèbre compatriote. De fait, plusieurs thèses pourraient être écrites sur l’aspect psychanalytique de l’œuvre de Zweig, œuvre pénétrée par les thèmes de la souffrance morale, du refoulement, de la sexualité face à la morale bourgeoise. Dickens, quant à lui, fascinera Zweig parce que sa lucidité restera empreinte d’humanisme et d’espérance. Aucun des travers de la société ne lui échappe, mais ci et là surgit une lueur qui pousse à continuer le combat, incite à ne point désespérer et à jeter toutes ses forces dans la bataille pour un monde plus juste.

La suite de la vie de Zweig est mieux connue. On peut regretter qu’en 1941, cette lueur d’espérance qu’il appréciait chez Dickens n’ait pas été au rendez-vous, mais il ne nous appartient pas de juger son acte ultime. Toutefois, ce rapide survol de ses années de jeunesse nous amène à nous demander si Stefan Zweig ne serait pas aujourd’hui plus que jamais un écrivain moderne et un intellectuel on ne peut plus d’actualité, tant il est vrai que sa vie, son œuvre et son message semblent être la meilleure antidote à Samuel Huntington et au choc des ignorances abusivement qualifié de choc des civilisations.


ZWEIG ET LES JUIFS.cahiers delapoesie

Stefan Zweig est né en Autriche, à Vienne, en 1881 dans une famille bourgeoise juive. Son père, originaire de Moravie, avait fondé dans le nord de la Bohême, à l'âge de trente ans, une petite fabrique de tissus, qui devint peu à peu une entreprise importante. Sa mère est née Ida Brettauer, à Ancône, en Italie, dans une famille de banquiers suisses allemands.

C'est dans le journal autrichien, La Nouvelle Presse Libre, que dirigeait le théoricien du sionisme politique, Theodor Herzl. que fut publiée sa première nouvelle : La Marche dans la neige (1902), où il raconte l'histoire d'une communauté juive qui, sous la menace d'une horde d'agresseurs, doit fuir le ghetto de son village.

Quand Stefan Zweig organise en Allemagne et à Vienne une tournée de conférences et des lectures, il est admiré par les intellectuels juifs, alors nombreux en Allemagne, bien qu'il ne manifeste que peu d'intérêt pour ses propres origines juives. A partir de 1931, il ressent la prise du pouvoir par Hitler et la montée du nazisme comme un grand danger. Il réprouve violemment le nazisme dans sa correspondance mais ne s'engage pas officiellement malgré les pressions des autres écrivains, car il pense que son origine juive n'est pas la source de sa pensée dans ses écrits. Il refuse d'ailleurs d'être catalogué parmi les écrivains juifs. Il craint de s'exposer à un endoctrinement par une des factions sionistes ou antifascistes et de perdre ainsi sa liberté de pensée. Seule lui importe sa "liberté intellectuelle et personnelle", cette liberté à laquelle appelait Romain Rolland. Mais le refus de se laisser encadrer n'a aucune influence sur son amitié avec des Juifs. En novembre 1932, il s'est rendu en Alsace pour rencontrer Albert Schweitzer à Günsbach. En 1933, année où sa nouvelle Brûlant secret a été adaptée au cinéma, les nazis virent dans l'écrit et dans le film une provocation. Les livres du pacifiste et antimilitariste Stefan Zweig, considéré comme " juif " malgré tout, furent brûlés le 10 mai, à Berlin, à Munich, et dans d'autres villes, époque où de nombreux écrivains juifs se sont exilés. Zweig refuse toujours une prise de position officielle. En 1940, il a adhéré au " PEN Club européen " qui réunit dans certains pays européens ou à New York les écrivains émigrés, et il songe à son autobiographie où il décrit la Vienne et la Vienne juive, la guerre et la lutte pendant la guerre, l'ascension et la chute depuis Hitler, l'humiliation et la vie des "sans patrie".

MAX BROD


KAFKA
BIO
FICHE


Écrivain, philosophe, dramaturge, compositeur, Max Brod, sur la scène culturelle du demi-siècle passé, compte au nombre des personnalités les plus diverses que l'on connaisse. Pourtant sa réputation tient moins à l'œuvre qu'il laisse qu'au renom dont il jouit comme éditeur et interprète de Kafka


l'amitié de Max Brod restera pour Franz Kafka une constante de sa vie. Il lui confiera aussi ce qu'il a de plus précieux, les manuscrits de ses oeuvres. Il pousse sa confiance en cet ami jusqu'à lui demander l'impossible. Franz s'éteint en 1924, à l'âge de 41 ans. Dans son testament, dont Max Brod est l'exécuteur, il demande que ses oeuvres soient détruites. Il les considère comme insuffisantes et lacunaires. Et c'est pour la première fois que Max trahit son ami, mais c'est une noble trahison. Il refusera d'exécuter ce voeu sinistre et emploiera toute son énergie à reconstituer les oeuvres restées inachevées et à les préparer à l'édition. Il publiera, entre autres, les romans Amérique (1912), Le Procès (1925) et Le Château (1926). Apprécié d'abord par un cénacle d'intellectuels de langue allemande, les romans de Kafka seront découverts par les surréalistes français, puis par Camus et Sartre, avant de s'imposer dans les pays anglo-saxons. Le public allemand ne les redécouvrira que dans les années 1950 lorsqu'on procédera à la première édition des oeuvres complètes de Franz Kafka. La gloire de l'écrivain de Prague sera enfin universelle radio cz

né à Prague en 1884 — mort à Tel Aviv, Israël, le 20 décembre 1968

Les multiples talents de Max Brod
Par Václav Richter

Difficile d'énumérer tous les talents de Max Brod. Ecrivain, journaliste, critique, il était aussi un compositeur de talent, capable de comprendre jusqu'aux subtilités techniques du style des grands maîtres de la musique de son temps. Juif, il savait garder son objectivité face aux conflits nationaux, à la haine raciale. Il ne s'est jamais laissé convaincre que Prague et la Bohême étaient les lieux réservés à une seule culture, tchèque ou allemande, il était partisan et admirateur des différences. A son avis, c'est dans leur coexistence, dans leurs influences mutuelles que les cultures pouvaient trouver une nouvelle jeunesse,un regain de vie.

Max Brod est né à Prague, en 1884, dans une famille de juifs allemands. Son père était directeur de banque. En 1902, le jeune Brod s'inscrit à l'Université allemande de Prague où il étudie le droit et, au cours de la même année, il fait la rencontre sans doute la plus importante de toute sa vie - il se lie d'amitié avec Franz Kafka. Journaliste prolifique, témoin attentif de la culturelle pragoise de son époque, Brod ne se limite pas au cercle restreint de la culture allemande, il s'intéresse à tout ce qu'il juge important, sans préjugés de race ou de nationalité. Prague, ville tchèque, allemande et juive, est pour lui un lieu privilégié, un carrefour des cultures. Il refuse de rester dans le ghetto juif, il sort aussi du ghetto allemand et, en tant que journaliste, s'intéresse à tout ce qu'il juge digne d'attention. Etant lui-même écrivain et compositeur, il a un flair infaillible pour les oeuvres et les artistes de qualité. La postérité confirmera ses choix et ses prédilections dans la majorité des cas. Son propre oeuvre littéraire comprend surtout trois romans, Le Chemin de Tycho Brahé (1916), Rubeni prince des Juifs (1925) et Galilée en captivité (1948), réunis sous le titre Le combat pour la vérité. Il écrit aussi beaucoup d'oeuvres mineures, plusieurs biographies, dont celles de Kafka, de Mahler, de Heine. Il consacre, également, une étude biographique à l'écrivain tchèque, Karel Sabina, auteur du livret de l'opéra de Smetana, La Fiancée vendue, personnage controversé et très discuté dans le milieu culturel tchèque.

Pendant toute sa vie Brod s'adonne à la musique. Il met en valeur ses talents musicaux dans ses écrits et ses critiques. Il composera, aussi, un certain nombre d'oeuvres musicales qui n'atteindront pas la notoriété de ses oeuvres littéraires, mais n'en seront pas moins intéressantes. Lié étroitement avec Prague et la Bohême, il est pourtant obligé de quitter son pays, en 1939, pour fuir le danger nazi. Il saute dans le dernier train, accompagné de sa femme, et réussit à échapper aux bourreaux hitlériens. Son frère Otto n'aura pas cette chance et mourra, en 1944, dans le camps d'Auschwitz.
Réfugié en Palestine, Max Brod cherche le salut dans le travail. Il devient directeur de la troupe théâtrale "Habima" de Tel Aviv. Sa vie, pleine de travail et de combat, s'achèvera en 1968. Les grands moments, les péripéties et les avatars de son existence sont décrits avec une grande richesse de détails dans une autobiographie intitulée "Une vie combative", traduite entre autres aussi en français.
C'est lui qui découvre pour le grand public trois grandes figures de la culture du XXème siècle: Franz Kafka, Jaroslav Hasek, auteur du Brave soldat Chveïk et Leos Janacek. Son sens de la qualité et de la justice artistique lui dicte de révéler au monde ces génies, mais aussi de lutter infatigablement pour leur reconnaissance universelle. Aujourd'hui, lorsque la gloire de Kafka, de Hasek et de Janacek est une chose évidente, il faut donc rendre justice à celui qui a été le premier à les comprendre et à les aimer.


Max Brod avait le don extraordinaire de comprendre ce qui se passait dans l'âme des autres et de réveiller leurs confiance. Ce qu'il pratiquait dans le journal Prager Tagblatt était loin d'être la critique dans le sens classique du mot. Il cherchait toujours à comprendre, à aimer, à admirer, d'abord. Et il tâchait de passer son admiration au lecteur. On sentait qu'il n'y avait en lui ni de haine, ni d'ironie, on s'ouvrait à lui, on se confiait. La confiance de son ami Kafka devait être immense, parce qu'il lui a confié une grande partie de ses écrits, en lui ordonnant de les brûler après sa mort. Max Brod a promis, mais n'allait pas tenir cette promesse. Il a trahi son ami, a publié ses oeuvres et a fait d'un petit employé de banque, d'un juif inconnu de Prague, mort de tuberculose, un des plus grands écrivains du XXème siècle. Milena Jesenska, journaliste tchèque de talent, elle aussi amie de Kafka, adressait à Brod des lettres pleines de désespoir et de chagrin, car il savait l'écouter et la consoler. Leos Janacek, avec sa démesure habituelle, voyait en lui un messager venu confirmer ses aspirations artistiques. "C'était au moment juste que le poète est venu, comme un messager du ciel, écrit-il en réponse à une lettre de Brod, dans laquelle l'écrivain manifestait son admiration pour la musique du compositeur morave. "J'ai peur d'achever la lecture de ses paroles ardentes. J'en serais trop fier."


Dans un article consacré au compositeur Richard Strauss, Max Brod a résumé sa méthode critique. Quant on lit ces paroles, aujourd'hui, en connaissance de la vie de son auteur, on se rend compte que ces quelques phrases ne caractérisent pas seulement le rapport entre Max Brod et l'art, mais aussi ses rapports avec le monde, avec les autres humains. "Le principe même de ma critique, a-t-il écrit, est de sentir, c'est à dire d'élargir le plus possible mon propre monde spirituel par les qualités de l'artiste créateur et, quant à ses faiblesses, ne prendre conscience que des manques tout à fait flagrants. Tous ce qui est positif est pour moi la mesure de l'artiste."

MORITZ KAPOSI

MALADIE
SARCOME
DOSSIER
SK
whonamedit









Né le 23 octobre 1837 à Kaposvár en Hongrie ; décédé le 6 mars 1902 à Vienne (Autriche) important médecin hongrois et dermatologue, il a découvert la tumeur de la peau qui a reçu son nom.
Kaposi a été l'un des premiers à établir la dermatologie sur sa base scientifique de la pathologie anatomique.

Moriz Kohn KAPOSI
1837-1902
Médecin hongrois

Moritz-Kohn Kaposi est né le 23 octobre 1837 à Kaposvar en Hongrie, il commence ses études de médecine à Vienne en 1856 et, en 1861 il est nommé assistant de Ferdinand von Hebra, le célèbre dermatologue autrichien avec lequel il a travaillé de 1862 à 1867 et dont il épousera la fille.

En 1875, après la mort d'Hebra, Kaposi assume la chaire de son beau-père à l'Université de Vienne et, en 1879 il est nommé directeur de la clinique dermatologique et "Hofrat" en 1899.

Il a publié de nombreux ouvrages de dermatologie, dont "Pathologie und Therapie der Hautkrankheiten" qui a longtemps été un ouvrage de référence. L'un des principaux axes de ses travaux a été l'étude de la syphilis, ses lésions cutanées et sur les muqueuses, ainsi que l'étiologie et les traitements de cette maladie vénérienne. Il a également travaillé et apporté de nombreuses connaissances sur la dermatite herpétiforme (d'abord décrite par von Hebra), le "lymphoderma perniciosa" et le "lichen ruber moniliformis". Avec plusieurs collègues, il aurait fait une première description du lupus érythémateux (forme cutanée).

Il est mort le 6 mars 1902, à Vienne (Autriche).

Maladie de Kaposi
Connue depuis 1872 après sa description par Moritz Kaposi, son intérêt a été relancé par la découverte du sida, dont elle est un des éléments et qu’elle a contribué à individualiser. Le terme de maladie de Kaposi est préférable à celui de sarcome de Kaposi, car on ignore encore sa nature exacte.

Définition
Le sarcome de Kaposi est lié à l'infection par l'herpèsvirus humain 8 (HHV8). S'il existe sous des formes indépendantes du virus du SIDA, il se développe particulièrement chez les individus co-infectés par le VIH et l'HHV8. L'épidémie de SIDA a donc provoqué une explosion du nombre de cas de sarcomes de Kaposi, notamment dans les régions d'Afrique où l'HHV8 existe de façon endémique.

Différentes formes
Le sarcome de Kaposi fut décrit à la fin du XIXe siècle comme une maladie chronique très rare provoquant des tumeurs cutanées, surtout aux extrémités, chez des personnes âgées, en majorité des hommes, dans le pourtour du bassin méditerranéen (forme classique).Vers 1950, il fut remarqué en Afrique de l'Est, autour des Grands Lacs, où il apparaît comme une forme endémique de cancer survenant aussi, bien que rarement, chez l'enfant et l'adulte jeune : la maladie est plus sévère, parfois disséminée, touchant les ganglions et les viscères. Une troisième forme du sarcome de Kaposi fut ensuite décrite chez des greffés traités par des immunosuppresseurs (forme du transplanté). Depuis l'émergence de l'épidémie de SIDA, une forme épidémique de sarcome de Kaposi est liée à l'infection par le VIH : c'est aujourd'hui la forme prédominante. Les lésions sont souvent disséminées, au niveau de la peau et des viscères. Dans les pays occidentaux, elle est rare chez les hétérosexuels et les toxicomanes et touche principalement des homosexuels masculins ou des bisexuels VIH positifs. Actuellement, le sarcome de Kaposi épidémique, lié au VIH, est un des cancers les plus fréquents de l'Afrique centrale et du Sud (de 10 à près de 50% des cancers diagnostiqués dans certaines régions), et touche aussi bien les hommes que les femmes. L'explosion de cette forme est liée à la diffusion du VIH dans une population où l'HHV8 est très endémique.

medarus

Origine Juive de Kaposi: Né dans une famille juive, il portait à l'origine le nom de Kohn, mais après sa conversion au catholicisme il le changea en Kaposi en 1871, d'après la ville de sa naissance. On a donné pour raison qu'il voulait se marier avec une fille de celui qui occupait alors la chaire de dermatologie, Ferdinand Ritter von Hebra et faire carrière dans la société, ce qu'il n'aurait pu faire en restant juif. C'est improbable dans la mesure où il s'était marié avec Martha Hebra et converti au catholicisme plusieurs années avant de changer de nom, à une époque où sa position était déjà solide à l'Université de Vienne et où il était associé de près à von Hebra. Une explication plus vraisemblable, fondée sur ce qu'il a dit lui-même à ses collègues, est qu'il avait changé de nom pour éviter une confusion avec cinq autres médecins qui portaient le même à la faculté de médecine de Vienne. Les rumeurs sur la sincérité aussi bien de son mariage que de ses inquiétudes quant à son ascendance juive peuvent être dues à la jalousie professionnelle (Selon Guillaume Dubreuilh (1857-1935), premier professeur et président de dermatologie à Bordeaux : « On disait de Kaposi qu´il avait pris la fille de Hebra, sa maison, sa chaire et sa clientèle, laissant le reste à son beau-frère Hans Hebra. »)wiki

NACHMAN KROCHMAL


BIO
FICHE


Title page from Nachman Krochmal's Guide for the Perplexed of the Time


Nachman Krochmal publie en 1851 un Guide des égarés de notre temps qui tente d’offrir une alternative historico-philosophique à ce qui lui semble devoir être la dissolution du judaïsme

Nachman Krochmal (1785-1840), né en Galicie, il resta sa vie durant à Zolkiew. Son seul ouvrage Moreh nevoukhei ha-zeman, dont le titre est un rappel du grand œuvre du philosophe médiéval Moïse Maïmonide, le Guide des égarés, fut d’abord publié, à titre posthume par Leopold Zunz, puis réédité par Simon Rawidowitz, Kitvei Rabbi Nahman Krokhmal; The writingsof Nachman Krochmal, Ararat-Londres- Waltham, MA, 2e édition, 1961. monderusse


Krochmal et Rapoport surent découvrir et mettre en œuvre de nombreux matériaux, d’où ils tirèrent des informations précieuses pour l’histoire des Juifs. Leurs recherches eurent encore un autre avantage, elles encouragèrent plusieurs autres savants à entrer dans cette voie et suscitèrent entre eux une émulation féconde. Aussi suffit-il d’une trentaine d’années pour faire surgir le passé du judaïsme des décombres que les siècles avaient accumulés sur lui et pour le montrer dans son brillant éclat. Krochmal et Rapoport furent les fondateurs d’une nouvelle école, qu’on peut appeler l’école galicienne.

Nachman Krochmal (né à Brody en 1785 et mort à Tarnopol en 1840) rappelait, par son amour pour la science et son esprit critique, le savant Azaria di Rossi, qui vivait au XVIe siècle. Marié à quatorze ans, il s’établit à Zolkiev, où dominait encore, dans l’enseignement talmudique, la méthode polonaise. liais, en secret, il étudiait ardemment ta littérature hébraïque et lisait même des ouvrages de philosophie allemande, surtout ceux de Kant. Ces livres avaient pour lui l’attrait du fruit défendu, car les ultra orthodoxes et les Hassidim de Pologne interdisaient avec la dernière rigueur toute autre étude que celle du Talmud et de la Cabale. Il amassait ainsi dans son esprit, à côté de ses vastes connaissances talmudiques, des notions d’autres sciences, battant en brèche l’autorité du Talmud. Mais Krochmal n’était pas fait pour la lutte. De santé débite, il était très timide et évitait avec soin tout ce qui pouvait troubler sa tranquillité.

Pourtant, en rase campagne, là où il n’avait pas à craindre d’oreilles indiscrètes, il ouvrait les trésors de son savoir à quelques initiés. Ses disciples, familiarisés avec le Talmud et habitués, par conséquent, à deviner les plus obscures allusions, le comprenaient à demi-mot. Du reste, ses recherchés comme son enseignement furtif se distinguaient par une grande clarté. L’étude de la philosophie allemande avait imposé à son esprit une sévère discipline et l’avait habitué à une rigoureuse logique.

Krochmal se croyait des aptitudes toutes spéciales pour la philosophie, bien qu’il n’est produit rien d’original dans ce domaine. Mais il sut émettre des considérations philosophiques très profondes sur l’histoire, en général, et particulièrement sur l’histoire juive. Il indiqua la manière d’utiliser l’immense compilation talmudique au profit de l’histoire et de mettre en lumière des détails à peine perceptibles ou des traits à moitié effacés. Sans doute, les résultats de ses recherches n’offrent pas toujours une certitude absolue. Mais, grâce à son esprit sagace et à sa passion pour ce genre de travaux, il ne se trompa pas souvent. De plus, il inspira l’amour de ces recherches à ses disciples et les accoutuma à l’emploi de sa méthode. Bientôt, sa réputation s’étendit au delà des frontières de son pays, et la communauté de Berlin, malgré son antipathie pour les Polonais, l’appela comme rabbin. C’est qu’il était considéré comme un des principaux représentants de la science juive de cette époque et comptait en Allemagne de nombreux admirateurs.

Parmi les élèves de Krochmal, le plus doué et le plus brillant fut sans contredit Salomon-Juda Rapoport (né à Lemberg en 1790 et mort à Prague en 1867). Le disciple éclipsa même le maître. C’est que Rapoport eut, dès le début, le courage de publier ses découvertes, sans se laisser intimider par les menaces des obscurants ; il ne cessa d’opposer une fière vaillance à leurs attaques plus ou moins dissimulées. D’une affabilité séduisante, d’une humeur toujours souriante, spirituel sans la moindre méchanceté, Rapoport était partout accueilli avec une profonde sympathie. De bonne heure il sacrifia en partie l’étude du Talmud à la science et à la poésie. Il se sentait surtout attiré vers l’histoire juive, et le premier il fit connaître quelques-uns des principaux représentants de l’esprit juif. Il écrivit, en effet, coup sur coup (1829-1831) la biographie de plusieurs personnages historiques, sur lesquels il répandit une vive lumière, et fit ainsi mieux comprendre le judaïsme et son histoire intérieure.

Bien que Rapoport ne fût que l’élève de Krochmal, c’est pourtant à lui qu’on peut attribuer l’honneur du mouvement scientifique qui se développa si amplement dans le judaïsme. Le fleuve qui s’étend largement sous le ciel, transporte des navires et, en débordant, fertilise les terres voisines, a certainement plus d’importance que la source d’où part un petit cours d’eau coulant, à demi caché, sous le feuillage. Connu au loin par ses travaux, Rapoport fut nommé rabbin de Tarnopot et, peu après, grand rabbin de Prague.
Graetz


Un philosophe juif a proposé une réponse à la philosophie allemande et je terminerai sur sa réflexion qui réfute la vision hégélienne.
Nachman Krochmal est né en Galicie à l’époque de la domination habsbourg. Il appartient à la même génération que Hegel,celle qui suit immédiatement l’Aufklärung. Il représente un cas typique de cette génération. Il a reçu une éducation juive traditionnelle et c’est en autodidacte qu’il complète sa formation. Il a étudié :
« l’hébreu,l’arabe et l’araméen, l’allemand et le français.Il a appris l’histoire de
nombreuses nations et il a étudié la philosophie de Spinoza, Mendelssohn...Lessing et surtout Kant... Jusqu’à ce qu’il accède aux grands auteurs de notre temps, en particulier Schelling, Fichte et Hegel. »
Krochmal rédige Le guide des égarés de ce temps (Moreh Nevuheï Ha-Zman) qui est publié de façon posthume en 1851. Le titre situe directement l’auteur dans la filiation de Maïmonide10. Ce texte est une réponse à Hegel, et Avineri note : « [...] si Hegel s’était vanté d’avoir obligé la philosophie à parler allemand, on peut dire que Krochmal obligea la philosophie hégélienne à s’exprimer en hébreu. »
La structure du texte de Krochmal est effectivement hégélienne. L’auteur met Hegel face au judaïsme et cette confrontation est plus que jamais significative. Alors que la pensée chrétienne, et à sa suite la philosophie moderne, butte sur la question de la survie du judaïsme, pour Krochmal, elle revêt par elle-même une dimension philosophique.
« Krochmal développe sa philosophie de l’Histoire en reprenant ce que Hegel dit de la contribution juive à l’Histoire. Partant de là, il expose sa propre synthèse, assez inattendue,du judaïsme et de l’hégélianisme» Je ne suis pas certaine que cette « synthèse » dont parle Avineri soit si étonnante que cela, ni même qu’il s’agisse d’une synthèse.Étant donné l’importance du judaïsme dans la genèse de la philosophie de l’Histoire, soit dans sa profondeur historique, il est somme toute heureux qu’un juif renvoie Hegel à son incapacité d’expliquer la survie du judaïsme. Krochmal le fait dans le cadre philosophique hégélien, et sa démonstration n’en est que plus intéressante et convaincante.
Krochmal admet avec Hegel que la contribution juive à l’histoire universelle réside dans l’idée du monothéisme, mais il développe cette idée dans une direction originale. Alors que les contributions des autres nations à l’histoire universelle ont été d’une nature particulière,la contribution juive est de nature universelle. [...] la contribution juive, parce que de nature absolue et universelle, ne se
trouve pas liée par le temps ou par l’espace. Elle n’est pas sujette au va-et-vient du développement historique. Le contenu du judaïsme équivaut donc au contenu de la philosophie, à l’Idée.
Pour cette raison, les juifs réussissent à transcender le temps et le lieu.
Krochmal reprend la périodisation cyclique propre à la vision historique juive. Le point de départ du cycle historique contemporain est 1648. Une ère nouvelle a commencé, marquée par les Lumières et l’Émancipation. Néanmoins, le peuple juif ne se définit pas par un moment quelconque de sa propre histoire, mais bien par le fait qu’il « est capable de transcender la temporalité de l’Histoire ». Car,poursuit-il : « Les racines du peuple juif sont, comme celles de tout autre peuple, dans l’Histoire, mais [...] son telos transcende les temporalités et les externalités de la simple existence historique. Le peuple juif est ainsi am olam dans le double sens du terme en hébreu : un peuple universel aussi bien qu’un peuple éternel. »

L’essence du judaïsme est atemporel,parce que«les juifs eux-mêmes apparaissent comme les porteurs de l’universalité absolue. Les juifs, et non les nations du monde, sont réellement universalistes.Ce sont les non-juifs qui sont particularistes.
puq ca

CARL KOLLER


BIO
FREUD
DROGUES
LUTTE


L'anesthésie par cocaïne fut introduite par Carl Koller (1858-1944)



Carl Koller,le 14 septembre 1884,publia les premiers résultats de l’anesthésie locale, illustration de l’exploitation par les esprits de la vieille Europe des connaissances et traditions du nouveau monde !
Carl Koller, ophtalmologiste viennois, n’avait fait que mettre en pratique les conseils de son ami, l’éminent neurologue et analyste Sigmund Freud !
La cocaïne au contact de la sclérotique permettait une intervention pour cataracte sans douleur, à la grande satisfaction des patients.chu besancon


L’engouement du jeune Freud pour la recherche a commencé avec l’usage de la cocaïne sur sa propre personne, ce qui était une habitude fréquente dans la médecine d’alors, en vue de tester les propriétés d’un nouveau médicament. Les effets de la drogue étaient particulièrement faits pour plaire à Freud ; lui, qui se plaignait de ses céphalées et de sa neurasthénie, y trouvait un remède souverain. Freud utilisait la cocaïne sur et pour lui-même, mais aussi en vue de se faire un nom dans la communauté scientifique et trouver un moyen de reconnaissance symbolique.
Malheureusement pour lui, la reconnaissance scientifique revint à son ami d’étude Carl Koller qui découvrit l’action anesthésiante de la cocaïne sur l’oeil. Du jour au lendemain, Koller se fit une réputation internationale car, grâce à cette découverte, les interventions chirurgicales en ophtalmologie devenaient possibles. Freud fut très déçu d’avoir négligé cet aspect de la recherche et de voir le succès lui échapper. Déception renforcée par l’inconstance des résultats de sa recherche dans les applications thérapeutiques de la cocaïne, inconstance par trop liés à la subjectivité des effets de la drogue. Le décès de son collègue et ami Fleischl, dépressif et morphinomane, du fait d’une utilisation de la cocaïne excessive de la cocaïne prescrite par Freud comme analgésique et en injection sous-cutanée, achève sa désillusion.rvh synergie

cocaïne :Alcaloïde psychoactif extrait de la coca et pourvu de propriétés psychostimulantes dont l'usage peut donner lieu à dépendance.

Cocaïne mon amour ?
Longtemps cette substance a joui d'une image valorisante et valorisée dans l'imaginaire collectif à travers la littérature et les tendances culturelles,avec en prime la réputation d'une faible dangerosité qui a contribué à sa popularité.Cette lune de miel du " champagne des drogues " est aujourd'hui beaucoup plus relative : l'augmentation de la consomma-tion de cocaïne aux Etats-Unis dans les années 70-80 en a fait un phénomène de masse aggravé par l'irruption du crack dans les populations les plus précarisées.Désormais la cocaïne fait peur,en Europe et en France, avec la crainte d'une banalisation del'usage comparable au cannabis et d'un accroissement des consommations " dures " déjà observées en Guyane et aux Antilles avec le free-base/crack drogues gouv

SIEGFRIED MARCUS


SITE
BIO
1875. Voiture à benzine
HISTOIRE

Siegfried Marcus












Le véritable précurseur de l'automobile est le monocylindre quatre temps de l'Autrichien Siegfried Marcus construit en 1864.


Siegfried Marcus, le découvreur
par Claude Wainstain


Chronique publiée dans L’Arche n°519, mai 2001


Il est loin, le temps où tous les petits écoliers autrichiens savaient que Siegfried Marcus avait inventé l'automobile, dans ses ateliers de la Mariahilferstrasse, à Vienne, en 1870. Aujourd'hui, ce découvreur prolifique n'est même plus mentionné dans les encyclopédies. Comment expliquer une telle disgrâce? Au départ, sa biographie semble pourtant parfaitement classique: troisième fils d'un riche commerçant qui préside la communauté juive de Machlin, en Allemagne, il étudie la mécanique et l'électricité, deux domaines très en vogue à l'époque, et s'y montre aussi brillant qu'ingénieux, inventant dès son stage chez Siemens un relais télégraphique qui lui vaut une jolie prime. Puis, complétant sa formation à Vienne, il en profite pour améliorer un modèle de stéthoscope et doter le Palais impérial d'un ensemble très réussi de sonneries électriques. En 1860, à vingt-neuf ans, il fonde sa propre entreprise.


Très estimé par ses pairs, professeur particulier du prince héritier et fournisseur de la Cour et de la Marine, ce touche-à-tout génial va répondre aux commandes les plus hétéroclites: visionneuse pour lanterne magique, régulateur de bec de gaz, bouteille thermos, détonateur pour mines sous-marines, grille-pain, pistolet mitrailleur et même un couteau pour la chasse à la baleine destiné à l'expédition autrichienne au pôle nord. Au terme d'une vie entièrement consacrée aux recherches mécaniques, et trois doigts de la main droite perdus dans l'explosion de son atelier, il aura finalement déposé près de cent soixante brevets d'inventions.

Mais sa grande aventure, c'est l'automobile. Si son premier prototype, construit en 1864, n'est qu'un chariot à moteur qui roule sur quelques mètres, ses modèles ultérieurs sont déjà très perfectionnés. Celui de 1870, par exemple, malgré son aspect rustique, possède trois innovations déterminantes dues au génie créatif de Marcus: de l'essence comme carburant, un allumage magnétique à basse tension et un carburateur rotatif. Doté par surcroît d'un embrayage, d'une boîte de vitesses et d'une suspension "destinée à neutraliser les secousses dues aux explosions", l'engin chemine en pétarades cahotantes dans la campagne viennoise, soulevant la frayeur, l'étonnement et l'enthousiasme des passants et des édiles locaux. En 1898, l'Automobile Club d'Autriche organise une grande rétrospective avec Marcus comme invité d'honneur et son modèle de 1874 comme clou de l'exposition. Le précieux véhicule est ensuite confié au Musée technique de Vienne. Il y restera en vitrine pendant quarante ans, jusqu'à l'Anschluss.

En 1938, en effet, les nazis font irruption au musée avec une mission bien précise: faire disparaître l'automobile de Marcus. Mais celle-ci est introuvable. Des employés vigilants l'ont cachée et emmurée dans une des caves du musée, si bien qu'elle réapparaîtra, intacte, après la guerre. En revanche, plus trace des documents originaux, des brochures et des photographies des premiers modèles, ni même des dépôts de brevets à Berlin et à Vienne. Tout a été systématiquement éliminé. Plus de dates, plus de preuves, et, du coup, c'est le tricycle poussif construit en 1885 par les Allemands Benz et Daimler qui est sacré ancêtre de l'automobile. Scandalisées par tant d'injustice, des associations créées en Autriche et aux États-Unis veulent obtenir la réhabilitation de Marcus, et leur lobbying explique probablement l'apparition de ce timbre insolite, émis par le Cambodge le 5 mars 1999. Car sur le marché philatélique, lui aussi soumis aux impératifs de la mondialisation, tout s'achète et tout se vend, y compris les sujets des timbres. Et pas besoin de rouler des mécaniques: il suffit d'avoir un bon piston!

Les Juifs dans les timbres
CLAUDE WAINSTAIN



livreor.gif

Messages les plus consultés