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ABRAHAM BAR HIYYA


BIO
SAVASORDA
PORTRAIT
ETUDE
HISTOIRE



Abraham bar Hiyya
dit Savasorda
v. 1065-1136

Philosophe, Mathématicien, traducteur et astronome. Il a suivi des études à la cour arabe des Hudide à Saragosse. Installé à Barcelone, il y rédige ses ouvrages en hébreu à la demande des autorités juives de Provence. Il laisse des ouvrages de mathématiques, d'astronomie, des descriptions géographiques, une encyclopédie, des écrits philosophiques.


Abraham bar Hiyya Hanassi (Hébreu: אברהם בר חייא הנשיא Abraham fils de [Rabbi] Hiyya "le Prince") (1070 Barcelone, Espagne – 1136 Provence, France) était un rabbin, mathématicien, astronome et philosophe, également connu sous le nom de Savasorda (de l'Arabe صاحب الشرطة Sâhib ash-Shurta "Chef de la Garde"). Il vécut principalement à Barcelone.

Il diffusa l'équation du second degré en Occident, en des temps troublés où le savoir voyageait peu.

Il est également auteur de Higayon haNefesh (Logique de l'âme) et Meguilat HaMegualè (Le Rouleau du Révélateur), premiers ouvrages philosophiques rédigés en hébreu, bien que la théologie, l'eschatologie et l'éthique y soient plus abordés que la philosophie proprement dite.

Sa pensée emprunte à Aristote autant qu'à Plotin. Ainsi, il souscrit à la doctrine émanationniste, mais intercale un monde de lumière et un monde de domination entre Dieu et les substances spirituelles. Ses conceptions de forme et matière sont, quant à elles, aristotéliciennes, car ces principes ne peuvent exister que dans le monde corporel et non dans celui des substances simples.wiki

Abraham bar Hiyya (connu en latin sous le nom de Savasorda) a été éduqué et formé scientifiquement dans l'une des principautés arabes issues de la chute du califat de Cordoue, sans doute à Saragosse sous la dynastie hudide (1039-1118), dont plusieurs souverains furent des savants renommés. C'est toutefois à Barcelone, en pays chrétien, qu'il composa ses oeuvres originales en hébreu, à la demande pressante des dignitaires juifs de Provence, soucieux de mettre à la portée d'un public ne lisant pas l'arabe des ouvrages scientifiques de base. Nous lui connaissons deux compositions mathématiques: une encyclopédie scientifique (Yesodey ha-Tevuna u-Migdal ha-Emuna, Les fondements de la raison et le tour de la foi) et un ouvrage de "géométrie pratique"(Hibbur ha-Meshiha we-ha-Tishboret, Le traité de la mesure des surfaces et des volumes) , qui sera traduit en latin par Platon de Tivoli en 1145ufr

MOSHE CORDOVERO


PORTRAIT
RABBI
RAMAQ
BIOGRAPHIE











Rabbi Moïse Cordovéro (1522-1570) est une des plus hautes figures de la cabale de Safed. Dans le Palmier de Debora qui, très significativement, se présente comme un exposé éthique, il condense magistralement les grandes intuitions de la cabale. Les exigences qu’implique « la ressemblance à Dieu » qui est commandée à l’homme forcent la pensée cabalistique à exprimer, avec hardiesse et radicalité, sa plus intime parole. C’est que – et c’est là le message du livre –, le rapport à Dieu est en jeu concrètement dans le rapport au prochain.
Destiné à un large public, Le Palmier de Débora a été souvent reçu comme un guide de morale. Mais l’on se leurrerait à n’y voir que cet aspect. Ce petit livre est sans doute la percée éthico-métaphysique la plus franche de la pensée juive dans son ensemble, tant sa langue et son contenu mêlent de façon aiguë la plus haute mystique et la plus exigeante pratique.
La simplicité du texte, sa vibrante clarté est l’écrin qui recèle une profondeur de pensée rarement atteinte.verdier

1522-1570. Originaire de Palestine (Safed). Élève et disciple de Rabbi Yossef Caro, rabbin, juge, cabaliste et dirigeant de yéchivah, il est l’auteur d’ouvrages talmudiques et cabalistiques dont plusieurs sont encore manuscrits. Ses œuvres majeures, qui s’appuient en particulier sur une perspective dialectique quant au fonctionnement des Séfirot (Émanations), comprennent Pardés rimonim (Le verger des grenadiers), un essai de synthèse systématique des thèmes cabalistiques; Chih’our koma (Les qualifications infinies de D’ieu), un commentaire des parties anthropomorphiques du Zohar (Le livre de la Splendeur), un ouvrage cabalistique célèbre; Or néh’érav (Douce lumière) qui expose la méthode d’étude de la Cabale et de ses règles; Or yakar (Lumière précieuse), un commentaire sur l’ensemble du Zohar et d’autres textes caba-listiques; Tomer Débora (Le Palmier de Déborah), un traité d’éthique basé sur les référents cabalistiques et Séfér Guérouchin (Le livre de l’Expulsion).

ISAAC ABRAVANEL


I.ABRAVANEL
1492
DON ISAAC
INSTITUT
LIVRE
BIO
TEXTE
DECRET
SITE


Juif et homme d’état
(1437-1508)
Don Isaac ben Yehouda Abravanel, membre de la célèbre
famille Abravanel, est un homme d’état, philosophe,
commentateur biblique et grand financier juif.



Lorsque, vers 1506, presque au terme de sa vie, Abravanel rédige ses commentaires sur les quatre premiers livres bibliques, il a connu plusieurs fois la gloire et la fortune, puis la disgrâce et l’exil. Homme politique et financier des rois du Portugal, d’Espagne, de Naples, enfin des très puissants doges de Venise, il fut aussi l’ardent défenseur de sa communauté et, dans cette période qui connut l’expulsion des juifs, il œuvra avec une ténacité sans faille pour la sauvegarde de sa religion.
Grand commentateur du Guide des égarés de Maïmonide, son exégèse biblique s’appuie autant sur les maîtres de la tradition, le Talmud, le Midrach, que sur une connaissance très approfondie de la philosophie – d’Aristote notamment –, ainsi que des penseurs de l’islam Avicenne et Averroès.
Auprès de Maïmonide, Nahmanide, Juda Halévy, il est l’une des figures majeures du judaïsme ibérique médiéval. Son commentaire de la Bible est considéré comme un classique.verdier

(1437-1508). Originaire du Portugal (Lisbonne). Rabbin, talmudiste, philosophe et exé-gète, il fut également commerçant et hom-me d’État. Trésorier du roi du Portugal et accusé de complot, il se réfugia en Castille où il fut nommé collecteur d’impôts et administrateur de l’armée par le roi Ferdinand. Il participa au financement du voyage de Christophe Colomb. À la suite de l’Expulsion d’Espagne, après avoir lutté pour renverser la décision des rois catholiques, il décida de se réfugier en Italie où il occupa le poste de trésorier du roi de Naples. Chassé de cette ville, il mourut à Venise. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Mah’yéné Haychouh’a (Les sources salutaires); Yéchouh’ot Méchiho (Les secours du Sauveur); Machmiah’ yéchouh’a (Proclamation de la rédemption), tous trois sur le messianisme; H’atéret zékénim (Couronne des vieillards) sur la providence divine; Nifla’ot Élokim (Les merveilles de D’ieu); Mirkévét hamishné (Le second char), de nombreux commentaires bibliques; Chamayïm hadachim (De nouveaux cieux) sur la création du monde; Nahalat Avot (Héritage des Pères), un commentaire sur le Traité des Principes; Tsédék h’olamim (Justice éternelle) et Yémot h’olam (Les jours antiques). Son œuvre s’appuie sur une perspective politique et historico-théologique où domine une vision cataclysmique de l’Histoire. L’Expulsion d’Espagne est annonciatrice de la rédemption qui s’effectuera en trois phases: la vengeance de D’ieu sur les Chrétiens et les Musulmans, le retour des dix tribus d’Israël et la résurrection des morts.

Lire sur lamed : Texte de Don Isaac Abravanel
... En l'année de mizara Yisrael (" Celui qui a dispersé Israël " Jérémie 31, 9) [le nombre 252, c'est à dire 5252, ou 1492, est la valeur numérique (guematria) des lettres composant mizara note du traducteur], le roi de l'Espagne a conquis tout le royaume de Grenade ainsi que la grande ville de Grenade, fortement peuplée et très importante. Ésaü [le roi d'Espagne] s'est alors dit dans son cœur : " Comment remercierai je Dieu de m'avoir permis de remporter la victoire ? Comment témoignerai je ma reconnaissance à mon Créateur qui a livré cette ville entre mes mains, si ce n'est en faisant entrer sous Son aile le peuple qui marche dans les ténèbres, l'agneau dispersé d'Israël, et en faisant revenir à ma foi cette fille entêtée ? Si je n'y parviens pas, je les expulserai vers un autre pays, de sorte qu'ils ne vivront plus dans le mien et ne paraîtront plus devant mes yeux. "

JOSEPH IBN MIGASH

BIO
MAIMONIDE

"l'enseignement de cet homme émerveille tous ceux qui comprennent ses mots, et la portée de son esprit spéculatif de telle sorte qu'il pourrait presque être dit qu'il n'a jamais eu d'égal." Maimonide




מהדורה ראשונה של חידושי הר"י מיגאש על מסכת בבא בתרא, אמסטרדם, 1702


Rabbi Joseph Ben Meir Ibn Migash
1077-1141

Rabbi Joseph ibn Migash était connu pour être une des familles juives les plus nobles de l'Espagne. Son père, également appelé Rabbi Joseph, avait joué un rôle important à la cour royale de Grenade, en tant qu'un des associés de Rabbi Shmuel Hanagid. Pourtant la même catastrophe politique qui est arrivé au fils de ce grand homme, Rabbi Joseph Hanagid, a conduit Rabbi Joseph loin par la cour de Grenade à Séville, où il était bientôt encore l'un des favoris du calife.

Père de Rabbi Joseph, Rabbi Meir ibn Migash, était un homme de grande connaissance et influence parmi les membres de la Communauté juifs et non-Juifs. Le jeune Joseph a été donc élevé avec soin et éducation possible en ces jours. Il était seulement un jeune quand le Rabbi Yitzchok ben Al Fazi de Boruch, a identifié les dons de l'enfant et influencé son père illustre qu'il l'encourage à se concentrer exclusivement sur l'étude de Torah, promettant que son fils accomplirait de grandes choses. Ilm Migash, lui a envoyé Joseph, puis à peine quatorze années, à Lucena, en l'année 1091, où le disciple du temps, Al Fazi (RIF) de Rabbi Yitzchok, dirigé l'académie de Talmud. Ce disciple célèbre était le premier pour extraire les Halachoth (les décisions de loi) à partir de la discussion du Talmud, dans le travail monumental, connu après son nom, comme « Rif. » Il était également l'autorité principale et suprême entièrement identifiée sur toutes les questions de loi juive pour les centres juifs du monde. Rabbi Yitzchok a traité en ami l'enfant en bas âge comme si il était son propre fils, et lui a donné tout ce qu'il a eu et a su. Quatorze ans, jour et nuit, les deux ont étudié ensemble.

Quand le Rif a estimé que la fin de ses jours était venue, à l'âge mûr de quatre-vingt-dix ans, il n'a pas nommé les disciples plus âgés , ni son propre digne fils Jacob comme son successeur, mais a vingt-six ans Rabbi Joseph ben Meir de Séville. Dans le message au monde juif soyez acclamé son jeune disciple en tant que 11 un disciple dont aurait été exceptionnel même en jours Moshe Rabbeinu. « De même qu'être prévu, le monde large n'a pas su trop au sujet du jeune homme et n'a pas trouvé son rendez-vous inexact pour une position si éminente, précédemment tenu par son grand maître. Cependant, dans un à court terme le jeune disciple pouvait gagner le respect profond et l'identification mondiale des chefs juifs de la communauté, et il a été officiellement institué comme successeur de Rabbin Yitzchok Alfazi, comme tête de l'académie de Lucena, et avec elle, comme autorité suprême du monde juif. Rabbin Yehuda Halevi, le plus grand poèt juif, qui avait déjà écrit une poésie en l'honneur du mariage de Rabbin Joseph, a hurlé ce jour : « Aujourd'hui la main de la vérité est demeurée victorieuse, et la justice s'est tenue prêt son côté. . . . G-d Lui-même dans sa décision divine vous ont choisi. «

La grande confiance que le Rif saint a eue dans son disciple a été entièrement justifiée. Lucena est devenu le centre de l'étude de Talmud ; et les communautés juives de l'Europe, aussi bien que de Babylone et l'Egypte, ont invité ibn Migash pour décider leurs problèmes religieux et communaux. Le jeune disciple avait acquit une grande popularite, comme nous pouvons voir de Yehuda Halevi : « Les chercheurs de Torah ont erré de ville en ville pour apprendre la loi. . . . Allez chez Joseph, dit une voix divine ; Il te dira la manière appropriée. « Parmi les milliers d'étudiants qui ont suivi cet appel était Rabbi Maimun, - le père de Rabbin célèbre Moshe ben Maimun, le saint Rambam. Il est devenu l'un des grands disciples de Rabbi Joseph, et il était un admirateur ardent de son professeur. Il a imprégné son propre fils avec son respect et admiration pour le travail de ibn Migash , qui parle de lui avec la plus grande possible vénération : « L'étude de Talmud de l'homme stupéfie chacun qui comprend ses mots et la profondeur de son esprit profond. Son égal n'a peut-être jamais existé. «

Sans compter qu'enseigner beaucoup de générations de futurs disciples, et sans compter que répondre aux milliers sur des milliers de questions au sujet de l'interprétation de, la loi juive, Rabbi Joseph ben Meir a écrit un commentaire sur le Talmud. Malheureusement la plupart des manuscrits ont été perdues pendant les siècles de l'agitation et de la persécution en Espagne. Cependant, le commentaire sur deux Mesichtoth (le baba Bathra de tractates et à Shavuoth) qui ont été préservés, montrent comment grande est la perte du travail absent. Pour eux sont pleins de la connaissance la plus profonde, qui est presque encyclopédique, des divers sources et développement de Halachah. Il essaye toujours d'entrer dans la signification des divers avis du Tanaim et Amoraim, et base ses propres décisions sur les sources les plus fiables. Beaucoup du Halachoth du « RI Migash » sont contenus dans le « Pe'er Hador » du Rambam, dans le « Baal Hama'or » du jeune disciple éminent Rabbi Zerachya Halevi de Gerona, et dans la collection célèbre « Shitah Mekubetzeth » de Rabbi Betzalel Ashkenazi. Tous ces fragments du travail spirituel monumental de ibn Migash démontrent 'de ses dons étonnants. Pourtant en même temps ils soutiennent les marques de sa modestie et le respect pour les avis d'autres.

Quand Rabbi Joseph ibn Migash est mort (le 30ème jour de Nissan, 4901) à l'âge de 64ans , là n'étaient personne à faire un pas dans son endroit éminent. Le centre de l'étude de Talmud s'est déplacé d'Espagne au nord en France et en Allemagne, où Rashi et ses successeurs ont créé leurs travaux principaux de Talmud.
chabad


Lire : LES JUIFS PARMI LES ARABES ET LES CHRÉTIENS :
Bases pour la cohabitation d’aujourd’hui

Jésus Peláez

Professeur à l’Université de Cordoue

BARTOLOME DE LAS CASAS

PORTRAIT




Héraut de la lutte pour les droits de l’homme et défenseur incontournable de la cause des Indiens d’Amérique latine


Bartolomé de Las Casas par C. Brumidi (1876).

Il sera la 'mauvaise conscience des conquistadores'


"Dieu m'a élu pour faire apparaître et vouer à l'exécration la mortelle pestilence de l'oppression exercée sur les indiens ; et il me donna à cet effet une résolution et une persévérance à toute épreuve"biblio domuni


D’ascendance juive, l’espagnol Bartolomé de Las Casas est célèbre pour le soutien qu’il apporta aux indiens du nouveau monde contre l’oppression brutale des conquérants espagnols.

Un «nouveau chrétien» au secours des Indiens d’Amérique
Bartolomé de Las Casas (1474-1566)

Bartolomé de Las Casas est né à Séville en 1474. Il est issu d’une famille juive contrainte à l’apostasie et à la conversion pour échapper aux persécutions.
• En 1503, il acquiert une Encomienda dans le nouveau monde (propriété attribuée à un Espagnol sur les terres indigènes et sur les habitants qui y sont rattachés.)
• Entre 1506 et 1510, il se fait ordonner prêtre et devient dominicain en 1522.
• A partir de 1514, Las Casas réagit contre l’application du Requerimiento qui attribue aux conquistadores des droits exorbitants sur les Indiens. Il s’engage alors dans une lutte de cinquante ans en faveur de ces derniers durant lesquels il fera plus de quatorze voyages entre les deux continents.

La Controverse de Valladolid (1550)
• Elle se tint en présence d’un Légat du Pape et opposa Bartolomé de Las Casas et le philosophe Sepulveda sur la question de l’appartenance des Indiens d’Amérique à
l’humanité.
• Le verdict du Légat fut prononcé en faveur de B. de Las Casas à savoir que les Amérindiens ont bien une âme.
• Bien que mal acceptée par les conquistadores, cette décision devint la position officielle tant de Charles Quint (1500-1558) que de l’Eglise catholique.
akadem



Fray Bartolomé de Las Casas
(Séville 1472 – Madrid 1566)
Fils d’un modeste marchand de Tarifa, Bartolomé de Las Casas est né à Séville en 1472. Il suit des cours de latin et de sciences humaines avant de partir pour Hispaniola avec l’expédition dirigée par Nicolás de Ovando en 1502. C’est ainsi que Bartolomé perpétue la tradition familiale puisque son père avait participé au second voyage de Christophe Colomb.

Sur Hispaniola (La Española) il obtient une « encomienda » d’indiens, se consacrant dans un premier temps aux travaux agricoles, puis sera ordonné prêtre en 1510, le premier en Amérique.
Les postulats dominicains opposés à la « encomienda », en raison des abus commis envers les indiens, ne parviennent cependant pas à changer l’opinion de Fray Bartolomé qui dépend cette institution.

Avec Pánfilo de Narváez il rejoint Cuba où il reçoit la charge de chapelain et une « encomienda » d’indiens qu’il envoie travailler dans les mines d’or et les champs.

Mais peu à peu, Bartolomé de Las Casas prend conscience de l’injustice du système de la « encomienda » et décide de la combattre. Il considère que les seuls propriétaires du Nouveau Monde sont les indiens et que les espagnols ne doivent y aller que dans le seul but de convertir les indigènes.

Cette prise de conscience l’amène à rejeter toutes ses « encomiendas » et à commencer une campagne pour la défense des indiens, démontrant les aspects négatifs des « encomiendas ».
Son projet est adressé en premier au roi Fernando et ensuite au cardinal Cisneros, qui le nommera « Protecteur des Indiens » en 1516.

A la mort du cardinal, Fray Bartolomé de Las Casas poursuit sa tâche avec le nouveau roi, Carlos I (Charles Quint).

Les abus des fonctionnaires sont dénoncés publiquement, ce qui lui vaut l’inimitié de nombreux administrateurs, plus particulièrement de membres du Conseil des Indes, présidé par l’évêque Juan Rodríguez de Fonseca.

L’idée de Las Casas est une colonisation pacifique des terres américaines par des paysans et des missionnaires. C’est dans ce but qu’il se rend en Amérique en 1520, où Carlos I (Charles Quint) lui concède le territoire vénézuélien pour mettre en pratique ses théories.

La nouvelle formule est expérimentée avec peu de succès car pendant une absence de Bartolomé de Las Casas, les indiens en profitent pour massacrer un bon nombre de colons. Le désastre de l’expérience de Cumaná va motiver son entrée dans l’ordre des Dominicains, commençant une retraite qui va durer 16 ans.

Ce temps ne réussira pas à étouffer ses théories contre la « encomienda » et l’esclavage des indiens. Curieusement, Fray Bartolomé restait en faveur de l’esclavage des noirs.
Il continue donc de soutenir que toutes les guerres contre les indiens sont injustes, affrontant les autres théologiens, dont fray Francisco de Vitoria.

A plusieurs occasions il sollicite l’autorisation de ses supérieurs pour aller défendre ses idées devant le Conseil des Indes. Mais l’échec de Cumaná l’a discrédité.

En 1535, il part vers le Pérou mais son bateau fait naufrage près des côtes du Nicaragua où il affronte le gouverneur Rodrigo de Contreras en dénonçant l’envoi d’esclaves indiens au Pérou.

L’année suivante, il se rend au Guatemala pour continuer sa lutte et mettre en marche un projet de conquête pacifique nommée la "Vera Paz". Entre 1537-1538 la christianisation de la zone est obtenue de manière pacifique, remplaçant la "encomienda" par un tribut payé par les indiens.

En 1540 il revient vers la péninsule, convaincu que c’est à la Cour d’Espagne qu’il faut gagner la bataille en faveur des indiens.
Deux ans plus tard, le Conseil des Indes écoute les théories de Las Casas, discours qui fera grande impression sur Carlos I. Le 20 Novembre 1542 sont publiées les « Leyes Nuevas » (Nouvelles Lois) qui restreignent les « encomiendas » et l’esclavage des indiens.

C’est à cette époque que Fray Bartolomé de Las Casas écrit son œuvre principale : la "Brevísima relación de la destrucción de las Indias" (Très brève relation de la destruction des Indes), dans laquelle il accuse les découvreurs du Nouveau Monde de tous genres de crimes et d’abus.

A sa parution, l’œuvre est considérée comme scandaleuse et exagérée. Elle est publiée illégalement en 1552 et obtiendra beaucoup de succès au cours du XVII ème Siècle, devenant une référence lors de la "Légende Noire" contre l’Empire Espagnol.

En 1543 Las Casas renonce à l’évêché de Cuzco mais accepte celui du Chiapas où le roi d’Espagne lui demande de mettre en pratique ses théories.
Sa venue au Chiapas n’est pas très chaleureuse, considéré par les colons comme le responsable de la parution des "Leyes Nuevas" (Nouvelles Lois ).

Sur les terres américaines il écrit un « manuel de confession » où il prévient qu’avant toute confession, le pénitent devra libérer les esclaves qu’il aurait en sa possession. Ces mesures vont être à l’origine de nombreux troubles qui, en 1546, l’obligent à s’en aller à Mexico où il continuera la même politique.

Ses doctrines sont rejetées par une junte de prélats. Ce rejet unanime le conduit à s’embarquer à Vera Cruz pour l’Espagne. Il se retire au couvent de San Gregorio à Valladolid.
Au cours des années 1550-1551 ont lieu d’importantes discussions sur la légitimité de la conquête entre Las Casas et Juan de Ginés Sepúlveda, dont le second sortira vainqueur.

Fray Bartolomé de Las Casas renonce à son évêché et meurt à Madrid en 1566.americas fr


Sur akadem : Judaïsme et philosophie politique moderne

Emergence des droits de l'Homme

Blandine Kriegel, Professeur à Paris X-Nanterre, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études

L'Institut Universitaire d'Etudes Juives-Elie Wiesel


On n'oubliera pas aussi de mentionner le marrane Jean Bodin (1529 ou 1530-1596), philosophe, juriste et économiste français, théoricien de la monarchie absolue qui a apporté une importante contribution à la philosophie politique au XVIe siècle.
Et bien sur l'autre grand marrane Michel de L'Hospital (1505-1573) Conseiller au Parlement de Paris, ambassadeur au concile de Trente, surintendant des finances et enfin chancelier de France. Il s'employa de toutes ses forces à calmer les haines religieuses et arrêter l'effusion du sang.

MICHEL SERVET


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Médecin et théologien espagnol
Il est le premier à entrevoir le système de la circulation sanguine (près d'un siècle avant l'Anglais Harvey).

Par sa mère, il descendait de juifs convertis de la région de Monzón



Villanueva de Sigena , Aragon, 1511 ? -Genève, 1553

Michel Servet


Médecin et théologien espagnol
En espagnol Miguel Servet , ou Miguel Serveto ou encore Miguel de Villanueva. Michel Servet vint étudier le droit à Toulouse, puis voyagea et rencontra certains des réformateurs les plus importants de son temps : Oecolampade, Bucer, Melanchthon. Il s'intéressait à l'anatomie, à l'astrologie, ou encore à la géographie ; il exerça le métier d'imprimeur, et on lui doit une édition de la Géographie de Ptolémée. En anatomie, il découvrit la circulation pulmonaire ou petite circulation. Il publia de nombreux ouvrages de théologie, dont Restitution du christianisme.

Alors qu'il se trouvait en France, à Vienne, où il se faisait appeler Michel de Villeneuve, Servet fut dénoncé par un Genevois, Guillaume de Trie, à l'inquisiteur catholique Mathieu Ory. Des poursuites furent engagées contre lui ; les preuves furent cependant jugées insuffisantes, et l'inquisiteur demanda des documents plus explicites. Sur la demande de De Trie, Calvin fournit à l'Inquisition certaines des lettres que Servet lui avait envoyées.

En avril 1553, un procès fut engagé, mais Servet parvint à s'évader - il fut condamné par contumace et seule son effigie fut brûlée. Il passa à Genève, où il pensait peut-être pouvoir se joindre aux opposants à Calvin ; reconnu, il fut aussitôt jugé, et condamné à être brûlé vif. Il fut supplicié le 27 octobre 1553


La doctrine de Servet
Servet fit connaître sa doctrine d'abord dans De Trinitatis erroribus (Des erreurs de la Trinité, 1531), où il voulait montrer l'absence de fondement du dogme de la Trinité - il niait que l'Esprit fût un être distinct -, idée qu'il poursuivit dans Dialogorum de Trinitate libri duo (Dialogues sur la Trinité, 1532). Son ouvrage majeur est Christianismi restitutio (Restitution du christianisme, 1553), dont il avait envoyé à Calvin une version manuscrite dès 1546 ; le titre lui-même annonce une critique radicale de l'ouvrage fondamental du réformateur de Genève, Institution de la religion chrétienne.

L'ouvrage, publié en janvier 1553, compare la Trinité à Cerbère, le chien à trois têtes gardien des Enfers. Pour Servet, Dieu est immanent à toute chose : «Dieu, dans le bois est bois, et dans la pierre est pierre.» Jésus, comme le monde, n'est pas éternel ; seul le Verbe, qui est l'expression de Dieu, est éternel, et le Christ est l'union du Verbe avec l'homme Jésus - ses idées évolueront par la suite, sans qu'il reconnaisse cependant jamais le dogme trinitaire.

Enfin, Servet était favorable au baptême des adultes, tel que le Christ l'avait reçu, ce qui le rapprochait des anabaptistes.


Une condamnation emblématique
La condamnation de Servet avait été quasi unanime, et Calvin reçut le soutien des principaux réformateurs, de Bullinger à Melanchthon. Cependant, Calvin éprouva la nécessité de se justifier et publia, en janvier 1554, Declaratio orthodoxae fidei, en latin, ainsi que sa version française, Déclaration pour maintenir la vraye foy, qui est un plaidoyer en faveur d'une répression sans faille de l'hérésie. Parmi ceux qui critiquèrent Calvin figure l'anabaptiste David Joris, qui prônait la prière et non le glaive pour amener les hérétiques «à l'amour, à la paix et à l'unité», et Sébastien Castellion, qui engagea une virulente polémique avec Calvin et Théodore de Bèze.

La condamnation de Servet marqua une importante étape de la plongée de l'Europe dans l'intolérance ; en outre, elle montrait que les diverses branches du christianisme, en se découvrant des ennemis communs, pouvaient, malgré leur antagonisme fondamental, coopérer entre elles. Déjà, durant la guerre des Paysans, la condamnation de Münzer et des Douze Articles par Luther avait permis aux princes protestants de s'allier aux princes catholiques au nom de la lutte commune contre une hérésie radicale.

De même, la double condamnation de Servet, fruit de la collaboration de Calvin avec l'Inquisition catholique, souleva d'importants débats dans les communautés protestantes, qui se prolongèrent bien au-delà du siècle de la Réforme.

Enfin, notons que Servet lui-même était partisan de la mort pour les hérétiques «incorrigibles et obstinés en malice», ainsi qu'il l'écrivit dans une de ses lettres à Calvin : «Ce crime est simplement digne de mort et devant Dieu et devant les hommes.»
memo


Michel Servet s'oppose à la doctrine de la trinité: il ne reconnaît que Dieu le créateur comme Dieu. Pour lui Jésus et le Saint Esprit sont des expressions de l’action divine mais non Dieu lui-même
Jean Calvin a contribué indirectement à la mort de Michel Servet, on ne peut pas l’exonérer de sa responsabilité dans cette affaire. Calvin, en mettant ses lettres à disposition du tribunal, a participé au procès. Il n’a pas essayé d’arrêter le conseil de Genève (il n’aurait toutefois pas eu réellement la possibilité de le faire.) Il a une responsabilité claire dans la mort de Servet info bible

Le supplice fut épouvantable, les fagots destinés à brûler l’hérétique étaient en trop petit nombre, et encore humides de la rosée du matin; ils flambèrent difficilement; pendant plusieurs heures le malheureux Servet ne put mourir, criant : "O malheureux que je suis, qui ne peux terminer ma vie! Les deux cents couronnes que vous m’avez prises, le collier d’or que j’avais au cou et que vous m’avez arraché, ne suffisaient-ils pas pour acheter le bois nécessaire à me consumer!… O Dieu éternel, prends mon âme!… O Jésus, Fils du Dieu éternel, aie pitié de moi!…"
medarus


En 1903, une stèle a été érigée à Champel, sur l'emplacement du bûcher, avec ces mots :
«Fils respectueux et reconnaissants de Calvin, notre grand réformateur, mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle et fermement attachés à la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation et de l'Évangile, nous avons élevé ce monument expiatoire». herodote

Lire : L'"affaire" Michel Servet"
"En l'année 1553 est mort Michel Servet. C'est donc le quatre cent cinquantième anniversaire de sa mort. Pour nous, protestants, comme pour tout homme et toute femme de bonne volonté, il s'agit d'un crime"
Dans son ouvrage de 1612, Castellion écrit l'une des plus belles phrases qui soit : "Tuer un homme, ce n'est pas tuer une doctrine ; c'est tuer un homme".

Philippe VASSAUX

ANTONIO DE NEBRIJA


SITE
ITINERAIRE
CASTILLAN


" Elio Antonio de Nebrija donnant un cours " , enluminure illustrant le frontispice d’un manuscrit espagnol de la Gramática catellana d’Antonio de Nebrija, xvie siècle. Vélin. Bibliothèque nationale, Madrid (Espagne).


"La langue accompagne l’Empire"




Issue d'une famille de converso , descendant de juifs convertis, Antonio Martinez de la Cala avait décidé à dix-neuf ans que le latin, au moins sur la Péninsule Ibérique, était devenu si corrompu que l'on pouvait dire qu'il était mort de négligence. Ainsi l'Espagne était laissée sans une langue (Una lengua) digne de ce nom. Les langues de l'Ecriture Sainte - le grec, le latin, l'hébreu - étaient clairement d'une nature différentes du parler populaire. Nebrija se rendit alors en Italie où, à son avis, le latin était le moins corrompu. Quand il rentra en Espagne, son contemporain Herñan Nunez écrivit que c'était comme Orphée ramenant Euridice des Enfers. Pendant les vingt ans qui suivirent, Nebrija se consacra au renouveau de la grammaire et de la rhétorique classiques. Le premier livre complet imprimé à Salamanque fut sa grammaire latine (1482).

Quand il atteignit la quarantaine et commença à vieillir - comme il l'écrit - il découvrit qu'il pouvait fabriquer une langue à partir des formes vocales qu'il rencontrait quotidiennement en Espagne - construire, synthétiser chimiquement, une langue. Il écrivit alors sa grammaire espagnole, la première de toutes les langues européennes modernes. Le converso utilise sa formation classique pour étendre la catégorie juridique de consuetudo hispaniae au royaume des langues. Partout dans la Péninsule Ibérique, des foules parlant des langues diverses se réunissent en pogroms contre l'étranger juif au moment même où le converso cosmopolite offre ses services à la Couronne - la création d'un langage unique utilisable partout où l'épée pourrait le porter.

Nebrija créa deux livres de règles, tous deux au service du régime de la reine. D'abord, il a écrit une grammaire. Bien sûr les grammaires n'étaient pas nouvelles. La plus parfait d'entre elles, inconnue de Nebrija, avait déjà deux mille ans - la grammaire de Panini du Sanscrit. C'était une tentative de description d'une langue morte, à apprendre seulement à quelques-uns. C'est le but poursuivi par les grammairiens du Prakrit en Inde et les grammairiens du Latin ou du Grec en Occident. Le travail de Nebrija, cependant, était écrit comme un outil pour la conquête à l'étranger et une arme pour supprimer le discours spontanée à la maison.

Tandis qu'il travaillait à sa grammaire, Nebrija écrivit aussi un dictionnaire qui, à ce jour, reste la seule meilleure source sur le Vieil Espagnol. Les deux tentatives faites à notre époque pour le remplacer ont toutes deux échoué. Le Tesauro Lexicográfico de Gili Gaya, commencé en 1947, sombra à la lettre E et R.S. Boggs (Ebauche de Dictionnaire d'Espagnol Médiéval) reste, depuis 1946, un projet souvent copié. Le dictionnaire de Nebrija est apparu l'année après sa grammaire et contenait déjà l'évidence du Nouveau Monde - le premier américanisme, canoa (le canoë), apparut.lanredec


Grand humaniste espagnol dont les ouvrages comptent parmi les plus importants de la fin du xve siècle, Antonio de Nebrija — ou Elio Antonio de Nebrija, alias Antonio Matinez de Cala (1444-1522) — est l’auteur de la première grammaire castillane (Gramática catellana, 1492), qui est également la première grammaire d’une langue moderne. Il a aussi donné des éditions d’auteurs latins (Prudence, Virgile…), des ouvrages lexicographiques comme le Vocabulario español-latín, latín-español (1492), ainsi qu’un grand nombre d’autres travaux scripturaires.encarta

il publia la fameuse Grammaire castillanne en 1492. Ce fut la première grammaire d'une langue populaire écrite en Europe. Il dédia ce livre à la reine Isabelle Ire de Castille...


ANTONIO DE NEBRIJA ET LE CASTILLAN (1492) : UNE DESCRIPTION ENTRE HÉRITAGE ET INNOVATIONS

A. de Nebrija s'est fait connaître de ses contemporains comme grammairien. Riche, mais apparemment opaque, le métalexique descriptif de sa grammaire du castillan reste d'une étude délicate, en dépit des tentatives d'élucidation dont il a déjà bénéficié à partir des textes des grammairiens latins qui l'ont inspiré. L'homme du XVe siècle qui se penchait sur un vernaculaire érigé en objet d'étude était d'emblée confronté au problème de savoir quels services il pouvait attendre de la tradition. Il faut donc vérifier si Nebrija a réussi à l'adapter au castillan, et si oui, de quelle façon. Dans le cas contraire, il reste à voir comment il évoque les réalités linguistiques dont les Anciens n'avaient pas eu à rendre compte.
L'étude strictement inteme de ce traité semble être la seule qui permette d'observer comment ce legs commun a été utilisé, et d'en évaluer l'économie d'ensemble — sa cohésion et sa cohérence propres. Dans la Gramàtica, la rigueur peut certainement être prise en défaut. Cependant, expliquer sa possible opacité par l'indécision conceptuelle de son auteur doit être la dernière des solutions à envisager. Justement, l'observation exhaustive du texte lui-même permet déjà de comprendre de manière acceptable l'utilisation référentielle des termes les plus « techniques ».
Néanmoins, Nebrija n'a pas hésité à innover dans son analyse et dans le métavocabulaire qu'elle réclamait, et, en cas de besoin, à proposer des néologismes. Mais toujours il le fait en parfaite connaissance de cause, avec prudence et mesure.
Société de Linguistique de Paris

1492 est-elle l’année qui vit basculer le destin du monde ? On pourrait répondre par l’affirmative. L’« année admirable (!) » voit s’amorcer la future prééminence culturelle, économique, politique et sociale de l’Occident, sous la forme de quatre événements simultanés ayant pour théâtre l’Espagne :
• Le 2 janvier disparaît, avec la reddition de Grenade, le dernier État musulman d’Espagne.
• Le 31 mars, les Juifs sont expulsés de la péninsule ibérique.
• Le 17 avril, Christophe Colomb signe avec les souverains Isabelle et Ferdinand un accord définissant les objectifs de son expédition et les modalités de l’exploitation des terres à découvrir. Il atteindra l’île de San Salvador le 12 octobre.
• Le 18 août, l’humaniste Antonio de Nebrija publie sa Grammaire castillane, première grammaire de langue vernaculaire éditée en Europe. Il signe ce faisant l’acte de décès du latin comme langue du gouvernement et des élites.

Cette conjonction si merveilleusement orchestrée d’événements a longtemps poussé à une interprétation déterministe de l’histoire. 1492 s’est vue promue comme la date-clé de la naissance de notre modernité. L’Occident affirme sa suprématie culturelle, la systématise, s’apprête à explorer le monde afin d’imposer ses visions civilisationnelles, et exclut en point d’orgue les points de vue alternatifs. Il y a là une dynamique d’ensemble qui trouve ses racines dans l’histoire médiévale, comme le rappelle Jérôme Baschet en citant le chroniqueur López de Gómara, qui écrit en 1552 : « Dès que fut achevée la conquête des Maures (…) commença la conquête des Indes, de sorte que les Espagnols furent toujours en lutte contre les infidèles . »
scienceshumaines


Lire : Vie ou mort des langues dans l’intégration américaine?
Delicia Villagra-Batoux
Professeure de linguistique (Université catholique d’Asunción)

JACOB RODRIGUE PEREIRE

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Les Pereire



Jacob Rodrigue Péreire



Figure emblématique de l’oralisme. D’origines portugaise et espagnole, la famille Pereire s’établit en France, où Jacob Rodrigues devint précepteur de sourds. Ses présentations dans les instances académiques lui assurèrent la renommée. Ses procédés tenus secrets reposaient sur l’usage d’un alphabet manuel phonétique plus expéditif que les alphabets traditionnels. Ces alphabets permettaient de visualiser les langues orales. Ils furent dénommés « dactylologies« . Pereire se fit connaître pour différents travaux savants, dont une machine à calculer. Interprète du roi, il obtint la reconnaissance de certains droits jusqu’alors interdits à la communauté israélite française dont le droit d’inhumer de jour. Pereire ne pratiquait pas d’éducation auditive. Ses élèves présentaient pour la plupart des reliquats auditifs importants. Soutenue par une dactylologie phonétique, leur parole nécessitait cependant un exercice incessant pour maintenir une articulation typiquement syllabique. La lecture sur les lèvres était l’une des particularités de sa méthode.cis gouv


Péreire, le pionnier oublié


En célébrant l'abbé de l'Epée, pionnier de l'éducation des sourds-muets, la France méconnaît son contemporain et précurseur. Triste destin pour Jacob Rodrigues Péreire, bordelais d'adoption.

Du côté de Saint-Seurin, deux rues à peu près parallèles portent les noms de l'abbé de l'Epée et de Rodrigues Péreire. Si le premier est passé à la postérité pour avoir été un des pionniers de l'éducation des sourds-muets, le second, son contemporain, qui fut dans ce domaine son précurseur, est méconnu. Cet effacement d'un éducateur devant un autre se double de l'ombre faite à Jacob Rodrigues Péreire (1715-1780) par deux de ses petits-enfants, Emile (1800-1875) et Isaac (1806-1880), banquiers disciples de Saint-Simon, qui prirent une part décisive au développement des grands travaux du Second Empire.

Un savant vaudrait-il moins qu'un financier ? Un juif portugais moins qu'un prêtre catholique ? Né à Berlanga, en Espagne, le 11 avril 1715, puis installé au Portugal, Jacob Péreire rejoint la communauté juive de Bordeaux en 1741. Sa vie et son oeuvre sont exemplaires de l'existence d'un savant du siècle des Lumières. Pourquoi s'intéressa-t-il à l'éducation des sourds-muets ? Ses biographes sont incertains. Les uns avancent qu'il avait été sensibilisé à cette question par son lieu de naissance, où avait vécu, au xvie siècle, un père dominicain, Pedro Ponce de Léon, qui avait inventé un procédé pour apprendre à lire et à écrire aux enfants sourds. Se fiant à une confidence de Péreire, les autres évoquent l'existence d'une « personne » sourde et muette dans son entourage, dont nul n'a su (Péreire ne l'a jamais précisé) s'il s'agissait d'une soeur, d'une fille, d'une nièce. Peu importe.

Un alphabet manuel

A Bordeaux, Péreire aurait dirigé une petite pension pour sourds-muets, rue des Augustins, quartier où il habitait. Son premier élève est un jeune garçon de treize ans, originaire de La Rochelle, Aaron de Baumarin. « Sourd et muet de naissance, écrira le Journal des Savants de juillet 1747, [...] il lui apprit en une centaine de leçons [...] à connaître et à nommer à certains signes la plus grande partie des lettres consonnes et voyelles, et même à articuler plusieurs mots. » Les résultats enregistrés avec ce premier élève, et avec un second, fils d'un fermier général de La Rochelle, Péreire les exposera d'abord devant l'Académie royale des Belles-Lettres de Caen, puis devant l'Académie royale des Sciences de Paris, en juin 1749.

L'attention portée à éduquer les jeunes sourds va l'amener à créer un alphabet spécial, qu'un de ses premiers bénéficiaires, le jeune Saboureux de Fontenay, décrira en ces termes : « C'est une espèce d'Alphabet manuel à l'Espagnole, contenu dans les doigts d'une seule main ; il est composé de vingt-cinq signes des lettres de l'écriture courante, sans y comprendre les lettres K et W qui ne sont point en usage dans la langue française, et des signes que M. Péreire a inventés dans la seule vue de faire conformer exactement cet Alphabet manuel aux lois de la prononciation et de l'orthographe française. Ainsi il y a autant de sons de la prononciation, qui sont au nombre de 33 à 34, et autant de liaisons de lettres de l'écriture ordinaire, qui se montent à 32 et plus (chaque liaison faisant un seul son dans la prononciation), qu'il y a de signes dans l'Alphabet manuel que je nomme pour cette raison Dactylologie, mot adopté par M. Péreire. [...] La Dactylologie est aussi commode, aussi prompte, aussi rapide que la prononciation même, et aussi expressive que l'écriture bien faite. »

Outre cette technique d'apprentissage, Péreire utilisait le toucher afin que l'élève, en fonction de ses capacités auditives et phonatoires, préalablement testées, distingue les différentes sonorités émises. Il invitait également à la lecture labiale. Par-dessus tout, ce pionnier poussait ses élèves à se mêler au monde des entendants et encourageait leur curiosité. Cette stimulante démarche d'ouverture explique probablement, autant que les techniques qu'il a mises au point, ses succès. C'est la modernité de cette démarche qu'a notamment saluée Diderot, qui évoque Péreire dans sa Lettre sur les sourds et muets (1751).

Des quatre coins de l'Europe

A partir de 1756, Péreire s'installe à Paris où, reconnu par de nombreux savants, il jouit d'une notoriété nationale et internationale. Après avoir épuisé tout ce que le continent comptait de médecins habiles et d'éducateurs bien intentionnés, c'est des quatre coins de l'Europe qu'on vient le consulter sur l'éducation des jeunes sourds. Son vieil âge est assombri par des malheurs personnels - mort de plusieurs jeunes enfants -, et par l'espèce de reconnaissance officielle dont bénéficie un de ses « concurrents », l'abbé de l'Épée. Il meurt le 15 septembre 1780.

Deux raisons principales semblent expliquer que cette figure séduisante soit tombée dans un oubli relatif. La première est médiocre, la deuxième stupide. Il y a d'abord une raison confessionnelle. « [il] est le premier qui ait fait voir, à l'Académie des Sciences et à la Cour de Versailles, le phénomène, aujourd'hui si vanté, de faire parler les sourds-muets. Tous les journaux du temps retentirent des différents essais qu'il fit dans cet art et des progrès de ses élèves. Il a donc été le précurseur des prétendues découvertes des abbés de l'Épée et Sicard ; cependant sa méthode est presque oubliée. C'est que, par l'empire que les prêtres ont sur l'opinion, ils savent exciter un enthousiasme permanent, tandis qu'un pauvre juif, qui n'a ni prôneurs ni intrigues, se perd bientôt dans la foule. » (Palissot, Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature depuis François 1er, 1803). La personnalité, édifiante, de l'abbé de l'Épée, tenu par l'opinion pour l'inventeur du langage des sourds-muets - alors que des alphabets pour instruire ces infirmes existent depuis le xvie siècle -, a occulté celle, austère et effacée, du savant bordelais.

La deuxième raison qui explique le relatif oubli de Jacob Rodrigues Péreire tient à de sombres rivalités entre les tenants des diverses méthodes d'éducation des sourds-muets. Le public en ignore tout, mais entre « oralistes » et adeptes de la langue des gestes (devenue langue des signes française), les querelles furent parfois passionnelles, à base d'anathèmes, de caricatures et d'exclusions.

Péreire, qui avait placé ses travaux sous le signe des Lumières et de la raison, qui avait tenu à ce que la moindre de ses recherches - et de ses trouvailles - fût publique, aurait certainement été peiné de ces querelles auxquelles il n'aurait rien compris.

sourds net



Dès 1734, Péreire fonde un institut spécialisé à Lisbonne et se documente sur les méthodes d’éducation des sourds-muets . Il privilégie la démutisation, la lecture sur les lèvres, l'apprentissage précoce de la lecture et utilise une dactylologie adaptée à la langue française. Quittant le Portugal en 1741, il apporte son savoir à Bordeaux. Son premier élève est Aaron Beaumarin, né vers 1732. Il est présenté à l’Académie de La Rochelle, début 1745, afin de faire constater l’efficacité de la méthode pédagogique qu'il promeut. Un autre élève, le fils de la famille d’Azy d’Etavigny, fait l’objet d’un Mémoire présenté à Paris, à l’Académie des Sciences, lors de la séance du 11 juin 1749.



Jacob Rodrigue Péreire

Éducateur des sourds et savant renommé,précurseur du siècle des Lumières

Né en Espagne, à Berlanga, en 1715, d’une famille marrane, il est baptisé sous le nom de Francisco-Antonio Rodriguez. Sa mère s’appelait Abigaïl Rivka Rodriguès. Le père, Abraham Rodriguès Péreyra, était commerçant. Il est né à Chacim, au Portugal, et y a vécu assez longtemps avec sa femme: c’est une localité proche de Bragance, un des grands centres du crypto-judaïsme. En 1698, il passe en Espagne. Ses filles (deux au moins) ainsi que deux fils : Jacob et son frère cadet David, viennent se fixer en France avec leur mère. La communauté juive de Bordeaux est à l’époque déjà suffisamment structurée pour attirer les Marranes qui veulent fuir le Portugal et faire retour au Judaïsme. Jacob Rodrigue Péreire est circoncis à l’âge de vingt-six ans le 8 novembre 1741. Dès 1734, donc dès l’âge de dix-neuf ans,Péreire se documente sur les méthodes d’éducation des sourds-muets. C’est sans doute pendant sa période bordelaise (de 1741 à 1746) que Péreire apprend l’hébreu.Il quitte Bordeaux en 1746 pour suivre au Collège de Beaumont en Auge, près de Caen, le second élève sourd-muet dont on lui confie la rééducation, le jeune d’Etavigny (il avait auparavant pris en charge avec succès un autre rochelais : Aaron Beaumarin). Il s’y installe en Juillet 1746, et y restera trois années, coupées par plusieurs séjours à Paris. C’est en avril 1749 qu’il se fixe définitivement à Paris avec son élève d’Etavigny. Son domicile n’est donc pas un quelconque logement privé, mais sert de pension pour le jeune d’Étavigny et pour les autres élèves sourds-muets qui lui seront confiés dans les années suivantes. Son frère David et sa sœur sont ses adjoints,et habitent très probablement avec lui. Péreire habite dès lors la capitale de manière ininterrompue jusqu’à sa mort en 1780. C’est le 5 novembre 1766 qu’il épouse à Bordeaux unejeune fille portugaise de trente ans plus jeune que lui, et d’origine bayonnaise. Ils eurent six enfants dont quatre moururent en bas âge. Il décède le 15 septembre 1780. Mort dans la nuit, il est enterré vers 4 h. de l’après-midi au cimetière de la Villette (fondé par lui) où une inscription en Espagnol, rappelant ses mérites, est gravée sur sa tombe.

Un savant polyglotte reconnu par la communauté scientifique
L’œuvre de Péreire ne se limite pas à l’éducation des sourds-muets.Ses connaissances en physique et en mathématiques lui valent des honneurs et l’amitié des plus grands savants deson temps : Buffon qui le cite dans son Histoire Naturelle, Réaumur et La Condamine. Ses connaissances linguistiques sont remarquables et lui valent l’estime de Bougainville qui lui confiera l’observation et la description de la langue du Tahitien Aotourou. Il manie parfaite-ment le portugais, le français, l’italien et l’hébreu. Il traduit en français plusieurs prières composées par le rabbin de Bordeaux pour des circonstances concernant la famille royale : maladie du roi, de la reine ou du dauphin. Les qualités de Péreire comme traducteur sont remarquées, et en 1765, il reçoit officiellement de Louis XV le titre de : « Interprète de sa majesté pour les langues espagnole et portugaise ». On lui doit l’édition, en 1765 et 1776, de toutes les lettres patentes qui, depuis Henri Il jusqu’à Louis XVI, ont concerné et protégé les juifs portugais.Péreire, dont la renommée s’étendit à toute l’Europe des monarques éclairés, fut, selon la formule de Buffon « l’homme unique, l’homme nécessaire de cet art inconnu consistant à faireparler les sourds ». La « méthode » de Péreire reste « étonnante », pour un orthophoniste du XXIe siècle, par la modernité de l’approche clinique et technique de la démutisation des sourds décrite. Novateur et moderne, Péreire le fut dans sa démarche intellectuelle pour résoudre ce problème complexe : revue de question de ses prédécesseurs, établissement dudiagnostic par approche différentielle, prise en compte du niveau de surdité, distinction entreparole, articulation, voix, intonation et accent, utilisation de la dactylologie dans une démarche rappelant pour partie le Langage Parlé Complété, optimisation de la lecture labiale,importance accordée à l’apprentissage de la lecture, etc. Certains chercheurs ont suggéré de possibles études préalables en anatomie et physiologie des organes vocaux et de l’oreille,phonétique et mathématiques à l’Université de Séville pour expliquer une telle précision technique et des résultats aussi remarquables, qui incitèrent certains savants influents à sug-gérer la création d’une chaire d’enseignement pour Péreire au Collège de France.

Les deux premiers patients présentés par Péreire :Aaron Beaumarin et M. d’Azy d’Etavigny
Le premier « élève », Aaron Beaumarin, sourd-muet de naissance, né vers 1732, fut présentéà l’Académie de La Rochelle, début 1745, par Jacob Rodrigue Péreire, qui lui avait enseigné à communiquer.Afin de faire constater l’efficacité de sa méthode, il fit dresser devant des notaires rochelais un acte constatant l’infirmité de naissance de son élève.Le second fit l’objet d’un Mémoire présenté à Paris, à l’Académie des Sciences à la séance le11 juin 1749 : (…) je viens vous supplier, Messieurs, d’examiner les effets que mes soins ont jusqu’ici produits sur M. d’Azy d’Etavigny, sourd et muet de naissance, que j’ai l’honneur de vous présenter.Ses progrès actuels fourniront à votre pénétration admirable assez de matière pour porter un jugement décisif sur tous les avantages que les sourds et muets devront attendre de mon art. (…).« Ce jeune sourd et muet prononce distinctement, quoique très lentement encore, les lettres,les syllabes,les mots,soit qu’on les lui écrive,soit qu’on les lui indique par signes.Il répond de son chef, verbalement ou par écrit aux questions familières qu’on lui fait ; il en forme lui-même très souvent, il agit en conséquence de ce qu’on lui propose de faire, soit qu’on luiparle par écrit ou par l’alphabet manuel dont son maître se sert avec lui, sans qu’il soit besoin d’y ajouter aucun autre signe qui indique ce qu’on veut qu’il fasse. Il demande, par le moyen de quatre langues, les choses dont il a besoin journellement. Il récite par cœur le Décalogue,le Pater et quelques autres prières, et répond avec intelligence à plusieurs questions du Catéchisme. En grammaire, il donne l’article convenable à chaque nom (rarement il s’ytrompe), il en connaît un peu la valeur des cas ; il a une médiocre connaissance, principalement dans la pratique des pronoms dont on se sert le plus communément.À l'égard des verbes, non seulement il les sait conjuguer dès qu’ils sont réguliers, mais il en dit encore la per-sonne quand on la lui demande séparément, de quelque nombre, temps et mode qu’elle soit(son plus fort cependant est sur l’indicatif). Sur les autres parties du discours ainsi que sur lasyntaxe, il connaît, à quelque chose près, ce qu’il y a de plus nécessaire dans les expressionsles plus communes et les plus familières ; il ne donne pas, par exemple, un adjectif féminin àun substantif masculin, ni un pluriel à un singulier, il ne se trompe que rarement sur les temps,les nombres et les personnes des verbes qu’il fait entrer dans ses expressions, surtout si c’est au mode indicatif qu’il doit les employer ; il évite déjà bien des répétitions par le moyen des pronoms et particules relatifs qu’il emploie le plus souvent fort à propos. Finalement il observe quelques règles d’orthographe passablement bien.Il est de plus à remarquer : 1° que si on lui fait des fautes en lui écrivant, il s’en aperçoit pour l’ordinaire et même les corrige, dès qu’on lui permet de le faire ; 2° il change sa prononciation en différentes façons, il parle haut ou bas suivant qu’on l’exige de lui ; il imite par le ton de sa voix, mais pas encore bien exactement, les différences qu’on fait sentir lorsqu’on interroge,qu’on récite,qu’on prie,qu’on commande,etc. ;3° quoique les lettres,et principalement les voyelles, soient, dans le français, susceptibles de différentes prononciations, n’y en ayant aucune qui n’en admette plusieurs et qui ne devienne muette dans quelques rencontres,néanmoins, M. d’Azy d’Etavigny ne manque point à leur donner la valeur convenable. S’il s’y trompe quelquefois, ce n’est que dans des mots qui lui sont inconnus ; (…). Il a encore quelques autres connaissances qu’on pourrait rapporter à la chronologie, comme la division qu’il fait de l’année, du mois, de la semaine ; à l’histoire, comme la création du monde, et même àdes sciences plus abstraites, mais il serait difficile d’en donner par écrit une juste idée.On observe, outre la lenteur, une certaine rudesse dans la prononciation de ce jeune homme ; elle provient en partie des vices contractés pendant les dix mois d’interruption qu’ila eus, mais principalement de la roideur de ses organes, lesquels avaient beaucoup perdu de leur flexibilité lorsque Pereire a commencé à les faire agir,son élève ayant déjà,dans ce temps-là, seize ans.On juge bien, au reste, que ces défauts diminueront considérablement chez lui à proportion qu’il continuera, sous les soins de son maître, à faire usage de la parole ; car il n’est point douteux que les parties qui la forment n’acquièrent par l’usage plus de souplesse et d’agilité, et ne lui rendent par conséquent l’articulation plus facile et plus régulière (…).On voit, par le contenu de ce mémoire, que les vues de Pereire sur l’instruction des sourds et muets s’étendent, non seulement à prononcer tous les mots de la langue française, mais encore, ce qui est plus essentiel, à comprendre le sens de ces mots et à produire d’eux-mêmes, tant verbalement que par écrit, toutes leurs pensées comme les autres hommes ; ce qui par conséquent les rendra capables d’apprendre et de pratiquer quelque art ou quelque science que ce soit, si l’on en excepte seulement, à l’égard de la pratique, les choses pour lesquelles l’ouïe est indispensablement nécessaire.On pense bien que pour parler aux élèves de Pereire il faudra se servir de l’écriture. Outre ce moyen, on en emploie un autre bien plus séant que les signes ordinaires que l’on fait aux muets, c’est un alphabet manuel qu’il a appris en Espagne, mais, qu’il lui a fallu augmenter et perfectionner considérablement pour le rendre propre à parler exactement le français. Il s’ensert avec une brièveté qui approche plus de la promptitude de la langue que de la lenteur de la plume. Cet alphabet est contenu dans les doigts d’une seule main, laquelle suffit encore à Pereire pour exprimer en chiffres toutes sortes de sommes, (…).Mais, ce ne sont pas là les seules ressources qui pourront adoucir le malheur de la surdité dans les élèves de Pereire : ils auront encore la facilité d’entendre, au mouvement naturel des lèvres, des yeux, de la tête, des mains des personnes qui les fréquenteront, ce qu’elles voudront leur dire. (…) ».orthedition


Lire : Les Juifs de France
« La France est notre Palestine, ses montagnes sont notre Sion, ses fleuves notre Jourdain. Buvons l’eau vive de ses sources ; c’est l’eau de la liberté »
Un juif parisien en 1791

ISAAC CARDOSO





Philosophia libera




Au début du 17e siècle Cardoso brille à la cour d'Espagne, l'Inquisition découvre qu'il est le maître à espérer des juifs marranes d'Espagne, il fuit dans le ghetto de Venise.



Médecin, philosophe, écrivain et polémique, né de parents à Marano Celorico dans la province de Beira, au Portugal, avant 1615, mort à Vérone après 1680.Il était un frère d'Abraham Michael (Miguel) Cardoso. Après des études de médecine, philosophie, sciences naturelles et à Salamanque, il s'installe comme médecin à Valladolid en 1632, mais a rapidement été appelé comme médecin-chef à Madrid. Alors que là, il a publié (1632) une conférence sur le Vésuve et sur les causes du tremblement de terre, et (1635) un traité sur la couleur verte, qu'il a dédié à Isabel Henriques, qui a été célébrée dans les académies de Madrid pour son intelligence, et qui a vécu plus tard à Amsterdam. Dans cette dernière année, il a également composé un discours pour les funérailles Lope de Vega, qui a été consacrée au duc de Sessa, et un traité sur les usages de l'eau froide, imprimé en 1637, et dédié au roi Philippe IV. Fernando (son nom marane) a quitté l'Espagne, probablement pour échapper à l'Inquisition, et est allé avec son frère Miguel,qui a également étudié la médecine, à Venise, où les deux ouvertement embrassé le judaïsme, Fernando de changer son nom en «Isaac». Après un court séjour à Venise, il s'installe à Vérone, où il demeura jusqu'à sa mort, très honoré par les juifs et les chrétiens.

Outre les ouvrages déjà mentionnés, Cardoso a publié un traité sur la cosmogonie, physique, médecine, philosophie, théologie et sciences naturelles, imprimé à Venise en 1673 sous le titre "Philosophia Libera en septembre Libros Distributa», et dédié à la doge et Sénat de la ville. Dans ce travail, critique qui examine les différents systèmes philosophiques, il apparaît comme un adversaire décidé de la cabale et de la pseudo-Messie Shabbethai Ẓebi, bien que son frère Miguel était un adhérent.

Ce "savant, craignant Dieu-médecin", comme il est désigné par la pieuse Moïse Ḥagis ( "Mishnat Ḥakamim, p. 120a) a défendu ses coreligionnaires dans son excellent travail," Las Excelencias y Calunias de los Hebreos, "imprimé en 1679 à Amsterdam, et dédié March 17, 1678, to Jacob de Pinto. En dix chapitres, il insiste sur la "excelencias" (caractéristiques) des Juifs, leur sélection par Dieu, leur séparation de tous les autres peuples par des lois spéciales, leur compassion pour les souffrances d'autrui, leur philanthropie, la chasteté, la foi, etc; et dans dix autres chapitres, il réfute le "calunias" (calomnies) portées contre eux; savoir., qu'ils culte de faux dieux, sont difficiles et insensible vers d'autres peuples, ont corrompu les Écritures, blasphèment saints et des images d'accueil, de tuer Christian enfants et l'utilisation du sang pour le rituel. Ce travail, qui a été célébrée par le rabbin J. Brieli de Mantoue en hébreu un sonnet ( "Oẓar Neḥmad," iii. 167), a été envoyé par Cardoso peu de temps après son apparition, Juillet 23, 1679, le rabbin Samuel Aboab à Venise , Pour demander un avis. Aboab répondu Juillet 31, le remercier pour l'excellent cadeau. Dans une autre lettre à Aboab, Dec. 24, 1679, il a donné son avis sur la dérivation des mots un peu d'espagnol de personnes mentionnées dans la Bible. Selon De Barrios, Cardoso a également publié "Varias Poesias" (1680).
jewishencyclopedia


Isaac Cardose et le marranisme au XVIIe siècle

De la Cour d’Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps qui le tintent pour l’un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l’Espagne et se réfugie en Italie. À Venise d’abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l’un des plus beaux textes de l’apologétique juive : Las Excelencias de los hebreos.
Yosef Hayim Yerushalmi

Isaac Fernando Cardoso, né en 1604 au Portugal, fut médecin à la Cour de Philippe IV. Il publie en 1679 l’un des plus beaux textes de l’apologétique juive exposant les dix vertus du judaïsme et réfutant les calomnies.
Miguel Abraham Cardoso naît en Espagne en 1627. Médecin comme son frère, il devient un disciple de Sabbataï Tsvi . Expulsé de Tripoli en raison de ses prises de position messianiques, il s’établit alors au Caire et voyage d’une ville à l’autre autour du bassin méditerranéen pour porter la bonne parole. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages cabalistiques aux idées hétérodoxes marais evous


Isaac Cardoso, de Vérone, frère du partisan excentrique de Sabbataï Cevi, écrivit aussi un plaidoyer éloquent en faveur de ses coreligionnaires. Dans la Supériorité des hébreux, il montre l’injustice des reproches qu’on leur fait et la grandeur de la mission qu’ils sont chargés de remplir. Le peuple d’Israël, dit-il, aimé de Dieu et haï des hommes, est disséminé depuis deux mille ans parmi les nations, en expiation de ses péchés et de ceux de ses aïeux. Opprimé par les uns, frappé par les autres, méprisé par tous, il a été maltraité et persécuté dans tous les pays. Mais, ajoute Cardoso, si Israël a subi toutes ces souffrances, c’est parce qu’il est le peuple élu, ayant pour mission de répandre la connaissance du Dieu-Un. Il se distingue par trois qualités principales : la compassion, l’esprit de charité et la pureté des mœurs. Obstinément attaché à sa religion, il l’observe, non pas pour des raisons philosophiques, mais parce que Dieu la lui a révélée et que ses ancêtres l’ont toujours pratiquée. Aussi les sages des autres nations admirent-ils sa fidélité à sa foi et ses mœurs austères. Et c’est ce peuple privilégié que Dieu a jugé digne de ses faveurs spéciales et a doué des plus remarquables vertus, ce sont ces hommes pieux et croyants qu’on accuse de crimes épouvantables et auxquels on attribue les plus abominables vices ! Isaac Cardoso s’appuie sur l’histoire pour démontrer la fausseté de ces ridicules inventions graetz

Lire : La Foi du Souvenir Labyrinthes Marranes
Nathan WACHTEL

SALOMON IBN VERGA


HISTOIRE
ESPAGNE
SEFARDICA
BIO
Judah

Massacre de Lisbonne



Shebet Yehudah




Solomon Ibn Verga , 15e-16e siecle Historien et Medecin
Il reçut une formation rabbinique et philosophique, apprit la littérature espagnole et latine de son temps et fut chargé, en 1487, après la prise de Málaga par les Rois Catholiques, de réunir les fonds nécessaires pour acquitter la rançon des Juifs capturés.


La cinquante-deuxième conversion

J'ai appris de divers Anciens qui ont quitté l'Espagne qu'un certain bateau avait été frappé par une épidémie. Le capitaine s'est débarrassé de ses passagers en les débarquant sur une terre déserte, à un endroit totalement inhabité, et la plupart y sont morts de faim. Quelques-uns ont réussi à trouver les forces nécessaires pour marcher jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un endroit habité.

Un Juif, accompagné de sa femme et de deux fils, avait décidé de marcher, mais comme sa femme n'était pas habituée à l'effort, elle s'évanouit et mourut. L'homme a alors porté ses deux fils, jusqu'à ce que lui et ses deux fils défaillissent aussi d'inanition. Quand il a repris connaissance, il a vu que ses deux fils étaient morts. Dans son désespoir, il s'est dressé sur ses pieds et a dit : " Maître de l'Univers ! Tu as fait beaucoup pour me faire abandonner ma religion. Je veux que tu saches clairement que, malgré les efforts déployés par le Ciel, je suis juif et resterai juif,et quoi que tu aies fait ou fasses encore contre moi ne servira à rien ! " Il a alors pris de la terre et a enterré ses fils, puis il a continué de chercher un endroit habité.

Les Juifs n'ont pas attendu leurs propres morts, et chacun est resté occupé de sa propre détresse, sans prêter attention à celle de son voisin

Le sceptre de Juda (Chévèt Yehouda 1520 ; publié par son fils en 1554)
Texte de Salomon Ibn Verga
lamed


Yosef Hayim Yerushalmi

Professeur d’histoire et titulaire de la chaire Salo Wittmayer Baron
Directeur du Centre d’études juives à Columbia University.

« Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs. » Sur quelques aspects de l’histoire politique des Juifs


Nulle part dans la littérature hébraïque médiévale ailleurs que dans le Shevet Yehudah (Le sceptre de Juda), se trouve exposée de manière aussi précise l’Alliance royale. L’auteur en est Salomon Ibn Verga, lui-même Juif expulsé d’Espagne. Dans un texte qui mêle la chronique historique aux dialogues fictifs, Ibn Verga cherche à comprendre toutes les catastrophes de l’histoire juive, dont l’expulsion d’Espagne, en dépassant les catégories explicatives traditionnelles du châtiment divin ; il invoque, pour la première fois, hasibbah ha-tiv’it, « la cause naturelle ». Par là, le Shevet Yehudah est la première, et précoce, tentative d’une analyse socio-politique de la condition juive en exil .
Pour Ibn Verga, les rois et les officiers royaux en général sont toujours les protecteurs ardents de Juifs contre la populace. S’il advient que les Juifs ne soient pas sauvés, ce n’est pas du fait d’une défaillance de la volonté du monarque, mais à cause de l’obstination et de la puissance du bas peuple.
À dire le vrai, ce fut effectivement souvent le cas dans l’Europe médiévale et, pour quelques-uns des exemples cités par Ibn Verga, nous disposons de sources allant dans ce sens ; mais d’autres sont purement inventés par l’auteur afin de conforter sa démonstration.Que les Juifs appartiennent au roi et qu’il s’en suive qu’ils soient liés par un intérêt commun, c’est là un thème majeur autant que récurrent. Ainsi, lorsque Gonzalo Martínez de Oviedo conseille à Alfonso XI d’expulser les Juifs, l’archevêque de Tolède s’oppose à ce plan avec véhémence :« Alors l’archevêque dit à Gonzalo : “Ont-ils fait de vous un conseiller du roi ? Vous avez conseillé la honte sur votre maison ! Car en vérité les Juifs sont un trésor pour le roi,un bon trésor, mais vous voulez le ruiner et vous exhortez le roi à faire ce que son père ne fit pas. Vous êtes un ennemi non des Juifs, mais du roi !” » .
Assurément, il arrive que même Ibn Verga ne puisse complètement ignorer que parfois les rois persécutent les Juifs de leur propre initiative. Mais, alors, il ne s’agit que d’exceptions qui demeurent rares. Convaincu que les rois sont fondamentalement soumis au règne de la loi et à la préservation de leurs Juifs,Ibn Verga leur accorde toujours le bénéfice du doute. Que parfois des rois viennent à violer ce schéma et Ibn Verga s’emploie à trouver quelque facteur explicatif et atténuant pour justifier de tels manquements. « Car en général les rois d’Espagne et de France, les nobles, les hommes de savoir et tous les hommes distingués du pays avaient pour habitude
d’aimer les Juifs, et la haine ne prévalait que parmi les masses, qui jalousaient les Juifs. » À l’occasion, Ibn Verga n’hésite pas à critiquer les Juifs d’Espagne pour avoir eux-mêmes aggravé la haine populaire par leur comportement arrogant, mais la haine demeure hors de proportion au regard de cela. Un passage crucial raconte
comment les Juifs sont menacés, sans autres précisions, d’expulsion s’ils ne se convertissent pas : « Les documents furent rédigés et scellés sur ordre du roi. Quand les Juifs l’apprirent, ils se rendirent chez un des ministres du roi, car celui-ci les aimait grandement,comme ils étaient aimés en Espagne par les rois, les nobles et tous les savants et les sages, et très honorés par eux tous.
Les expulsions furent décidées seulement parce que quelques-uns issus des basses classes prétendirent qu’à cause des Juifs et depuis leur arrivée dans le royaume la nourriture avait renchéri et que les Juifs s’étaient ingérés dans leurs commerces. Les expulsions furent aussi provoquées par les prêtres, car dans une démonstration de piété, et afin de montrer au peuple qu’ils cherchaient à honorer et exalter la religion de Jésus de Nazareth, ils avaient pour habitude quotidienne de prêcher des prônes fielleux contre les Juifs. Mais les Juifs étaient honorés par les autres classes chrétiennes comme s’ils vivaient dans leur propre pays, et ils étaient très aimés d’eux, comme le savent les sages d’Espagne. » .
La pointe poussée par de tels passages est évidente. Tout au long du Shevet Yehudah, Ibn Verga montre qu’il a conscience que partout les Juifs durent faire face à une constellation de forces diverses. D’un côté, les monarques et l’aristocratie, la papauté et le haut clergé ; de l’autre, les masses et le bas clergé.
Si les premiers se montrèrent en général bien disposés à l’égard des Juifs, les autres se montrèrent habituellement hostiles.
Monarques et masses, concernant les Juifs, ont un rapport tendu. Bien que toujours prêts à prendre la défense des Juifs, les monarques en sont souvent empêchés par leurs propres sujets.De cette interprétation, Ibn Verga ne démord pas. Il n’est nulle
part question, sous sa plume, du changement fondamental d’attitude de la Couronne qui conduisit à l’expulsion de 1492. Ce changement,au contraire, serait advenu du fait de l’accroissement du fanatisme religieux et de l’hostilité populaire, qui, ayant atteint un pic, devinrent irrésistibles. Nul mot ni allusion au fait que l’Alliance royale avait en soi atteint une impasse, que la Couronne d’Espagne,pour diverses raisons, ne ressentait plus le besoin d’avoir ses Juifs et gagnerait à leur bannissement .
L’Alliance royale, dans le Shevet Yehudah, revêt parfois des dimensions presque mythiques, mais Ibn Verga n’est pas alors le seul à s’accrocher à ses traits essentiels. Assurément, les Juifs connaissaient des monarques bons et des méchants et, dans leurs propres rangs, des dirigeants bons et des corrompus. Mais jamais ils ne perdirent confiance dans la monarchie elle-même, ni dans le besoin absolu d’une direction juive organisée. Aussi est-il significatif qu’au lendemain de l’expulsion de 1492, dans les communautés réfugiées de l’Empire ottoman,les dirigeants séfarades d’avant l’expulsion ne furent pas répudiés et que les sultans turcs furent désormais exaltés comme des sauveurs .
De leur expérience médiévale, que retiennent les Juifs et qu’intègrent-ils dans leur mentalité ? Que dans un univers relatif, les alliances verticales leur sont généralement les plus favorables; que le prédicat de ces alliances était l’utilité des Juifs pour les gouvernants ;que s’il advenait que le souverain cesse de regarder les Juifs comme utiles, diplomatie, groupe de pression, voire franche corruption, pouvaient parfois prévenir un dur décret ; que si tout cela venait à échouer ou s’effondrer, les pires extrêmes auxquels l’État médiéval pouvait se porter était la conversion forcée – historiquement exceptionnelle – ou l’expulsion. La chose était suffisamment terrible. Mais il n’était pas question ici de massacre. Aucun roi du Moyen Âge ne le décréta jamais, ni un pape ne l’autorisa. Lorsque massacre il y eut, il n’advint pas d’en haut. Nul n’en porte mieux témoignage qu’Isaac Arama, dans son commentaire du troisième chapitre du livre d’Esther, lorsque Haman, l’ennemi des Juifs persuade le roi Artaxerxès de décréter que l’on ferait périr les Juifs et que des lettres seraient envoyées ordonnant de « détruire, exterminer et anéantir tous les Juifs – jeunes et vieux, enfants et femmes » . Arama écrit à ce propos et en dépit de la clarté du texte biblique : « Ses formulations selon lesquelles [il sera décrété que tous les Juifs seront détruits] ne signifient pas détruire, exterminer et anéantir, car cela, la nature humaine ne saurait le tolérer. Cela signifie qu’ils seront expulsés ou réduits en esclavage » .
Qu’un monarque puisse délibérément décider de l’annihilation physique des Juifs demeurait inconcevable.
...
Malgré toutes ses terreurs, le Moyen Âge, du moins dans les plus hautes sphères du pouvoir, connaissait encore les limites à ne pas franchir. Nous avons appris qu’il n’y a plus de contraintes. Les cendres des camps de la mort ont porté un grotesque Arbre de la Connaissance, dont nous avons tous goûté le fruit amer,et nous savons ce que nos ancêtres ne savaient pas – qu’une fois que cela a été possible, tout est possible.
cairn

DON YUCAF D' ÉCIJA


SEFARAD
ESPAGNE

Le Pourim de Castille





photo judaica







Un Juif illustre a la cour du roi Alphonse XI de Castille

par Ana Riano Lopez


Le développement des recherches ainsi que l'accroissement et le perfectionnement subis par les médias dans les dernières années ont heureusement augmenté dans notre société la connaissance sur les séphardis et leur géréreuse contribution à l'Histoire dans certains domaines. Il reste, cependant, de nombreux juifs espagnols d'autrefois qui se sont distingués par son bien faire dans les lettres, les sciences ou en politique et qui, malgré leurs vies exemplaires, n'ont pas encore atteint la diffusion méritée.
L'un de ces juifs illustres fut Yosef Halevi ben Efraim ben Yitzhak ben Shabbat , connu parmi les chrétiens par Don Yuçaf de Écija et qui atteignit le grand poste d'almojarife (ministre du roi) pendant le royaume d'Alphonso XI de Castille, de 1325 jusqu'à 1332.

Des données sur la personnalité et la vie de cet homme ont été recueillies par l'historiographie hébraïque dans le chapitre dix de la chronique de Shelomoh ibn Verga intitulée Shebet Yehudah, et par l'historiographie chrétienne en quelques documents qui ont réussi à adoucir le jugement négatif que certains historiens ont émis contre Don Yosef. La fidélité à ses ancêtres et à sa réligion, le bon usage de la justice et sa pitié lui valurent l'admiration de tous, jusqu'au point d'être comparé au Yosef biblique de Bereshit chapitre 37, dans le cité Shebet Yehudah, où l'on dit:

"Le Bon Dieu le poussa à entrer dans la Cour du roi et à recouvrer les impôts. Il se dévoua au service du roi, comme Yosef (c'est à dire, le Yosef biblique), du tout au tout. Il était intelligent, expert en musique, très gentil et le Bon Dieu était avec lui. Lorsque le roi vit qu'il était loyal et compétent il le mit à la tête de tout son royaume. Personne seyait sur lui de toute la Castille. Il était secundo, seulement après le roi, et le plus grand de tous les juifs. Yosef avait à son service des nobles qui mangeaient à sa table, son carrosse, des chevaux, et cinquante hommes couraient devant lui" (cfr. II Shemuel 15, 1).

Il y a à peine des références sur les premières années de sa vie. Il naquit à Écija (Séville) et, à ce que l'on croit, c'est là qu'il fit la connaissance de l'infant Don Felipe qui devint son protecteur. L'estime et l'admiration que l'infant éprouvait par Don Yosef étaient si profonds que lors de la majorité d'Alphonse XI et au début de son règne, il convainquit le roi pour le nommer almojarife.

De grands historiens tels que Yitzhak Baer, Amador de los Ríos ou Antonio Ballesteros nous racontent l'importance des interventions de ce ministre privé dans les décisions du roi surtout dans les affaires concernant les juifs. Nous savons que sa défense devant la Cour de Castille de tout ce qui pût bénéficier ses coréligionnaires fut toujours constante et efficace. Il fit bâtir une synagogue à Séville et une autre à sa ville natale et il vécut toujours préoccupé par son aljama, prêt à contribuer de son argent au maintien du Talmud Torah et des sabidores des précepts mosaïques.

Don Yosef vécut l'une des étapes les plus agitées de la Castille du moment, le problème juif aggravé par la conversion au christianisme du rabbin Abner de Burgos, qui prit le nom d'Alphonse de Valladolid. Il faut quand même remarquer que le roi Alphonse XI eut une attitude favorable envers les juifs pendant la plupart de son règne.

Ainsi donc, il y avait à Séville vingt-trois synagogues à la première moitié du XIV siècle; d'autre part, la société chrétienne fut toujours fortement influencée par les médecins, les almojarifes, les paysans et les commerçants juifs même s'ils n'en faisaient pas partie.

Nous savons tous que le sentiment d'envie envers le juif, en général, est endémique et que l'on peut trouver à n'importe quelle époque ou pays. La Castille ne fut pas l'exception et Don Yosef fut la victime, en plus de l'envie de certains de ses coréligionnaires (tal le médecin et astronome de Tolède Shemuel ibn Wacar), de la haine des infants et la méchancété de certains personnajes de la Cour, telle Doña Sancha, gouvernante de l'infante Léonore, soeur du roi. Mais sans aucun doute l'affaire concernant la vie de cet illustre séphardi qui eut le plus de rétentissement parmi les juifs de l'époque fut celle de Gonzalo Martínez qui, à ce qu'il paraît, s'était enrichi étant au service de Don Yosef. Il s'agit d'une affaire confuse seulement rapportée par les sources hébraïques. D'après ces dernières, Gonzalo Martínez, dépensier majeur et grand maître d'Alcántara, proposa à Alphonse XI une "solution totale" pour mettre fin aux problèmes financiers posés à la couronne par les juifs. Le plan consistait à les réduire à l'esclavage et vendre toutes leurs propriétés. Mais la mort prématurée de Don Gonzalo sauva les juifs du désastre.

Comme il était à attendre, cet événement demeura empreint dans la mémoire des juifs de l'époque et fut transmis aux générations suivantes, à l'aide des récits du sévillain Ibn Verga dans le chapitre dix du Shebet Yehudah. Ainsi donc, ce n'est pas rare de retrouver dans la littérature séphardi de la diaspora au XIX siècle cinq siècles après les faitsÄÄ la traduction en judéo-espagnol du Shebet Yehudah (Belgrade, 1859; réédité à Vienne, 1924) et du roman traduit également de l'hébreu intitulé Don Yosef, primo ministro de España (Salonique, 1891; réédité à Jérusalem, 1912) qui raconte, avec le recours à l'histoire et à la fiction, certains aspects de la vie du ministre cité. Le sujet principal du récit est la jalousie dont fut l'objet Don Yosef; en d'autres plan superposés paraissent de précieuses références à l'amour entre père et fille, à l'amitié, à la fidélité et à la justice, des valeurs qui confluaient dans la singulière personnalité de ce bon juif qui, en tout moment sut s'acquitter de ses devoirs envers le roi castillan et, en même temps, envers ses frères de réligion, jusqu'en 1332 où il cessa d'être almojarife et se retira en Andalousie pour vivre à Écija et à Séville.

Dans le roman, la vie de Don Yosef a une fin heureuse auprès de sa famille, mais dans la chronique Shebet Yehudah notre personnage meurt en prison. Le texte hébraïque signale le chagrin du roi, lorsqu'il reçoit la nouvelle de la mort en prison de son ministre qui avait été provoquée par Martínez et sa généreuse attitude envers les juif lorsqu'il connaît la duperie et le tort causé à ceux-là par le tyran. Suffisamment éloquentes sont les paroles avec lesquelles s'achève le chapitre dix du Shebet Yehudah et cette histoire exemplaire:

"Par ordre du roi tous les biens de l'ennemi (c'est-à-dire, de Gonzalo Martínez) et de ses frères furent vendus en écriture de vente en faveur des juifs qui séyaient à la porte du roi. Le roi enleva le cachet qui avait retiré au tyran, et l'accorda à Moshe. Ledit Moshe en fut heurex, et tous les juifs du royaume de Castille se réjouirent par toutes les bontés que le Bon Dieu avait accordé à Israël".


Lire : La priere de la polemique - la Benediction des heretiques
Par Carlos Del Valle - Madrid

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    JORGE DE MONTEMAYOR

  • POESIE
    ORPHEE



    La Diana de Montemayor



    "O mémoire, ennemie de mon repos, ne t'occuperas-tu pas mieux à me faire oublier les maux présents qu'à me rappeler les joies d'autrefois!" Diane




    Montemayor, Jorge de (v. 1520-1561), poète, romancier et chanteur espagnol d’origine portugaise, qui, avec la Diane (1559), est à l’origine d’un genre nouveau, le roman pastoral.

    Poète à la Cour

    Originaire de Montemor-o-Velho, près de Coimbra, Jorge de Montemayor est le fils d’un orfèvre. Il quitte le Portugal et s’installe en Castille. Pendant l’Inquisition, il est accusé de s’être converti au christianisme pour cacher sa judaïté, bien qu’il ait toujours déclaré que la Bible était sa lecture favorite. Il serait entré, comme chanteur à la Cour, au service de l’infante Marie de Portugal qu’il aurait accompagnée en Castille lors du mariage de cette dernière avec le roi Philippe II d’Espagne, en 1543. En 1552, il suit au Portugal la Princesse Jeanne, épouse de l’héritier du trône du Portugal, puis revient en Castille lorsqu’elle se retrouve veuve.

    Montemayor l’Européen

    Il n’existe aucune source historique fiable quant à un possible voyage en Angleterre pendant lequel il aurait été au service de Philippe II, cependant un mot en anglais dans son Cancionero permet de poser cette hypothèse. Il est, en revanche, certain qu’il s’est rendu à Séville (qu’il pose comme le décor de sa Diane), dans les Flandres (où il publie les deux volets de ses chansons (Cancionero, en 1554 et 1558), à Valence (où il publie Diane en 1558-1559) et à Cordoue. Il passe les dernières années de sa vie en Italie et meurt dans le Piémont, très probablement au cours d’un duel provoqué par un défi amoureux.

    La poésie amoureuse

    Auteur d’une poésie que l’on situe à mi-chemin de l’école italianisante et de la tradition castillane, Montemayor a publié un Chansonnier (Cancionero, 1554), recueil de poèmes d’amour, trois Autos de Navidad (v. 1548, « Mystères de Noël », drames religieux espagnols) et traduit librement en castillan une partie des Cantos (« chants ») De amore (« De l’amour ») du poète catalan Auziás March (1397-1459).

    La Diane : roman pastoral

    C’est cependant à la Diane (los Siete Libros de la Diana), écrit en castillan et publié en 1559, que Montemayor doit sa célébrité. Il a été publié en France sous le titre la Diane de Montemayor ou Aventures secrètes de plusieurs grands d’Espagne. Inspiré pour partie des Dialogues d’amour (Diálogos de amor, 1535) du poète espagnol Léon l’Hébreu (v. 1465-av. 1535) et de la tradition courtoise (voir courtois, courtoisie), la Diane narre les péripéties et chassés-croisés sentimentaux de jeunes bergères — parmi lesquelles la Diane du titre, « dont la beauté n’a pas d’égale parmi ses contemporaines » — et de leurs prétendants, bergers eux aussi. La confusion amoureuse qui s’ensuit est l’occasion, pour le narrateur, de concevoir et de peindre, en prose ou en vers, une palette très étendue de sentiments, qui vont de la fidélité à la jalousie, en passant par le dépit amoureux. La Diane est aussi et surtout un roman à la gloire de l’amour ; un amour pur, séparé de l’action, par lequel l’âme s’élève à la beauté et à la contemplation et dans lequel Montemayor voit l’essence même de l’homme. Face à un tel amour, qui ignore les excès de la passion, la raison ne peut opposer la moindre résistance.

    Certains critiques estiment que cette fiction pastorale, comme tant d’autres, dissimule en fait des personnalités connues et que Montemayor se serait inspiré d’un personnage réel pour créer sa Diane. S’il est effectivement fort probable que derrière le bucolique se cache un roman de cour, un roman à clefs, il ne faut pourtant pas perdre de vue la tradition, ancienne, à laquelle cette œuvre se rattache. On retrouve en effet dans la Diane, outre une inspiration courtoise, l’influence de modèles classiques, comme Théocrite et Virgile, mais aussi celle d’auteurs italiens plus récents comme Pétrarque et Sannazaro. Enfin, le roman de Montemayor est à son tour à l’origine d’un genre que cultiveront plus tard Cervantès avec la Galatée (1585), Lope de Vega avec Arcadie (1598), l’Anglais sir Philip Sidney avec Arcadie (1590), ou bien encore le Français Honoré d’Urfé, avec l’Astrée (1607-1628).
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