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LEON l'HEBREU


L. l'HEBREU
ETUDE





Juda Abravanel, dit Léon Hébreu (autour de 1460-1521)

Le traducteur à sa dame : Et comme pour ébat, lisez ce premier Dialogue de Léon Hébreu que j’envoie vers vous, comme demandant sauf-conduit pour ses deux frères qui sont prêts de se jeter en vos mains (…). Vous y trouverez, sais-je bien, non seulement un grand nombre de mots, mais aussi quelques paroles entières non adoptées ou reçues de notre langue : desquelles il m’est force d’user pour ne pouvoir autrement déclarer ce que l’italien prend du latin son père, mot pour mot. (…) Que par ce moyen j’acquière place en votre bonne grâce. Amour immortelle

C’est ainsi que s’ouvrent les Dialoghi d’Amore de Léon Hébreu. Trois grands dialogues — que l’on dit inachevés, car un quatrième devait les suivre. Trois grands dialogues où se parlent Philon et Sophie, sur fond de néoplatonisme, dans la tradition de la recherche de la connaissance suprême et de l’amour divin. Seulement, tout ne coule pas du début à la fin comme on l’attendrait, et les deux personnages n’ont pas les places que leur assignent Platon, Dante ou Pétrarque dans leurs œuvres, où la femme est le guide de l’homme vers la spiritualité.

Nous sommes en Italie, dans le premier tiers du XVIe siècle. La langue d’origine du texte est l’italien, et non le latin utilisé par exemple par Marsile Ficin. Mais pourquoi ? Certes, le contexte culturel acceptait davantage l’emploi de la langue vulgaire. Mais, en vérité, Léon Hébreu n’est pas né en Italie. Il fait partie de la communauté des juifs expulsés d’Espagne en 1492. Lui, Juda Abravanel, et son père, Isaac, sont issus d’une très importante famille juive de financiers et de politiques ; Isaac est couramment considéré comme le dernier des théologiens de l’école espagnole. Ils trouvent refuge à Naples ; puis Isaac, après des détours par Corfou et à nouveau l’Italie du Sud, s’établit à Venise. Juda rejoint son père à Venise en 1506 jusqu’à sa mort en 1508, puis mène une vie itinérante et retourne à Naples vers 1520. On perd sa trace en 1520 ; on suppose qu’il meurt en 1521, et que les Dialoghi dateraient des années 1511-1512. On connaît aussi un autre texte poétique de Juda Abravanel, la "Complainte sur le temps", écrite en hébreu vers 1504. C’est une sorte d’autoportrait intellectuel, qui peut être pour nous une clé précieuse pour comprendre les Dialoghi d’Amore.

Car enfin, dans cette étincelante spirale de pensées et de doctrines, dans cet entonnoir brillant où s’agitent les noms de Platon, Aristote, Maïmonide, Averroès, Al Farabi, Pétrarque, Ficin, Pic de la Mirandole, sans oublier la Genèse, le Cantique des Cantiques, et les exégèses bibliques de son père Isaac Abravanel, comment lui, Juda, juif exilé — dont on apprend par les écrits autobiographiques que son fils aîné, le premier né, a été baptisé au Portugal et converti au christianisme — comment et dans quel état d’esprit a-t-il pu écrire ces Dialogues ? Quel en est pour lui le véritable but ? Vers quelle connaissance et vers quelles amours divines veut-il tendre ? Et comment relie-t-il les concepts de la Renaissance néoplatonicienne à son parcours, et à son identité juive ? radiofrance



Les Dialoghi d’amore de Juda Abravanel, dit Léon Hébreu, sont très vite devenus, après leur publication posthume en 1535, un relais majeur des aspirations intellectuelles et culturelles de la Renaissance. Fils du célèbre Isaac Abravanel, homme politique et théologien de l’époque de l’Expulsion, Juda entre en dialogue avec le nouveau platonisme italien représenté par Marsile Ficin, en vue d’instruire la crise du modèle philosophique arabe, celui d’al-Fârâbî et d’Avicenne, au fondement de l’entreprise de Maïmonide. S’agissant de rendre justice à l’exigence philosophique de l’averroïsme juif, mais aussi d’en réformer les attendus systématiques, la philosophie de l’amour des Dialogues constitue un moment décisif de l’histoire intellectuelle du judaïsme, mais aussi de la pensée moderne, qui, au delà de son succès littéraire immédiat, trouvera des échos indiscutables chez Bruno ou chez Spinoza.

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